Consommer intelligent

Article de Catherine Claude, le 11 fév, 2008

Une production de luxe bio : le drap de Bonneval.

On en parle de plus en plus. Consommer intelligent, consommer durable, consommer moins et mieux. Mais tout ceci à un prix. Comment consommer mieux quand le niveau du pouvoir d’achat oblige la majorité des familles à acheter au moindre prix des produits issus des chaînes de production industrielles ? Le débat est ouvert. Les puristes préconisent aujourd’hui de consommer moins en attendant des filières économiquement accessibles. D’autres propulsent les arguments massues de l’emploi et de la croissance pour continuer à nous faire consommer plus. Comme toujours les réponses ne sont pas simples et toutes les options sont ouvertes.

Nous vous proposons de régulièrement vous présenter des entreprises qui ont choisi une voie qui offre la possibilité au consommateur d’entrer de plain pied dans une démarche durable. Et même si certains produits restent encore très chers, l’idée même que leur production ait été réfléchie de manière intelligente est une ouverture vers un mode de réflexion prometteur.

Le premier exemple que nous sommes allées chercher n’a rien à voir avec les produits de consommation courante. C’est même un produit considéré aujourd’hui comme un produit de luxe. Il est pourtant très symbolique d’une démarche raisonnable et raisonnée. C’est la preuve que l’on peut produire de la qualité sans se faire prendre dans les filets de la mondialisation et de ses tentaculaires circuits de distribution. Ceci, sans pour autant être voué à la disparition.

La Filature Arpin à Seez en Savoie produit depuis le 17e siècle, le célèbre drap de laine dit drap de Bonneval qui servait à coudre les vêtements des guides de haute montagne, des explorateurs – Paul Emile Victor était un inconditionnel – et même des tentes de bivouac. Depuis, la filature savoyarde a fait du chemin tout en conservant son esprit authentique et son savoir faire local. Elle est passée par bien des déboires pour finalement aujourd’hui représenter l’exemple d’une production française de qualité qui s’exporte aux quatre coins du monde sans avoir vendu son âme. Car ici, il est question de valeurs, de passion et d’amour du patrimoine.

Côté production d’abord où tout est local. La laine provient des moutons de la vallée élevés en pleine montagne dans un rayon de 30 km. Ce soutien à l’agriculture de Haute Tarentaise est un gage de qualité. Nettoyée à la main, débarrassée de ses impuretés avant d’être lavée, égouttée, la laine est ensuite séchée dans le vaste grenier de la filature. Et quand le foehn souffle à travers les planches, il ne faut pas beaucoup de temps et encore moins d’énergie pour y arriver ! Cette matière première subit 17 opérations différentes assurées par les maîtres lainiers et tisserands, tous habitants de la vallée.

Un savoir faire qui se transmet de génération en génération. Aujourd’hui, la moyenne d’âge des salariés est de 30 ans ! Les produits utilisés sont tous naturels. Des turbines produisent l’électricité nécessaire et les machines sont pour la plupart des pièces de musée. On parle même ici de remettre en service la « gratteuse », qui permet comme son nom l’indique de gratter la laine grâce à des chardons placés sur ses rouleaux.

Sans entrer plus loin dans le détail, sachez que ce système de production permet de tisser 8 000 mètres de tissu par an. Pas un de plus. Car ici, on produit sur commande et sur mesure. Hors de question de produire à tout va sans savoir de quoi sera fait l’avenir, même si la tentation est grande et rémunératrice. Une prudence de sioux qui permet à cette filature hors du commun de garantir une production zéro défaut. Et de travailler pour des clients qui ont la patience d’attendre leur commande plusieurs mois. Car des chalets de montagne aux lofts new-yorkais, grâce à une créativité exceptionnelle, la filature Arpin a su imposer son rythme, son identité culturelle et ses valeurs. Un magnifique exemple pour les apôtres du développement local et durable.

site www.arpin1817.com

Photos : © Arpin

  1. 1 commentaire pour “Consommer intelligent”

  2. par Finas, le 11 fév 2008| répondre

    Et si consommer intelligent c’etait d’abord consommer local (par exemple des pommes ou des prunes a la place des bananes et des oranges ou encore du Beaufort et de la tomme … ) ?

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