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	<title>DurAlpes.com : Le développement durable dans les Alpes</title>
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	<description>Le développement durable dans les Alpes : Urgence, Gestion, Climat, Réchauffement climatique, Tourisme, Eau, transports, Isère, Savoie, Hautre-Savoie, Suisse, Intelligence collective, Ecologie industrielle, Energie, Chauffage, Bois, Solaire, Geothermie, Glacier, Parc naturel régional, Environnement, Réchauffement climatique, Economie, Glaciers,</description>
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		<title>Du développement durable à une démocratie écologique  &#124; 2ème partie</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Jun 2011 06:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dominique Levet</dc:creator>
				<category><![CDATA[ACTIONS]]></category>

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		<description><![CDATA[.
Crise écologique et démocratie représentative 
La réponse à la crise ne peut venir que d’un nouvel équilibre établi   entre les devoirs de l’individu à l’égard de ses semblables et de la   biosphère&#8230; Deuxième partie d&#8217;article dans laquelle Dominique Levet, historien et professeur en   sciences politiques des problématiques environnementales et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #ccffff;"><strong>.</strong></span></p>
<p><strong><span style="color: #b22222;">Crise écologique et démocratie représentative </span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-full wp-image-2442" title="DLR article mai 2011_site 220" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/DLR-article-mai-2011_site-220.jpg" alt="DLR article mai 2011_site 220" width="220" height="270" /><em>La réponse à la crise ne peut venir que d’un nouvel équilibre établi   entre les devoirs de l’individu à l’égard de ses semblables et de la   biosphère&#8230; </em>Deuxième partie d&#8217;article dans laquelle <span style="color: #b22222;"><strong><strong>Dominique Levet</strong></strong>,</span> historien et professeur<em> </em>en   sciences politiques des problématiques environnementales et de   développement durable à Paris Tech, vice-président de la Maison Alpine   du Développement Durable ouvre le débat de la démocratie écologique.</p>
<p style="text-align: justify;">Convoqué à Rio de Janeiro, en juin 1992, par l’Organisation des Nations Unies, le « <em>Sommet de la Terre</em> » s’est tenu en présence d’une centaine de chefs d’Etat et de gouvernements, de plus de 1 500 ONG. Il a permis de porter le nouveau « concept » de développement durable &#8211; défini par la commission présidée par Mme Brundtland, comme « <em>un mode de développement qui satisfait les besoins des générations présentes sans diminuer la capacité des générations futures à satisfaire les leurs </em>» &#8211; au cœur de la réflexion engagée par les Etats présents, dans leur recherche de solutions à la crise écologique. Le message qu’ils ont adressé au monde était un message d’espérance, le développement durable étant présenté comme la synthèse, nécessaire et possible, entre un développement respectueux des hommes et de leur devenir et de la niche écologique où ils vivent.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le développement durable achevait, en quelque sorte, le procès du « <em>développement</em> » entamé deux décennies auparavant par le Club de Rome, du moins, tel qu’il avait été défini au lendemain de la  Seconde Guerre mondiale, dans un contexte de Guerre froide. C’était remettre en question les théories qui avaient servi de fondements à toutes les politiques publiques conduites depuis 1945. Le développement durable introduisait une approche radicalement nouvelle de l’avenir des sociétés, écologiste et environnementaliste, et insistait, après que le Club de Rome l’ait mis en évidence au début des années Soixante-dix, sur le fait que les ressources naturelles de la planète sont limitées, non renouvelables pour certaines &#8211; les énergies fossiles entre autres &#8211; et, qu’en d’autres termes, nous vivions au dessus de nos moyens, dans un monde fini aux ressources limitées.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Malmené, voire rejeté &#8211; tout au moins par certains -, le concept de développement est en retrait au moment où l’aide publique au développement perd de son intérêt : il n’est plus une arme brandie dans le conflit qui oppose le camp occidental au camp soviétique. Bien au contraire, il devient un fardeau pour les pays riches qui, en ce qui concerne les Européens, découvrent d’autres territoires où leur intervention sera plus productive et plus utile sur les plans politique et économique, l’Europe centrale. Ainsi, ils permettront aux anciens pays communistes d’entrer dans l’Union européenne. Au moment où « triomphe » le développement durable &#8211; du moins en termes de communication &#8211; s’imposent, sur la scène internationale, les grandes ONG humanitaires et environnementales, majoritairement du Nord, souvent anglo-saxonnes[1] organisations très présentes à Rio et qui, pour les plus importantes, n’ont jamais contesté de façon catégorique le modèle occidental[2].</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-full wp-image-2487" title="APP2001122034272" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/1-1437.jpg" alt="APP2001122034272" width="220" height="294" />La  Déclaration de Rio, qui clôt les travaux de la Conférence, a défini les axes majeurs des actions à conduire pour permettre une meilleure gestion de la planète, promouvoir les droits et les principes de responsabilité des Etats et des personnes en matière d’environnement, viser à une plus grande équité entre pays riches et pays pauvres. Les plus faibles au sein de la communauté humaine, ceux qui sont souvent oubliés, y tiennent une place éminente : les femmes, les jeunes, les populations et les communautés autochtones, les peuples opprimés, dominés ou occupés[3]. Plusieurs documents, vrais textes fondateurs, portent le message de Rio : les « <em>27 principes de la déclaration de Rio </em>» avec, en tête, l’affirmation que « <em>les êtres humains sont au centre des préoccupations relatives au développement durable</em> » ; le programme « <em>Agenda 21</em> » ou « <em>Action 21</em> », « <em>stratégie globale pour le développement durable </em>» aussi bien à l’échelle internationale que locale, préfiguration d’« <em>un nouveau partenariat mondial pour le développement durable</em> ». Les recommandations de Rio sont à l’origine de la signature de trois conventions : sur la diversité biologique[4], les changements climatiques[5] et la lutte contre la désertification[6].</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Les décennies Soixante-dix &#8211; Quatre-vingt, ont été celles de l’écologie politique &#8211; ne l’oublions pas, subversive &#8211; avec des combats violents, en particulier, contre le nucléaire. La décennie suivante s’ouvre sur le concept de développement durable &#8211; concept d’autant plus consensuel que chacun met ce qu’il veut sous ce vocable, non sans arrières pensées, parfois -, qui prend, rapidement, le caractère d’un discours hégémonique, d’une nouvelle idéologie. Aussi, pouvons-nous nous demander si le développement durable est un nouvel outil d’adaptation de la société de croissance aux « <em>limites de la planète</em> »[7] ou bien s’il est l’institutionnalisation de l’« <em>écologie subversive</em> » des années Soixante-dix, ou encore le processus par lequel il sera permis à l’humanité de sortir de l’âge industriel, de l’exploitation de l’homme par l’homme &#8211; ce que le marxisme n’a pas permis de réaliser &#8211; et de la destruction de sa niche écologique ?[8].</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-full wp-image-2490" title="rio conference" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/1-1443site.jpg" alt="rio conference" width="220" height="161" />Après Rio, l’espoir semblait possible, la conjoncture internationale était plus favorable, la volonté de s’attaquer aux causes profondes de la crise écologique affirmée, l’union faisait la force : n’avions-nous pas vu à Rio chefs d’Etats et de gouvernements, grandes ONG, rejoints bientôt par les grands capitaines du capitalisme mondial ? Une telle situation paraîtrait idéale si nous ne savions pas, vingt ans après Rio, que la crise écologique n’est pas résolue mais, au contraire, qu’elle s’est aggravée. Si le contexte international n’explique pas tout il est utile, néanmoins, de rappeler que la Guerre froide est, à ce moment là, terminée, qu’elle s’est conclue par une défaite totale de l’U.R.S.S. et de ses satellites, et par la victoire des démocraties libérales ; victoire, en apparence définitive, au point que l’économiste américain Francis Fukuyama a pu parler, en 1993, de « <em>fin de l’histoire</em> »[9].</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En effet, un cycle de l’histoire planétaire semblait s’achever, celui de la Révolution, commencé à la fin du XVIII<sup>e</sup> siècle &#8211; avec la naissance des Etats-Unis (Déclaration d’indépendance le 4 juillet 1776), l’adoption de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen en France (26 août 1789) &#8211; pour se poursuivre tout au long du XIX<sup>e</sup> siècle et, finalement, donner naissance aux révolutions russe (Octobre 1917) et chinoise (proclamation de la République populaire de Chine en 1949) et à tous les mouvements apparentés. En fait, la fin de la guerre froide allait surtout libérer, sans complexes, les appétits d’un capitalisme financier qui parviendra à s’imposer sans difficultés, profitant du processus de mondialisation, tandis-que les populations des pays les plus riches recherchaient, avant tout, à préserver leur cadre de vie. Du côté des pays en voie de développement leur volonté affichée est d’accéder au même niveau de développement que celui des pays du Nord, Chine et Inde émergeant du lot et se présentant, dès lors, comme des concurrents redoutables pour les économies occidentales avec pour conséquences : une concurrence économique implacable, des prélèvements croissants sur les ressources, un impact environnemental accru et aggravé par une démographie en expansion.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Phénomène médiatique qui a envahi nos journaux, nos écrans de télévision, nos ondes, l’Internet ; argument de vente repris dans la plupart des pages publicitaires qui nous incitent toujours à acheter plus et non pas mieux ; omniprésent dans tous les discours politiques, à quelque niveau que nous nous situions, le développement durable est présenté comme une nouvelle croisade du bien (l’Occident qui protège la nature) contre le mal (la Chine et les autres pays émergents qui comptent bien accéder au même type de société que la nôtre) mais aussi contre l’ennemi intérieur, celui qui ne trie pas ou trie mal ses déchets par exemple. En fait, il fatigue, irrite, fait sourire les sceptiques, enrichit les plus malins et met mal à l’aise ceux qui ont conscience que la crise écologique est bien réelle et qu’il faut lui apporter des réponses efficaces et rapides, sinon définitives. N’en concluons pas, pour autant, qu’il n’est qu’une triste farce destinée à amuser le bon peuple et permettre aux plus cupides de continuer à s’enrichir au mépris des intérêts de la Res publica planétaire. Insistons, en revanche, sur le fait qu’il est urgent d’agir, et que pour cette raison le développement durable &#8211; tout au moins la cause qu’il incarne &#8211; exige, de la part de tous, un effort de réflexion pour affiner et maîtriser le concept, d’autant qu’il reste un « <em>concept flou</em> » et souvent perçu comme « <em>un concept glouton</em> » ;[10] qu’il demande un engagement de chacun, engagement pertinent, grâce à une haute conscience écologique, à laquelle on ne parviendra pas sans efforts et sans culture dans ce domaine.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La crise écologique, dans sa phase actuelle, présente quatre caractères majeurs[11]. C’est d’abord une crise planétaire. Aucune région du globe terrestre n’échappe au dérèglement climatique et à ses conséquences ; aucune région du globe n’échappera à la montée du niveau des eaux des mers, aux difficultés d’approvisionnement des populations en eau douce, aux accidents climatiques, plus fréquents et plus violents, aux crises de la faim[12]&#8230; Elles modifient profondément les données de géopolitique et de géostratégie qui doivent être mises en œuvre pour les traiter avec, un handicap majeur : il n’existe pas encore d’outils suffisamment performants, comme une ONU de l’environnement, ni d’autorité acceptée par la communauté internationale pour traiter ce type de question. Or, ce caractère planétaire des crises écologiques implique que la plupart d’entre elles doivent être traitées à l’échelle mondiale. Nous pouvons avec profit méditer de quelle façon est conduite la question de la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, le protocole de Kyoto et ses suites.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-full wp-image-2493" title="_Page_12" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/Page_12.jpg" alt="_Page_12" width="220" height="141" />C’est ensuite une difficulté sinon une incapacité de percevoir, grâce à nos seuls sens, les grands dérèglements écologiques contemporains : le trou dans la couche d’ozone, l’origine anthropique du dérèglement climatique, la pollution radioactive… Chaque fois, ce sont les scientifiques qui les ont mis en évidence : le travail de chercheurs californiens, sur les archives glaciaires du Groenland, a révélé les concentrations très élevées de plomb dans l’atmosphère ; la découverte, en 1985, au dessus de l’Antarctique, d’un trou dans la couche d’ozone &#8211; notre bouclier naturel contre le rayonnement des ultraviolets émis par le soleil ; l’intuition de Claude Lorius comme quoi les glaces des pôles pourraient constituer les archives de l’atmosphère, puis ses travaux avec des équipes internationales qui permirent de « <em>percer les secrets des archives de la Terre</em> » et d’apporter les preuves d’un réchauffement climatique dû à l’activité humaine, que l’on peut faire remonter à la  Révolution industrielle. Chaque fois, les annonces qui ont suivi ces découvertes sont, pour la population, sources d’angoisse ou causes de scepticisme voire, carrément, accusations de dissimulation de la vérité, parfois même de manipulations de la part du monde scientifique[13]et des responsables politiques. La question du dérèglement du climat, du fait des activités humaines, en est un bon exemple. Il arrive que nous ne soyons pas très éloignés des procès en sorcellerie du Moyen Age.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Autre caractère de la crise écologique que nous vivons, l’imprévisibilité et la complexité des crises. En sont responsables la multiplication des causes qui en sont à l’origine, le changement d’échelle quant aux territoires concernés. Ceci les rend d’autant plus difficiles à maîtriser et aléatoires les réponses qui leur sont apportées. De nombreux exemples peuvent être tirés de l’industrie agro-alimentaire et de l’industrie chimique. Le bon sens voudrait que le consommateur soit assuré que tout produit nouveau, issu de l’industrie chimique et mis sur le marché, soit au préalable contrôlé, qu’il ait l’assurance que le produit n’est pas nocif pour sa santé. On en est loin ! Depuis les débuts de l’industrie chimique, c’est de l’ordre de 6 millions de produits qui ont été inventés et 7 000, seulement, ont été testés. Plus de mille nouvelles molécules sont chaque année créées. Combien sont testées en laboratoire ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">On ne peut, enfin, ignorer que les grandes crises écologiques sont marquées par une forme d’inertie. Ainsi, une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère n’aura pas d’effet à court terme sur l’évolution du climat. Une fois le processus de dérèglement du climat enclenché ; aucune politique, aussi rigoureuse soit-elle, ne pourra l’inverser à l’échelle d’une ou deux générations. Elle pourra en limiter les effets, dans un premier temps, puis permettre aux générations à venir de ne pas être confrontées à un véritable cauchemar climatique. Ce paramètre est à mettre en relation avec le fonctionnement politique de nos sociétés démocratiques : le temps de l’écologie est un temps long, celui de la vie politique un temps court. Beaucoup trop court pour permettre à nos élus de disposer du temps nécessaire à la réflexion, indispensable pourtant à toute prise de décision ; beaucoup trop court pour qu’ils voient et, surtout, qu’ils bénéficient électoralement des effets d’une décision courageuse prise en cours de mandat. Le plus souvent, ce seront leurs successeurs, amis ou adversaires politiques, pas nécessairement leurs successeurs immédiats, qui en profiteront. Quand la communication impose son diktat, qu’elle devient une fin en soi et non simplement un outil de gouvernance, que les électeurs se comportent plus en consommateurs pressés d’obtenir des résultats, dont ils seront les premiers bénéficiaires, qu’en citoyens responsables, il y a, forcément, un hiatus.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-full wp-image-2496" title="pollution_site" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/pollution_site.jpg" alt="pollution_site" width="220" height="146" />On mesure la difficulté rencontrée devant l’ampleur des désordres auxquels il est impératif d’apporter des solutions : l’impact de nos actions n’est plus simplement local, il est planétaire, ses effets sont désormais massifs, et nous ne disposons d’aucune expérience sur laquelle nous appuyer dans cette lutte. Le savoir scientifique est indispensable à la prise de conscience des dérèglements écologiques, à la connaissance de leurs causes et de leurs effets, à la définition des moyens à mettre en œuvre pour leur résolution, à la réalisation de nouveaux progrès ; mais il génère, aussi, angoisse, ignorance, impuissance, &#8211; on peut l’espérer passagère -, discussions, à partir desquelles se multiplient les comportements anxiogènes et se positionnent charlatans de toute espèce désireux de gagner un argent facile par un commerce malhonnête. J’ajouterai que l’ampleur des questions relevant de la pollution &#8211; air, eau et sol -, l’inquiétude, légitime, à propos de l’appauvrissement de la biodiversité, les préoccupations liées à l’économie font que l’aspect social du développement durable est oublié, autant dans les pays les plus pauvres que dans les pays émergents, dans les pays industrialisés où l’on assiste depuis deux décennies au moins, il faut bien le dire, à une régression sociale.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Est-ce mauvaise volonté, mensonges, égoïsmes, tromperies, impérities, qui font que nous sommes incapables d’apporter les bonnes réponses à la crise écologique ? En partie oui mais pas seulement. Est-ce que responsables politiques et responsables des grandes associations environnementales ne seraient que marionnettes qui s’agiteraient en vain, illusionnistes soucieux, prioritairement, de conserver des positions avantageuses, tous otages de la sphère économique ? Ne les accablons pas nous sommes tous responsables. Ne désespérons pas des engagements des militants, des particuliers, des élus locaux, des enseignants, etc. qui cherchent par leur comportement quotidien, à leur niveau de responsabilité dans la société civile et dans leur travail, de prendre en compte la dimension écologique de notre vie en société, qui le font sincèrement et honnêtement. Peut-être faut-il rechercher les causes profondes de nos mauvais fonctionnements au cœur même de nos institutions politiques, de notre système économique, aux racines de notre culture ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Plusieurs scenari politiques ont été ou sont envisagés. Pour l’écologie profonde, ou Deep Ecology, une forme de fondamentalisme, l’Homme est responsable. Ses fondateurs, Aldo Leopold, forestier américain et Arne Naess, philosophe norvégien, estiment que c’est la dimension anthropocentrique de la civilisation occidentale qui est condamnable. Aldo Leopold, pense qu’une chose est juste « <em>lorsqu’elle tend à préserver l’intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique. Elle est injuste lorsqu’elle tend à l’inverse</em> »[14]. Arne Naess, créateur de l’expression <em>Deep Ecology</em>, affirme que le principe fondamental est « <em>l’égalité entre toutes les espèces</em> ». Ils sont pour une nature dotée d’une valeur intrinsèque, ce qui implique l’existence d’une « <em>communauté des espèces</em> » et les conduit à réclamer des droits pour la nature et à faire évoluer le droit, d’un droit anthropocentré vers un droit biocentré. Dans ce cas, la valeur suprême n’est plus la personne humaine mais la communauté biotique. Ce qui permet à Paul W. Taylor de dire que « <em>dans certaines situations, il est même plus grave de tuer une plante sauvage que de tuer un homme.</em> » ou encore que « <em>la disparition complète de la race humaine ne serait pas une catastrophe morale, mais plutôt un évènement que le reste de la communauté de vie applaudirait des deux mains</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Autre école, le « <em>scénario autoritaire</em> » d’Hans Jonas, qui plaide pour une éthique de la responsabilité. Il part du constat que l’homme, par sa faculté à inventer et développer des techniques toujours plus perfectionnées, par sa pratique du marché, a fait de la biosphère « <em>un bien dépendant</em> » de lui, sur lequel il peut agir et lui causer des dommages irréparables. Aussi, est-il investi d’une responsabilité nouvelle et Hans Jonas recommande, dans son livre, le « <em>Principe de responsabilité</em> » (1979)[15] : « <em>Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre […] de façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité future d’une telle vie.</em> » Mais il ne fait pas confiance à la démocratie représentative et, à l’opposé des partisans d’une « <em>idéologie de progrès</em>» qui attendent tout des technologies nouvelles, d’une écologie industrielle, annonciatrice d’une nouvelle ère de croissance, Jonas préconise une démarche « <em>heuristique[16] de la peur</em> » et propose d’instaurer une « <em>tyrannie bienveillante et bien informée</em> » dans laquelle une élite présiderait aux destinées de la société. On serait tenté de conclure, avec Michel Onfray, que la théorie d’Hans Jonas conduit à une « <em>défaite de la pensée</em> » car, qu’est-ce « <em>qu’une pensée qui joue avec la frayeur plus qu’avec la raison </em>» ? Il voit là un scénario philosophique mis en scène dans des films grand public, entre autres par Nicolas Hulot et Yan Arthus Bertrand[17].</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Reste, le scénario démocratique. Au cours de l’histoire occidentale la démocratie est déjà passée par deux étapes, celle de la démocratie directe, à Athènes au V<sup>e</sup> siècle avant J.-C., celle de la démocratie représentative, de la fin du XVIII<sup>e</sup> siècle à aujourd’hui. Peut-être, sommes-nous déjà entrés dans la troisième étape, celle de la démocratie écologique, qui pourrait nous permettre d’affronter la crise écologique avec une réelle efficacité[18].</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">A la Grèce, nous devons le mot, à Athènes (V<sup>e</sup> siècle avant notre ère), le concept et un exemple de pratique de la démocratie. En revanche, la démocratie athénienne n’est pas transposable dans un Etat moderne, eu égard, entre autres, aux différences d’échelles : la taille du pays et l’importance numérique de la population, le fait qu’elle ne fut possible que parce qu’il y avait l’esclavage. Mais elle reste une référence. Trois notions clés sont fondamentales : celle de liberté (ne pas avoir de maîtres avec une portée individuelle et collective), d’égalité (dans l’ordre politique et non dans l’ordre social) et de droit (liberté et égalité caractérisent chaque citoyen), bien qu’elles diffèrent des nôtres dans leur contenu. Elles se traduisent par l’égalité de chaque citoyen devant la loi (l’isonomia) et le droit et l’égalité de chaque citoyen à prendre la parole sur l’Agora (l’iségoria).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Changement d’optique, au siècle des Lumières. Alors que la liberté dans l’Antiquité n’appartient qu’à certains hommes &#8211; une minorité à Athènes (un citoyen pour dix esclaves) -, elle prend au XVIII<sup>e</sup> siècle une valeur éthique[19] et devient intrinsèque à la nature humaine. Les rédacteurs de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen l’inscrivent à l’article premier : « <em>Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits…</em> », et à l’article 2 : « <em>Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont : la liberté…</em> »[20]. Il s’agit d’une modification complète de la conception que l’on avait de l’homme : il est désormais libre par nature. C’est une révolution culturelle, la naissance d’une nouvelle civilisation, fondée sur le droit au bonheur (Déclaration d’indépendance des Etats-Unis, 4 juillet 1776), une liberté sans limite[21], pour aboutir à un individualisme qui finira par oublier l’intérêt commun ou à confondre l’intérêt général avec la somme des intérêts particuliers. Dans l’ordre du politique, une nouvelle légitimité, celle du peuple, se substitue à celle de Dieu ; chaque individu exerce sa liberté dans la citoyenneté (Déclaration des droits), entre autres, par le vote et l’élection, en désignant ses représentants.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La démocratie moderne, née du mouvement des Lumières du XVIII<sup>e</sup> siècle a, jusqu’à présent, assuré, dans nos sociétés occidentales, la liberté des individus et la satisfaction de leurs besoins matériels mais elle a conduit aussi, toute une partie de l’humanité, à un égoïsme effréné, à un aveuglement coupable[22]. Compte tenu des paramètres démographiques (9 milliards d’humains à l’horizon 2050, selon les hypothèses les plus favorables), de l’épuisement des ressources naturelles non renouvelables, de l’importance des dégradations causées à la biodiversité et aux divers mécanismes régulateurs de la planète, des problèmes de la faim et de l’accès à l’eau potable, la liberté, telle que l’ont définie les Modernes est « <em>absurde</em> » sinon « <em>dangereuse</em> ». La démocratie représentative – c’est Alexis de Tocqueville qui fait entrer le mot « <em>démocratie</em> » dans le vocabulaire politique français &#8211; n’est pas à rejeter mais à compléter par des dispositifs qui restent à inventer, à l’adapter à la complexification du monde actuel et aux nouvelles problématiques liées au développement durable. Sans mandat impératif donné à leurs élus, sans accès direct à la parole politique (l’équivalent de l’iségoria à Athènes), les citoyens peuvent se sentir dépossédés d’une partie de leur pouvoir. La révolution de l’Internet ouvre des possibilités infinies de régénérescence de notre système politique en combinant le Web participatif et la démocratie représentative[23].</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La réponse à la crise ne peut venir que d’un nouvel équilibre établi entre les devoirs de l’individu à l’égard de ses semblables et de la biosphère &#8211; ce qui serait neuf -, et la définition de droits humains inédits. Nous nous plaçons toujours dans l’optique d’une démarche anthropocentrée, mais l’homme et la nature ne sont plus dans une logique d’opposition, de domination de l’une par l’autre, comme ce fut le cas, à quelques exceptions près, depuis le néolithique, mais dans une relation de réciprocité. Les générations à venir doivent pouvoir être assurées de recevoir « <em>un monde viable, une nature belle et généreuse</em> »[24], que l’éducation morale ait pour finalité la défense des intérêts collectifs et non celle de l’intérêt privé, que les hommes soient gouvernés de façon à ce qu’ils se préoccupent de la préservation de leur niche écologique et du bien être de tous leurs semblables. La démocratie écologiste reste à construire, sans rejeter l’héritage des Lumières, avec la conviction qu’il faut repenser le monde sur les bases d’une géopolitique profondément transformée, de la création d’un gouvernement mondial, d’un fonctionnement du marché dont les règles ne soient pas dictées par le capitalisme financier mais que le marché soit régulé et contrôlé, que les exigences d’éthique et d’équité soient une préoccupation constante de nos gouvernants. Ne pas effectuer cette révolution ce serait passer à côté d’une possibilité de faire face à la crise écologique ; peut-être pas de disparaître en tant qu’espèce &#8211; encore que rien, intellectuellement, permette de ne pas l’imaginer &#8211; mais d’éviter à un grand nombre d’humains de grandes souffrances, des catastrophes humanitaires, des guerres de l’eau et de la faim.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h5 style="text-align: justify;">[1] Sylvie Brunel défend l’idée que le développement durable est né sur les fonds baptismaux des ONG environnementales. (« <em>A qui profite le développement durable ? </em>» Larousse, 2008). Parmi les plus influentes, l’Union mondiale pour la nature (UICN), le World Wide Fund for Nature (WWF) créé en 1961, par les laboratoires pharmaceutiques Hoffmann La Roche et dont l’un des slogans est « <em>Bon pour les affaires, bon pour le business</em> ».</h5>
<h5 style="text-align: justify;">[2] En parallèle du Deuxième Sommet de la Terre s’est tenu, à Rio, le Forum mondial de 1992 qui rassembla environ 17 000 personnes dont les représentants de 7 150 ONG originaires de 165 pays. Tous, ne partagent pas le même avis que les grandes ONG, sur le modèle occidental. Parmi elles, on trouvera les racines d’une contestation radicale de ce modèle.</h5>
<h5 style="text-align: justify;">[3] Principes 20, 21, 22 et 23 des 27 principes de la Déclaration de Rio.</h5>
<h5 style="text-align: justify;">[4] Rio est à l’origine de la convention sur la biodiversité. Celle-ci énonce que la biodiversité « <em>est une préoccupation commune à l’humanité</em> » et qu’elle « <em>fait partie intégrante des processus de développement</em> ». (Sources : Veyret (Yvette), Dictionnaire de l’Environnement, Armand Colin, 2007).</h5>
<h5 style="text-align: justify;">[5] Adoption de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Elle vise à stabiliser les concentrations atmosphériques de gaz à effet de serre.</h5>
<h5 style="text-align: justify;">[6] En amont de la Réunion de Rio des travaux précurseurs avaient eu lieu. A Stockholm, en 1972, avec la création d’un Comité dédié à la question de la sécheresse au Sahel. Il fut suivi par la création de l’Office des Nations unies pour le Sahel. En 1977, toujours à l’initiative des Nations unies, s’était tenue à Nairobi, une conférence sur la désertification. Celle-ci était à l’ordre du jour de Rio dont les recommandations débouchèrent sur la signature, à Paris, en 1994, de la convention sur la lutte contre la désertification. Elle fut ratifiée par plus de 50 pays en 1996. (Sources : Veyret (Yvette), <em>Dictionnaire de l’Environnement</em>, Armand Colin, 2007).</h5>
<h5 style="text-align: justify;">[7] D’un grand capitaine d’industrie, Louis Schweitzer, Pdg de Renault : « <em>Le développement durable n’est ni une utopie ni même une contestation, mais la condition de survie de l’économie de marché.</em> » D’un élu local, maire d’une station village de Maurienne, sur le territoire de laquelle s’est déroulé pendant plusieurs années une foire aux quads et aux 4&#215;4, qui rencontra une opposition déterminée des associations écologistes : « <em>L’édition 2009 sera l’occasion de découvrir des véhicules de plus en plus respectueux de l’environnement afin de rallier notre village et découvrir nos montagnes. Nous comptons sur tout le monde pour respecter les sites proposés et contribuer à véhiculer une image positive des véhicules tout terrain.</em> » Dans ces deux exemples que devient le développement durable, si ce n’est un moyen d’adapter l’idéologie de la croissance aux « <em>limites de la planète</em> » ?</h5>
<h5 style="text-align: justify;">Rouler propre répond-on ; les biocarburants sont la solution à la pollution occasionnée par les énergies d’origine fossile, une réponse à la fin du pétrole, etc. Est-ce si vrai ? Selon la Banque mondiale, la quantité de céréales pour faire le plein d’un 4&#215;4, en éthanol, correspond à 240  kilogrammes de maïs pour 100 litres, soit la nourriture d’une personne en un an ! (Source : La Revue, n°13, juin 2011).</h5>
<h5 style="text-align: justify;">[8] Sur ce point et sur plusieurs autres comme le débat entre l’«<em>écologie par en bas</em> » et l’«<em>écologie par en haut</em> », voir l’excellente approche critique de Romain Felli : « <em>Les deux âmes de l’écologie. Une critique du développement durable </em>» paru chez L’Harmattan, 2008.</h5>
<h5 style="text-align: justify;">[9] Fukuyama (Francis), <em>La fin de l’histoire et le dernier homme</em>, 1992.</h5>
<h5 style="text-align: justify;">[10] Brunel (Sylvie), <em>A qui profite le développement durable ?</em> Larousse, coll. « <em>à dire vrai</em> », 2008. Un petit livre décapant, qui sort du discours consensuel pour poser de vraies questions.</h5>
<h5 style="text-align: justify;">[11] Se reporter au livre de Bourg (Dominique), <em>Le nouvel âge de l’écologie</em>, Editions Charles Léopold Mayer, Descartes &amp; Cie, 2003. Toute cette partie lui doit beaucoup.</h5>
<h5 style="text-align: justify;">[12] Dans son numéro 13, de juin 2011, la Revue publie dans sa rubrique Economies, un article d’Alain Faujas, qui pose la question : « <em>L’humanité pourra-t-elle éviter la faim ?</em> » Il relève qu’« <em>Avec le tintamarre fait autour du réchauffement climatique, nous avons un peu oublié l’autre angoisse de l’humanité qui vient, elle, du fond des âges : la famine. </em>» Il poursuit en écrivant que si toutes les constatations faites par les experts sont réelles (pour expliquer les causes de la faim) elles « <em>laissent béantes la question de savoir si notre terre pourra nourrir tous les futurs Terriens. D’ores et déjà, la faim fait partie du quotidien de 3 milliards d’hommes, sur 7 milliards…</em> » Un article très utile à lire et fort bien documenté.</h5>
<h5 style="text-align: justify;">[13] Se reporter à tout ce qui a pu être dit ou écrit à propos du GIEC.</h5>
<h5 style="text-align: justify;">[14] Leopold (Aldo), <em>Almanach d’un comté des sables</em>, 1949.</h5>
<h5 style="text-align: justify;">[15] Jonas (Hans), <em>Pour une éthique du futur</em>, Rivage poche / Petite Bibliothèque, Editions Payot, 1998.</h5>
<h5 style="text-align: justify;">[16] La peur serait bonne conseillère. Face à la crise écologique, elle nous permettrait de découvrir les faits et nous porterait à réagir.</h5>
<h5 style="text-align: justify;">[17] Michel Onfray, <em>Catastrophe de la pensée catastrophiste</em>, Le Point, n°2010.</h5>
<h5 style="text-align: justify;">[18] Sur cette question se reporter au livre de Bourg (Dominique) et Whiteside (Kerry), <em>Vers une démocratie écologique. Le citoyen, le savant et le politique</em>, La République des idées, Seuil, 2010. A lire, avec grand intérêt l’article de Dominique Bourg et Kerry Whiteside , Le temps nous est compté, paru dans Le débat, n°164, mars-avril 2011.</h5>
<h5 style="text-align: justify;">[19]La question de la liberté est posée sur deux plans, philosophique et politique : « La liberté philosophique consiste dans l’exercice de sa volonté, ou du moins dans l’opinion où l’on est que l’on exerce sa volonté. La liberté politique consiste dans la sûreté, ou du moins dans l’opinion que l’on a de sa sûreté. » Montesquieu, De l’esprit des lois, Livre XII, chapitre 2, La Pléiade, page 431.</h5>
<h5 style="text-align: justify;">[20] Déclaration universelle des droits de l’Homme, article premier : « <em>tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits&#8230; </em>».</h5>
<h5 style="text-align: justify;">[21] Montesquieu et les hommes de 1789 en donnent la définition suivante : « <em>La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent</em> », Montesquieu, De l’esprit des lois, Livre XI, chapitre 3, La Pléiade, page 395 ; « <em>La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui </em>[et n’est pas interdit par les lois] », Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, article 4.</h5>
<h5 style="text-align: justify;">[22] Perret (Bernard), <em>Pour une raison écologique</em>, Flammarion, 2011.</h5>
<h5 style="text-align: justify;">[23] Voir le rôle joué par Internet dans les révolutions de Tunisie et d’Egypte au début de l’année 2011. Marie Benilde, <em>Internet sème la parole démocratique</em>, Manière de voir, Le Monde diplomatique, n°117, juin-juillet 2011.</h5>
<h5 style="text-align: justify;">[24] Dominique Bourg et Kerry Whiteside, Vers une démocratie écologique… On peut aussi citer le livre de Michel Griffon et Florent Griffon, <em>L’homme viable. Du développement au développement durable</em>, Odile Jacob, 2010.</h5>
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		<title>Du développement durable à une démocratie écologique  &#124; 1ère partie</title>
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		<pubDate>Mon, 23 May 2011 11:08:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dominique Levet</dc:creator>
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L’humanité est face à la plus grave crise qu’elle ait eue à affronter depuis ses origines : la crise écologique. Il en va de son avenir, de sa survie ; car c’est bien elle qui est en danger, non la terre qui s’est longtemps passé de l’humanité et le ferait très bien encore.
La crise, apparue à la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><em><br />
</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’humanité est face à la plus grave crise qu’elle ait eue à affronter depuis ses origines : la crise écologique. Il en va de son avenir, de sa survie ; car c’est bien elle qui est en danger, non la terre qui s’est longtemps passé de l’humanité et le ferait très bien encore.<br />
La crise, apparue à la fin des années Soixante, se caractérise par deux phases. La première a concerné la lutte contre les pollutions locales qui nécessitait la mise en œuvre d’actions de protection sans que celles-ci remettent en cause le mode de développement occidental ; la seconde touche aux problèmes globaux que nous devons affronter, au caractère le plus souvent irréversible : le réchauffement climatique, l’appauvrissement de la biodiversité, l’épuisement des ressources fossiles et des ressources en eau douce, etc. ; qui bouleversent les données géopolitiques de notre monde, ignorant les frontières des Etats et les limites des continents.<br />
Dans le cas de la première phase, grâce à la mobilisation de militants vivant à proximité des sites pollués, le combat associatif, relayé ou appuyé par les politiques des Etats les plus riches, s’est révélé efficace tout en empruntant le cadre des pratiques démocratiques habituelles, celles de la démocratie représentative. En revanche, la phase actuelle nous conduit à remettre en cause les fondements même de notre société, consumériste et démocratique, puisque ce qui nous est demandé, sinon ce qui est exigé, c’est d’abandonner un mode de vie – le modèle occidental - auquel nous sommes attachés et que des générations ont mis plusieurs siècles à construire. La crise écologique, dans les termes où elle se pose aujourd’hui, nous contraint à l’épreuve de vérité : il faut cesser de masquer, derrière un discours d’adaptation et des actions trompeuses – le développement durable jouant le rôle d’une variable d’ajustement de l’économie libérale - l’ampleur du divorce qui existe entre économie de marché sans contrôle et écologie. Il faut, également, oser poser la question : est-ce que la démocratie représentative a la capacité d’appréhender correctement le défi écologique et de lui apporter les bonnes réponses ?</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-full wp-image-2442" title="DLR article mai 2011_site 220" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/DLR-article-mai-2011_site-220.jpg" alt="DLR article mai 2011_site 220" width="220" height="270" />A cette question, la réaction de <strong><span style="color: #8b0000;">Dominique Levet</span></strong>, professeur<em> </em>en sciences politiques des problématiques environnementales et de développement durable à Paris Tech, vice-président de la Maison Alpine du Développement Durable. C&#8217;est aussi avec un regard d’historien qu&#8217;il rappelle, dans cette première partie d’article en deux temps, les grandes lignes du concept du développement durable, indispensables pour pouvoir apprécier l’enjeu de la démocratie écologique qui ouvre de véritables perspectives.</p>
<p style="text-align: justify;">Le développement durable, dont l’acte de naissance remonte à la conférence de Rio de Janeiro, en 1992 – le « Sommet de la Terre » où l’on a vu naître une ébauche de conscience planétaire – est, pour beaucoup, le moyen d’échapper à l’impasse « mortifère » dans laquelle l’humanité s’est enfermée. Entre « coquille vide » et nouvelle « idéologie totalitaire » pourra-t-il apporter une réponse à la crise actuelle, accoucher d’une nouvelle civilisation, planétaire, véritablement humaniste, construite sur le respect de l’homme et des nouvelles solidarités établies entre celui-ci et la biosphère, entre les populations, entre les Etats et régions du monde et à l’intérieur de chacune de ces entités ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #8b0000;">La relation de l’homme a son environnement : une problématique de toujours.</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’homme a de tout temps imposé son empreinte à la nature. C’est vrai dès homo habilis (de 2,5 à 1,8 M. années) avec la cueillette, la chasse et la pêche. Le phénomène s’est accentué avec l’invention de l’agriculture dans le Croissant fertile[1] (entre - 12000 et – 7000), amplifié à l’entrée dans la période historique (IVe – IIIe millénaire avant J.-C.) puis, considérablement accéléré à partir du XIXe siècle avec la Révolution industrielle et l’utilisation massive des énergies fossiles. Sauf, qu’aujourd’hui, il en va de la destruction de la niche écologique dans laquelle vit l’humanité et qu’à terme cette situation, inédite à l’échelle de la planète, hypothèque les chances de survie de cette même humanité.<br />
Le début de la crise écologique est bien antérieur au moment où elle s’est révélée. Le cas du dérèglement climatique l’illustre : tous les acteurs étaient en place dès les débuts de la Révolution industrielle (XVIIIe &#8211; XIXe siècles), entre autres, une pression démographique forte qui s’accentuait avec rapidité et une demande en matières premières <img class="alignleft size-full wp-image-2450" title="LORIUS-Claude-5448" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/LORIUS-Claude-54481.jpg" alt="LORIUS-Claude-5448" width="220" height="293" />fossiles – charbon puis pétrole et gaz - qui connaissait une progression géométrique et lançait dans l’atmosphère une quantité incroyable de CO2, dont on ne peut plus ignorer les conséquences néfastes sur l’effet de serre depuis les travaux de <strong><span style="color: #b22222;">Claude Lorius </span></strong>[2] et de ses collègues. En inventant la machine à vapeur l’homme s’est libéré de la contraignante et épuisante tâche de produire lui-même l’énergie nécessaire à la production agricole et manufacturière mais, en même temps, il a créé une rupture et libéré des forces insoupçonnées, capables de modifier la stabilité bioclimatique de l’Holocène[3] qui régissait le monde depuis plus de 10 000 ans. Géologues et physiciens en ont tiré la conclusion que nous sommes entrés dans une ère nouvelle, « l’ère des humains » ou Anthropocène.</p>
<p style="text-align: justify;">Si l’on prend l’exemple de la déforestation elle fut vite un problème : Platon, au Ve siècle avant J.-C., l’évoque dans le Critias[4]. Le Japon des Shogun Tokugawa, au XVIIe siècle, a montré qu’il était possible d’arrêter et d’inverser les effets catastrophiques d’une déforestation systématique. La société polynésienne de l’île de Pâques[5], dans le Pacifique, illustre le contraire. Elle a disparu pour ne pas avoir su prélever sur sa ressource en bois que, ce que celle-ci pouvait supporter. Aujourd’hui, la poursuite des actions de déforestation en Amazonie, en Malaisie, dans la forêt boréale du Canada[6], montre que l’homme tire difficilement un enseignement des expériences du passé, bonnes ou mauvaises.</p>
<p style="text-align: justify;">Les problèmes qui relèvent de l’utilisation de l’eau douce ne sont pas nouveaux. Ils ne sont, aujourd’hui, que plus dramatiques car on peut « parler de finitude absolue pour l’eau douce »[7] ; des régions entières vont en manquer à plus ou moins brève échéance. Les grandes plaines céréalières des Etats-Unis, auront, selon les estimations des scientifiques, d’ici trente à cent ans, épuisé les ressources de la nappe de l’aquifère fossile de l’Ogallala qui s’étend sur plusieurs centaines de kilomètres, de l’Etat du Nebraska au Nord au Texas au Sud[8].<br />
On rencontre, dès la plus haute Antiquité, difficultés d’irrigation des terres mises en cultures, volontés de détourner l’eau pour en priver son voisin, conflits entre particuliers ou entre cités-Etats. En Basse Mésopotamie, à l’époque sumérienne archaïque (vers – 2400), une guerre opposa les cités-Etats de Lagas et Umma, sur l’Euphrate, au sujet d’une terre de « Bord de steppe » située à leur frontière. Umma, en amont, avait fermé les canaux d’irrigation qui permettaient à Lagas d’arroser ses cultures. Vaincu, le roi d’Umma dû prêter serment à celui de Lagas : « Au grand jamais, je ne transgresserai le territoire du dieu Ningirsu ! Je ne détournerai pas (le cours de) ses canaux ni des rigoles d’irrigation ! ».[9] On ne plaisantait pas avec une ressource aussi rare, enjeu de pouvoirs, aux conséquences démographiques et économiques des plus importantes.</p>
<p style="text-align: justify;">A la fin du IIIe millénaire, sous les rois d’Ur, les administrateurs de la région de Lagas étaient responsables devant le Grand Vizir de l’irrigation des terres. Ils devaient a) lui demander l’autorisation d’irriguer un champ avant d’ouvrir les vannes ; b) s’ils laissaient griller les cultures ils en répondaient sur leur vie : « Songa (du domaine) de […], a déclaré (sous serment) par la vie du roi que lorsque ses champs inondés se seront asséchés, il ne procédera en aucun cas à (leur) irrigation sans autorisation du (Grand Vizir) mais que s’ils se dessèchent, il sera mis à mort. »[10] <img class="alignleft size-full wp-image-2454" title="images" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/images.jpeg" alt="images" width="220" height="165" />Cet exemple nous montre que l’irrigation, en Basse-Mésopotamie, était une question vitale. En conséquence, le pouvoir central exigeait de ses administrateurs, tout à la fois, une conscience aiguë de leurs responsabilités et une parfaite connaissance de la gestion de l’eau. Sinon, ils le payaient de leur vie ![11] La crise écologique est, de fait, ancienne. En revanche, sa mise en évidence par les travaux des scientifiques est récente : elle remonte au XIXe siècle avec le développement d’une « réflexion écologique critique » Quant à la prise de conscience de cette crise, par le grand public, elle s’est faite après la Seconde Guerre mondiale sous la pression du développement des économies occidentales, de l’innovation technologique et de l’explosion démographique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #8b0000;">Premières initiatives au XIX siècle.</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">La création des Réserves artistiques de la Forêt de Fontainebleau sur l’initiative des peintres de l’Ecole de Barbizon (1861), celle du Parc national de Yellowstone aux Etats-Unis (1882), les mesures prises par Abraham Lincoln pour protéger les séquoias géants de Mariposa Grove en Californie (1864), attestent de l’ancienneté des mesures de préservation et de conservation de la nature prises par les autorités politiques.<br />
En France, les mesures de protection de la forêt sont intervenues très tôt. A la fin du XIIIe siècle, Philippe IV le Bel légifère dans le but d’obtenir une « gestion durable » de la forêt ; au XVIIe siècle, Colbert incite à « une politique de forêt durable avant l’heure, motivée par des besoins économiques précis »[12]; sous le Second Empire, une loi rend obligatoire la conservation des forêts « stratégiques » dans le but de protéger les populations d’accidents naturels.[13]<br />
Ces quelques exemples montrent que peu à peu, une prise de conscience des questions touchant à l’environnement est apparue, accompagnée d’une législation qui s’est traduite par des actions de politiques publiques, sans qu’on puisse, pour autant, parler de développement durable.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #8b0000;">Naissance et première évolution du concept de développement.</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il est certain que la notion de développement existe dans la conscience des Européens, dès le XIXe siècle, avec le souci d’améliorer les conditions de vie matérielles des plus pauvres – monde des campagnes et surtout monde ouvrier qui prennent de plus en plus d’importance avec la Révolution industrielle. En France, la politique conduite par les républicains, après l’instauration de la IIIe République (1870), avec les mesures prises en faveur de l’enseignement public : gratuité (1881) et obligation (1882) de l’enseignement primaire ; de la légalisation des syndicats (1884) – droit de grève reconnu en 1864, sous Napoléon III. En Allemagne, le Chancelier Bismarck, jette les bases de l’Etat providence en créant un système d’assurances obligatoires pour les ouvriers (1883). Aux Etats-Unis, la guerre de Sécession (1861-1865) et la victoire du Nord – c’est à dire de la partie industrialisée et la plus peuplée (l’Union), acquise au progrès technologique et aux transports grâce auxquels elle a gagné sur un Sud rural (la Confédération), traditionnel, dominé par les grands planteur - installe, jusqu’à la crise économique de 1929, l’optimisme, la foi en l’avenir, la croyance dans un monde meilleur qui repose sur l’économie libérale.</p>
<p style="text-align: justify;">Le concept de « développement » n’apparaît vraiment, qu’après la Seconde Guerre mondiale quand, dans son discours d’investiture à son second mandat présidentiel, Harry Truman, le 20 janvier 1949, emploie l’expression « régions sous-développées » pour désigner celles qui par « leur pauvreté constituent un handicap et une menace, tant pour (elles) que pour les régions les plus prospères » ; jusqu’alors, les grandes puissances coloniales parlaient de « mise en valeur » des territoires de leurs colonies et non de développement. En opposant les régions développées aux régions sous-développées, Truman supposait, implicitement, l’existence d’un modèle, les Etats-Unis, pays d’abondance et d’économie libérale. Outre des considérations morales – comment ne pas aider les pays les plus pauvres alors que les Etats-Unis apportaient leur aide à l’Europe en pleine reconstruction ? -, la volonté de s’ouvrir de nouveaux marchés et la lutte contre l’ennemi idéologique, l’URSS, jouèrent un rôle essentiel. A la sortie de la Seconde Guerre mondiale, le plan Marshall (1947) créait une forme d’« économie de rattrapage » en faveur de l’Europe libérée du nazisme, la pauvreté était dénoncée comme un agent de pénétration du communisme et, par conséquent, les termes de « croissance économique » et de « développement » devenaient une arme de la Guerre froide. D’autant, que les mouvements d’indépendance dans les anciens empires coloniaux, anglais et français, mettaient sur la scène internationale un tiers monde « ignoré, exploité, méprisé comme le tiers état, (qui voulait) lui aussi être quelque chose » (Alfred Sauvy, qui en 1952 inventa l’expression « tiers monde ») et qui, dans sa volonté de se développer, avait à choisir entre le capitalisme et le socialisme, version URSS. Quel que fut le choix, aucun Etat nouvellement créé ne put échapper à l’obligation d’établir une planification - incitative ou coercitive selon le cas - et à travailler avec les économies informelles locales avec, pour corollaire, la création d’un secteur public puissant. La double décennie, Soixante et Soixante-dix, s’annonçait alors comme « l’ère du développement ».</p>
<p style="text-align: justify;">Celui-ci devait être financé d’une part par les impôts prélevés sur les exportations de matières premières en provenance des pays pauvres, d’autre part grâce aux aides versées par les pays riches, sous forme de dons ou de prêts. En 1961, les Nations Unies élaboraient un plan d’aide aux pays en voie de développement financé par les pays développés qui verseraient une contribution de 1% du montant de leur PIB. La dette des pays pauvres se montait alors à 7 milliards de dollars (1960) mais grimpa très rapidement pour atteindre la somme considérable de 650 milliards de dollars à la fin de la décennie 70 (multipliée par 100 en vingt ans !) Elle représentait alors 160% des exportations de ces Etats !<br />
Les crises pétrolières de 1973 et 1979 eurent pour les pays en voie de développement une double conséquence : elles furent bénéfiques pour les Etats producteurs et exportateurs de pétrole ; en revanche, elles aggravèrent la situation des pays démunis de matières premières qui ne purent plus honorer leur dette. L’Afrique fut la première et la plus durement touchée. C’est alors qu’entrèrent en scène des organismes internationaux comme le FMI et la Banque Mondiale, dans un contexte de politique ultra libérale imposée par Margaret THATCHER (1979-1990) au Royaume-Uni et Ronald REAGAN (1981-1989) aux Etats-Unis. Les pays au bord de la faillite (en particulier les pays africains) se virent imposer des plans d’ajustements structurels et leur endettement, auprès du FMI et de la Banque Mondiale, ne fit que croître. La décennie 1980-1990 se révéla être « la décennie perdue du développement ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #8b0000;">Les premières alertes.</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Un rapide retour en arrière nous permet de prendre acte qu’au début des années Soixante-dix un mouvement de contestation de l’« idéologie du développement », selon le « modèle occidental », prit naissance. En 1972, à l’initiative du Club de Rome[14], est publié sous le titre provocateur de « Halte à la croissance ! » un rapport qui dénonce une crise environnementale et sociétale à l’échelle mondiale[15]. Il inquiéta les milieux politiques, économiques et syndicaux - nous sommes encore dans l’euphorie des Trente glorieuses – et si ses conclusions se révélèrent en partie erronées[16], il n’en posait pas moins la question des limites écologiques de la croissance démographique et économique et condamnait « […] la croissance matérielle perpétuelle (qui) conduira tôt ou tard à un effondrement du monde qui nous entoure ».<br />
La prise de position du Club de Rome (1968) suivie de son rapport (1972) sont relayées par la Conférence des Nations Unies sur l’environnement qui se tient à Stockholm, du 5 au 16 juin 1972, et qui répond au mot d’ordre : « Une seule Terre ! » Dans la déclaration finale est affirmée « la nécessité d’adopter une conception commune et des principes communs qui inspireront et guideront les efforts des peuples du monde en vue de préserver et d’améliorer l’environnement. » L’homme est reconnu « à la fois créature et créateur de son environnement », celui-ci lui donnant les moyens d’assurer sa « subsistance physique » mais aussi « la possibilité d’un développement intellectuel, moral, social et spirituel. » Quant à sa capacité de « transformer le milieu dans lequel il vit » elle peut être utilisée avec discernement pour le bienfait de l’humanité ou « abusivement et inconsidérément » et créer « un mal incalculable aux êtres humains et à l’environnement » Ainsi, la vulnérabilité de la planète est mise en avant, l’action de l’homme, placée au cœur de la question, apparaît déterminante - en particulier celle de l’homme des pays les plus développés où « les problèmes de l’environnement sont généralement liés à l’industrialisation et au développement des techniques »  - la nature des liens qui existent entre environnement et développement est examinée, les deux étant liés dans une problématique générale et des actions à conduire au niveau mondial. La question du sous-développement est posée (point 4 de la déclaration finale) et une conclusion s’impose : « les pays en voie de développement doivent orienter leurs efforts vers le développement, en tenant compte de leurs priorités et de la nécessité de préserver et d’améliorer l’environnement. ».</p>
<p style="text-align: justify;">Les années Soixante-dix à Quatre-vingt ont été marquées par un double mouvement : une mise en cause idéologique et parfois violente du développement selon le modèle occidental – celui d’une société d’abondance, de consommation, de gaspillage - mais aussi une volonté de réconcilier développement et environnement.<br />
Se succèdent alors ou se superposent plusieurs théories. Le concept d’écodéveloppement (1974) qui distingue les « limites internes », les besoins, des « limites externes », les ressources physiques disponibles. Les Nations Unies, en 1974, appellent à instaurer un « nouvel ordre économique international (NOEI) plus humain et plus équitable » et à établir « une démocratie socioéconomique planétaire ». Mais le contexte international ne s’y prête pas, c’est celui de la guerre froide.<br />
Certes, une réflexion sur les réserves énergétiques, sur l’exploitation des ressources, les espaces maritimes et extra atmosphériques eut lieu avec, en perspective, la notion de « patrimoines communs de l’humanité » à gérer par « une souveraineté planétaire décentralisée ». Mais, en attendant, on applique toujours une stratégie de développement conçue comme un rattrapage du modèle occidental, Etats-Unis en tête.<br />
Deux notions, apparues dans la décennie 70-80, celle du principe de subsidiarité [17] (CEE) et celle de développement durable – première formulation à la conférence de Cocoyoc à Mexico (1974) - tentent d’apporter une réponse aux débats sur la dégradation de l’environnement et la misère humaine, lorsqu’en 1980, l’UICN présente sa « Stratégie mondiale de la conservation » pour « contribuer à l’avènement du développement durable », et que de nouvelles problématiques émergent, entre autres, celles autour du climat (1979). C’est pour chercher une réponse à cette crise que l’Assemblée générale des Nations unies a créé, en 1983, la Commission Mondiale sur l’Environnement et le Développement (CMED) et qu’elle en a confié la présidence à la Norvégienne Madame Harlem Brundtland.<br />
La CMED présente les conclusions de ses travaux dans son rapport « Notre avenir à tous », adopté à l’unanimité, le 11 décembre 1987, par l’assemblée générale des Nations Unies. Par bien des aspects il s’agit d’un document fondateur dans la mesure où il affirme qu’environnement et développement vont de pair et propose une démarche, le développement soutenable - « sustainable development » - porteur d’espoir pour sortir de la crise. Le développement durable est présenté comme « […] un processus de changement dans lequel l’exploitation des ressources, le choix des investissements, l’orientation du développement technique ainsi que le changement institutionnel sont déterminés en fonction des besoins tant actuels qu’à venir » Le Sommet de la Terre qui s’est tenu à Rio, du 3 au 14 juin 1992, à l’initiative des Nations unies, constitue le véritable acte de naissance du développement durable.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<h5>1   En réalité il y eut plusieurs foyers où l’homme est passé de cueilleur, pêcheur et chasseur à la culture et à l’élevage. Et, chaque fois, ce sont des trajectoires singulières, comme on peut en rencontrer en Chine, en Amérique du Sud, en Afrique…  Jean GUILAINE, <em>Caïn, Abel, Ötzi. L’héritage néolithique</em>, Bibliothèque des Histoires, Gallimard, 2011.</h5>
<h5>2   Claude LORIUS – Laurent CARPENTIER, <em>Voyage dans l’Anthropocène, cette nouvelle ère dont nous sommes les héros</em>, Actes Sud, 2010.</h5>
<h5>3   Dans l’échelle stratigraphique des temps géologiques, l’Holocène est l’époque interglaciaire qui suit le Pléistocène (période de Würm dans les Alpes) celui-ci correspondant à des cycles glaciaires dans l’hémisphère Nord.</h5>
<h5>4   « […] <em>elle </em>(l’Attique) <em>avait sur ses montagnes de vastes forêts, dont l’existence nous est encore aujourd’hui clairement attestée, puisque de ces montagnes, qui aujourd’hui ont seulement de quoi nourrir des abeilles, on amenait, en un temps qui n’est pas extrêmement lointain des arbres coupés pour en faire la charpente des plus grands édifices, et que ces toitures sont encore intactes. Il y avait aussi beaucoup de hauts arbres de culture, et, d’autre part, la terre portait pour les bestiaux une inconcevable pâture. »</em> Platon, Oeuvres complètes II, Critias, éd. de la Pléiade, 1950, p. 532.</h5>
<h5>5   Jared DIAMOND, « EFFONDREMENT – <em>Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie </em>» Gallimard, <em>NRF</em> Essais, 2006 (édition française). Se reporter au chapitre 2 de la deuxième partie : « <em>Crépuscule sur l’île de Pâques</em> » (pages 85 à 138)</h5>
<h5>6   A lire plusieurs articles dans le Courrier international<del datetime="2011-05-15T16:56" cite="mailto:utilisateur">e</del>. Entre autres : N°930, du 28 août 2008, « <em>Au Canada on pollue en grand</em> » de Josh HARKINSON ; N° 1055, du 20 au 26 janvier 2011, « <em>La guerre du Mackenzie est déclarée</em> » de Chris WOOD.</h5>
<h5>7   Dominique BOURG, Kerry WHITESIDE, <em>Vers une démocratie écologique</em>, Coll. La République des idées, Seuil, 2010, page 32.</h5>
<h5>8   Jean FIAWOUMO, <em>L’Amérique boit trop</em>, Alternatives internationales, n° 021, février 2005.</h5>
<h5>9   Inscription de la « <em>Stèle des Vautours</em> », XXIV<sup>e</sup> siècle avant J.-C., trouvée à Tello, Basse-Mésopotamie. Musée du Louvre, Paris.</h5>
<h5>10   Archives administratives de la III<sup>e</sup> dynastie d’Ur, III<sup>e</sup> millénaire avant J.-C. Tablettes trouvées dans la région de Lagas.</h5>
<h5>11   Bernard LAFONT, <em>Eau, pouvoir et société dans l’Orient ancien</em>… In, <em>Stratégies d’acquisition de l’eau et société au Moyen-Orient depuis l’Antiquité</em>. Publication de l’Institut français du Proche-Orient (Ifpo).</h5>
<h5>12   GRAMMON (André), « <em>Histoire, enjeux et usages contemporains de la forêt durable », </em>conférence, Mission Agrobiosciences, février 2006.</h5>
<h5>13   Alexandre SURRELL (1813-1887), ingénieur des Ponts et Chaussées, hydraulicien, joua un rôle de précurseur dans ce domaine. Spécialiste de l’érosion des sols il mit en application ses connaissances théoriques pour la protection des villages des Hautes Alpes touchés par les crues des torrents. Il est l’auteur d’une « <em>Etude sur les torrents des Hautes Alpes</em> » qu’il rédigea quand il était en activité à Embrun.</h5>
<h5>14   Créé, en 1968, le Club de Rome est composé de scientifiques, d’économistes, d’hommes d’affaires, de hauts fonctionnaires, d’hommes politiques… qui réfléchissent dans le cadre d’une approche pluridisciplinaire et globale aux grandes problématiques mondiales.</h5>
<h5>15   Le Club de Rome avait commandé son rapport au Massachusetts Institute of Technologie (MIT). Il parut en anglais sous le titre : « <em>The limits to Growth</em> » traduit en français par  « <em>Les limites de la croissance</em> »</h5>
<h5>16   Les experts du MIT estimaient à 14,4 milliards d’humains la population pour 2050. Elle sera, d’après les prévisions actuelles, de l’ordre de 9 milliards. Quant au pétrole et au gaz, si nous savons que leur réserves s’amenuisent d’année en année, en revanche elles n’ont pas été épuisées, comme le MIT l’annonçait, en 1992 et 1994.</h5>
<h5>17   Le principe de subsidiarité est inscrit, solennellement, dans le traité sur l’Union européenne (traité de Maastricht – 7 février 1992). Il stipule que les décisions prises au sein de l’U. E., le sont au <em>« plus près possible des citoyens, conformément au principe de subsidiarité</em> ». Il est déjà mentionné dans le traité instituant la Communauté européenne, signé à Rome le 25 mars 1957 : « […] <em>la Communauté n’intervient, conformément au principe de subsidiarité, que si et dans la mesure où les objectifs…</em> » &#8211; art. 5 (ex-article 3 B).</h5>
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		<title>Piloter collectivement son destin : le plan A</title>
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		<pubDate>Sun, 15 May 2011 19:07:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Patrick Lagadec</dc:creator>
				<category><![CDATA[PROFILS]]></category>

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		<description><![CDATA[

Patrick Lagadec directeur de recherche au sein du laboratoire d&#8217;économétrie de l&#8217;École polytechnique, spécialiste de la gestion du risque et de la gestion de crise en dessine les grandes lignes : Il ne s’agit plus de « rassurer les populations » en leur garantissant que « tout est sous contrôle », mais de les faire [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
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<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-full wp-image-2410" title="photo_lagadec recadrée" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/photo_lagadec-recadrée.jpg" alt="photo_lagadec recadrée" width="220" height="239" /><strong><span style="color: #b22222;">Patrick Lagadec</span> </strong>directeur de recherche au sein du laboratoire d&#8217;économétrie de l&#8217;École polytechnique, spécialiste de la gestion du risque et de la gestion de crise en dessine les grandes lignes : Il ne s’agit plus de « rassurer les populations » en leur garantissant que « tout est sous contrôle », mais de les faire partenaires d’un engagement collectif lucide, responsable et créatif. Il s’agit moins d’arrêter de grands plans de réponses, que de pouvoir ouvrir des questions inédites, pour penser et engager des dynamiques de réponses novatrices. Il ne s’agit plus de sous-traiter le leadership à quelque expert ou opérateur spécialisé, mais de faire preuve d’exemplarité et d’engagement personnel au plus haut niveau. Il ne s’agit plus de préparer à la sécurité en présentant des plans, des check-lists, des scripts non discutables, mais de construire des formations et des préparations à ces nouvelles lignes de faille. Cela suppose de s’être dégagé d’un effet pervers de ces crises : le refus, par anticipation, de tout questionnement ; le refus de mise à l’agenda…</p>
<p style="text-align: justify;">Katrina, Deepwater Horizon, Fukushima… Mais aussi : subprimes, dettes, soulèvements dans les pays arabes…<br />
Les « mégachocs » s&#8217;imposent désormais sur tous les tableaux. Pour de multiples raisons qui se conjuguent – échelle et nature des systèmes technologiques, interdépendances globales de plus en plus serrées et vitales, fragilisation des socles de nos environnements naturels et humains, etc. – nous entrons, de façon structurelle et accélérée, dans l&#8217;ère des « mégarisques », des « mégacrises ».</p>
<p style="text-align: justify;">Non quelque chose de plus, mais bien quelque chose d&#8217;autre. Un tableau, pour nous bien barbare, s&#8217;impose : gravité, ignorance, vitesse, contagiosité, enjeux, conflits, sur toutes les dimensions jusque‐là « sous contrôle » c&#8217;est la montée aux extrêmes, et la perte d&#8217;écran radar.<br />
Confrontées à pareils franchissements de frontières, nos logiques de pilotage apparaissent de plus en plus ringardisées. Nous ne sommes pas préparés à penser, anticiper, prévenir, naviguer, inventer dans cet univers insaisissable. Hypothèses fondatrices, principes cardinaux, observations validées par l&#8217;expérience, limites du « raisonnable », tout semble soudain régi par d&#8217;autres lois. Nous sortons du domaine de validité de nos paradigmes, de nos modèles d&#8217;interprétation, de nos règles managériales, de nos outils, de nos repères politiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Le tableau clinique de la réaction à l&#8217;événement « impensable » est maintenant bien connu, à force d&#8217;être répété :</p>
<p style="text-align: justify;">-	La sidération. La « chose » apparaît si « barbare » qu&#8217;on n&#8217;en croit pas les dépêches. On se raccroche à la hâte à une échelle des accidents qui ne s&#8217;applique pas, tout en disant qu&#8217;on ne dispose d&#8217;aucune information valable ; on évoque la crise de 1929, puisque c&#8217;est le modèle de référence. Surtout : puisque rien ne rentre dans les cases, puisque l&#8217;événement n&#8217;a pas su respecter les règles convenues et convenables, on attend… Que pourrait‐on faire d&#8217;autre ?</p>
<p style="text-align: justify;">-	La réaffirmation des assurances et garanties. Face à un événement aussi « déplacé », on vient assurer que, globalement, « tout est sous contrôle ». Ainsi cet expert reçu par le premier ministre le lendemain d&#8217;AZF et qui vient lui dire que, heureusement, « ce n&#8217;était pas possible ». Pareilles affirmations déclencheront des réactions de fureur, sur le mode : « Mais qu&#8217;est ce qu&#8217;il leur faut pour reconnaître qu&#8217;il y a peut être matière à y regarder à deux fois et autrement ? » ; ou, des ruptures définitives : « Ils ne comprendront jamais. » Et, chez beaucoup, instillation d&#8217;un doute : « Pourquoi ce réflexe d&#8217;autodéfense ? Et si c&#8217;était cette même fermeture qui était à la source de ce qui vient de se passer ? ».</p>
<p style="text-align: justify;">-	 La bunkérisation. Un « mégachoc » déclenche des ébranlements de sens, déloge les repères, sape des étayages essentiels. Toute réponse sur le thème : « Il y a peut-être eu un événement fort malheureux, mais il est isolé, et ne change rien sur le fond. De toutes les manières, il n&#8217;y a pas le choix » ne fera qu&#8217;engluer davantage, et dramatiser la défiance. Montrer que l&#8217;on n&#8217;a pas compris les enjeux, ou qu&#8217;on se refuse à les discuter, est instantanément disqualifiant. Certes, on peut espérer passer en force, « tenir le temps de l&#8217;émotion médiatique », s&#8217;appuyer sur le cas de secteurs qui prolifèrent en dépit d&#8217;un très bas niveau de confiance, mais c&#8217;est là un pari bien risqué.</p>
<p style="text-align: justify;">Si l&#8217;on ne veut pas perdre totalement la main, nous devons explorer d&#8217;autres voies. On se limitera ici à trois pistes d&#8217;action.</p>
<p style="text-align: justify;">1. La réaction rapide pour traiter l&#8217;hémorragie. Le « mégachoc » va ouvrir des brèches béantes qui appellent une action de type « SAMU » sur de très nombreux fronts (accidentel, financier, crédibilité, etc.). Cela doit avoir été préparé, être déclenché le plus tôt possible (sans que cela interdise, bien évidemment, une réflexion en recul pour éviter les interventions mal conçues). Comme pour un urgentiste, il s&#8217;agit de sauver le patient avant de savoir exactement quelles sont les causes, quels sont les pronostics, les préconisations de convalescence ou de modification ultérieure des modes de vie.</p>
<p style="text-align: justify;">2. L&#8217;audit instantané et renouvelé des points faibles. Plutôt que d&#8217;assurer de façon pavlovienne que « tout est sous contrôle », on engagera immédiatement – soi-même, et en en revendiquant clairement la paternité – un processus de réexamen général de sécurité, à partir d&#8217;hypothèses renouvelées sur les surprises possibles.</p>
<p style="text-align: justify;">3. L&#8217;ouverture immédiate d&#8217;espaces nouveaux pour invention collective. Le « mégachoc », quel que soit le champ, pose des questions fondamentales en termes de choix fondamentaux. Ce sont, par nature, des questions abyssales. L&#8217;important, là encore, est de s&#8217;inscrire comme acteur central dans les réflexions qui s&#8217;ouvriront nécessairement. Certes, on peut défendre ses convictions, ses acquis – on ne jette pas tout par dessus bord pour paraître en phase avec l&#8217;émotion. Mais il s&#8217;agit ici de compter dans les nouvelles écritures d&#8217;avenirs qui viendront structurer l&#8217;après « Mégacrise ». Bien entendu, il y a le risque que des ruptures instantanées et intenables soient exigées. Mais il est bien plus intelligent d&#8217;ouvrir ces espaces d&#8217;échange, d&#8217;invention et de pilotage que de tout fermer en pariant sur la robustesse des lignes Maginot héritées du passé.</p>
<p style="text-align: justify;">On cheminera bien entendu sur une ligne de crête. Ouvrir le jeu, ce peut être ouvrir soi même de nouvelles brèches : on peut précipiter des pertes de confiance, déclencher des sentiments d&#8217;abandon. Mais se refuser à le faire, ce peut‐être tout aussi bien déclencher de nouvelles hémorragies : durcissement des conflits, sorties de route totalement non pilotées. Plus grave : se montrer incapable d&#8217;aller sur ces nouveaux registres risque fort d&#8217;instiller un doute vital « et si nous étions pilotés par des gens qui ne comprennent plus les enjeux ? ». C&#8217;est le risque de décrochage de la confiance tant interne qu&#8217;externe.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous vivons dans des sociétés de plus en plus sujettes à des mutations profondes et rapides ; le sens, l&#8217;adhésion, le projet, le ciment vont se construire et se fortifier dans des registres ouverts, dynamiques, inventifs. La responsabilité centrale du dirigeant est bien d&#8217;ouvrir de nouveaux espaces dans lesquels les acquis et surtout les projets pourront prendre une nouvelle place, dans des espaces de choix redéfinis, avec de nouveaux acteurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Des réponses qui reflètent la réalité des années 1980<br />
Bien entendu, et c&#8217;est là une de nos faiblesses, qui n&#8217;a jamais été formé à cette confrontation aux questions « hors mode d&#8217;emploi », qui ne s&#8217;est jamais entrainé en interne, en externe, à se montrer inventif en situation « hors script », risque fort de se faire piéger par le modèle de réaction « normal », de moins en moins adapté. Il est urgent, dans tous les secteurs, de se préparer soi‐même, et de préparer ses équipes, à ces « mégachocs » qui tiennent le haut de l&#8217;agenda. Non pour établir la liste des impossibles, et les plans de réponse. Mais pour s&#8217;entraîner à être confronté à l&#8217;extravagance, s&#8217;entraîner à être surpris.</p>
<p style="text-align: justify;">Insistons : il y a urgence, car les constats se répètent. « Mais pourquoi apparaissons nous systématiquement en retard d&#8217;une catastrophe ? », interroge la Commission de la Chambre des représentants dans son enquête sur Katrina. « Le cadre actuel de réponse pour des situations d&#8217;urgence internationale reflète la réalité des années 1980 – pas celle du XXIe siècle » déclare Yukiya Amano, directeur général de l&#8217;AIEA, le 21 mars. Il en va de même sur tous les fronts.</p>
<p style="text-align: justify;">La grande difficulté va être d&#8217;accepter le passage d&#8217;une approche des risques par des réponses présentées comme « totalement sûres », à des capacités de questionnement ouvert et partagé. Comme le dit le philosophe Maurice Bellet, « nous entrons dans un nouvel âge critique et la grande affaire ce ne sera pas d&#8217;avoir les solutions, ce sera le courage de porter les questions de telle manière que ce courage de porter les questions engendre quelque chose qui ne soit pas stérile ». Qui se sera suffisamment préparé pour entrer dans cette perspective, et y être efficace – les enjeux sont vitaux –, sera en mesure de piloter quelque chose à l&#8217;ère des « mégachocs ».</p>
<p style="text-align: justify;">Cela exigerait aussi que ce problème des risques et crises « hors cadres » finisse par s&#8217;inscrire comme question tolérable dans les grands cursus d&#8217;enseignement.</p>
<p style="text-align: justify;">Publication avec autorisation de l&#8217;auteur.</p>
<p style="text-align: justify;">Article paru aussi dans <a href="http://www.patricklagadec.net/fr/pdf/Le_Monde_PL_09_05_2011.pdf">Le Monde.fr</a></p>
<p style="text-align: justify;">

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		<title>Entre temps il y a eu Fukushima</title>
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		<pubDate>Sat, 07 May 2011 11:56:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Myriam Caudrelier</dc:creator>
				<category><![CDATA[AILLEURS]]></category>

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Le tremblement de terre et son corollaire, la catastrophe nucléaire qui révèle le degré d’implication de l’homme dans les risques écologiques : climat, eau, alimentation, biodiversité, ressources non renouvelables, risques industriels,
… et la petite fille de quatre ans issue d’une nouvelle de Haruki Murakami « Après le tremblement de terre », 2000. Je crois que c’est parce [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
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<p style="text-align: justify;"><img class="size-full wp-image-2395 alignnone" title="estampe-japonaise-12site_news2" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/estampe-japonaise-12site_news2.jpg" alt="estampe-japonaise-12site_news2" width="525" height="359" /></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le tremblement de terre et son corollaire, la catastrophe nucléaire qui révèle le degré d’implication de l’homme dans les risques écologiques : climat, eau, alimentation, biodiversité, ressources non renouvelables, risques industriels,</p>
<p style="text-align: justify;">… et la petite fille de quatre ans issue d’une nouvelle de Haruki Murakami « Après le tremblement de terre », 2000. <em>Je crois que c’est parce qu’elle a trop regardé les informations à la télévision… c’est depuis le tremblement de terre qu’elle se réveille toutes les nuits. Elle dit que c’est un vilain monsieur qu’elle ne connait pas qui vient la réveiller. Elle l’appelle « le bonhomme tremblement de terre » ; il la réveille pour la faire rentrer de force dans une petite boîte, une boîte qui n’est pas du tout de taille à contenir un être humain. Elle se débat pour ne pas y entrer. Et il la tire par la main et la plie en quatre en faisant craquer ses articulations pour la mettre de force dedans. C’est à ce moment là qu’elle se réveille.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;">Quel niveau de communication faut–il donc utiliser pour informer des situations exceptionnelles ? Existe t-il un canal pertinent pour faire prendre conscience de l’évènement, de l‘urgence sans générer la peur et la paralysie ? Quel ton, quelle émotion dans la voix pour toucher l’autre et le convaincre de la nécessité de changer, d’abandonner ses schémas individualistes pour l’amener vers une démarche responsable empreinte d’humanisme.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous devons réinventer nos repères car nos cartes sont devenus muettes, les recettes de perlimpinpin inopérantes. Nous avançons en terre inconnue en convoquant compas, analyses, modélisations : que sera l’humanité dans 100 ans si nous ne faisons rien ?</p>
<p style="text-align: justify;">Une ouverture peut-être : à défaut de savoir gérer l’incertitude, appliquer le principe de précautions. Convoquer l’intelligence, nos capacités psychiques et sociétales à travailler ensemble. Le bons sens et l’action en sont les premières règles.</p>
<p style="text-align: justify;">Ensuite « avoir le courage de porter les questions de telle manière que ce courage de porter les questions engendre quelque chose qui ne soit pas stérile ». Tel est le défi de l’humanité.</p>
<p style="text-align: justify;">Le développement durable n’est pas une contrainte supplémentaire, une option, ou un argument publicitaire ; il devient la condition suprême à notre liberté.</p>
<p style="text-align: justify;">

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		<title>Stratégies économiques territoriales durables</title>
		<link>http://www.duralpes.com/strategies-economiques-territoriales-durables/</link>
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		<pubDate>Fri, 11 Mar 2011 08:43:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Leo Dayan</dc:creator>
				<category><![CDATA[INNOVATION]]></category>

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		<description><![CDATA[
La durabilité soulève la question de la gestion des ressources naturelles. Comment par exemple augmenter la productivité de ces ressources naturelles extraites, pour produire plus avec moins ? Comment maîtriser les flux et les stocks de déchets produits ? Proscrire l&#8217;usage des substances polluantes…
Une des réponses consisterait à transformer tout déchet d’une activité en ressource pour [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify"><a href="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/dayan.jpg"></a></p>
<p align="justify"><a href="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/dayan-2.jpg"></a>La durabilité soulève la question de la gestion des ressources naturelles. Comment par exemple augmenter la productivité de ces ressources naturelles extraites, pour produire plus avec moins ? Comment maîtriser les flux et les stocks de déchets produits ? Proscrire l&#8217;usage des substances polluantes…<br />
Une des réponses consisterait à transformer tout déchet d’une activité en ressource pour une autre, à établir les éco-liaisons locales entre activités. Encore faut-il ne pas restreindre l&#8217;embauche et encourager le travail, la formation et l&#8217;ingénierie humaine.</p>
<p align="justify"><a href="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/dayan-2.jpg"></a><img src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/dayan-2.jpg" border="0" alt="" width="164" height="168" align="left" /></p>
<p><a href="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/phldayan-synthese.jpg"></a></p>
<p align="justify">Dans cet article, <em><strong><span style="color: #8b0000;">L</span><span style="color: #8b0000;">éo Dayan,</span></strong></em><span style="color: #8b0000;"> </span>professeur de développement durable à l&#8217;Université Paris1 Panthéon-Sorbonne et directeur scientifique du laboratoire mondial APREIS,<span style="color: #b22222;"><em> </em></span>nous explique la relation entre éco-liaisons et plein emploi des potentialités humaines.</p>
<p align="justify">La décroissance quantitative et la maîtrise qualitative des flux et des stocks de matière, d’énergie et de déchets est la condition pratique de la durabilité économique.<br />
L’économie des éco-liaisons substitue la productivité globale des ressources naturelles, la qualité de l’information et la sûreté des produits à la productivité individuelle du travail. La notion floue de développement durable se précise ainsi grâce à celle d’économie des éco-liaisons, qui est l’économie de la durabilité, une économie des liens qui se distingue de l’économie de l’environnement.<br />
Elle ne produit que les biens dont chaque déchet peut devenir, &laquo;&nbsp;wall to wall&nbsp;&raquo;, ressource pour la production d’un autre ou du même bien. Elle fournit, &laquo;&nbsp;from cradle to cradle&nbsp;&raquo;, des biens durables au regard de leur cycle global de vie au sein de toute la chaîne des éco-liaisons. Une telle économie déconnecte la création de richesse et la performance économique de l&#8217;accroissement des prélèvements de matières sur la nature. Elle permet donc la sobriété dans le prélèvement de matières nouvelles non renouvelables ou non réutilisables et évite la production des polluants dont le cycle de vie est non confiné et non étanche.</p>
<p align="justify">Dans cette économie de réutilisation des ressources, la performance économique et financière de l’entreprise locale ne dépend plus des coûts salariaux, des rendements d’échelles, de la réduction des effectifs ou des délocalisations mais est conditionnée par la source territoriale des externalités : qualité locale de l’échange informationnel interne-externe, qualité des énergies entreprenantes du local, dont les producteurs de connaissances professionnels et civils, et qualité des liens des acteurs locaux, lesquels doivent contribuer à réunir les conditions qui permettent aux entreprises de développer leurs coopérations stratégiques &laquo;&nbsp;over the fence&nbsp;&raquo; pour mettre en boucle leurs cycles de production et pour participer à la mise en boucle du cycle économique (production et consommation) au sein même de leurs rivalités.</p>
<p align="justify">En rapprochant les zones de production et de réutilisation des déchets et en valorisant les ressources locales, dont les déchets, l’économie des éco-liaisons permet non seulement la compétitivité des entreprises par la réduction du coût des inputs, de transport, de la réglementation environnementale et du traitement des déchets mais offre une stratégie opérationnelle globale en faveur de l&#8217;attractivité territoriale, de la mise en valeur des cultures et savoir-faire locaux et de la relocalisation des entreprises et des emplois. Cette économie aboutit au glissement du centre de gravité mondial du pouvoir économique vers la gestion locale de la durabilité globale. Elle est essentiellement territorialisée.</p>
<p align="justify">Sa mise en œuvre est impulsée par des communautés locales de projets, se sert des technologies avancées de l’information et fait converger les projets sur des territoires de projets compétitifs durables, différenciés, de qualité et globalement avantageux en termes de prix au niveau local et en termes de coûts au niveau global. Sa mise en place recompose les secteurs, restructure les marchés, modifie les frontières, débouche sur des réseaux d’éco-territoires et des éco-territoires de réseaux et conduit à une nouvelle mondialisation, une mondialisation où le local occuperait une place déterminante dans les approches économiques et internationales de la durabilité. Une place qui donnerait sens au &laquo;&nbsp;penser global, agir local&nbsp;&raquo; et au &laquo;&nbsp;penser ensemble, agir ensemble&nbsp;&raquo;.<br />
En ces lieux, se conjuguent, échanges symbiotiques entre entreprises, maîtrise du métabolisme des produits, complémentarités intrasectorielles, synergies intersectorielles, performance entrepreneuriale et solidarité sociale dans le cadre de la soutenabilité environnementale globale. Et en leurs liens, réapparait la structure holistique de la durabilité et ré-émerge le quatrième pilier nécessaire au développement durable : le culturel, dont les savoir-faire populaires locaux, et l’interculturel.</p>
<p align="justify">Mais la mise en œuvre locale de l’ensemble de leurs lignes : local-global et local-mondial, doit porter attention à l’articulation local-national pour rendre pérenne le lien entreprise-territoire et achever de rendre transversal le local. Celle-ci réclame une réforme fiscale assise sur l&#8217;imposition directe des capitaux polluants et la détaxation simultanée du travail. En remplaçant la part patronale des cotisations sociales par un éco-impôt sur le capital polluant, la déformation des technologies de production, provoquée par une fiscalité directe favorable au capital non polluant et au travail, protège préventivement sur le territoire national la nature et la santé, augmente le volume de l’emploi et le pouvoir d’achat mesuré en produits durables. Une fixation combinée des taux de cotisations sociales et d’éco-impôt sur le capital polluant rend possible l’équilibre des comptes sociaux, la stabilité globale des prix, la compétitivité prix et la neutralité budgétaire de la réforme fiscale. Elle autorise donc de lancer cette réforme à l’échelle d’un espace relativement homogène et donc à celui d’une économie nationale, indépendamment de son environnement international. Dès lors deviendraient concrets et opérationnels, dans la mise en œuvre locale de la durabilité globale, les concepts européens de compétitivité, autonomie et endogénéité du développement territorial dans le cadre de la mondialisation des économies, la déterritorialisation de l’information, la globalisation des développements, dont sa composante interculturelle, et des solidarités nationales.</p>
<p align="justify">Il est clair néanmoins que les Etats et les institutions internationales doivent travailler de concert pour mettre au point les normes, les régulations et les péréquations de la durabilité, globale et locale. Le devoir de durabilité justifie l&#8217;élaboration de normes internationales environnementales et sociales et, pour favoriser les entreprises innovantes investissant dans les technologies des éco-liaisons, l’instauration d&#8217;une taxe sur les importations portant sur les matières non renouvelables et les biens polluants. Cette taxe ne saurait être prise pour une mesure protectionniste car elle obéit au besoin de durabilité de l’humanité toute entière. En ce cas, la mise en œuvre du développement durable, qui doit être réappropriée localement pour être réalisable doit être planétaire pour être séduisante et mobilisatrice. Elle requiert donc des solutions coopératives et équitables à l&#8217;échelle mondiale. Le développement des pays émergents utilisateurs de technologies polluantes ne peut être limité sans que les pays riches participent simultanément aux efforts de développement de technologies alternatives.<br />
Le territoire local au Nord doit admettre des mécanismes nationaux de compensation en faveur des pays du Sud, car il est tout aussi clair que les pays dont le développement dépend de l&#8217;extraction de matières non renouvelables et de l&#8217;exportation de matières polluantes seraient lourdement affectés par l&#8217;ensemble de ces mesures. Cette taxe devrait donc alimenter un fonds mondial de financement des projets de reconversion des activités dans ces pays.</p>
<p align="justify">Si la durabilité globale ne peut être mise en œuvre que par le local, elle est par nature l&#8217;affaire solidaire du monde entier.</p>
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<p align="justify"><img title="BE11-bann_480x80-Duralpes" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/BE11-bann_480x80-Duralpes.gif" alt="BE11-bann_480x80-Duralpes" width="480" height="80" /></p>

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		<title>Les gaz de schistes, attention au sphitt !</title>
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		<pubDate>Fri, 25 Feb 2011 21:20:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>P/DurAlpes</dc:creator>
				<category><![CDATA[C'EST QUOI]]></category>

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		<description><![CDATA[
Où vont les cours du pétrole ? Depuis les récents événements en Lybie, qui ont fait échos à ceux de la Tunisie et de l’Egypte, les cours du pétrole poursuivent leur envolée, atteignant de nouveaux sommets. Plus que jamais se pose la question de la dépendance énergétique et des alternatives, qui sous le poids de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Où vont les cours du pétrole ? Depuis les récents événements en Lybie, qui ont fait échos à ceux de la Tunisie et de l’Egypte, les cours du pétrole poursuivent leur envolée, atteignant de nouveaux sommets. Plus que jamais se pose la question de la dépendance énergétique et des alternatives, qui sous le poids de certains lobbies, ne peuvent se poser <img class="alignleft size-full wp-image-2331" title="2011021617472039 site" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/2011021617472039-site.jpg" alt="2011021617472039 site" width="220" height="184" />comme de réelles voies de diversification. Solaire, éolienne… nucléaire, la balle est dans le camp politique ! L’énergie propre coûte chère, le pays est endetté, les subventions dégringolent. Alors on continue à creuser, explorer la terre , toujours encore plus pour trouver d’autres gisements prometteurs. Les réserves de gaz non conventionnel de houille ou de schistes font rêver.</p>
<p style="text-align: justify;">« En Europe, les réserves potentielles de gaz de schistes (de 3 000 à 12 000 Mdm3, selon le CERA &#8211; Cambridge Energy Research Associates) pourraient permettre de multiplier par 2 la durée de vie des réserves actuelles et réduire la dépendance en importation, notamment en provenance de la Russie ». Pourtant en raison des techniques auxquelles elles font appel, les extractions constituent, sur le plan écologique, une menace considérable.</p>
<p style="text-align: justify;">Directeur général du <a href="http://www.wwf.fr/">WWF</a> et chroniqueur de<a href="http://www.terra-economica.info/"> Terra Eco</a>*, Serge Orru explique pourquoi les gaz de schiste sont une réponse « vaine et dangereuse » au désir d’indépendance énergétique de la France.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les gaz de schiste, c’est quoi ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’histoire remonte à 2010 quand le Ministre de l’Ecologie d’alors octroie des permis d’exploration dans le sous-sol français afin d’évaluer les réserves en gaz de schiste. De grands groupes tels que Total et GDF-Suez, alliés pour l’occasion avec des compagnies américaines avaient prévues des recherches dans plusieurs départements (Moselle, Ardèche, Aveyron, etc.), mais une levée de bouclier a amené le gouvernement à « suspendre » ces permis d&#8217;exploration le 4 février dernier.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="size-full wp-image-2319 aligncenter" title="gaz-schiste-05 site" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/gaz-schiste-05-site.jpg" alt="gaz-schiste-05 site" width="525" height="446" /></p>
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<p style="text-align: justify;">Le gaz de schiste est un gaz non conventionnel dont la technique d’extraction est nouvelle pour les entreprises françaises. Non conventionnel car il ne concerne pas comme d’ordinaire des poches de gaz présents naturellement dans le sous-sol. Dans ce cas, après avoir foré pour atteindre la couche de schiste située entre 2000 et 3000 mètres de profondeur, on explose la roche à l’aide d’eau, de sable et de produits chimiques propulsés à très haute pression. Le gaz prisonnier de la roche est alors extirpé puis évacué vers des réservoirs ou pipelines en vue de produire in fine de l’électricité.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="aligncenter size-full wp-image-2324" title="gaz-de-schiste site" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/gaz-de-schiste-site.jpg" alt="gaz-de-schiste site" width="525" height="215" />Ce gaz est exploité depuis de nombreuses années aux États-Unis, premier producteur mondial. Parce qu’elles n’avaient pas acquis le savoir-faire, les entreprises françaises ont donc dû s’adjoindre les services de leurs consœurs américaines. C’est que l’expérience américaine mais aussi canadienne représente en la matière un précédent auquel il est intéressant de se pencher. De l’autre côté de l’Atlantique, l’exploitation du gaz de schiste a occasionné des dégâts environnementaux et sanitaires considérables.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Attention danger !</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-full wp-image-2328" title="schiste_2 site" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/schiste_2-site.jpg" alt="schiste_2 site" width="220" height="385" />Outre la multiplication des puits de forage dans le paysage &#8211; car ces derniers doivent être nécessairement rapprochés &#8211; il faut considérer les impacts sur les nappes phréatiques, la faune et la flore ainsi que les émissions des gaz à effet (GES) engendrées par la production.<br />
L’eau d’abord : chaque explosion ou « fracturation » de la roche demande 15 à 20 millions de litres (soit la consommation quotidienne d’une ville de 40 000 habitants) chargés de produits chimiques dont on ne maîtrise pas le risque de dissémination dans les nappes phréatiques (sans compter l’armada de camions-citernes nécessaire pour l’acheminer entrainant émissions de GES et pollution de l’air). Quid ensuite de l’eau ayant servi, elle ne peut revenir dans le circuit classique des eaux usées et est stockée dans des grands bassins.</p>
<p style="text-align: justify;">L’érosion de la biodiversité végétale et animale est une autre conséquence à laquelle s’ajoutent des émissions de gaz à effet de serre incompatibles avec les objectifs de diminution engagés par la France et l’Europe. Comme le gaz conventionnel, le gaz de schiste est composé de méthane qui a un impact extrêmement élevé en termes de GES et peut-être de plus accompagné de particules radioactives à l’origine contenues dans le sous-sol : radium 226 solide et par suite le gaz radioactif radon 222.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vers d’autres solutions.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le développement de la production du gaz incriminé est perçu par l’Etat comme l’une des solutions possibles afin d’atteindre l’indépendance énergétique. C’est là une idée aussi vaine que dangereuse. Quand bien même ces explorations aboutiraient à réévaluer à la hausse les volumes disponibles, les réserves de gaz de schiste dans le monde resteront réparties très inégalement. Selon les estimations actuelles, l’Europe en possède quatre à six fois moins en milliards de barils « équivalent pétrole » par rapport à l’Amérique du Nord, l’Asie ou le Moyen-Orient. Envisager d’investir des sommes colossales dans cette filière revient une fois de plus à repousser la nécessaire transition énergétique vers les alternatives renouvelables, seule politique en mesure de répondre aux défis posés par notre dépendance vis-à-vis des énergies fossiles et des importations.</p>
<p style="text-align: justify;">Affirmons-le avec force : nous n’avons pas de pétrole, soyons innovant sans détruire le vivant ! Le photovoltaïque, l’éolien, l’hydraulique, l’énergie marémotrice, etc. sont des sources d’énergie propre disponibles localement et dont le développement conjugué peut répondre à nos besoins. Pourquoi creuser les entrailles de la Terre et y laisser du poison quand la planète nous offre en surface et dans l’air les ressources suffisantes pour produire de l’électricité à moindre impact ? Le fait que la France ait accumulé un retard majeur sur le plan de ses filières industrielles d’énergies renouvelables devrait l’inciter à ne plus perdre de temps et concentrer ses efforts sur les ENR et la maitrise de l’énergie car trop souvent gaspillée.</p>
<p style="text-align: justify;">Sorti le 3 février 2011, le Rapport sur l’Energie du WWF trace les perspectives à horizon 2050 pour une production décentralisée et entièrement renouvelable. Il rappelle au besoin que s’il n’y a pas de scénario de moyen terme qui entrevoit une transition énergétique en se passant du gaz, il existe en revanche une différence importante entre gaz conventionnel et non conventionnel. Concernant ce dernier et en contradiction avec l’exigence fixée par le Grenelle, aucune mise en discussion préalable n’a été conduite. A l’image du pétrole et du nucléaire, ce sujet échappe au débat public.</p>
<p style="text-align: justify;">Oui, nous trouverons des réserves de gaz de schiste, oui nous pouvons tenir un peu plus longtemps avec le pétrole en forant toujours plus loin dans le sol, oui les risques industriels vont s’accroître parallèlement et oui l’énergie coûtera ce faisant de plus en plus cher… Caresser un cercle il devient vicieux, creuser le sol et vous toucherez le fond. Cessons de vivre en sursis dans une société masochiste, halte au gaz de schiste !</p>
<h5 style="text-align: justify;"><a href="http://www.terra-economica.info/">*Publié par Terra Eco</a></h5>
<h5><img class="size-full wp-image-2301 aligncenter" title="BE11-bann_480x80-Duralpes" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/BE11-bann_480x80-Duralpes.gif" alt="BE11-bann_480x80-Duralpes" width="480" height="80" /></h5>

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		<title>Décoloniser le développement durable à travers son interculturalisation</title>
		<link>http://www.duralpes.com/decoloniser-le-developpement-durable-a-travers-son-interculturalisation/</link>
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		<pubDate>Sun, 20 Feb 2011 06:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Esoh Elame</dc:creator>
				<category><![CDATA[ACTIONS]]></category>

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		<description><![CDATA[.
L’émergence du concept de développement durable lors de la Conférence de Rio a marqué un tournant décisif pour l’avenir de notre planète. Seulement, on peut constater que ce concept ne met pas l’accent sur la nécessité d’une prise en compte systématique de la diversité culturelle et de l’interculturel à tous les niveaux d’intervention des politiques [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify"><span style="color: #ccffff;">.</span><a href="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/esoh-elame-site.jpg"></a></p>
<p align="justify">L’émergence du concept de développement durable lors de la Conférence de Rio a marqué un tournant décisif pour l’avenir de notre planète. Seulement, on peut constater que ce concept ne met pas l’accent sur la nécessité d’une prise en compte systématique de la diversité culturelle et de l’interculturel à tous les niveaux d’intervention des politiques de développement et qu’il ne fait pas l’objet de propositions concrètes ni d’outils opérationnels pour mieux la valoriser.</p>
<p align="justify"><a href="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/esoh-elame-site.jpg"></a><img style="width: 220px; height: 228px;" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/esoh-elame-site.jpg" border="0" alt="" width="220" height="220" align="left" />L’absence de ces dimensions culturelles dans l’analyse des questions du développement durable a une incidence dans la lecture des problèmes de l’humanité tels que l’eau, les déchets, la qualité de l’air, le bruit, la santé, l’éducation, etc. Si le principal objectif du développement durable est celui d’éradiquer la pauvreté tout en protégeant l’environnement, il ne faut pas perdre de vue qu’il existe plusieurs représentations socioculturelles de l’environnement et de la pauvreté. Et qu’il existe de la même façon une grande diversité d’approches pour appréhender les questions économiques, sociales et surtout environnementales du développement suivant les aires culturelles.<br />
Ne pas les considérer, c’est prendre le risque d’imposer au monde une vision occidentale de ces questions. Dans son deuxième article, <span style="color: #b22222;"><strong>Esoh Elamé*,</strong> </span>enseignant chercheur à l’Université Cà Foscari de Venise, nous fait réfléchir sur l’urgence de prendre en compte cette diversité culturelle dans le concept de développement durable afin de le rendre opérationnel et intelligible dans chaque civilisation.</p>
<p align="justify"><strong>Concilier diversité culturelle et développement durable.</strong></p>
<p align="justify">Deux décennies après la validation politique et la diffusion planétaire du concept de développement durable à Rio, on constate que malgré ses contradictions, cette notion de plus en plus médiatisée continue à étendre son influence à cause surtout de l’émergence des problèmes environnementaux. Considérée beaucoup plus comme un vaste jeu d’harmonisation où la poursuite des objectifs socio-économiques doit se faire en respectant la prudence écologique, la dimension environnementale du développement est celle qui inspire désormais l’essentiel des discours et actions politiques.</p>
<p align="justify"><a href="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/site.jpg"></a><a href="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/site.jpg"></a><a href="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/site-1.jpg"></a><img class="alignleft size-full wp-image-2288" title="7162423-mdsite" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/7162423-mdsite.jpg" alt="7162423-mdsite" width="220" height="275" />Nous sommes pourtant face à un contexte planétaire où dans toutes les régions du monde, les urgences planétaires ne se résument pas seulement aux pollutions, aux changements climatiques, à la question énergétique, à la lutte contre la pauvreté. La recherche de la paix, le dialogue interculturel entre les Peuples et Nations, la conquête des droits de l’homme, sont aussi des urgences planétaires. Il est donc important de comprendre comment la durabilité du développement se positionne aussi par rapport à ces questions, car les discriminations et les conflits qui menacent la sécurité humaine mettent en péril la dignité humaine et la justice sociale. Ainsi, les principaux questionnements que nous tirons de ce constat sont les suivants : peut-on penser au développement durable, sans prendre en compte les facteurs culturels et interculturels qui influencent sa mise en œuvre ? Comment allier les aspects positifs de la diversité culturelle avec le développement durable ? Aider à préserver la paix dans toutes ses dimensions est un défi permanent pour la communauté internationale, mais l’est-il pour le développement durable ?</p>
<p align="justify">Le présent article a pour objet de montrer ce que recouvre réellement le développement durable, d’expliquer pourquoi sa déconstruction est indispensable à travers l’injonction du culturel et de l’interculturalité pour en faire un concept postcolonial. L’article entend donc relever le défi qui consiste à interculturaliser le développement durable afin de le rendre opérationnel et intelligible dans chaque civilisation évitant ainsi de le transformer en un instrument néocolonial d’occidentalisation du monde.</p>
<p align="justify"><a href="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/7750273-lg-site.jpg"></a><a href="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/m1site.jpg"></a><a href="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/m1site.jpg"></a><img style="width: 220px; height: 356px;" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/m1site.jpg" border="0" alt="" width="220" height="330" align="left" />Aux fins du présent article, le terme culture est l’ensemble des traits distinctifs spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social. La culture englobe, outre les arts et les lettres, les façons de vivre ensemble, les systèmes de valeur, les traditions et les croyances. L’interculturalité est à envisager en tant que processus favorisant une interpénétration entre cultures s’influençant positivement les unes les autres d’une part, et entre porteurs de cultures différentes d’autre part, pour apprendre à vivre et construire ensemble un monde de paix, équitable, solidaire et durable. Elle contient les clés permettant d’approcher les questions environnementales, sociales et économiques sous un angle culturel également en tenant compte des symboles, perceptions et visions fonctionnelles du monde.</p>
<p align="justify"><strong>Le développement durable aux prises avec le legs colonial.</strong></p>
<p align="justify">Le concept de développement dans sa version actuelle, produit et diffuse des représentations essentiellement occidentales des notions de besoins, générations actuelles et futures, richesse, bien-être, économie, société et environnement. C’est un processus d’occidentalisation du monde qui se fait peut-être de manière inconsciente car profondément intériorisé dans les pratiques, les discours politiques et scientifiques de la plupart de ses promoteurs. Il est interprété et se traduit par des actions politiques dans une rationalité européenne ne tenant pas compte des autres systèmes et modèles de pensée. Une critique postcoloniale du développement durable est donc nécessaire afin de remettre en cause et de déconstruire par le haut et par le bas, son excessive occidentalisation.</p>
<p align="justify">Notre thèse est que l&#8217;élaboration théorique du développement durable doit obligatoirement tenir compte de la diversité des civilisations sinon elle n’est pas un développement pensé pour l’humanité mais plutôt pour l’Occident. Auquel cas, il ne faut pas l’imposer à toute la planète. La notion de civilisation fait référence ici à un ensemble de communautés culturelles ayant de grands traits singuliers supposés les caractériser et les distinguer. Le développement durable ne peut pas ignorer le fait que l’humanité est faite de plusieurs civilisations et par conséquent, que nous sommes différents à travers nos croyances, convictions religieuses et traditions qu’on ne peut exclure dans les priorités de développement. Les civilisations sont le socle sur lequel promouvoir un développement durable pluriel.</p>
<p align="justify">Les études postcoloniales du développement sont donc indispensables aujourd’hui afin de promouvoir une relecture raisonnée de l&#8217;héritage colonial des pratiques du développement dans le monde contemporain. Elles permettent de proposer une vision du développement ancrée dans la civilisation de chaque peuple. Nous proposons une déconstruction de la lecture linéaire et chronologique de l&#8217;historiographie du développement durable en exigeant son emprise culturelle et interculturelle. Le discours théorique actuel du développement durable n’est pas hybride et ne témoigne que de l&#8217;hégémonie du système de pensée européen sur les autres systèmes de pensée.<br />
La perspective postcoloniale du développement durable est alors une occasion pour faire participer toutes les civilisations à la promotion d’un avenir commun. C’est un préalable nécessaire à toute analyse de l’avenir du monde contemporain souhaitant rompre avec la vision unidirectionnelle du développement telle qu’elle est actuellement imposée. Dans un monde mondialisé où l’universalisme tend à devenir une européisation, on constate avec regret que le développement durable tend lui aussi à se confondre avec l’européisation. De cette manière, il reste enfermé dans son provincialisme occidental.</p>
<p align="justify"><strong>Quand l’identité culturelle ne passe pas par le développement durable.</strong></p>
<p align="justify"><a href="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/7162372-md-site.jpg"></a><img style="width: 220px; height: 265px;" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/7162372-md-site.jpg" border="0" alt="" width="220" height="275" align="left" />Afin de montrer qu’une vision postcoloniale du développement est nécessaire, nous prendrons l’exemple de la gestion forestière en Afrique. En effet, les politiques forestières appliquées dans les pays africains ayant un patrimoine forestier sont essentiellement orientées vers l’économie et sans une valorisation des perceptions locales de la forêt. La gestion forestière de manière générale est conçue suivant une démarche et une perception européenne. La qualité du bois est appréciée suivant les critères européens. Le choix d’exploiter telle essence plutôt que telle autre ne dépend pas des populations autochtones riveraines des forêts mais du marché international lui-même conditionné et conçu suivant une logique mercantile européenne. Ainsi, les spéculations autour de l’abattage industriel des arbres ne sont que les conséquences d’un impérialisme culturel obligeant les autres à se soumettre aux perceptions européennes de l’économie. Même quand on parle de gestion durable des forêts on constate que la démarche utilisée, les opérations d’administration, d’exploitation et de préservation effectuées par les Etats africains ayant un patrimoine forestier ne sont qu’une reproduction d’une vision européenne de management des forêts.</p>
<p align="justify"><a href="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/moabi-site.jpg"></a>Pourtant, certaines essences très sollicitées sur le marché international du bois, ont parfois une valeur culturelle importante pour les populations autochtones. C’est le cas du Moabi, arbre caractéristique de la forêt tropicale dense humide du Bassin du Congo. La taille moyenne des Moabi varie entre 20 et 40 mètres. Toutefois, certains grands Moabi peuvent atteindre 70 mètres de hauteur. Le Moabi a un tronc massif dont le diamètre moyen mesure environ 2 mètres et peut atteindre suivant l’âge jusqu’à 5 mètres. Leur moyenne d’âge varie de 600 à 700 ans. Certains parviendraient même à atteindre 2500 ans. C’est un arbre sacré chez les pygmées. Il joue plusieurs fonctions: (1) arbre magico-religieux et lieu de culte ; (2) arbre généalogique sur lequel est gravé l’histoire de la communauté ; (3) tribunal de paix pour la résolution pacifique des conflits ; (4) arbre nourricier au centre de l’économie domestique de plusieurs communautés bantoues et pygmées dans la mesure où il fournit beaucoup d’aliments complémentaires qui accompagnent la base des repas notamment les graines, les feuilles et une huile extraite de la transformation de ses graines. Il est aussi célébré par les pratiques linguistiques notamment dans de nombreux chants religieux, dans les contes et même dans l’appellation de certains villages. Ainsi par exemple, les noms des villages Adjap et Medjoh signifient Moabi en langues locales. Enfin, sur le plan historique, les graines de Moabi ont servi autrefois de monnaie dans les tractations entre les communautés autochtones.</p>
<p align="justify"><a href="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/moabi-site.jpg"></a><a href="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/moabi-site-1.jpg"></a><img src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/moabi-site-1.jpg" border="0" alt="" width="220" height="171" align="left" />Pourtant cet arbre qui a un fort intérêt alimentaire, médicinal et d’économie communautaire, est très recherché par les exploitants forestiers pour la grande qualité de son bois. Il est surexploité par les industriels posant un véritable problème de régénération de l’espèce. Au Cameroun, des entreprises forestières européennes se sont spécialisées dans l’exploitation du Moabi. Elles se sont, de ce fait, livrées à un quasi pillage de l’espèce au détriment des besoins vitaux des populations locales qui se voient ainsi privées d’un élément important de leur spiritualité et de leur identité culturelle.</p>
<p align="justify">On observe le même scenario avec le Bubinga, essence très recherchée sur le marché international du bois et d’une très grande utilité culturelle et micro-économique pour les populations autochtones. En effet, les populations bantoues et pygmées lui attribuent des propriétés médicinales. Il est très utilisé par la pharmacopée traditionnelle. On lui reconnaît aussi une fonction spirituelle. Pour cela, le Bubinga intervient dans plusieurs pratiques magico-religieuses notamment lors de l’intronisation des chefs coutumiers dans les communautés locales bantoues, et dans la communication spirituelle avec les ancêtres fondateurs. Il joue aussi le rôle d’arbre à palabre dans la résolution pacifique des litiges fonciers et dans la régulation de tous autres malentendus entre les populations. Les populations autochtones lui reconnaissent également un rôle important dans la production artisanale de miel biologique puisqu’il attire naturellement les abeilles. L’Iroko est aussi un arbre sacré, très utilisé dans la pharmacopée traditionnelle et dans les pratiques magico-religieuses. Plusieurs autres essences de grande valeur culturelle pour les populations riveraines des forêts dans le bassin du Congo sont menacées d’extinction si rien n’est fait.</p>
<p align="justify"><img src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/7750273-lg-site.jpg" border="0" alt="" width="220" height="318" align="left" />L’exclusion des besoins culturels des populations locales dans les politiques forestières, contribue à sa manière à la destruction de la civilisation négro-africaine. Un tel processus de déculturalisation de la forêt crée des crispations ethniques ou identitaires dans la mesure où les populations se retrouvent spoliées : de leurs lieux de culte ; des cimetières où reposent leurs ancêtres ; de leur muséologie ancestrale ; de leur pharmacopée traditionnelle et même de leur patrimoine linguistique. La conséquence irréversible de ce manque d’attention à une lecture culturelle de la forêt, comme le voudrait le système de pensée négro-africain, est entrain de conduire à une destruction de biens séculaires, symboliques, qui sous-tendent les traditions des peuples autochtones riverains des forêts.</p>
<p align="justify">Les droits culturels entendus comme des droits à la culture sont ainsi bafoués, conduisant fréquemment à des tensions sociales entre les entreprises forestières et les populations locales. Cet exemple témoigne des limites des méthodes actuelles de gestion des forêts, où les pratiques culturelles et le droit coutumier sont ignorés. Le développement durable ne peut donc pas être uniquement un processus économique, social et environnemental déconnecté de la culture. Il importe de le percevoir aussi comme un projet culturel et interculturel, fondé sur des normes et des valeurs comme la dignité humaine, la solidarité, la tolérance, la liberté d’expression, le respect de la diversité et du dialogue entre les cultures. Ces valeurs pourront inspirer le monde de demain pour autant qu&#8217;elles soient défendues et promues par le développement durable.</p>
<p align="justify"><strong>L’interculturel : une solution pour décoloniser le développement durable.</strong></p>
<p align="justify">Les arguments ici avancés en faveur de la promotion de la diversité culturelle dans le développement durable nous amène à affirmer que si nous souhaitons que la durabilité devienne universelle, comprise et valorisée par tous, il faut l’interculturaliser. En termes simples, la diversité culturelle et le dialogue interculturel servent pour humaniser le développement durable. Ils sont intrinsèquement bénéfiques au développement durable dans la mesure où toutes les cultures recèlent des richesses. Leur prise en compte systématique dans les questions sociales, économiques et environnementales du développement conduit au bout du compte à un développement capable non seulement de sauvegarder le patrimoine culturel matériel et immatériel de chaque civilisation, mais aussi de favoriser un enrichissement mutuel. Ce qui nous épargnerait en grande partie du racisme, des discriminations et des guerres.</p>
<p align="justify"><a href="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/7162388-mdsite.jpg"></a><img src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/7162388-mdsite.jpg" border="0" alt="" width="220" height="147" align="left" />A la base de l’interculturalisation du développement durable, se trouve l’idée qu’une planète durable n’est pas possible sans un patrimoine culturel matériel et immatériel pluriel issu d’une diversité culturelle qui naît de la coexistence d’une multiplicité d’identités et de pratiques culturelles. Le développement durable ne peut pas continuer à signifier, comme c’est actuellement le cas, le refus de reconnaitre à chaque peuple le droit de conserver et de sauvegarder son identité, de la développer à travers des échanges interculturels. Le développement tel qu’il est promu avec ses trois piliers ne permet pas aux civilisations non occidentales d’exercer leurs droits à penser leur propre développement à partir de leur système de pensée. En effet, si les principes de non-discrimination et d’égalité entre les civilisations ne venaient pas à être appliqués dans le développement durable, la perspective de le réaliser pour toutes les civilisations se trouverait sérieusement compromise. En d’autres termes, la culture, la diversité culturelle et le dialogue entre les cultures sont des conditions préalables à la promotion d’un développement à l’image de notre diversité civilisationnelle, et capables de renforcer à son tour la cohésion et la stabilité de la société.</p>
<p align="justify">Le développement durable sur le plan planétaire ne peut devenir une réalité que s’il garantit le pluralisme culturel, dans toute la société. Nous proposons à cet effet que le développement durable puisse avoir un quatrième pilier que nous avons appelé la responsabilité interculturelle. A travers ce pilier, il est question que chaque civilisation soit en mesure d’exprimer son identité culturelle, de pratiquer la culture enrichie de celles des autres, dans la résolution de ses propres problèmes de développement. La responsabilité interculturelle permet de reconnaître le lien entre les droits culturels, interculturels et le développement durable. Il permet de promouvoir les conditions propres à permettre à chaque civilisation de conserver les traits saillants et pertinents de son identité culturelle dans le cadre du développement durable et pour le bien des générations futures, de développer aussi une identité interculturelle servant d’élément de cohésion et de continuité entre les différentes civilisations, dans un contexte de mondialisation où les migrations sont les réalités de notre époque.</p>
<h6>*Esoh Elamé est un italien d’origine camerounaise. Il a obtenu sa thèse de doctorat en Géographe à l’Université de Grenoble 1. Actuellement enseignant chercheur à l’Université Cà Foscari de Venise, Esoh Elamé dédie ses recherches sur les Théories du développement durable, la ville durable, la ville interculturelle, la géographie postcoloniale et la didactique de la géographie.</h6>
<p align="justify"><span style="font-size: 7pt; font-family: 'Verdana','sans-serif'; letter-spacing: 1pt"><span style="color: #ffffff;"> .</span></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: 7pt; font-family: 'Verdana','sans-serif'; letter-spacing: 1pt">Texte et photos © : <a href="http://www.duralpes.com/mentions-legales/"><span style="color: windowtext; text-decoration: none; text-underline: none">mentions légales, tous droits réservés </span></a></span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: 7pt; font-family: 'Verdana','sans-serif'; letter-spacing: 1pt"><span style="font-size: 7pt; font-family: 'Verdana','sans-serif'; letter-spacing: 1pt">Photos : © Marie-Claude Simard : Les femmes de la forêt au Cameroun</span></span></p>
<p align="justify">
<p style="text-align: center;" align="justify"><span style="font-size: 7pt; font-family: 'Verdana','sans-serif'; letter-spacing: 1pt"><span style="font-size: 7pt; font-family: 'Verdana','sans-serif'; letter-spacing: 1pt"><a href="http://www.boisenergie.com/sommaire.php3"><img class="aligncenter size-full wp-image-2301" title="BE11-bann_480x80-Duralpes" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/BE11-bann_480x80-Duralpes.gif" alt="BE11-bann_480x80-Duralpes" width="480" height="80" /></a><br />
</span></span></p>

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		<title>Quels outils pour décoloniser le développement durable</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Feb 2011 00:17:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Esoh Elame</dc:creator>
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L’évolution de la réflexion sur la relation entre activités humaines et écosystème nous a conduits à admettre que le développement durable est sans doute une solution aux problèmes de l’humanité. L’antinomie entre l’économique et l’environnement est dépassée. Aujourd’hui c’est le réexamen des liens entre environnement et développement qui devient une priorité. Le discours dominant sur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify"><a href="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/esoh-elame-site.jpg"></a><a rel="attachment wp-att-1062" href="http://www.duralpes.com/decoloniser-le-developpement-durable-a-travers-son-interculturalisation/attachment/1062/"></a></p>
<p align="justify">L’évolution de la réflexion sur la relation entre activités humaines et écosystème nous a conduits à admettre que le développement durable est sans doute une solution aux problèmes de l’humanité. L’antinomie entre l’économique et l’environnement est dépassée. Aujourd’hui c’est le réexamen des liens entre environnement et développement qui devient une priorité. Le discours dominant sur le développement se focalise sur un modèle de développement économique compatible avec l&#8217;équité sociale et la prudence écologique. Finalement le développement se résume en la recherche d’une réconciliation entre l’économique, le social et l’environnement.</p>
<p align="justify"><img style="width: 218px; height: 224px;" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/esoh-elame-site.jpg" border="0" alt="" width="220" height="220" align="left" />Le présent article d’<strong><a href="http://www.duralpes.com/decoloniser-le-developpement-durable-a-travers-son-interculturalisation/"><span style="color: #b22222;">Esoh Elamé</span></a></strong>, enseignant chercheur à l’Université Cà Foscari de Venise, a pour objet de repenser les outils d’appréhension et de mesure du développement durable afin d’en faire un concept postcolonial, résolument tourné vers le dialogue entre toutes les civilisations.</p>
<p align="justify">Les principales questions au centre du développement sont la lutte contre les pollutions, les dérèglements globaux tels que le trou d’ozone, l’effet de serre, les pluies acides, la désertification, la déforestation et la pauvreté. On constate avec regret que les dégradations culturelles, les discriminations, le racisme et les guerres ne sont pas explicitement inscrits dans le discours théorique et dans les politiques actives de développement durable. A partir du moment où la culture joue un rôle clé dans la construction de l´identité des peuples et donc des Etats, on ne peut envisager le développement d’une nation, d’un territoire sans la valorisation de son patrimoine culturel matériel et immatériel. Les situations conflictuelles comme au Tibet, en Côte d’Ivoire, au Darfour, en Israël-Palestine le statut du Kosovo et les conflits gelés, les tensions régionales dont est victime le Liban, les sursauts islamistes en Afrique du Nord, la question somalienne, les risques permanents de terrorisme islamiste dans le monde, et bien d’autres situations sont là pour nous montrer que plusieurs conflits dégénèrent à cause d’incompréhensions réciproques entre les peuples.</p>
<p align="justify"><a href="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/darfour-site.jpg"></a><a href="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/darfour-site.jpg"><img src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/darfour-site.jpg" border="0" alt="" width="220" height="146" align="left" /></a>Dans de telles conditions, le développement n’est pas possible. En clair, il est humainement inadmissible qu’une ville où l’on a 90% de collecte sélective, de l’énergie solaire, de la mobilité durable mais où l’on enregistre constamment des crimes xénophobes et homophobes, des discriminations de tous genres, soit considérée une ville durable. Drôle de paradoxe qu’une durabilité molle, guidée par des considérations économiques, sociales et écologiques sans aucune emprise culturelle et interculturelle. Une durabilité qui peut au même moment vanter des acquis écologiques et nourrir le repli sur soi, le racisme, le communautarisme, le nationalisme étroit, l’exaltation d’une supériorité spirituelle et intellectuelle.</p>
<p align="justify"><strong>Indications méthodologiques pour interculturaliser les outils du développement durable.</strong></p>
<p align="justify">La décolonisation du développement durable passe par une relecture des outils qui sont utilisés pour son ancrage territorial. Il s’agit d’une relecture postcoloniale et donc interculturelle ayant pour finalité principale de dépoussiérer le développement durable de sa centralité occidentale.</p>
<p align="justify">Avant de présenter nos propositions, rappelons d’abord pourquoi le développement durable est un concept colonial. Son libellé encourage le conformisme des idées et valeurs occidentales. Il est une domination idéologique qui prétend faire la promotion des choix de société durable, qui sont pour la plupart issus de l’Occident et présentés comme les seuls choix légitimes. Le consensus qui semble apparaitre sur le plan international sur le développement durable n’est autre que la vision occidentale actuelle du système monde. La pensée unique du développement nous a imposé une interprétation unique du marché, de l’environnement, de la compétitivité, du libre-échange, de l’économie sociale, du commerce équitable, du tourisme durable, des besoins, de la durabilité, des générations présentes et futures. La dynamique qui découle du développement durable ne fait que l’intérêt de l’Occident car elle conduit à la mise en place d’une colonisation des esprits, des mœurs et des modes de consommation. Elle amène finement les autres civilisations à considérer l’Occident comme leur référentiel en matière de développement. Il s’agit finalement d’un développement contribuant à l’occidentalisation du monde [1] dans la mesure où il ne s’appuie que sur les valeurs partagées par les occidentaux, traduites en valeurs de références pour l’humanité.</p>
<p align="justify"><strong>Proposition 1 : repenser le développement dans une optique interculturelle.</strong></p>
<p align="justify"><a href="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/mali-site.jpg"></a><img style="width: 220px; height: 301px;" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/mali-site.jpg" border="0" alt="" width="220" height="275" align="left" />Le concept du développement n’est plus à (re)panser. Faut-il le refuser [2] parce qu’il incarne l’occidentalisation du monde? Est-il la solution ou le problème [3] ? Une chose est sure si l’on raisonne en terme postcolonial, le développement est à repenser. Il faut le mettre complètement à jour non pas parce qu’il n’a rien apporté de positif mais tout simplement parce qu’il faut le rendre intelligible à la réalité « multi-civilisationnelle » du monde. L’humanité n’est pas une propriété occidentale, mais de toutes les civilisations. Elles doivent toutes se sentir impliquées sur le plan des systèmes de pensée dans l’élaboration théorique du projet politique et scientifique finalisé à une gestion durable de l’humanité. Les outils actuellement utilisés pour favoriser l’ancrage territorial du développement adhèrent à la logique de la pensée unique du développement.</p>
<p align="justify">Créer un cadre méthodologique permettant à toutes les civilisations de se sentir impliquées dans le processus de développement durable est un acte de reconnaissance sociale. Le développement ne peut pas être la vision synthétique d’une civilisation imposant à toutes les autres sa vision [4]. Il faut dépasser l’actuelle pensée unique du développement durable, ce modèle à suivre sans aucune alternative. Sa décolonisation ([5] est donc inévitable. Passer d’une approche tridimensionnelle du développement durable à une approche quadridimensionnelle où le culturel et l’interculturel constituent le quatrième pilier est désormais un impératif. Une telle vision du développement garantit systématiquement et transversalement une lecture culturelle et interculturelle de l’économie, du social et de l’environnement. Elle permet à chaque civilisation d’avoir son mot à dire dans l’ancrage du développement durable dans son contexte. Un tel changement de paradigme nous permettra alors de parler d’un développement durable postcolonial. La déconstruction du développement durable est indispensable si l’on souhaite la survie de l’humanité et de ses civilisations pour le bien des générations passées (car en Afrique les morts ne sont pas morts), présentes et futures.</p>
<p align="justify"><strong>Proposition 2: interculturaliser les outils d’ancrage territorial du développement durable.</strong></p>
<p align="justify">Sur le plan opérationnel, l’ancrage territorial du développement durable se fait par le biais de l’Agenda 21 local pour les collectivités territoriales et par la responsabilité sociétale pour les entreprises.</p>
<p align="justify"><span style="text-decoration: underline;">Le cas des Agendas 21 locaux</span></p>
<p align="justify">Les Agendas 21 locaux représentent une déclinaison à l&#8217;échelon territorial du développement durable. Ils visent à construire des objectifs et un programme d&#8217;actions à long terme pour le développement durable, élaborés et mis en œuvre sur la base d&#8217;un processus mobilisant tous les acteurs locaux. C’est donc un outil opérationnel qui n’est ni abstrait, ni un simple slogan à la mode. Sur le plan méthodologique, on constate que la culture qui contient les valeurs d’une société et la trame de son organisation et des relations entre les groupes et les individus, n’est pas prise en compte dans les Agendas 21 locaux. Les démarches méthodologiques utilisées dans la mise en place des Agendas 21 locaux construisent des modèles pour harmoniser économie et environnement sans toutefois introduire la culture comme élément stratégique permettant d’inscrire le développement dans la vie des acteurs du territoire. L’absence de mise en valeur de la culture dans les actions locales de durabilité produit des contraintes, limites et défis qu’il faut surmonter surtout quand on sait que la plupart des Agendas 21 locaux ont une tendance à se décliner fortement dans les thématiques écologiques. D’une manière générale, il faut donc interculturaliser les grandes étapes d’un Agenda 21 local.</p>
<p align="justify">Cela signifie :</p>
<p align="justify">&gt;&gt;&gt; Repenser le diagnostic territorial. Aujourd’hui, la plupart des diagnostics territoriaux sont plutôt des diagnostics environnementaux. Pour notre part, le diagnostic territorial doit permettre d’analyser les réalités du territoire non seulement du point de vue environnemental, mais aussi du point de vue culturel, interculturel, social, spatial et économique. Ainsi en plus des informations que le diagnostic fournit sur les questions environnementales du territoire, il faut aussi qu’il présente l’état des lieux sur le plan social, économique, interculturel. Sur le plan interculturel, le diagnostic doit éclairer la situation du territoire pour ce qui est de la lutte contre les discriminations, l’état du patrimoine culturel matériel et immatériel local, l’état des échanges interculturels au niveau local, la participation des minorités dans le processus de prise de décision au niveau local, etc.</p>
<p align="justify">&gt;&gt;&gt; Faire une mobilisation des citoyens qui tienne compte de la diversité culturelle territoriale. La mobilisation des acteurs locaux doit concerner tous les citoyens, toutes les minorités ethniques y compris les populations issues de l’immigration. Les outils d’information et de mobilisation à utiliser doivent tenir compte de la diversité culturelle territoriale.</p>
<p align="justify"><a href="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/interculturalite-site.jpg"><img style="width: 220px; height: 281px;" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/interculturalite-site.jpg" border="0" alt="" width="220" height="275" align="left" /></a>&gt;&gt;&gt; Disposer d’un Forum représentatif de la réalité culturelle territoriale. Il faut que le Forum soit le plus représentatif possible et ne devienne pas un simple regroupement d’élites et de personnes intéressées par les questions environnementales comme c’est souvent le cas. Les travaux du Forum doivent se faire suivant quatre piliers : l’économie, le social, l’environnement et la culture/interculturel. En outre, les groupes de travail sur l’économie, le social et l’environnement aborderont ces thématiques dans une double perspective culturelle et interculturelle.</p>
<p align="justify">&gt;&gt;&gt; Impliquer les acteurs culturels et les minorités ethniques dans le processus de validation participative du plan d’actions.</p>
<p align="justify"><span style="text-decoration: underline;">Le cas de la responsabilité sociétale</span></p>
<p align="justify">Sur le plan opérationnel, les expériences actuellement menées en Europe et en Amérique du Nord montrent que l’ancrage de la responsabilité sociétale dans les entreprises, s’opère suivant une approche tridimensionnelle : la dimension environnementale permet la prise en compte des impacts de l’entreprise et de ses produits dans l’écosystème ; la dimension sociale prend en compte les conséquences sociales de l’activité de l’entreprise pour l’ensemble de ses parties prenantes et la dimension économique prend en compte la performance financière en symbiose avec le respect de l’environnement, le développement économique de la zone d’implantation de l’entreprise et le respect des principes de saine concurrence. Ce schéma très classique de la responsabilité sociétale répond avec rigueur aux trois dimensions du développement durable. Ni la culture, ni à plus forte raison, la diversité culturelle et les dynamiques interculturelles n’y sont incluses.</p>
<p align="justify">Nous proposons pour cela une conception de la responsabilité sociétale fondée sur quatre dimensions (social, économique, environnemental et interculturel qui renvoie à une démarche managériale associant l’éco-management et le management de la diversité [6]. Plus concrètement, pour le management environnemental, il est question pour les entreprises de se soumettre aux règles strictes du management environnemental suivant deux types d’approches, à savoir «l’approche site» et «l’approche produit» en y déclinant, quand c’est nécessaire, les problématiques culturelles et interculturelles qui y sont liées. L’approche site permet à l’entreprise de tenir ses locaux dans le respect des normes environnementales. Elle concerne aussi les conditions de travail dans la concession : le niveau de rémunération, l’utilisation du principe de non-discrimination notamment vis à vis des femmes et des migrants, la sécurité sur le lieu de travail, les impacts psychologiques des conditions de travail sur la santé des populations, avec des conséquences liées à la prostitution, à l’alcool, etc. « L’approche produit » se réfère à l’introduction de l’éco-conception dans la production. Il s’agit d’intégrer les problématiques environnementales dans la conception des produits ou services. Cette démarche se caractérise par une vision globale du produit et prend en compte l’ensemble des étapes du cycle de vie du produit. Elle suppose de faire un compromis entre l’utilité (les fonctionnalités) du produit et le coût (les impacts) associé à cette utilité. L’éco-conception doit aussi prendre en compte les questions culturelles et interculturelles lors de la conception du produit et dans son amélioration.</p>
<p align="justify">L’éthique de la responsabilité voudrait que le contenant et le contenu du produit ne respectent pas seulement l’environnement mais aussi la dignité humaine, les droits de l’homme, la diversité culturelle. Un produit doit non seulement être écologique, mais aussi ne pas transmettre de messages discriminatoires. On rencontre par exemple des produits pourtant déclarés biologiques ou même issus du commerce équitable ayant des emballages exotiques stéréotypés. Il existe également sur le marché des produits dont les emballages transmettent directement ou indirectement des messages xénophobes, discriminants pour certaines civilisations, sexistes. Pourtant les entreprises qui les ont produits ont adopté des dispositifs de management environnemental. Seule une approche de management environnemental interculturalisée permet de dépasser les dysfonctionnements observés dans la responsabilité sociétale.</p>
<p align="justify">Le management de la diversité vise une meilleure planification, gestion et organisation de l’entreprise tenant compte de sa diversité ethnique, sexuelle, religieuse, et de la diversité liée à l’orientation sexuelle et à l’handicap. L’utilisation du management de la diversité s’opère pour lutter contre toute les formes de discrimination au sein de l’entreprise, et vis-à-vis des consommateurs et de la communauté qui l’accueille. L’utilisation par l’entreprise du management de la diversité permet à cette dernière d’éliminer toutes les dispositions, critères ou pratiques apparemment neutres, pouvant entraîner un désavantage particulier pour des personnes ayant une religion ou des convictions particulières, un handicap, un âge ou une orientation sexuelle donnée, par rapport à d’autres personnes, à moins que ce soit objectivement justifié. L’enjeu pour l’entreprise consiste à mettre en place certains outils de promotion et de valorisation d’un capital humain multiculturel, de se doter d’une stratégie de communication interculturelle, de favoriser le dialogue interculturel au sein de l’entreprise et de disposer d’une stratégie de marketing tenant compte de la diversité culturelle. La rencontre de cultures différentes dans l’entreprise est signe de richesse. La mise en synergie de ces différents modes de savoir-faire et perceptions permet à l’entreprise de mieux s’armer dans un contexte de mondialisation. Elle lui permet de facilement innover, d’anticiper les situations, de mieux prévoir l’avenir, de s’adapter plus facilement à des contextes culturels qui ne sont pas propres à son champ habituel d’intervention.</p>
<p align="justify">Pour passer d’un développement durable à pensée unique à un développement durable postcolonial, la ré-visitation en profondeur du concept de développement durable est indispensable. La relecture postcoloniale du développement durable permet de surpasser ses entraves liées aux problématiques culturelles et interculturelles. Harmoniser la diversité culturelle et le développement durable, c’est d’abord reconnaitre la culture et l’interculturalité comme pilier du développement. C’est ensuite inscrire la culture en tant qu’élément stratégique dans l’analyse des questions économiques, sociales et environnementales du développement. Une telle emprise interculturelle du développement propose de manière pratique et efficace une vision universellement partagée, des valeurs identifiables provenant de toutes les civilisations. Il s’agit des valeurs permettant à chaque civilisation de se reconnaître, de voir ses valeurs et son identité valorisées dans le cadre du développement de ses territoires. L’élaboration d’une vision cohérente et plurielle du développement durable tenant compte des spécificités de chaque civilisation est dorénavant une priorité si l’on souhaite garantir la survie de toutes les civilisations. Eviter la décadence, voire la disparation de certaines civilisations à cause de leur occidentalisation, est à nos yeux une question déterminante. Pour cela, il est impératif de repenser le développement durable ainsi que les outils utilisés permettant de mettre en place dans tout territoire et entreprise une démarche de développement durable.</p>
<h6>Références<br />
[1] Latouche S. (2005) L’Occidentalisation du monde. Essai sur la signification, la portée et<br />
les limites de l’uniformisation planétaire. 2ème édition, La Découverte, Paris.<br />
[2] Latouche S. (1986) Faut-il refuser le développement ?. PUF, Paris : 45-79.<br />
[3] Latouche S. (2003) Le développement est-il la solution… ou le problème ?. L’Écologiste, numéro spécial « Défaire le développement, refaire le monde », 6, Parangon.<br />
[4] Latouche S. (2004) Survivre au développement, Mille et une nuits, Paris.<br />
[5] Latouche S. (2003) Décoloniser l’imaginaire. Ed. Parangon, Paris : 60-75.<br />
[6] Esoh Elamé (2009b) Interculturaliser la responsabilité sociale. Revue canadienne d’études du développement 28(4) : à paraître.<br />
Esoh Elamé (2004) Intégrer la dimension interculturelle dans l’évaluation du développement durable. In C. AFFREDI Ed., La dynamique de l’évaluation face au développement durable, L’Harmattan, Paris : 303-318.<br />
Esoh Elamé (2004) Interculturaliser le développement durable. Actes du colloque « Développement durable : leçons et perspectives », Université de Ouagadougou, 4-6 juin, Agence Universitaire de la Francophonie – Agence Intergouvernementale de la Francophonie, Tome 1 : 71-80.<br />
Wicht B. (2004) La diversité culturelle : le sens d’une idée. In Diversité culturelle et Mondialisation. Éditions Autrement : 10-27.</h6>

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		<title>L’écho de l’eau&#8230; suite</title>
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		<pubDate>Fri, 04 Feb 2011 20:34:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>OIEau</dc:creator>
				<category><![CDATA[PROSPECTIVE]]></category>

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		<description><![CDATA[Deuxième partie :  les actions à mener

Si les gaz à effet de serre sont responsables du réchauffement climatique, l’eau douce en est la première victime. Il est donc indispensable de travailler dès à présent à l’adaptation des politiques et mécanismes de gestion des ressources en eau pour faire face aux effets du changement climatique. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #b22222;"><em>Deuxième partie<span style="color: #b22222;"> : </span></em></span></strong><em><span style="color: #b22222;"><strong> les actions à mener</strong></span></em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Si les gaz à effet de serre sont responsables du réchauffement climatique, l’eau douce en est la première victime. Il est donc indispensable de travailler dès à présent à l’adaptation des politiques et mécanismes de gestion des ressources en eau pour faire face aux effets du changement climatique. Nous devons donc apprendre à anticiper les dégâts et à prendre les mesures nécessaires pour empêcher ou pour le moins minimiser leurs effets négatifs, bref nous adapter ! Telle était la conclusion de la première partie de notre dossier dédié au délicat problème de l’eau et de son accès ; sujet qui a réuni 177 participants représentants des administrations nationales et organismes de bassins, ONG et entreprises, venus de 42 pays, lors de la 8ème Conférence du groupe « EURO-RIOB 2010 » à Megève, en septembre dernier. Dans ce deuxième volet, Dur’Alpes vous invite à prendre connaissance des solutions proposées.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La « solidarité amont-aval » doit être renforcée. </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-2247" title="3884022288_44e18dac68" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/3884022288_44e18dac68-199x300.jpg" alt="3884022288_44e18dac68" width="199" height="280" />Les montagnes doivent rester les châteaux d’eau de l’Europe et du monde !<br />
Avec la diminution de l’enneigement et la fonte des glaciers, les régimes hydrauliques de tous les grands fleuves européens, venant des montagnes, sont en train de se modifier. Les montagnes européennes sont d’ores et déjà parmi les premières victimes du changement climatique et ce phénomène ne touche pas que l’Europe : tous les grands fleuves du Monde et leurs principaux affluents prennent leur source en montagne.<br />
Les montagnes jouent un rôle stratégique dans la gestion de l’eau douce : approvisionnement en eau potable, eau pour l’irrigation et l’industrie, production hydroélectrique, eau à usage récréatif.</p>
<p style="text-align: justify;">Les modifications liées aux effets du changement climatique génèrent aussi des risques : augmentation de la fréquence et de l’intensité des inondations en automne, hiver et printemps, sécheresses estivales, forte érosion, glissements de terrains, gros charriages de sédiments, dégradation de la qualité des rivières, augmentation de la température de l’eau … Il est aussi important d’apprendre à gérer la vulnérabilité&#8230; il ne sera pas possible d’assurer un « risque zéro » !</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut dés maintenant passer à l’acte et mettre en place les actions concrètes qui s’imposent d’urgence comme les expériences de terrain présentées lors de ces « États généraux de l’Eau en Montagne », qui fonctionnent, donnent des résultats et qui peuvent être généralisés ou dont on peut s’inspirer pour progresser. Il est d’ores et déjà clair que le coût collectif de l’inaction serait considérable et qu’il faut réagir au plus vite pour s’adapter avant qu’il ne soit trop tard !</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut mieux reconnaître le rôle des montagnes pour la collectivité dans son ensemble et mieux aider les montagnards, dans le cadre de politiques intégrées des bassins, pour qu’ils puissent assurer la gestion des territoires, des écosystèmes et des ressources en eau des massifs, et réaliser les équipements intégrés nécessaires en amont, pour continuer à protéger l’aval contre les risques et à fournir aux plaines de l’eau abondante et de qualité, dont elles auront de plus en plus absolument besoin.<br />
Aujourd’hui, l’heure est venue de repenser la gestion des eaux et des sols de montagne en tenant compte, sans doute prioritairement, des contraintes stratégiques de l’approvisionnement en eau des populations et des économies agricoles, industrielles et touristiques des piémonts et des plaines en aval, sur la base de principes de solidarité, de compensation, de rétribution des services rendus par les écosystèmes montagnards et les habitants qui en assurent la gestion.<br />
C’est une des principales stratégies à adopter prioritairement pour prévenir le risque de stress hydrique de continents entiers.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-2238" title="3883231243_2c8dbb3a4d" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/3883231243_2c8dbb3a4d-201x300.jpg" alt="3883231243_2c8dbb3a4d" width="201" height="327" />Conservation et stockage des ressources en eau, aménagement des versants et des sols pour retenir l’eau durant les précipitations, gestion du couvert végétal et forestier, protection des zones humides, zonages de protection…, les nouvelles politiques d’aménagement du territoire devront concourir à optimiser les réserves d’eau disponibles pour la communauté et prévenir les risques naturels. Ces mesures auront un coût important et il faudra convaincre les propriétaires fonciers, les communautés montagnardes et les aménageurs que la production et le stockage de l’eau douce est au moins aussi important que les activités actuelles. Toutefois cette orientation ne peut s’envisager sans de véritables programmes d’économie d’eau, impliquant une évolution des pratiques de l’ensemble des usagers (industrie, agriculture, tourisme de montagne, citoyens).</p>
<p style="text-align: justify;">Il faudra pour cela mettre en place des mécanismes institutionnels et financiers permettant le paiement des services rendus dans les hauts bassins versants par leurs principaux bénéficiaires habitant en aval. Il est en particulier indispensable de développer les études pour mesurer la contribution réelle de l’eau à l’économie et au développement humain, bref donner une valeur « monétaire » aux ressources en eau, pour être capable d’établir le vrai bilan coût/efficacité de leur gestion. L’eau doit aussi être placée au cœur de l’aménagement du territoire dans la mesure où elle est un puissant vecteur de développement économique comme, par exemple, dans la relation entre le développement touristique et qualité des eaux.<br />
De toute façon, améliorer la « résilience » des montagnes et de leurs écosystèmes est vital pour la régulation future des ressources en eau en Europe et quasiment partout dans le monde.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut développer des stratégies « gagnant/gagnant » et lancer tout de suite des programmes de mesures « sans regret », dont la mise en œuvre sera de toute façon indispensable dans tous les scénarios envisageables, dès lors que l’eau est indispensable à quasiment tous les secteurs dont le développement dépend de sa disponibilité et de sa qualité.<br />
La planification doit se faire au niveau des bassins des grands fleuves et reposer sur une forte coopération intersectorielle et aussi internationale quand les bassins sont transfrontaliers.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-full wp-image-2248" title="3497910805_9632acbb4c" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/3497910805_9632acbb4c.jpg" alt="3497910805_9632acbb4c" width="220" height="329" />La gestion de l’eau, qui dans les Instances Internationales n’est encore considérée que comme un sous-objectif secondaire du développement durable ou de la lutte contre la pauvreté et dans nos économies développées comme un simple volet la protection de l’environnement, doit devenir une priorité politique à part entière, compte-tenu des enjeux qu’elle représente pour l’avenir de l’Humanité.</p>
<p style="text-align: justify;">L’incertitude actuelle ne doit pas être un motif d’inaction. Les actions et la recherche doivent être menées de front et simultanément.<br />
L’adaptation doit être « flexible » et les mesures à prendre rapidement doivent être « adaptables » en fonction de nouvelles conditions à venir.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais au-delà des mesures de préservation, c’est sans doute tout un mode de relation à notre consommation de l’eau qu’il va falloir changer pour mieux contrôler la demande, être plus économe et moins pollueur, mieux préserver les écosystèmes aquatiques, etc.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Avec la Directive-Cadre sur l’Eau, l’Union Européenne dispose d’un outil juridique de pointe qui doit aussi servir à développer des stratégies d’adaptation de la gestion de la ressource en eau au changement climatique.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-full wp-image-2250" title="4100325556_9ef768ca9e" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/4100325556_9ef768ca9e.jpg" alt="4100325556_9ef768ca9e" width="220" height="331" />Plusieurs États de l’Union Européenne élaborent d’ores et déjà de telles stratégies ; la France par exemple vient de lancer une consultation publique pour son Plan national d’adaptation.<br />
En 2011, un Centre Européen d’Information sur les effets du Changement Climatique devrait voir le jour tandis que la Commission Européenne proposera en 2013 une Stratégie Commune, dont les mesures sur l’eau devront être intégrées dans les prochains Plans de Gestion et Programmes de Mesures 2015-2021 de la Directive-Cadre sur l’Eau (DCE).<br />
S’attaquer aux conséquences du changement climatique, en particulier à la rareté de la ressource en eau et aux sécheresses, est déjà une priorité affichée de la politique régionale de l’UE pour la période 2007-2013. Le cadre prévoit de soutenir des investissements d’infrastructures liées à la gestion de l’eau (stockages, distribution, traitement), le développement de technologies propres permettant une utilisation rationnelle de l’eau ainsi que des mesures de prévention des risques. Il reste essentiel de faire en sorte que l’octroi des fonds soit subordonné à la preuve préalable du recours à des mesures visant à économiser l’eau et à garantir son utilisation rationnelle.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La coopération avec les Pays voisins, non-membres de l’Union Européenne, pour l’application des principes et méthodes de la DCE doit être développée et soutenue.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La DCE présente les particularités suivantes :<br />
- Elle fournit un cadre opérationnel commun (objectifs, méthodes, délais, conditions de référence, documents de planification), avec des guides préparés par la CIS (stratégie commune de mise en œuvre) animée par les Directeurs de l&#8217;Eau de l&#8217;UE et la Commission Européenne, en tant que base commune pour la mise en œuvre.</p>
<p style="text-align: justify;">- Elle oblige à une série de démarches très proches des principes de la gestion par bassin soutenue par le RIOB : état des lieux des districts de bassin, mise en place du monitoring, élaboration de plans de gestion et de programmes de mesures pour atteindre le bon état des eaux, la participation du public, le principe du recouvrement des coûts…<br />
Une nouvelle approche de la DCE est une forte utilisation de l&#8217;analyse économique (analyse coût efficacité, analyse coûts-bénéfices, …) pour identifier les scénarios les plus efficaces et développer une approche commune pour les dérogations et les reports de délais.</p>
<p style="text-align: justify;">- Les progrès réalisés sont particulièrement importants pour les bassins transfrontaliers, puisque la DCE exige la délimitation de districts de bassin internationaux et la coordination de l&#8217;analyse de l’état initial, des plans de gestion, des programmes de mesures et de la participation du public entre les Etats concernés. Parmi les 110 districts de bassin établis à travers l&#8217;UE, 40 sont des districts de bassin internationaux et couvrent plus de 60% du territoire de l&#8217;UE, faisant de la coordination internationale l’une des questions et des défis les plus importants pour la mise en œuvre de la DCE.</p>
<p style="text-align: justify;">- Les progrès réalisés dans le cadre de la mise en œuvre du protocole tellurique et l’approche écosystémique du Plan d’Actions pour la Méditerranée constituent une importante étape à l’avantage de la DCE et de la Directive « marine » de l’UE dans les pays méditerranéens.</p>
<p style="text-align: justify;">- Il existe toutes sortes de coordination, allant de la coopération bilatérale à la participation de 19 pays dans la Commission Internationale du Danube. Les Commissions Internationales agissent comme des plateformes de coordination internationale, permettant l&#8217;harmonisation des pratiques, les décisions par consensus et la prévention de conflits, l’échange d’informations, l’amélioration des relations politiques et techniques entre amont et aval, etc. entre les pays riverains.</p>
<p style="text-align: justify;">- La DCE a été un moteur pour les nouveaux États-Membres et est maintenant une force motrice pour les pays riverains non-membres de l’UE, (région EECCA) partageant un bassin transfrontalier avec des pays de l’UE.</p>
<p style="text-align: justify;">En clair, la DCE est un exemple réussi d&#8217;initiative régionale qui peut inspirer d&#8217;autres régions du monde, à commencer par les pays méditerranéens non-membres de l’UE, car elle est un facteur de diffusion des principes de bonne gouvernance.<br />
Bien sûr, la DCE ne peut pas être exportée telle quelle comme outil réglementaire mais son approche et ses principes tels que la caractérisation de l’état initial et le développement du monitoring, la formulation de plans de gestion et d’action par bassin, la définition de délais et d’objectifs mesurables, des indicateurs et des référentiels communs pour la gestion des données, l&#8217;introduction du principe de recouvrement des coûts, la participation des acteurs et du public sont largement transférables et adaptables.</p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, le RIOB, sur la base de sa crédibilité acquise à l’échelle mondiale, devrait être membre à part entière du processus de l’Union Pour la Méditerranée. En effet, il a la capacité de fournir à ce processus les résultats des expériences conduites à travers le réseau qui peuvent s’avérer fort utiles pour la préparation de la future planification dans le cadre de la stratégie en cours d’approbation, l’objectif étant l’amélioration de la gestion de l’eau dans la région Méditerranée.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La gestion intégrée et équilibrée des ressources en eau est plus que jamais une priorité incontournable, si l’on ne veut pas que cette ressource essentielle ne devienne le facteur limitant du développement durable de nombreux pays à l’échelle européenne.<br />
L’organisation de cette gestion à l’échelle des bassins apparaît efficace, comme le démontre notamment l’action engagée au niveau européen avec la mise en application de la DCE.<br />
Le changement climatique est une réalité devenue indiscutable et la question n’est plus aujourd’hui d’en discuter mais de mieux en cerner les effets dans chacune des différentes régions d’Europe et du Monde et dans chaque grand bassin et de se mobiliser pour lancer au plus vite les programmes de mesures qui permettront de s’adapter avant qu’il ne soit trop tard.<br />
Conscients de l’importance des enjeux européens et mondiaux et de l’urgence à agir, le groupe « EURO-RIOB » entend poursuivre son action, notamment dans le cadre du processus européen du prochain Forum Mondial de l’Eau, en particulier il souhaite s’investir sur les sujets tels que l’application DCE et les directives filles, et celle de la convention UNECE, tant la gestion des cours d’eaux transfrontaliers et l’adaptation au changement climatique sont devenus des sujets centraux en Europe et il souhaite tout particulièrement jouer un rôle très actif pour la préparation d’objectifs prioritaires et de solutions dans le cadre des orientations fixées par le Comité International du Forum (CIF).</strong></p>
<h6 style="text-align: justify;">La Déclaration finale et toutes les présentations seront sur le site Internet : <a href="http://www.riob.or/">www.riob.or</a></h6>
<h6 style="text-align: justify;">La  réunion «EURO-RIOB 2010», proprement dite, a été organisée dans le cadre  du 3éme Congrès International « Une nouvelle gouvernance de l’eau en  montagne s’impose pour faire face aux changements climatiques ! », qui  s’est tenu également à Megève aux mêmes dates et a réuni au total plus  de 600 participants.</h6>
<h6 style="text-align: justify;">Le  groupe « EURO-RIOB » des Organismes de Bassin européens pour  l’application de la Directive-Cadre sur l’Eau a été créé en 2003 à  Valence en Espagne et regroupe les organismes membres et observateurs  européens du Réseau International des Organismes de Bassin (RIOB).</h6>
<h6 style="text-align: justify;">Au  sein du RIOB, le Réseau régional des Organismes de Bassin d’Europe  Centrale et Orientale (CEENBO), le Réseau Méditerranéen des Organismes  de Bassins (REMOB), et le tout nouveau Réseau des Organismes de Bassin  d’Europe Orientale, du Caucase et d’Asie centrale (EECCA – NBO),  facilitent les échanges et les débats sur la GIRE par bassin dans un  contexte européen élargi.</h6>
<h6 style="text-align: justify;">Le  groupe « EURO-RIOB » tient des assemblées plénières annuelles : Valence  (Espagne) en 2003, Cracovie (Pologne) en 2004, Namur (Belgique) en 2005,  Megève (France) en 2006, Rome (Italie) en 2007, Sibiu (Roumanie) en  2008 et Stockholm (Suède) en 2009.</h6>
<h6 style="text-align: justify;">Le  groupe « EURO-RIOB » permet aux Organismes de Bassin et aux Autorités de  District de se rencontrer régulièrement, de manière informelle, pour  échanger leurs expériences pratiques, identifier les problèmes  opérationnels et faire des propositions concrètes pour l’application de  la DCE.</h6>
<h6 style="text-align: justify;">Les  travaux du groupe « EURO-RIOB » visent ainsi à enrichir la Stratégie  Commune de Mise en Oeuvre de la DCE (CIS – Common Implementation  Strategy), notamment par des diagnostics directement issus des acteurs  de terrain.</h6>
<h6 style="text-align: justify;">Le  groupe « EURO-RIOB » assure aussi une valorisation des concepts de la  DCE et un retour d’expériences vers des pays intéressés non- membres de  l’Union Européenne (Pays voisins de l’UE, ainsi que pays d’Amérique,  d’Afrique et d’Asie).</h6>
<h6 style="text-align: justify;">Les  travaux de la 8ème conférence internationale « EURO-RIOB 2010 » de  Megève se sont organisés autour de six tables rondes successives qui ont  permis d’aborder les problématiques suivantes :</h6>
<h6 style="text-align: justify;">- le  point de l’élaboration des Plans de Gestion de la DCE : leur contenu,  les modalités de suivi (indicateurs, tableaux de bord, …),</h6>
<h6 style="text-align: justify;">- les  Programmes de Mesures 2010-2015, leur mise en oeuvre, la mobilisation  des acteurs, les contrats locaux, le financement des actions, &#8211;  l’application combinée de la DCE et des Directives « eaux souterraines  », « inondations », et « milieux marins »,</h6>
<h6 style="text-align: justify;">- les stratégies de prévention des risques sécheresse en Europe : stratégies nationales, observations, systèmes d’alerte,</h6>
<h6 style="text-align: justify;">- les  mesures à prévoir pour l’adaptation des Masses d’Eau aux effets du  changement climatique : gestion des ressources, aménagement des hauts  bassins, solidarité amont aval, optimisation des demandes en eau,  politique agricole, hydronavigation fluviale, réservoirs, transferts, …</h6>
<h6 style="text-align: justify;">- la  coopération avec les Pays voisins, non-membres de l’Union Européenne,  pour l’application des principes et méthodes de la DCE.</h6>
<h6 style="text-align: justify;">Cette  8ème Conférence de Megève fut également l’occasion de formuler des  propositions des participants sur l’organisation et l’animation du  processus régional européen de préparation du prochain 6ème Forum  Mondial de l’Eau qui se tiendra du 12 au 17 mars 2012 à Marseille.</h6>
<h5 style="text-align: justify;"><span style="color: #8b0000;">Photos : © Carole Stoffel et Denis Favre Bonvin</span></h5>

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		<title>L’écho de l’eau</title>
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		<pubDate>Mon, 31 Jan 2011 20:23:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>OIEau</dc:creator>
				<category><![CDATA[ACTIONS]]></category>

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		<description><![CDATA[
Première partie : l’eau, première victime du changement climatique.

Pour les autorités locales et régionales la gestion intégrée de l’eau en montagne est rendue complexe lorsque les messages législatifs sont aussi contradictoires que celui du « bon état écologique des cours d’eau » de la DCE et celui des objectifs de 20% d’énergies renouvelables d’ici 2020 du Paquet Énergie [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #b22222;"><em>Première partie : l’eau, première victime du changement climatique.</em></span></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<h4 style="text-align: justify;">Pour les autorités locales et régionales la gestion intégrée de l’eau en montagne est rendue complexe lorsque les messages législatifs sont aussi contradictoires que celui du « bon état écologique des cours d’eau » de la DCE et celui des objectifs de 20% d’énergies renouvelables d’ici 2020 du Paquet Énergie Climat. Comment au niveau des territoires gérer cette contradiction apparente entre environnement et climat ?</h4>
<h4 style="text-align: justify;">Il convient de retenir en préambule, que les expertises scientifiques et techniques sont nécessaires aujourd’hui mais qu’il est primordial d’aider à la décision, de travailler avec les élus et les autorités pour leur permettre de trouver le point d’équilibre et de justice dans les arbitrages que leur responsabilité les amènent à prendre.</h4>
<h4 style="text-align: justify;">Dur’Alpes vous propose de prendre connaissance de la déclaration issue de la 8ème conférence du groupe « EURO-RIOB 2010 » qui s’est tenue à Megève, en septembre dernier &#8211; 177 participants représentants des administrations nationales et organismes de bassins, ONG et entreprises, venus de 42 pays.</h4>
<h4 style="text-align: justify;">Une analyse critique… des recommandations  pour un sujet de première ligne.</h4>
<p><span style="color: #ccffff;">.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<h4 style="text-align: justify;"><span style="color: #618200;">Une évidence : la gestion intégrée et équilibrée des ressources en eau par bassin s’impose partout !</span></h4>
<p><span style="color: #618200;"><br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;">Les bassins versants des fleuves, des lacs et des aquifères, sont les territoires géographiques naturels pertinents pour organiser cette gestion intégrée et équilibrée. En effet, les bassins versants sont les territoires naturels où l’eau s’écoule, en surface comme dans le sous-sol, quelles que soient les frontières et limites nationales ou administratives traversées.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Depuis les années 90, des progrès significatifs ont d’ores et déjà été réalisés </strong>:</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-2175" title="fraiche" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/fraiche1-200x300.jpg" alt="fraiche" width="200" height="328" />La gestion par bassin a connu un développement rapide dans de nombreux pays, qui en ont fait la base de leur législation nationale sur l’eau ou l’expérimentent dans des bassins pilotes nationaux ou transfrontaliers.</p>
<p style="text-align: justify;">La Convention des Nations Unies de 1992, dite d’Helsinki, a permis de renforcer la coopération pour la gestion des cours d’eau internationaux en Europe élargie maintenant à toute l’Europe Orientale, au Caucase et à l’Asie Centrale.</p>
<p style="text-align: justify;">Bien que la Convention des Nations Unies du 21 mai 1997, sur les usages autres que la navigation des cours d’eau internationaux, ne soit pas encore entrée en vigueur, plusieurs pays principalement en Europe et Afrique l’ont déjà ratifié ou l’envisagent et ses principes, basés sur la notion solidarité de bassin, sont de plus en plus reconnus comme fondement des relations entre États riverains concernés des fleuves transfrontaliers.</p>
<p style="text-align: justify;">De son côté, la Directive-Cadre Européenne sur l’Eau (DCE) de 2000 fixe les principes, les objectifs et les méthodes pour atteindre un « bon état écologique » dans les districts hydrographiques nationaux ou internationaux des 27 Pays de l’UE, ainsi que de la Suisse, de la Norvège et des Pays voisins.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, la DCE constitue un exemple incomparable de gestion coordonnée de la ressource en eau à l’échelle d’une région aussi diversifiée qu’est l’Europe. En ce sens, il convient de poursuivre sa promotion, auprès des pays voisins comme dans les autres régions du monde, tant sa méthodologie que son processus et son approche demeurent d’une forte pertinence pour tendre à solutionner les problèmes de l’eau.</p>
<p style="text-align: justify;">La DCE a aussi facilité une approche transfrontalière de la gestion des cours d’eau partagés entre plusieurs pays européens, en associant également les pays non-membres de l’UE.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Depuis 2000, la DCE a été un moteur sans précédent à l’échelle du continent européen et un travail considérable a été réalisé.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cependant, des défis importants subsistent.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, 170 districts de bassin ont été créés à travers l&#8217;UE. 40 d’entre eux sont des districts de bassin internationaux et couvrent plus de 60% du territoire de l&#8217;UE, faisant de la coordination internationale l’une des questions et des défis les plus importants de la mise en application de la DCE.</p>
<p style="text-align: justify;">Au premier janvier 2010, tous les pays auraient dû passer de la phase de préparation à une nouvelle phase de véritable mise en œuvre avec une obligation de résultats dans les délais impartis !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Concernant les Plans de Gestion :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Deux échéances très importantes viennent d’être dépassées :</p>
<p style="text-align: justify;">- les plans de gestion des districts hydrographiques devaient être publiés pour le 22 décembre 2009,</p>
<p style="text-align: justify;">- les États-Membres devaient en effectuer le rapportage auprès de la Commission pour le 22 mars 2010.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais la Commission européenne note de sérieux retards : dans plusieurs pays les consultations obligatoires sur les projets de plans de gestion sont encore en cours et elles ne sont même pas encore commencées dans certains pays.</p>
<p style="text-align: justify;">15 pays ont publié tous leurs plans de gestion : France (12 districts), Royaume-Uni (16), Pays- Bas (4), Allemagne (10), Luxembourg (1), République Tchèque (3), Slovaquie (2), Autriche (3), Italie (8), Bulgarie (4), Roumanie (11), Lettonie (4), Finlande (8), Suède (5), Hongrie (1).</p>
<p style="text-align: justify;">Au total, 92 districts hydrographiques sur 170 ont publié leur plan de gestion mais 4 pays n’ont pas encore commencé la procédure de consultation même si pour ces pays, le processus de préparation est en cours. Pour les autres, la consultation est en cours ou bien achevée mais les plans ne sont pas encore publiés. Les plans de districts internationaux ont été publiés pour le Danube, le Rhin, l’Elbe, l’Ems, la Meuse, l’Escaut.</p>
<p style="text-align: justify;">La Commission commence à préparer un rapport d’évaluation des plans de gestion qui sera publié en 2012. On note d’ores et déjà que le niveau de détail, les méthodes utilisées et la présentation des plans de gestion sont très hétérogènes, ce qui rendra périlleux l’agrégation des informations et leur analyse.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-full wp-image-2179" title="ok news source_thermale_Bad_Ragaz" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/ok-news-source_thermale_Bad_Ragaz.jpg" alt="ok news source_thermale_Bad_Ragaz" width="220" height="233" />Les délais de transposition sont arrivés à échéance le 16 janvier 2009 pour la Directive « Eaux Souterraines » et le 26 novembre 2009 pour la Directive « Inondations ». Des procédures de mise en demeure sont d’ores et déjà en cours pour non respect du délai de transposition.</p>
<p style="text-align: justify;">En outre, 20 pays déjà ont reçu des mises en demeure pour des points de non-conformité concernant l’application de la DCE ! Pour faire face aux défis de l&#8217;eau en Europe, les plans de gestion se devaient d’être visionnaires, abandonnant une approche trop minimaliste et devenant des guides définissant clairement les efforts à faire &#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Dès à présent, il est patent qu’un pourcentage important de masses d&#8217;eau n&#8217;atteindra pas le bon état en 2015. Une enquête montre que le pourcentage des masses d’eau atteignant le bon état en 2015 pourrait varier fortement, entre 25% et 75%.</p>
<p style="text-align: justify;">De nombreuses incertitudes demeurent sur l’efficacité réelle de certaines mesures principalement pour les pollutions diffuses pour les eaux souterraines et superficielles, l’arrêt de la dégradation des zones humides.</p>
<p style="text-align: justify;">Même pour les mesures reconnues efficaces, il existe des incertitudes sur le temps nécessaire à la réalisation des projets sur le terrain et sur les délais nécessaires aux milieux pour réagir. C’est le cas pour la restauration physique des cours d’eau tout en observant que certaines de ces mesures ont un effet rapide en matière de diversification des habitats par exemple.</p>
<p style="text-align: justify;">Le facteur temps est en effet de première importance, ce qui milite pour la cohérence et l’urgence de l’action.</p>
<p style="text-align: justify;">La mise en application complète des Directives préexistantes sur les « nitrates » et les « eaux usées » doit être le noyau des Programmes de Mesures.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut une vraie mobilisation concernant l’agriculture : les programmes doivent comprendre des mesures fortes, contraignantes et une action coordonnée au niveau européen est indispensable.</p>
<p style="text-align: justify;">De plus, il sera difficile d’obtenir des résultats positifs sur la qualité de l’eau et des écosystèmes en 2015 et même en 2021, sans une vraie réforme de la Politique Agricole Commune et une application sans concession ainsi que des pratiques agricoles.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme la restauration fonctionnelle des milieux aquatiques est primordiale pour l’atteinte du bon état, il faut accroître les moyens consacrés aux zones humides et à l’hydro-morphologie et surtout développer la maîtrise d’ouvrage pour mettre en œuvre ces moyens.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est aussi urgent d’accentuer les mesures de protection des eaux souterraines, afin de combler le retard en tenant compte de la fragilité des aquifères et de la durée de restauration des situations dégradées. A cet égard, il convient de souligner la parution prochaine d’un document préparé par l’UNESCO, le BRGM, l’Académie de l’Eau et l’OIEau qui porte sur l’approche méthodologique pour une gestion durable des aquifères transfrontaliers.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut aussi trouver dans la mise en œuvre un point d’équilibre qui permette de satisfaire à la fois les objectifs de la Directive « Energie renouvelable » et de la « DCE », car les équipements hydroélectriques modifient les écosystèmes mais produisent de l’énergie renouvelable sans effet de serre… !</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-full wp-image-2187" title="ok med-le-lac-du-barrage-de-tignes-visoterra-12048" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/ok-med-le-lac-du-barrage-de-tignes-visoterra-120481.jpg" alt="ok med-le-lac-du-barrage-de-tignes-visoterra-12048" width="220" height="151" />Dans les bassins transfrontaliers,<strong> </strong>le rôle positif des commissions internationales, quand elles existent, a été souligné, comme étant une plate-forme pour la coordination des actions, l&#8217;harmonisation des pratiques, la prise de décisions par consensus et la prévention de conflits, l&#8217;échange d’informations, etc. entre les pays riverains.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais un travail considérable reste à faire. Les Plans de Gestion des Districts de Bassins Internationaux en Europe ressemblent encore trop souvent à un assemblage de parties nationales, chaque Etat-Membre étant responsable devant la Commission de l&#8217;application de la « DCE » en ce qui le concerne.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un même district international, les pays n’ont pas toujours les mêmes priorités, échéanciers, voire pratiques, même pour des mesures similaires, notamment pour les bassins partagés avec des pays non-UE.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Concernant les Programmes de mesures :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les pays entrent aujourd’hui dans une phase opérationnelle qui s’appuie moins sur des procédures gouvernementales que sur la réalisation de nombreux projets locaux. A cet égard, plusieurs recommandations peuvent être avancées.</p>
<p style="text-align: justify;">En premier lieu, les Programmes de Mesures doivent être suffisamment détaillés, non seulement au niveau des grands bassins ou grands aquifères, mais également au niveau de chaque sous bassins, en conformité avec les principales orientations du Plan de Gestion du District. Aller dans ce type de détail est une garantie pour une réalisation dans l’avenir et pour une meilleure appropriation par les groupes concernés.</p>
<p style="text-align: justify;">La mise en œuvre concrète exige la participation des municipalités, provinces, communes, départements, régions, qui seront les premiers porteurs des investissements et de l’exploitation des services d’eau. Les autorités locales joueront un rôle primordial dans la mise en œuvre réelle de la DCE, avec tous les partenaires économiques également directement concernés (agriculteurs, industriels, pêcheurs, tourisme, etc.). L’efficacité de leur action, notamment sur l’objectif du « bon état », suppose que la gouvernance locale soit une priorité dans tous les pays. Il faudra simplifier et organiser autrement les territoires hydrauliques cohérents autour d’organismes fédérateurs décentralisés qui doivent être des gestionnaires de l’eau, des milieux aquatiques et des risques associés.</p>
<p style="text-align: justify;">La combinaison de mesures réglementaires, de dispositions financières et de mesures contractuelles pour la réalisation d&#8217;un Programme de Mesures exigera une coordination importante et renforcée entre les divers services gouvernementaux responsables de la gestion de l&#8217;eau, les Organismes de Bassin, les autorités locales, les acteurs économiques et les ONG.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est pourquoi la procédure de consultation ne suffit pas pour mobiliser les acteurs locaux : la mise en œuvre efficace des Programmes de Mesures est conditionnée par la reconnaissance de leur valeur ajoutée par les responsables des territoires.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est également de première importance que les Autorités gouvernementales se mobilisent non seulement au niveau central mais aussi sur le terrain : elles doivent être les premières à s’impliquer, en imposant des mesures de base, en contrôlant l&#8217;application effective des règlementations et en accompagnant les acteurs locaux dans leurs projets.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour l’ensemble du dispositif, les services doivent passer de l’accompagnement des acteurs en termes de procédure ou de financement à la conduite d’un projet pour le bon état en ayant une attitude active pour l’émergence des actions sur le terrain.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Concernant le financement des programmes :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La DCE donne un rôle important à l&#8217;analyse économique, mais celle-ci doit être fortement améliorée.</p>
<p style="text-align: justify;">Les méthodes employées étant différentes d&#8217;un pays à l&#8217;autre, notamment dans les districts de bassins internationaux, l’échange sur les critères d’efficacité des mesures, le coût disproportionné, les dérogations, l’impact sur le prix de l’eau doit être développé.</p>
<p style="text-align: justify;">La mise en œuvre de la DCE aura un coût considérable et peut représenter un effort financier supplémentaire important pouvant aller jusqu&#8217;à +30% dans quelques districts, impliquant probablement la même augmentation du prix de l&#8217;eau. Se pose alors la question de l&#8217;acceptabilité par les usagers, notamment dans un contexte de crise économique. Cela oblige à avoir des discussions sur le financement, même si ces discussions peuvent être difficiles : qui payera et combien ?</p>
<p style="text-align: justify;">Les coûts étant susceptibles d&#8217;être très souvent plus élevés que les ressources financières mobilisables, la tentation est de définir des objectifs progressifs et d’étaler les coûts sur deux ou trois programmes de mesures successifs. Ainsi, dans certains cas, il semble que les financements les plus lourds aient été renvoyés à la période 2021-2027, ce qui peut être interprété comme un renvoi aux calendes et donc comme un mauvais signal vers les usagers et acteurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut donner les explications nécessaires aux consommateurs mais également aux décideurs pour rendre les enjeux compréhensibles et l&#8217;augmentation du prix de l&#8217;eau acceptable.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-full wp-image-2196" title="arrosage-agricole site" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/arrosage-agricole-site.jpg" alt="arrosage-agricole site" width="220" height="180" />Des dérogations seront nécessaires, non seulement en raison des aspects techniques, mais également à cause des capacités de financement et de la solvabilité de la population. Les objectifs ne seront atteints que si la mobilisation financière correspondante est possible. En ce sens, il est recommandé que les mesures de tarification de l&#8217;eau visent les plus grands utilisateurs d&#8217;eau, telle que l&#8217;agriculture, et soient conçues pour inciter à une consommation plus efficace pour que soient réalisées des réductions importantes de l&#8217;utilisation de l&#8217;eau.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur ce plan, il convient de noter la récente création du réseau AQUAMADRE, déjà présenté à l’Assemblée Générale du RIOB à Dakar. Ce réseau international des rivières dont l’objectif est l’échange sur les aspects économiques et sociaux aux différentes échelles de territoire des bassins, doit permettre de disséminer des approches économiques au niveau européen comme au niveau mondial, dissémination également facilitée par l’accord de collaboration qui vient d’être signé avec le RIOB et le SEMIDE.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Concernant la participation des citoyens :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La consultation publique officielle sur les projets de plans de gestion permet de formuler quelques recommandations.</p>
<p style="text-align: justify;">Il ne faut pas confondre une consultation « administrative » et une consultation grand public « populaire » qui fait appel à des bases culturelles, à des images, des signes de reconnaissance et des média bien spécifiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, il faut adapter les outils en fonction des publics cibles, de l’échelle géographique, des objectifs de la consultation et des spécificités des territoires, notamment pour les districts internationaux.</p>
<p style="text-align: justify;">L’expérience montre que des approches originales s’appuyant sur l’organisation d’animations locales ou l’utilisation de supports locaux de communication sont parfois plus efficaces pour mobiliser les citoyens que le recours aux grands média de diffusion grand public dont le coût est élevé pour un retour parfois décevant.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut prendre en compte la proximité et le contact direct sur les lieux de vie. Le passage par le relais des collectivités locales ainsi que par les ONG peut s’avérer très utile.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut renforcer des stratégies communes pour une plus grande implication du public dans les districts internationaux en s’appuyant sur les commissions internationales et la participation des ONG : il s’avère important de coordonner non seulement la procédure et le calendrier, mais aussi le contenu du processus de consultation, afin de développer une appropriation et un sentiment d&#8217;identité à l’échelle d’un bassin transfrontalier.</p>
<p style="text-align: justify;">Bien sûr, ces méthodes devront s’inscrire dans la durée et anticiper l’amélioration des futures consultations : un mécanisme de consultation tout au long de la phase de mise en œuvre de la « DCE » doit être mûri et appliqué, le processus ne pouvant se satisfaire de l’organisation d’une seule et unique opération de consultation assimilable à un « coup » médiatique.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces consultations ont un coût et il est indispensable de provisionner des budgets conséquents pour se conformer aux nouvelles obligations dans ce domaine.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il sera également primordial de réussir l’application combinée de la DCE et des Directives européennes « eaux », « inondations » et « milieux marins ».</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-full wp-image-2183" title="179552_006" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/Vague-site.jpg" alt="179552_006" width="220" height="118" />La Directive « stratégie marin » possède de nombreux points communs avec la DCE, tant en termes de processus et méthodes que dans la définition d’objectifs environnementaux forts. La complémentarité entre ces 2 Directives sur les zones côtières est évidente et l’expérience acquise par les Organismes de Bassins au cours du premier cycle de la DCE devra être mise à profit pour l’application de la Directive « stratégie marine ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il convient d’ores et déjà de promouvoir un rapprochement entre les approches de ces deux Directives à une échelle opérationnelle. Les Organismes de Bassins soulignent le bénéfice important attendu par les rencontres des Directeurs de l’Eau et de la Mer au niveau de la Stratégie commune de mise en œuvre (CIS).</p>
<p style="text-align: justify;">Cependant il sera nécessaire de prévoir un soutien à l’échelle des bassins hydrographiques et des Autorités de bassin qui peuvent être parfois confrontés à de nombreuses difficultés : différences en termes de compétences, d’organisations administratives, d’autorités de tutelles mais également faible relations avec les parties intéressées spécifiques au milieu marin par exemple. Il sera primordial de développer les échanges et retours d’expérience entre les Organismes de Bassins et Autorités compétentes afin de garantir la synergie entre ces deux directives.</p>
<p style="text-align: justify;">La mise en place de la Directive « inondations » ne doit pas amener à sélectionner des mesures qui visent, « à court terme », et souvent de manière inefficace, la réduction du risque ou l’amplitude des dommages, surtout si elles sont en contradiction avec la recherche de l’atteinte du bon état. Ainsi l’extraction de granulat dans les cours d’eau en les motivant par rapport à l’amélioration de l’écoulement est d’une part très discutable mais aussi en complète contradiction avec la composante « physique » du bon état écologique fixé comme objectif par la DCE.</p>
<p style="text-align: justify;">L’évaluation de la composante physique du « Bon Etat » nécessite sans doute d’être développée dans les années futures afin d’avoir une identification plus précise des perturbations hydromorphologiques et des mesures qui permettent d’y remédier.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’adaptation de la gestion de l’eau aux effets du changement climatique est impérative ; il faudra notamment développer des stratégies de prévention des risques de sécheresse en Europe.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le changement climatique apparaît donc désormais inéluctable. Une de ses premières conséquences sera une modification des cycles hydrologiques.</p>
<p style="text-align: justify;">En supposant que des mesures ambitieuses soient prises au niveau international par tous les pays pour réduire sensiblement leurs émissions de gaz à effet de serre, l’effet sur le climat ne sera perceptible au mieux que vers la fin du siècle.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-2192" title="désert" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/désert-212x300.jpg" alt="désert" width="212" height="290" />Les changements des précipitations et des cycles hydrologiques sont eux déjà engagés et seront sans doute sensibles d’ici à 2040 ou 2050, c&#8217;est-à-dire en moins d’une génération : il faut donc réagir vite, avant qu’il ne soit trop tard et il est clair que le seul contrôle des rejets de gaz sera insuffisant pour modifier cette évolution dans les délais.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est donc indispensable de travailler à l’adaptation aux conséquences du changement climatique et en particulier, s’agissant des Organisations de Bassin, des politiques de gestion des ressources en eau, en prenant en compte les éléments nouveaux du changement climatique. Il faut notamment évaluer rapidement, selon divers scénarios, les conséquences hydrologiques de ce changement.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;adaptation a déjà commencé, mais de façon fragmentaire. Il convient à présent d&#8217;élaborer une approche plus stratégique qui garantisse l&#8217;adoption de mesures d&#8217;adaptation rapides et efficaces et une certaine cohérence entre les différents secteurs et les différents niveaux de gouvernance.</p>
<p style="text-align: justify;">Les effets du changement climatique sont plus ou moins graves selon les régions ; en Europe, les régions les plus vulnérables sont l&#8217;Europe du Sud, le bassin méditerranéen, les régions ultra-périphériques et l&#8217;Arctique. Les zones de montagne, et en particulier les Alpes, les zones côtières et urbaines et les plaines inondables densément peuplées sont confrontées à des problèmes spécifiques. Les zones insulaires demeureront particulièrement vulnérables.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le secteur de l&#8217;<strong>énergie</strong>, le changement climatique aura un effet direct sur l&#8217;offre et la demande. Les projections relatives à l&#8217;incidence sur les précipitations et la fonte des glaces indiquent que la production d&#8217;hydroélectricité pourrait augmenter d&#8217;au moins 5% dans le nord de l&#8217;Europe et diminuer d&#8217;au moins 25% dans le sud de l&#8217;Europe. La diminution des précipitations et les vagues de chaleur devraient aussi avoir des conséquences néfastes sur le processus de refroidissement des centrales thermiques. La multiplication des pics de demande de refroidissement en été et les conséquences des phénomènes météorologiques extrêmes influeront en particulier sur la distribution d&#8217;électricité.</p>
<p style="text-align: justify;">Le changement climatique modifiera sensiblement la qualité et la disponibilité des ressources en eau, ce qui aura des conséquences pour de nombreux secteurs, dont la production alimentaire, où l&#8217;eau est un élément essentiel. Plus de 80% des terres agricoles sont alimentées par les pluies. La production alimentaire est également tributaire des ressources en eau disponibles pour l&#8217;irrigation. La raréfaction de ces ressources pose déjà un problème dans de nombreuses régions d&#8217;Europe, et la situation pourrait se détériorer encore avec le changement climatique, puisque l&#8217;on s&#8217;attend à ce que les zones d&#8217;Europe où l&#8217;on enregistre de fortes pressions sur les réserves en eau passent de 19% actuellement à 35% dans les années 2070. Les pressions migratoires pourraient aussi s&#8217;en trouver renforcées.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-full wp-image-2199" title="duralpes16" src="http://www.duralpes.com/blog/wp-content/duralpes161.jpg" alt="duralpes16" width="220" height="294" />C&#8217;est aux <strong>responsables politiques que revient la lourde tâche </strong>de comprendre les effets du changement climatique, d&#8217;élaborer et de mettre en œuvre des stratégies permettant d&#8217;assurer une adaptation optimale. L&#8217;une des manières de faire face à ces effets et, dans certains cas, de contribuer à la prévention des catastrophes telle qu&#8217;elle a été exposée dans une récente communication de la Commission, est d&#8217;élaborer des stratégies axées sur la gestion et la conservation de l&#8217;eau, des terres et des ressources biologiques, qui visent à maintenir les écosystèmes dans un bon état sanitaire et de fonctionnement, à les rendre résistants au changement climatique et à les remettre en état. Certaines données indiquent qu&#8217;utiliser la capacité de la nature à absorber ou à contrôler les incidences dans les zones urbaines et rurales peut être une méthode d&#8217;adaptation plus efficace que de se concentrer sur les infrastructures physiques.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;« infrastructure verte » peut être un élément décisif de l&#8217;adaptation en ce qu&#8217;elle fournit des ressources essentielles à des fins économiques et sociales dans des conditions climatiques extrêmes. On peut citer comme exemple l&#8217;amélioration de la capacité de stockage du carbone et de l&#8217;eau au niveau des sols ainsi que la conservation de l&#8217;eau dans des systèmes naturels pour atténuer les effets de la sécheresse et prévenir les inondations, l&#8217;érosion des sols et la désertification.</p>
<p style="text-align: justify;">Du fait de la variabilité régionale et de la gravité des effets climatiques, la plupart des mesures d&#8217;adaptation seront prises au niveau national, régional ou local. Cependant, ces mesures peuvent être appuyées et renforcées par une approche intégrée et coordonnée au niveau communautaire.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;UE a un rôle particulièrement important à jouer dans les cas où les effets du changement climatique dépassent les frontières nationales (par exemple, bassins fluviaux et maritimes et régions biogéographiques). L’adaptation exigera des États-Membres qu’ils fassent preuve de solidarité les uns envers les autres pour que les régions défavorisées et les régions qui seront le plus durement touchées par le changement climatique soient à même de prendre les mesures d&#8217;adaptation qui s’imposent. En outre, l&#8217;action coordonnée de l&#8217;Union Européenne sera nécessaire dans certains secteurs (comme l&#8217;agriculture, l&#8217;eau, la biodiversité, la pêche et les réseaux d&#8217;énergie) qui sont largement intégrés au niveau de l&#8217;UE grâce au marché unique et aux politiques communes.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour être à même de prendre des décisions quant aux meilleures modalités d&#8217;adaptation, il est essentiel d&#8217;avoir accès à des données fiables sur les effets probables du changement climatique, sur les aspects socio-économiques associés et sur les coûts et avantages des différentes options d&#8217;adaptation. Des solutions appropriées ne pourront être définies que si des données supplémentaires concernant l&#8217;incidence du climat et la vulnérabilité sont réunies. Il conviendra également de mettre à la disposition des pays tiers, et notamment des pays en développement, les connaissances acquises en matière d&#8217;adaptation.</p>
<p style="text-align: justify;">Quantité d&#8217;informations et d&#8217;études sur ce sujet existent déjà, mais force est de constater que ces données ne sont pas partagées entre les différents États-Membres. L&#8217;un des moyens d&#8217;améliorer efficacement la gestion des connaissances serait de créer un centre d&#8217;échange d&#8217;informations qui servirait d&#8217;outil informatique et de base de données en matière d&#8217;incidences du changement climatique, de vulnérabilité et de bonnes pratiques dans le domaine de l&#8217;adaptation.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est nécessaire de mettre en place une politique de recherche et de formation de type préventif afin d’améliorer la compréhension des effets du changement climatique et d’encourager le développement de compétences, de méthodes et de techniques permettant de faire face à ces effets. Dans un document de travail publié récemment, la Commission expose en détail les besoins de recherche, dont ceux portant sur les incidences du changement climatique et sur l’adaptation.</p>
<p style="text-align: justify;">La majeure partie des terres de l&#8217;UE étant gérées par des agriculteurs, la PAC est bien placée pour jouer un rôle central dans l&#8217;adaptation, notamment en aidant les agriculteurs à adapter leur système de production et à s’orienter vers des techniques utilisant moins d’intrants et moins de prélèvements d’eau.</p>
<p style="text-align: justify;">Plus généralement, il conviendra de veiller à ce que la PAC fournisse un cadre adapté à la production durable et donne au secteur agricole les moyens de faire face aux problèmes que pose le changement climatique. Il s&#8217;agira, entre autres, d&#8217;examiner les dispositions en matière de quantité d&#8217;eau et de qualité de l&#8217;eau à intégrer dans les instruments de la PAC correspondants, ainsi que d&#8217;encourager une utilisation efficace de l&#8217;eau dans le secteur agricole, en particulier dans les régions où s&#8217;exercent des pressions sur les ressources en eau. Une réflexion sur la possibilité d&#8217;aider les exploitations particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique pourra également être lancée.</p>
<p style="text-align: justify;">Il pourrait être utile de réviser la stratégie forestière de l&#8217;UE afin de mettre à jour les éléments ayant trait au climat et ayant une incidence sur la ressource en eau ; il conviendrait de lancer un débat, dans le cadre du plan d&#8217;action de l&#8217;Union Européenne en faveur des forêts, sur les différentes approches communautaires possibles en matière de protection des forêts et de systèmes d&#8217;information sur les forêts.</p>
<p style="text-align: justify;">Les plans de gestion des bassins hydrographiques qui seront publiés en 2015 devront intégrer tous les aspects de la résistance au climat. Il conviendra également d&#8217;intégrer comme il se doit le changement climatique dans la mise en œuvre de la Directive « inondations ». La mise en œuvre intégrale de cette Directive par les Etats-Membres de l&#8217;UE contribuera à renforcer la capacité de résilience et facilitera les efforts d&#8217;adaptation.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour ce qui est de la rareté de la ressource en eau, la Commission établira s&#8217;il est nécessaire de réglementer plus avant les normes des équipements utilisateurs d&#8217;eau ainsi que l&#8217;utilisation rationnelle de l&#8217;eau dans le secteur agricole, dans les foyers et dans les bâtiments. En 2012, lors de l&#8217;examen de la mise en œuvre de la Directive-Cadre sur l&#8217;eau et de la stratégie sur la rareté de l&#8217;eau et sur la sécheresse, il conviendra d&#8217;évaluer les solutions possibles pour augmenter la capacité de stockage de l&#8217;eau des écosystèmes afin d&#8217;améliorer la capacité de résilience face à la sécheresse et de réduire les risques d&#8217;inondation.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces effets se cumulent aux importantes pressions d’ores et déjà liées à la croissance démographique, à l’urbanisation et au développement.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le réchauffement climatique est un « multiplicateur de menaces », aggravant les situations difficiles et accroissant les tensions, même dans les régions stables comme l’Europe.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>« Si les gaz à effet de serre sont responsables du réchauffement climatique, l’eau douce en est la première victime ».</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il est donc indispensable de travailler dès à présent à l’adaptation des politiques et mécanismes de gestion des ressources en eau pour faire face aux effets du changement climatique. Nous devons donc apprendre à anticiper les dégâts et à prendre les mesures nécessaires pour empêcher ou pour le moins minimiser leurs effets négatifs, bref nous <strong>adapter </strong>!</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #8b0000;"><span style="text-decoration: underline;">La semaine prochaine</span> : <strong> les actions à mener</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">
<h6 style="text-align: justify;">La Déclaration finale et toutes les présentations seront sur le site Internet : <a href="http://www.riob.or/">www.riob.or</a></h6>
<h6 style="text-align: justify;">La réunion «EURO-RIOB 2010», proprement dite, a été organisée dans le cadre du 3éme Congrès International « Une nouvelle gouvernance de l’eau en montagne s’impose pour faire face aux changements climatiques ! », qui s’est tenu également à Megève aux mêmes dates et a réuni au total plus de 600 participants.</h6>
<h6 style="text-align: justify;">Le groupe « EURO-RIOB » des Organismes de Bassin européens pour l’application de la Directive-Cadre sur l’Eau a été créé en 2003 à Valence en Espagne et regroupe les organismes membres et observateurs européens du Réseau International des Organismes de Bassin (RIOB).</h6>
<h6 style="text-align: justify;">Au sein du RIOB, le Réseau régional des Organismes de Bassin d’Europe Centrale et Orientale (CEENBO), le Réseau Méditerranéen des Organismes de Bassins (REMOB), et le tout nouveau Réseau des Organismes de Bassin d’Europe Orientale, du Caucase et d’Asie centrale (EECCA – NBO), facilitent les échanges et les débats sur la GIRE par bassin dans un contexte européen élargi.</h6>
<h6 style="text-align: justify;">Le groupe « EURO-RIOB » tient des assemblées plénières annuelles : Valence (Espagne) en 2003, Cracovie (Pologne) en 2004, Namur (Belgique) en 2005, Megève (France) en 2006, Rome (Italie) en 2007, Sibiu (Roumanie) en 2008 et Stockholm (Suède) en 2009.</h6>
<h6 style="text-align: justify;">Le groupe « EURO-RIOB » permet aux Organismes de Bassin et aux Autorités de District de se rencontrer régulièrement, de manière informelle, pour échanger leurs expériences pratiques, identifier les problèmes opérationnels et faire des propositions concrètes pour l’application de la DCE.</h6>
<h6 style="text-align: justify;">Les travaux du groupe « EURO-RIOB » visent ainsi à enrichir la Stratégie Commune de Mise en Oeuvre de la DCE (CIS – Common Implementation Strategy), notamment par des diagnostics directement issus des acteurs de terrain.</h6>
<h6 style="text-align: justify;">Le groupe « EURO-RIOB » assure aussi une valorisation des concepts de la DCE et un retour d’expériences vers des pays intéressés non- membres de l’Union Européenne (Pays voisins de l’UE, ainsi que pays d’Amérique, d’Afrique et d’Asie).</h6>
<h6 style="text-align: justify;">Les travaux de la 8ème conférence internationale « EURO-RIOB 2010 » de Megève se sont organisés autour de six tables rondes successives qui ont permis d’aborder les problématiques suivantes :</h6>
<h6 style="text-align: justify;">- le point de l’élaboration des Plans de Gestion de la DCE : leur contenu, les modalités de suivi (indicateurs, tableaux de bord, …),</h6>
<h6 style="text-align: justify;">- les Programmes de Mesures 2010-2015, leur mise en oeuvre, la mobilisation des acteurs, les contrats locaux, le financement des actions, &#8211; l’application combinée de la DCE et des Directives « eaux souterraines », « inondations », et « milieux marins »,</h6>
<h6 style="text-align: justify;">- les stratégies de prévention des risques sécheresse en Europe : stratégies nationales, observations, systèmes d’alerte,</h6>
<h6 style="text-align: justify;">- les mesures à prévoir pour l’adaptation des Masses d’Eau aux effets du changement climatique : gestion des ressources, aménagement des hauts bassins, solidarité amont aval, optimisation des demandes en eau, politique agricole, hydronavigation fluviale, réservoirs, transferts, …</h6>
<h6 style="text-align: justify;">- la coopération avec les Pays voisins, non-membres de l’Union Européenne, pour l’application des principes et méthodes de la DCE.</h6>
<h6 style="text-align: justify;">Cette 8ème Conférence de Megève fut également l’occasion de formuler des propositions des participants sur l’organisation et l’animation du processus régional européen de préparation du prochain 6ème Forum Mondial de l’Eau qui se tiendra du 12 au 17 mars 2012 à Marseille.</h6>
<h5><span style="color: #8b0000;">Photos : © Carole Stoffel et Denis Favre Bonvin</span></h5>

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