Christian Monteil

Président du Conseil général de la Haute-Savoie.

 

  Apprendre à vivre ensemble

 

Le Conseil général conduit sous son contrôle plusieurs domaines de compétences que sont principalement l’action sociale, le développement des collèges comme infrastructures et la voirie pour son entretien et son aménagement. Il s’agit ici de domaines d’actions obligatoires qui occasionnent nombre d’investissements et d’engagements de la part du département.

Mais à ces domaines d’actions politiques qui possèdent un contexte particulier en Haute-Savoie - je veux parler de l’environnement touristique - il fallait aussi assurer une tournure spécifique sur la manière de gérer nos travaux. Elle concerne l’idée du développement durable.

Le développement durable n’est pas pour nous une façon de céder à une concession à la demande. Il relève de ce que l’on pourrait appeler un impératif catégorique, c’est-à-dire quelque chose qui s’impose à soi sans que l’on puisse vraiment y échapper.

Cette expression de « développement durable » qui ponctue le discours politique en le requalifiant quand il est en perte d’objectif, cet habillage rhétorique qui assure au moment des grands choix une visée légitime, reste pour nous comme une discipline indispensable voire incontournable. Le développement durable c’est notre signature. C’est une façon d’assurer l’idée que nous ne remettrons pas en cause les grands équilibres du territoire, que les projets qui voient aujourd’hui le jour ne sont pas un facteur entropique dans la consommation des ressources, que la nature et l’environnement sans les stigmatiser dans une sacralisation excessive, restent au titre des richesses du département, comme les fondements d’un avenir constructif.

C’est je pense un déplacement conceptuel très important de la gestion politique actuelle. Elle vivait hier sur ses déclarations, confiante que le dire était déjà prometteur de réalisation, pour aujourd’hui constater que le projet exige du maître d’ouvrage un savoir faire, mais aussi une façon d’être qui ne peut se départir de l’idée que toute action impacte son environnement. Et dans le temps et dans l’espace. Si bien que le développement durable en termes de transversalité dans l’action politique, est le domaine le plus prégnant de la vie contemporaine des collectivités.

Et nous serions bien avisés de restituer ici l’exemple de la candidature des Jeux Olympiques de 2018 quant aux orientations qu’elle a prises pour se singulariser parmi les autres candidatures concurrentes.

En dépit de la dimension du projet, qui pouvait paraître massif et occasionner des craintes sur l’impact environnemental, la teneur et la qualité du dossier se positionnent d’entrée sur le registre du développement durable: le bilan carbone sera nul.

Pour cela, la candidature s’est aménagée autour de grands axes de conception:

• l’utilisation maximale des infrastructures existantes : 70 % des sites de compétition sont déjà construits et homologués, 100 % des hébergements et des transports existent déjà,

• la priorité donnée aux transports en commun privilégiant les énergies propres : train, bus, transport par câble…

• un usage privilégié de véhicules légers à énergie propre sur les sites de compétition,

• la construction de bâtiments à énergie positive (Eco-villages olympiques et paralympiques) et d’installations respectueuses de l’environnement (par exemple un tremplin utilisant une combe naturelle du relief),

• un programme de compensation des émissions de CO2,

• la création de la « Fondation Eau, Neige et Glace pour la gestion durable des montagnes », une structure reconnue d’utilité publique à vocation environnementale.

On comprendra aisément que cette candidature est à la croisée de deux dimensions du département. L’existant et une mobilisation de l’ensemble du territoire. Cela veut dire que les énergies vont se fédérer autour d’équipements, autour de structures et de réseaux déjà existants. Ce qui est une forme d’innovation car en effet, des liens, des astuces, des procès doivent se confirmer et se rendre opérationnels en regard des impératifs du développement durable. Le développement durable renvoie donc à l’idée d’une appartenance à une communauté, ce qui est une transformation et un accroissement de l’idée de citoyenneté.

Nous ambitionnons les Jeux Olympiques de 2018 comme une véritable opportunité pour le territoire mais nous sommes parfaitement conscients que les retombées auxquelles nous voulons souscrire, ne seront valides qu’à la condition de reconduire les potentialités du territoire, sans toutefois les affaiblir. La place que nous offrons au développement n’est pas celle quantitative du marché et de ses exigences immédiates, mais celle plus subtile et qualitative d’un « vivre ensemble » qui serait offert à l’homme et à son univers de vie.