Alexandre Epalle

Responsable du service cantonal du développement durable du canton de Genève.

  Nous sommes engagés sur le chemin,

.

mais la route  est encore longue !

 

 

La première question qui nous a été posée est donc : « croyez-vous au développement durable ? ».

Il me semble que la question est « peut-on croire, ou non, à notre capacité en tant qu’êtres « dotés de raison », à agir de façon cohérente, solidaire et volontariste face à l’ensemble des enjeux que pose le développement non durable ? ». Comme chacun le sait, ces enjeux sont multiples et variés et l’on constate pourtant que de très nombreux aspects, liés notamment à la dimension sociale et à la question des besoins essentiels (alimentation, eau potable, qualité des sols, etc.), défraient moins la chronique que les questions liées aux émissions de gaz à effet de serre.

Depuis 2001, date de la fondation de l’Agenda 21 du canton de Genève, un chemin important a pourtant été parcouru. Il est loin le temps où, lorsque vous mentionniez le terme « développement durable », on vous regardait avec un froncement de sourcil, l’air dubitatif, voire ironique, en vous demandant « développement quoi ? ».
La notion est aujourd’hui connue même si son contenu l’est nettement moins comme le dévoilent certaines enquêtes menées à Genève et montrant qu’à la question « qu’est-ce que le développement durable ? » une majorité des sondés évoquent le tri des déchets et les économies d’énergie… Tout ceci reste bien superficiel.

Ce raccourci n’est pourtant pas si étonnant : le développement durable est un enjeu éminemment complexe. Il est d’ailleurs caractérisé par ce qui distingue les systèmes complexes des systèmes compliqués, en ce sens qu’il existe une marge certaine d’imprévisibilité. Or nous ne sommes pas du tout à l’aise avec l’imprévisible. C’est d’ailleurs tout l’enjeu du principe de précaution qui se fonde sur une non certitude mais qui vise à nous préserver de conséquences qui pourraient être dévastatrices.

Pour la mise en œuvre d’actions visant un développement durable, je proposerai donc une grille de lecture qui s’inspire des théories du management, de la gestion de la complexité en l’illustrant par des actions menées à Genève.

Pour gérer la complexité, je retiendrai trois stratégies qui doivent être développées de concert : capacité d’adaptation, connaissances et compétences, réseau et partenariat.

La capacité d’adaptation se caractérise par la prise en compte de son milieu pour y puiser des solutions adaptées en termes de durabilité. Le projet Genève-Lac-Nations illustre parfaitement ce propos. On utilise l’eau du Lac Léman afin de climatiser les bâtiments d’un quartier proche. Une réalisation qui devrait permettre dès 2010 d’économiser 6900 ToCO2equ/an.

Le développement des connaissances et des compétences est un élément incontournable de la gestion de la complexité. Afin d’y répondre, nous avons opté pour la réalisation de guides pratiques à destination des entreprises, des individus, des établissements scolaires et des collectivités locales. Ils visent à offrir des moyens d’intégrer le développement durable au quotidien.

Enfin, last but not least, sans réseau et partenariat il me semble impossible de résoudre les questions qui nous sont posées. Nous devons agir ensemble, échanger nos pratiques, nos doutes, nos succès et nos échecs. Par ailleurs, dans certains domaines, telle que la politique d’achat professionnelle, nous avons besoin les uns des autres pour influer sur l’offre, sur les marchés. C’est tout l’intérêt de réseaux comme Dur’Alpes qui nous offre la possibilité de mieux connaître nos actions sur un territoire que nous partageons.