Dégâts des eaux : les PCB

Posté le 3 nov, 2008 | par Sarah Jung |

Pyralène : une pollution de grande envergure (Le Progrès)…  Pollution aux PCB : après le Rhône, tous les fleuves en alerte (Libération)…  Le Rhône empoisonné (Libération)…  Le Rhône pollué par les PCB : un Tchernobyl français (WWF). En 2007 et 2008, les PCB ou polychlorobiphényles ont été au devant de la scène médiatique française. Dans les lacs alpins (lacs Léman, Annecy et le Bourget), suite à des analyses mettant en évidence une contamination par les PCB, la pêche des “Ombles Chevalier” a été interdite en avril 2008. L’interdiction a été levée en juin 2008 sur les lacs d’Annecy et Léman mais elle reste valable pour le lac du Bourget.
Une contamination aux PCB n’est pas décelable à l’œil nu. Seule l’analyse en laboratoire permet de détecter ces composés qui représentent pourtant une véritable menace pour l’environnement.

Sarah Jung - doctorante au CEREVE (centre d’enseignement et de recherche sur l’eau,  la ville et l’environnement ; laboratoire commun à  l’École  Nationale des Ponts et Chaussées et à l’École Nationale du Génie Rural, des Eaux et des Forêts) université Paris-Est – répond à nos interrogations et dresse le portrait type de l’agent responsable, identifié comme  l’un des « douze salopards »…

Les PCB, c’est quoi ?

Les PCB sont des composés organiques chlorés issus de l’industrie chimique, formés d’un squelette biphényle sur lequel sont substitués 1 à 10 atomes de chlore en position variable. Ils ont été synthétisés et commercialisés, sous forme de mélanges techniques, pour la première fois en 1929 par la société américaine Monsanto. Le pyralène est le mélange commercial le plus connu des PCB produits en France. Les propriétés thermiques, d’isolants électriques et d’ininflammabilité de ces substances ont conduit à leur utilisation massive comme isolants électriques dans les transformateurs et les condensateurs et comme fluides caloporteurs pour le transfert de calories dans des installations industrielles diverses. Ils ont également été utilisés comme lubrifiants dans les turbines et les pompes, dans la formation des huiles de coupe pour le traitement du métal, les soudures, les adhésifs ou les papiers autocopiants sans carbone. La production mondiale de PCB entre 1930 et 1993 est estimée à 1,5 millions de tonnes (dont 10% en France).

Quel risque pour l’homme et l’environnement ?

Dès les années 1970, les scientifiques mettent en évidence une contamination de l’environnement aux PCB avec une prise de conscience progressive de leur nocivité. Pour l’homme, le risque de toxicité aiguë des PCB est faible. La plupart des effets résultent d’exposition chronique ou à répétition. Les PCB présentent notamment des effets génotoxiques, neurotoxiques et neurocomportementaux. Ils sont classés comme mutagènes et cancérogènes probables. Dans les années 1980, dans un grand nombre de pays des mesures réglementaires sont prises pour interdire leur production et leur utilisation. Aux termes du protocole d’Aarhus de juin 1998 et de la convention de Stockholm de mai 2001 l’ONU a classé les PCB comme l’un des douze Polluants Organiques Persistants (POP) encore surnommés les « douze salopards ». Les POP sont des composés persistants dans l’environnement, ils résistent aux dégradations naturelles. Ils sont hydrophobes et lipophiles (ils ont une affinité plus grande pour les graisses que pour le milieu aqueux). Ainsi, dans le milieu aquatique, ils s’adsorbent plutôt sur les sédiments et évitent la phase aqueuse ; ils ont également tendance à s’accumuler dans les sols. Au niveau des organismes, ils sont stockés dans les tissus adipeux et s’accumulent le long de la chaîne trophique. Dernière caractéristique, les POP sont des composés semi volatiles ce qui implique qu’ils ont la capacité de se volatiliser à partir des sols et des milieux aquatiques pour repasser dans l’atmosphère et être transportés sur de longues distances, avant de se redéposer. Le cycle de volatilisation-déposition peut se répéter de nombreuses fois et les POP peuvent ainsi se retrouver dans des zones très éloignées de leur région d’émission. Au cours des dernières années de nombreux travaux ont suivi l’évolution de la contamination aux POP dans les régions polaires. On constate en fait que la contamination des différents compartiments de l’environnement aux PCB est un problème environnemental d’envergure mondiale.

Contamination aux PCB : une vieille histoire ?

L’analyse de carottes de sédiments lacustres permet de retracer l’historique de cette contamination et d’en comprendre l’origine. Dans les pays d’Europe de l’Ouest (Angleterre, Italie, Suisse, France) et d’Amérique du Nord, les PCB apparaissent dans les archives environnementales (sédiments lacustres ou marins, tourbières, sols) à partir des années 1930 avec le début de l’industrialisation des PCB. Les niveaux les plus élevés sont mesurés entre 1960 et 1970 c’est-à-dire au maximum de production et de consommation de ces produits puis les apports décroissent de façon significative à partir de 1970 avec les premières mesures réglementaires sur l’utilisation et la production des PCB.

Les mêmes tendances ont été observées dans les sédiments du lac du Bourget : les profils de PCB sont liés à l’histoire de la production industrielle et de l’utilisation des ces composés. Toutefois les concentrations particulièrement fortes mesurées dans les sédiments du Lac du Bourget indiquent une contamination locale et non une pollution atmosphérique à longue distance. Dans les sédiments de surface, malgré l’interdiction d’utilisation et de production des PCB depuis maintenant plus de 20 ans, on observe encore des apports récents dans le lac. Ces apports semblent être constants depuis une dizaine d’année et proviennent probablement de la remise en circulation de PCB à partir de stocks environnementaux de PCB (par exemple : sols de sites industriels anciennement contaminés, décharges…).

Le contexte particulier de la région Rhône Alpes.

Lors de l’inventaire nationale de 2002 initié par le Ministère de l’écologie et du développement durable, 50000 appareils contenant des PCB ont été inventoriés dans la région Rhône Alpes, soit 10% des appareils inventoriés en France. Sur le Rhône, une source de contamination a clairement été identifiée au niveau d’une usine spécialisée dans la décontamination de matériel électrique contenant des PCB. Par ailleurs, la base de données sur les sites et sol pollués BASOL, recense plusieurs anciens sites industriels fortement contaminés dans la région : en Isère, deux anciens sites de production de diélectriques chlorés et sur le territoire du Lac du Bourget, une usine de transformateurs et de condensateurs implantée à Aix les Bains en 1921

Les PCB, une molécule parmi tant d’autres…

Les PCB ne sont malheureusement qu’un exemple parmi tant d’autres molécules d’origine anthropique présentant une menace pour les milieux aquatiques : dioxines, furanes, pesticides, médicaments (via les rejets de particuliers et des hôpitaux)… La liste est longue : la directive cadre européenne sur l’eau (Directive 76/464/CEE) recense 132 substances prioritaires potentiellement dangereuses pour l’environnement, sans compter les substances nouvellement commercialisées.

L’exemple des PCB montre que le chemin peut être long entre l’identification du danger d’une substance pour l’environnement et la mise en place d’une réglementation adaptée. Espérons que la directive européenne REACH (enregistrement évaluation et autorisation des substances chimiques) sur la réglementation de mise sur le marché des substances chimiques, en vigueur depuis le 1er juin 2007, aidera à ne pas commettre à nouveau les erreurs du passé.

 

Photos : © Carole Stoffel et Denis Favre Bonvin – MIRCO éditions - Tous droits réservés

  1. 1 commentaire pour “Dégâts des eaux : les PCB”

  2. par Steimlé André, le 5 nov 2008| répondre

    Cette article est très clair, et montre une fois de plus qu’il faudrait poursuivre les sociétés qui poluent sciemment. Une compagnie comme Monsanto aurait du être condamnée en proportion des ravages qu’elle a commis, c’est à dire qu’elle ne pourrai plus gagner de l’argent en détruisant la planète.

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