Arnaud Dutheil

Directeur du CAUE de la Haute-Savoie.

  Le développement durable vous y croyez ?

 

 

Posée ainsi, la question en appelle beaucoup d’autre : y croire ? S’agit-il d’une croyance ? La notion de développement associé à durable ? Durable ou soutenable ? En fait, après réflexion je ne m’attacherai pas à répondre directement mais vais essayer d’aborder quelques changements intervenus dans notre environnement de travail depuis trente ans… Le CAUE de la Haute-Savoie est né en 79 pour promouvoir la qualité du cadre de vie et par ses missions est un témoin privilégié de l’évolution du territoire et de son organisation.

La perception de l’environnement a évolué considérablement : passant d’une notion de cadre de vie au paysage, puis aux milieux naturels, aux ressources pour aboutir au développement durable. Cette relation de l’homme à son environnement est l’expression d’une société à un moment donnée. Sous des dehors qui se veulent de plus en plus scientifiques la question environnementale est fondamentalement culturelle.

L’Université et l’éducation : le nombre de bachelier a triplé en trente ans. La population est mieux formée et donc à même d’aborder la globalité des problèmes d’aménagement et des questions de cadre de vie. La perception des équilibres économiques, écologiques, sociaux ont évolué avec la prise de conscience d’un monde « limité » en ressource. Une remise en cause des « experts » a eu lieu empêchant parfois l’émergence de projet innovant au profit d’un consensus rassembleur. Issus de la population, les élus disposent des connaissances qui les préparent aux prises de décision même si les dossiers sont de plus en plus techniques.

Une remise en question des choix des collectivités et des administrations : les habitants prennent la parole au travers des associations mais également en utilisant les outils qui sont progressivement mis en place. Procédure de concertation, enquête d’utilité publique, débats, réunion de quartier, forums, blogs… Ces démarches nécessitent de la part des décideurs un travail important d’explication, de transparence, d’écoute et une grande capacité d’adaptation. Conséquence de ces débats : l’apparition de lobby, de phénomène NIMBY, et parfois le recul des notions d’intérêt public.

En trente ans, la décentralisation s’est faite, redistribuant les compétences : en particulier l’urbanisme est géré au niveau communal. Les maires ont appris à mettre en place des documents d’urbanisme, à signer des permis de construire… Chaque commune a donc son projet de développement communo-centré (malgré les SCOT) : on peut les lire sur les territoires et les paysages. Développement économique et droit de l’urbanisme ne font pas la qualité des projets. Les collectivités se sont progressivement dotées de services techniques efficaces et très bien formés. Leurs rôles d’aide à la décision des élus locaux en font des acteurs de l’aménagement du territoire.

La Haute-Savoie a changé : contraint par la géographie, les difficultés d’aménagement n’ont pas affectées en trente ans l’attractivité du territoire. Ses habitants acceptent certaines difficultés largement compensées par la qualité des espaces lacustres ou montagnards. L’afflux continu de population nouvelle favorise un brassage, appelé mixité sociale, en même temps que se font jour des volontés de sanctuariser des parties de territoire. Développement économique, croissance démographique, qualité de vie, 3 axes pour un développement soutenu du territoire : une culture nouvelle du territoire s’est construite autour des phénomènes de métropolisation appelé Sillon Alpin, de Valence à Genève.