Coup de balai sur les montagnes

Article de Catherine Claude, le 26 mai, 2008

Depuis le début des années 1990, la protection de l’environnement est devenue une préoccupation collective. La question des déchets est quotidienne et touche chaque individu tant sur le plan professionnel que familial. Consommateur, jeteur, usager du ramassage des ordures ménagères, et trieur de déchets recyclables, citoyen ou contribuable, chacun peut et doit être acteur d’une meilleure gestion des déchets. Chaque citoyen peut jeter moins et jeter mieux. En montagne, qui aurait cru !

La Journée nationale de ramassage des déchets coordonnée par Mountain Riders qui s’est tenu le samedi 24 et dimanche 25 mai 2008 est devenu un des rendez-vous montagne indispensable après la fonte des neiges.

Inspirée des initiatives océanes de Surfrider Foundation, le Collectif national éco citoyen a réédité la 7ème opération de nettoyage des pistes sur tous les massifs français, avec comme nouveauté cette année, des interventions au delà de nos frontières. Du massif du M’Goun (Maroc) à Arthur’s Pass (Nouvelle Zélande) en passant par St-Lary 1700 (Pyrénées),  Les Houches, La Bresse, Val d’Isère, les Arcs ou Gstaad (Suisse), cet engagement de tous pour une montagne préservée grandit d’année en année.

Ces journées permettent de réunir le temps d’un week-end les passionnés et les professionnels sur un même site, témoignant du respect qu’ils portent à la montagne.
Les chiffres clés de l’année précédente sont considérables : sur 41 stations des Alpes du Nord, du Sud, des Pyrénées et des Vosges soit 10% des stations françaises nettoyées, 20 tonnes de déchets ont été ramassés par 2500 volontaires.

Pensez global, agir local.

L’objectif est évidemment de nettoyer les pistes, mais c’est aussi l’occasion de sensibiliser les pratiquants et les professionnels aux déchets et à l’état des montagnes au moment de la fonte des neiges. Elle permet également de mettre en avant des gestes simples, de responsabiliser les différents acteurs de la montagne, professionnels et sportifs, sur la question d’une gestion durable de l’activité touristique en station et de favoriser la prise de conscience de chacun sur la nécessité de réduire les déchets à la source.

Aujourd’hui, chaque Français produit 360 kg de déchets par an, soit presque un kilo par jour ! Seulement 12% sont recyclés – la Suisse par exemple recycle 48% des déchets ménagers et industriels – 40% sont enfouis et 40% sont incinérés. Soit 290 kg, traités de manière peu écologique. 1/3 du poids de nos poubelles sont des emballages ! Des progrès ont été réalisés depuis 10 ans avec la mise en place du tri sélectif et les rejets de dioxines par les incinérateurs ont été divisés par 6, entre 1995 et 2004. Mais le coût de gestion de ces déchets ne cesse de croître, tout comme les émissions de gaz à effet de serre liées à leur traitement.

D’année en année, les nettoyages successifs en montagne et la prise de conscience personnelle ont globalement favorisé le recul du nombre des déchets d’hiver : canettes, emballages, bouteilles plastiques, mégots etc. Cependant, sur quelques sites, des décharges sauvages sont encore découvertes – voitures, ferraille diverse, emballages plastiques, roues -malgré l’existence d’une déchetterie dédiée à ce type de déchets sur la commune. Plus grave encore, le bilan 2007 des journées de ramassage des déchets sur les pistes de ski en stations de montagne fait apparaitre parmi les détritus, l’existence de plastiques divers, de minerais (fer, aluminium…) mais aussi la présence de fuites de fioul, d’huile ou d’hydrocarbure.

La montagne est un milieu très fragile ; l’altitude, les températures très basses et les longues périodes de gel prolongent la durée de vie des déchets. Au-dessus de 3 000 mètres une bouteille mettra des siècles à se dégrader !
Dans ce climat extrême, les animaux sont plus vulnérables et résistent encore moins à la pollution de l’homme.
Mégots, papiers, emballages plastiques se retrouvent dans les torrents et polluent l’eau par leurs substances chimiques. Les petits ruisseaux faisant les grandes rivières… ceci jusqu’à l’océan ! Par ailleurs, les déchets se dégradent et s’infiltrent dans les sols des pâturages que broutent les vaches et les brebis, polluant ainsi la chaîne alimentaire jusqu’à l’homme.

Des actions largement soutenues.

Pour permettre à cette opération d’être largement entendue, deux parrains de qualité, de nombreux partenaires associatifs, professionnels et institutionnels, les habitants et les vacanciers se sont mobilisés auprès du collectif de ramassage.

Mathieu Crepel, champion du monde de Half Pipe et de Big air 2007, est particulièrement sensible aux questions environnementales, « Rider ne peut se faire sans une conscience du milieu dans lequel on évolue ». Sa stature internationale permet au collectif de passer son message au plus grand nombre et prouve que le milieu du snowboard peut se mobiliser pour son environnement.

Arian Lemal, « Le Balayeur des Cimes », a réalisé, depuis 2006 plusieurs expéditions de nettoyage en haute altitude : Aconcagua (6962 m), camp de Base Kanchenjunga (5200 m), La Réunion, Le Mont-Blanc et les Alpes. Cette année il se joint au collectif de ramassage en organisant lui-même une journée en Nouvelle-Zélande.

Les autres partenaires, La Fondation Nicolas Hulot, l’Ademe, l’Association Nationale des Maires des Stations de Montagne (ANMSM) qui rassemble plus de 101 stations de montagne en France sur 5 massifs, soit 117 maires adhérents et 2 millions de lits touristiques, quant à eux, soutiennent le collectif dans sa démarche de protection du milieu montagnard, en relayant l’information auprès de leurs adhérents et de leurs réseaux, mais aussi en fournissant des outils pédagogiques sur chaque site de ramassage.

Malgré ses allures imposantes, la montagne est une grande dame délicate qui demande la plus grande attention et le respect de tous. Un passage obligé, une attitude responsable pour l’ensemble des acteurs de la montagne – professionnels et touristes – si l’on souhaite péréniser ce qui fait l’activité des uns et le plaisir des autres.

Lien vidéo Mountain Riders ici  

  1. 2 commentaires pour “Coup de balai sur les montagnes”

  2. par thomas deniset, le 27 mai 2008| répondre

    Sur le principe cette initiative est bonne et on ne peut que saluer le fait d’aller nettoyer les montagnes. Je voudrais juste mettre un petit bémol, car une fois de plus on en appelle au bénévolat pour palier les manques des entreprises ou des collectivités et je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec les volontaires qui nettoient les plages lors des marées noires. C’est tout à leur honneur mais ça ne devrait pas être à eux de le faire.
    Il me semble que les stations dans l’ensemble et les sociétés de remontées mécaniques réalisent en général des profits conséquents, à renfort de deniers publics parfois, et qu’en toute logique il serait de leur responsabilité de nettoyer « leurs » pistes la saison terminée, sans avoir à faire appel à des bénévoles. Aller nettoyer la montagne oui, aller nettoyer des pistes exploitées ça me parait un peu paradoxal. Mais ce n’est là qu’une opinion personnelle…

  3. par sara magnon, le 1 juin 2008| répondre

    Maintenir propres nos montagnes, nos pistes de ski et de ski de fond est un act de respect pour la faune et la flore de nos montagne et de notre planète.

    La seule pensée que nos chevreuils et nos poissons de rivières mangent nos déchets plastiques et meurent lentement d’occlusions…me remplis de tristesse devant tant d’injustice.

    Nous sommes TOUS répond-able (v. répondre) de nos actes, de même que nous sommes tout aussi répond-able des actes de nos voisins. Se taire ou détourner le regard, c’est se rendre complice.
    L’éducation se fait par la parole (un peu), elle se fait essentiellement par l’exemple, alors soyons un exemple pour nos enfants.

    Aujourd’hui, les habitants de Gresse-en-Vercors se sont mobilisés pour une opération « Gresse Propre ». Bien que le thème aurait pu être plus festif, c’était un moment de partage sympathique et convivial, malgré l’herbe et les pieds trempés par les pluies de ces derniers jours. Des visiteurs, intrigués par notre remue-ménage, se sont arrêtés pour échanger quelques mots dans la bonne humeur.

    Nous avons ramassés une remorque pleine de détritus.

    Et pourtant …

    Le conducteur d’une voiture a ralenti à notre hauteur, a baissé sa vitre, toisé le groupe de volontaires, et jetté son emballage plastique sur la voie avant de continuer sa route ! …

    ça vient, petit à petit on y arrive … bien qu’il reste, de toute évidence, encore beaucoup d’éducation à faire è

    La preuve en est faite : nous étions une bonne trentaine d’hommes et de femmes de bonne volonté…

    Il était seul…

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