Débit de fuite, 255 000 euros pour sauver les eaux du lac

Article de P/DurAlpes, le 8 nov, 2007

Depuis plusieurs années, un inquiétant abaissement estival des eaux du lac de Lessy a été constaté.

Le contexte
Situé à 1 733 m d’altitude, sur la commune de Petit Bornand les Glières, dans le massif des Bornes en Haute-Savoie, le lac de Lessy profond de 5 m, recouvre une surface de 7,1 hectares.
Il recueille les eaux de pluie d’un bassin versant de 111 hectares, est alimenté en eau par une source située au Nord-Est et alimente lui-même pour partie la source de la Puya. Celle-ci contribue à l’alimentation en eau potable de la population de Petit Bornand. Le niveau anormalement bas du lac durant les mois d’été a pour effet d’entraîner une grande quantité de particules fines dans le régime karstique et donc d’altérer la qualité de l’eau potable.

Les décisions
En conséquence, la communauté de communes Faucigny-Glières (Ayze, Bonneville, Contamine sur Arve, le Petit Bornand les Glières, Vougy) a organisé plusieurs études afin d’établir un diagnostic précis de la situation puis lancé un appel d’offre pour une mission de maîtrise d’œuvre permettant à ce site naturel de retrouver sa morphologie normale.

Les coupables
Un suivi du niveau d’eau du lac, un levé topographique permettant d’en estimer sa contenance ainsi qu’une campagne de reconnaissance géophysique ont désignés 2 exutoires sous lacustre responsables des pertes hydriques. Immergés la plupart du temps, ces exutoires n’apparaissent que lorsque le niveau du lac diminue.  Le débit des fuites peut atteindre jusqu’à 1800 m3 par jour.
Par ailleurs, les études réalisées ont permis de montrer que les eaux qui s’infiltrent ont une résurgence 700 m plus bas, au niveau de la source de la Puya.  
En revanche, l’analyse a révélé une bonne qualité physico-chimique de l’eau, des espèces d’invertébrés classiques dans ce genre de lac de montagne, et une seule espèce de poisson, le vairon.   

Les actions
Pour limiter l’abaissement du niveau des eaux, les travaux à conduire consistent à interdire à l’eau l’accès aux exutoires. Une opération non dépourvue de contraintes, comme, par exemple, faire en sorte que ces travaux soient réversibles, et prendre les précautions nécessaires en phase de chantier pour éviter de polluer l’eau potable de la commune (laitance de ciment, etc).
Les travaux vont donc consister à coiffer les exutoires par une géomembrane de près de  30 m2 permettant d’assurer l’étanchéité, surmontée d’un élément en béton préfabriqué de 1 m2 et de 1,50 m de hauteur jouant le rôle de trop-plein.

Un partenariat fort
Une large concertation a été ouverte avec les riverains du site, les représentants du monde écologique, les services de l’Etat, les communes concernées, les associations de pêcheurs et les agriculteurs, sous forme de comités de pilotage qui se sont tenus aux différents stades d’avancement du projet.
Estimé à 255 000 euros, ce chantier difficile d’accès qui nécessite des interventions héliportées va permettre au lac de retrouver dès 2008, son niveau initial.

Retour aux sources
Les hivers fortement enneigés, les niveaux élevés de précipitations dans les Alpes ont toujours assuré un apport hydrique régulier et élevé, qui rendait jusqu’à présent les pertes périphériques d’eau acceptables. Cette période est révolue : le lac de Lessy est un bon exemple qui montre que même dans nos Alpes ”vertes” nous allons aussi devoir apprendre à gérer une ressource plus faible, et par ailleurs convoitée pour de multiples usages. Fuites par ici, gaspillage par là, l’eau est aussi à l’heure de la gestion durable.

 

 

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