Jean-Luc Sandoz

Directeur du groupe Cbs-Cbt.

  Développement durable

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 ou régression globale ?

 

En 1987, le rapport Brundtland, a défini ce que devrait être un développement durable comme : « un mode de développement capable de répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ».
Cette définition s’appuie sur deux notions importantes.
Premièrement, répondre aux « besoins » essentiels de tous et prioritairement, des plus démunis. Deuxièmement, « l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir ».

Le sommet de Rio, en 1992, puis le protocole de Kyoto, en 1997 auraient dû permettre la mise place d’une politique mondiale en faveur de la terre. Mais, ce n’est qu’en 2005 que les premières mesures ont été appliquées. Et malheureusement, dès l’été 2008, la crise économique mondiale, a immédiatement focalisé les attentions des grandes puissances sur des priorités moins environnementales.
Les très grands pollueurs, les Etats-Unis et la Chine décident alors, que le soutien à leur économie implique de repousser les « priorités environnementales » à plus tard ! Contrairement aux européens qui prônent un redressement économique capable de tenir compte en parallèle des critères écologiques.

Nous pouvons nous demander si la crise économique n’est pas une conséquence de la crise environnementale ? L’épuisement des ressources énergétiques et en tout premier lieu le pétrole a généré l’emballement incontrôlé des prix du baril, entrainant en cascade une succession de paniques boursières aux répercussions économiques importantes. Les bouleversements climatologiques ont semble-t-il fait augmenté l’ampleur et la fréquence des catastrophes naturelles : Inondations, ouragan, typhon, raz de marée, etc…, sont très couteux et ils fragilisent les pays qui les subissent.
Ainsi, nous pouvons légitimement nous demander si la crise économique et la crise environnementale ne sont pas les résultantes d’un même mécanisme d’exploitation à outrance et inconsidérée des ressources ?
Il semble que ces deux crises soient irréversibles. Ce n’est pourtant pas la fin du monde ! Non, juste une très forte dévaluation. Mais, ne faudrait-il pas remettre les choses dans l’ordre, tout simplement ?

Depuis 1989 et la chute du Mur de Berlin, l’Union Européenne d’un côté, les Etats-Unis de l’autre et les puissances Asiatique avec (Japon, Chine, Inde) ont laissé les grandes entreprises de la mondialisation prendre le pouvoir, comme des états dans l’état, générant le risque systémique. Nos gouvernements ont laissé se jouer sous leurs yeux et avec leur consentement, le jeu dangereux d’une course aux surenchères : grossir et produire encore plus, à un prix encore plus bas, avec une marge encore plus grande - sans même se soucier de la réalité d’une demande des consommateurs puisqu’ils la contrôle totalement en la créant de manière factice. Les conséquences de ce jeu sont catastrophiques, nous le savons bien. L’humain n’est plus prioritaire, la réalité de ses besoins fondamentaux selon Maslow[1], ne sont plus pris en compte.

Cette tragédie exprime aujourd’hui, avec férocité, une régression globale. Comment pourrions-nous en sortir ? Sans aucun doute, par une révolution innovante qui consisterait, non pas à lancer des pavés ou fonder des partis politiques extrémistes, mais à nous réappropriez nos économies localement, dans nos régions, en évaluant la réalité de nos besoins (en changeant l’ordre de nos priorités), en associant nos ressources avec nos savoir-faire locaux.

La filière bois dans le bâtiment démontre que ce nouveau modèle de développement durable fonctionne. Elle utilise une ressource forestière régionale abondante et en même temps renouvelée par une gestion maitrisée, un marché de l’énergie et de la construction locaux, et des savoir-faire qui valorisent l’humain - pour relier les deux finalités de la chaîne -, le tout en offrant des bâtiments écologiques aux architectures contemporaines, pour le plaisir de tous.

Bois local + scieries locales + constructeurs locaux maitrisant les nouvelles technologies de structure bois, d’isolation naturelle de l’habitat, des techniques de production d’énergie renouvelable pour construire des bâtiments à énergie passive = un cadeau offert aux familles et aux entreprises régionales par une économie régionale forcément durable.

Pas besoin de la Planète financière et de ses excès ; ni des éco-terminators qui se sont rendus indispensables ; pas besoin de cacher la non-qualité ainsi que les bilans humains et environnementaux désastreux derrière un marketing agressif mensonger ; pas besoin des mêmes logos et des mêmes publicités internationalement déclinées !

En somme, une révolution juste responsable et pragmatique, pour se remettre à marcher dans la bonne direction, même lentement. En effet, nous n’avons plus besoin de l’illusion de la Croissance, quand elle n’est qu’une régression !

[1] La Pyramide de Maslow compte cinq niveaux de besoin hiérarchisés, en commençant par les plus basiques :
1) Besoins physiologiques : Respirer et se nourrir
2) Besoin de sécurité : Créer un environnement sécurisant : travail, famille, maison
3) Besoin d’appartenance, par exemple associé dans différentes communautés (religion, politique, sportive, etc.)
4) Besoin d’estime, en développant sa sociabilité
5) Besoin de s’accomplir, en devenant reconnu pour son œuvre