Changement climatique dans les Pyrénées : du côté des stations de montagne

Article de Christian Jouve, le 2 nov, 2009

Les stations de montagne de demain sont à inventer aujourd’hui. En effet, le réchauffement climatique, une réalité qui ne fait plus débat, place les acteurs d’un territoire devant un double défi : réduire rapidement et de façon drastique les émissions de gaz à effet de serre et s’adapter à ses conséquences, puisqu’il est déjà amorcé. En un mot, prendre des mesures pour faire face à l’évolution du climat, c’est-à-dire tenir compte des changements actuels, mais aussi anticiper les changements à venir. Une adaptation indispensable pour ne pas avoir à subir les évolutions induites par le changement climatique, pour réduire les risques et les dommages liés aux incidences négatives actuelles et futures et, le cas échéant, tirer parti des avantages possibles.
Les zones de massif, plus sensibles que d’autres, doivent, sans tarder, imaginer les solutions aux problèmes de demain. Il appartient donc aux collectivités locales, représentantes des populations et des territoires, d’incarner cette volonté en impulsant les initiatives et en fédérant les acteurs locaux.
Si notre territoire alpin est plus que d’autres soumis au joug des bouleversements climatiques, le massif pyrénéen n’en est pas moins exempt. Quelles initiatives et quelles actions les territoires de projet pyrénéens mettent-ils en place pour lutter contre le changement climatique et s’y adapter ?

Point de vue du Commissaire à l’aménagement des Pyrénées, Christian Jouve, plus que jamais dans le « fait pyrénéen » puisqu’il vient de prendre, depuis peu, la direction générale de la Chambre Régionale de Commerce et d’Industrie Midi-Pyrénées.

Si nous n’agissons pas dès maintenant, nous nous exposons à un bouleversement radical du climat et à ses effets, avec les conséquences sociales et l’explosion des coûts que ces phénomènes vont engendrer.

Alors que le cumul entre l’éco-prêt à taux zéro et le crédit d’impôt « développement durable » est autorisé pour deux ans depuis le 2 février 2009, le Gouvernement s’est engagé dans la mise en place d’une nouvelle fiscalité « verte », à la fois tournée vers la protection de l’environnement et vers la croissance de l’économie.
Diviser par quatre nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 est le défi qui nous est lancé pour contenir le réchauffement climatique de la planète dans une limite acceptable.
Le Massif des Pyrénées plus que tout autre territoire est concerné par cet effort collectif. Aux espaces naturels qui le composent, s’ajoutent des écosystèmes d’exception que nous devons préserver malgré le nécessaire développement de l’activité économique qui passe par le tourisme principalement.

D’hier à aujourd’hui.

Les projections d’évolution des températures positionnent le massif des Pyrénées parmi les territoires les plus sensibles à l’évolution du changement climatique. Dans les années 1960-1970, la construction des stations signifie l’ouverture de la montagne au tourisme de masse et correspond au « boom » des sports d’hiver.
En ce sens, les stations de sports d’hiver répondent aux attentes des clients mais aussi aux impératifs d’un développement visant à accroître la productivité et la satisfaction des gestionnaires. Les dispositifs de défiscalisation récents n’ont fait d’ailleurs qu’accentuer la tendance.

A cette époque, l’environnement constitue un simple décor et un « terrain de jeu » devant être aménagé et équipé pour répondre aux besoins des touristes. Si la dimension sociale existe à travers l’accessibilité pour le plus grand nombre des stations de montagne, les populations locales restent trop souvent en marge des projets de stations, pôles de croissance supposés les entraîner vers la modernité.
D’autant que si la montagne s’est « urbanisée » c’est sans avoir véritablement, ni appréhendé, ni géré les économies d’énergie, ni les interdépendances nécessaire avec le piémont et les agglomérations par des moyens de transport adaptés. Seules deux stations sont accessibles par le train dans les Pyrénées. La voiture restant le moyen le plus communément employé pour y accéder.

Aujourd’hui, la donne a évolué et les stations de montagne sont prises en tenaille entre deux tendances lourdes qui pèsent sur leur devenir. D’un côté, le modèle de développement durable plébiscité, et de l’autre l’heure à la relance des investissements dans des stations qui ont vieilli et qui sont confrontées à un contexte d’incertitudes fortes lié non seulement à l’économie mais également en raison du changement climatique.
Quelle est donc la place du durable dans ce nouveau cycle d’investissement ? Constitue-t-il une opportunité de revisiter le modèle d’aménagement touristique en montagne et de lui donner un nouveau souffle ou ne permet-il qu’un simple toilettage des pratiques existantes ? Dans les Pyrénées et dans ce contexte, quel est le poids de l’aléa climatique sur ces investissements ? Dans quelle mesure la recherche d’une « garantie neige » est-elle cohérente avec une prise en considération accrue de l’environnement ?

Développement durable : nouvelles donnes.

Au nécessaire effort mis en œuvre pour l’arrivée d’éco-station et des équipements structurants permettant une mutation, le développement durable des stations de montagne passe aussi par une réforme de l’urbanisme en montagne. L’arrivée progressive des schémas de cohérence territoriale -SCOT- s’accompagne d’une refonte récente du champ d’application des procédures d’autorisation des unités touristiques nouvelles.
Les objectifs de la réforme visent au respect des équilibres entre protection et aménagement ainsi qu’à la concentration de l’urbanisme touristique dans les zones déjà urbanisées et dotées de services et les zones susceptibles d’être urbanisées en continuité de celles-ci.
L’utilisation rationnelle et économe d’espaces rares contribue à limiter l’impact sur les sites et les paysages du fait des ouvrages et aménagements réalisés ainsi que de la fréquentation qu’elles induisent respectant mieux ainsi les enjeux affirmés et les objectifs du grenelle de l’environnement.

La procédure UTN concerne trois types d’aménagements qui ont pour objet de desservir l’accès au domaine skiable :
   – les projets de remontées mécaniques,
   – la création d’équipements importants (golfs, …),
   – la création ou l’aménagement de bâtiments d’accueil touristique (camping, stations, hôtels, gîtes, refuges…).

Il est à noter que ces procédures, et c’est le cas à Font-Romeu, comme ailleurs sur la chaîne, font l’objet de procédures contentieuses forts longues qui depuis des années ont ralenti très sensiblement le rythme de l’accroissement des stations.
A ce stade il convient de souligner l’action volontariste qui va être engagée dans les Pyrénées visant à développer dans les stations la norme ISO 14001 qui est la plus utilisée des normes de la série des normes ISO 14000 et qui concernent le management environnemental.
Elle repose sur le principe d’amélioration continue de la performance environnementale par la maîtrise des impacts liés à l’activité de la station.
Cette certification AFAQ ISO 14001 couronne un travail de tous les instants qui voit l’ensemble des services s’impliquer autour d’un plan de management environnemental en plusieurs points qui va du tri des déchets et la valorisation dans des filières adaptées à l’entretien de produits bio-dégradables, en passant par l’achat de scooters équipés de moteurs « 4 temps », l’engagement dans un schéma directeur de végétalisation, le diagnostic énergétique sur les bâtiments ou la sensibilisation des clients et des salariés, etc.

Au-delà des mesures prises pour rendre plus économe le bâti, le partenariat Etat/Région dans le cadre de la convention interrégionale de massif a engagé dès l’année 2001 une politique de pôle touristique des stations de sports d’hiver. L’objectif est d’intégrer cette volonté politique de changement dans un contexte plus structurant et territorial d’où la mise en place de pôles touristiques de montagne.
Tout d’abord expérimentée sur la moitié de son territoire, cette politique a été généralisée dans le cadre de la nouvelle période de contractualisation 2007-2013.

Trois objectifs  sont poursuivis :
   – organiser et professionnaliser les acteurs touristiques du pôle,
   – structurer et moderniser l’offre autour de produits et de services de qualité à partir des activités dominantes (sports d’hiver, thermalisme, thermoludisme, activités de pleine nature, tourisme patrimonial…), dans un souci permanent de répondre aux attentes de la demande et dans une perspective de développement durable,
   – diversifier l’offre, dans l’optique d’allonger la durée moyenne des séjours et de favoriser la fréquentation durant toutes les saisons.

Devant l’importance de ces objectifs, le programme interrégional en faveur de l’offre touristique s’inscrit résolument dans une démarche de développement durable : valorisation du patrimoine culturel et naturel, implication des acteurs locaux et participation des populations locales aux dynamiques de développement touristique, protection des espaces sensibles, développement des projets Haute Qualité Environnementale et actions faisant appel aux énergies renouvelables.

Afin de sécuriser leur activité, de nombreuses stations de montagne ont fourni des efforts importants pour garantir la présence de neige en équipant une partie de leurs domaines skiables en neige de culture.

En parallèle, une attention a été portée sur l’optimisation du rendement de la neige naturelle ou de culture par des travaux de terrassement, de ré-engazonnement, de formation du personnel, d’amélioration des matériels, etc.
Ceci étant, et malgré ces équipements, la pratique des sports d’hiver demeure très dépendante de la variabilité du climat au fil des années.
Dans les 20 à 40 années à venir, au-dessus de 2 500 mètres, l’enneigement pourrait être touché de manière marginale ; en dessous de 1 500 m, il y aurait une réduction drastique du nombre annuel de jours de neige au sol. En dessous de 2 000 mètres, la croissance des précipitations hivernales se traduira plutôt sous forme de pluie.

Dans ce contexte, il apparaît important de consolider et diversifier l’activité des pôles touristiques qui contribuent fortement à l’attractivité du massif des Pyrénées, en anticipant les conséquences des évolutions climatiques.
La poursuite de la politique de soutien aux activités liées à la neige des stations de montagne doit s’inscrire dans une démarche de développement durable s’appuyant sur une diversification de l’offre des pôles touristiques, accompagnée d’une consolidation transitoire de l’activité « neige » pendant la période couverte par le schéma de massif, là où elle est menacée.
Les investissements considérés devront être amortissables à moyen terme -10 ans- et ne devront pas générer des effets négatifs significatifs sur l’environnement. La diversification permettra d’assurer la continuité d’une activité économique adaptée au contexte climatique futur.

Une réponse différente des stations de sport d’hiver aux aléas climatiques repose sur le développement d’activités complémentaires à la pratique des sports d’hivers (elles sont complémentaires et non alternatives car l’attractivité de la montagne l’hiver repose encore largement sur la neige).
Dans le massif des Pyrénées, le thermoludisme représente une part importante des nouvelles activités proposées. Les fréquentations enregistrées depuis ces dernières années confirment l’intérêt des clientèles pour ce type d’équipement.
Les efforts conduits se traduisent également par la recherche de pratiques nouvelles sur les stations en période hivernale et/ou estivale (utilisation des pistes de ski nordique pour la pratique du VTT par exemple).

C’est donc tout un ensemble d’actions concertées, profitant du partenariat établi entre les Conseils régionaux et généraux, l’Etat et les gestionnaires de stations qui, partant de la sensibilisation des citoyens et allant jusqu’à l’élaboration de politiques responsables (habitat, transport…) qui nous permettra de relever ce défi primordial qu’est le changement climatique pour les années à venir dans les stations de montagne.

  1. 1 commentaire pour “Changement climatique dans les Pyrénées : du côté des stations de montagne”

  2. par Moulor, le 23 nov 2009| répondre

    Bonjour,
    Dans le cadre du réchauffement climatique et de ses conséquences en terme d’enneigement dans les Pyrénées, pensez-vous que le projet d’extension de la station de Piau-Engaly soit pertinente ?
    La liaison entre la vallée de Saux et Piau doit notamment traverser la vallée de La Gela à 1700 m d’altitude, en frontière du Parc National des Pyrénées.
    Merci

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