François Brottes

Député de l’Isère.
Maire de Crolles, président de la communauté de communes « Le Grésivaudan ».

  Le développement durable

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est politiquement correct !

 

 

On ne peut plus s’y opposer, ni même le nuancer. Pourtant, l’usage qui en est fait l’apparente désormais à un dogme : on s’en réclame sans pour autant nourrir ses pratiques de son esprit. C’est en cela que l’expression me dérange, parce que c’est un poncif récupéré à toutes les sauces, y compris les moins recommandables. Il suffirait de se dire développement durable, pour l’être.

Revenons-en donc aux fondamentaux. Qu’est-ce que le développement durable, sinon l’attention portée à l’ensemble des conséquences de ses actes ? La conviction que leurs incidences sur nos petits-enfants ou nos contemporains à l’autre bout de la planète ont autant de valeur et de poids dans la balance que celles qui nous concernent immédiatement ? Le développement durable, c’est cesser de penser je, et tout de suite, pour penser nous. En un mot : c’est jouer collectif. Autant dire que, dans notre culture, c’est un concept révolutionnaire.

Parce que ça renvoie au collectif, j’ai envie de mettre l’accent sur un de ses piliers en particulier, le parent pauvre de la « trinité » durable : le social. Et c’est le grand absent du concept le plus « tendance » du moment: la « croissance verte », qui fait la part belle aux enjeux écologiques et économiques, mais qui, dans le fond, est loin d’être aussi durable qu’elle le prétend. Elle a surtout le mérite de repeindre les murs en vert sans les bousculer, nous autorisant à continuer -presque- comme avant.

Pourtant, le social est bien un des trois piliers du développement durable. Mais clairement, celui-là est bancal. Car quand le développement des biocarburants conduit à confisquer les terres arables des pays en développement au profit des compagnies pétrolières, obérant ainsi la possibilité des populations locales de se nourrir, je ne considère pas que ce soit du développement durable. Quand les mêmes gouvernements qui se targuent de « durabilité » autorisent la mise sur le marché des OGM, au prétexte de réduire l’usage des intrants, et donc actent l’irréversible contamination des cultures mais aussi l’aliénation de populations entières de producteurs et consommateurs au dictat des multinationales semencières, préparant une nouvelle ère d’esclavage industriel, c’est tout sauf durable. Quand on démantèle un à un les services publics qui sont les garants d’un égal accès sur l’ensemble du territoire à l’électricité, à une connection internet, au courrier, à un service bancaire, à l’éducation, créant ainsi, sciemment, les criantes inégalités sociales de demain, je me demande où est la durabilité de ces politiques-là.

La vérité, c’est qu’on ne peut pas choisir entre l’enjeu économique, écologique et social. Tous s’imposent à nous. Ils constituent les trois piliers d’une chaise qui s’écroulera si un seul manque. Et j’ai pour ma part envie de rendre sa majuscule à l’Humain. De part ma culture socialiste, qui pose l’émancipation de l’homme comme fondement de son action, je ne peux concevoir de société durable que tant qu’elle œuvrera, inlassablement, à réduire les dépendances et les soumissions, et restaurera l’autonomie et l’égalité des chances de chacun. Et là, il n’y a pas de séparation entre le local et le global. C’est ce que l’exercice de mes différentes fonctions électives m’apprend : que ce que l’on fait, ici et maintenant, affecte la planète entière, et que la somme de ces choix planétaires, nous affecte également ici et maintenant. C’est là ma responsabilité d’élu : mettre en cohérence, avoir le courage de dire non, oser déplacer les murs plutôt que se contenter de les vernir au vert du temps. Peut-être est-ce parce que trop d’élus, mais aussi trop de citoyens ou d’entreprises, ont perdu le sens de l’intérêt général, pour servir des intérêts personnels ou particuliers, qu’il a fallu réinventer un terme pour qualifier ce que chacun n’aurait jamais du cesser de faire: agir de façon respectueuse et responsable.

Le formatage de l’homme vertueux labellisé “grenellisé” a parfois tendance a m’effrayer comme tous les “big brothers” qui s’occupent de nos consciences : entre “just do it” et “yes we can”, il y a la place de rêves partagés… Ne cherchons pas a être parfaits aseptisés, soyons surtout conscients de nos imperfections et de nos marges de progrès.

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