L’écho de l’eau

Article de Myriam Caudrelier, le 31 jan, 2011

Première partie : l’eau, première victime du changement climatique.

Pour les autorités locales et régionales la gestion intégrée de l’eau en montagne est rendue complexe lorsque les messages législatifs sont aussi contradictoires que celui du « bon état écologique des cours d’eau » de la DCE et celui des objectifs de 20% d’énergies renouvelables d’ici 2020 du Paquet Énergie Climat. Comment au niveau des territoires gérer cette contradiction apparente entre environnement et climat ?

Il convient de retenir en préambule, que les expertises scientifiques et techniques sont nécessaires aujourd’hui mais qu’il est primordial d’aider à la décision, de travailler avec les élus et les autorités pour leur permettre de trouver le point d’équilibre et de justice dans les arbitrages que leur responsabilité les amènent à prendre.

Dur’Alpes vous propose de prendre connaissance de la déclaration issue de la 8ème conférence du groupe « EURO-RIOB 2010 » qui s’est tenue à Megève, en septembre dernier – 177 participants représentants des administrations nationales et organismes de bassins, ONG et entreprises, venus de 42 pays.

Une analyse critique… des recommandations  pour un sujet de première ligne.

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Une évidence : la gestion intégrée et équilibrée des ressources en eau par bassin s’impose partout !


Les bassins versants des fleuves, des lacs et des aquifères, sont les territoires géographiques naturels pertinents pour organiser cette gestion intégrée et équilibrée. En effet, les bassins versants sont les territoires naturels où l’eau s’écoule, en surface comme dans le sous-sol, quelles que soient les frontières et limites nationales ou administratives traversées.

Depuis les années 90, des progrès significatifs ont d’ores et déjà été réalisés :

fraicheLa gestion par bassin a connu un développement rapide dans de nombreux pays, qui en ont fait la base de leur législation nationale sur l’eau ou l’expérimentent dans des bassins pilotes nationaux ou transfrontaliers.

La Convention des Nations Unies de 1992, dite d’Helsinki, a permis de renforcer la coopération pour la gestion des cours d’eau internationaux en Europe élargie maintenant à toute l’Europe Orientale, au Caucase et à l’Asie Centrale.

Bien que la Convention des Nations Unies du 21 mai 1997, sur les usages autres que la navigation des cours d’eau internationaux, ne soit pas encore entrée en vigueur, plusieurs pays principalement en Europe et Afrique l’ont déjà ratifié ou l’envisagent et ses principes, basés sur la notion solidarité de bassin, sont de plus en plus reconnus comme fondement des relations entre États riverains concernés des fleuves transfrontaliers.

De son côté, la Directive-Cadre Européenne sur l’Eau (DCE) de 2000 fixe les principes, les objectifs et les méthodes pour atteindre un « bon état écologique » dans les districts hydrographiques nationaux ou internationaux des 27 Pays de l’UE, ainsi que de la Suisse, de la Norvège et des Pays voisins.

En effet, la DCE constitue un exemple incomparable de gestion coordonnée de la ressource en eau à l’échelle d’une région aussi diversifiée qu’est l’Europe. En ce sens, il convient de poursuivre sa promotion, auprès des pays voisins comme dans les autres régions du monde, tant sa méthodologie que son processus et son approche demeurent d’une forte pertinence pour tendre à solutionner les problèmes de l’eau.

La DCE a aussi facilité une approche transfrontalière de la gestion des cours d’eau partagés entre plusieurs pays européens, en associant également les pays non-membres de l’UE.

Depuis 2000, la DCE a été un moteur sans précédent à l’échelle du continent européen et un travail considérable a été réalisé.

Cependant, des défis importants subsistent.

Ainsi, 170 districts de bassin ont été créés à travers l’UE. 40 d’entre eux sont des districts de bassin internationaux et couvrent plus de 60% du territoire de l’UE, faisant de la coordination internationale l’une des questions et des défis les plus importants de la mise en application de la DCE.

Au premier janvier 2010, tous les pays auraient dû passer de la phase de préparation à une nouvelle phase de véritable mise en œuvre avec une obligation de résultats dans les délais impartis !

Concernant les Plans de Gestion :

Deux échéances très importantes viennent d’être dépassées :

- les plans de gestion des districts hydrographiques devaient être publiés pour le 22 décembre 2009,

- les États-Membres devaient en effectuer le rapportage auprès de la Commission pour le 22 mars 2010.

Mais la Commission européenne note de sérieux retards : dans plusieurs pays les consultations obligatoires sur les projets de plans de gestion sont encore en cours et elles ne sont même pas encore commencées dans certains pays.

15 pays ont publié tous leurs plans de gestion : France (12 districts), Royaume-Uni (16), Pays- Bas (4), Allemagne (10), Luxembourg (1), République Tchèque (3), Slovaquie (2), Autriche (3), Italie (8), Bulgarie (4), Roumanie (11), Lettonie (4), Finlande (8), Suède (5), Hongrie (1).

Au total, 92 districts hydrographiques sur 170 ont publié leur plan de gestion mais 4 pays n’ont pas encore commencé la procédure de consultation même si pour ces pays, le processus de préparation est en cours. Pour les autres, la consultation est en cours ou bien achevée mais les plans ne sont pas encore publiés. Les plans de districts internationaux ont été publiés pour le Danube, le Rhin, l’Elbe, l’Ems, la Meuse, l’Escaut.

La Commission commence à préparer un rapport d’évaluation des plans de gestion qui sera publié en 2012. On note d’ores et déjà que le niveau de détail, les méthodes utilisées et la présentation des plans de gestion sont très hétérogènes, ce qui rendra périlleux l’agrégation des informations et leur analyse.

ok news source_thermale_Bad_RagazLes délais de transposition sont arrivés à échéance le 16 janvier 2009 pour la Directive « Eaux Souterraines » et le 26 novembre 2009 pour la Directive « Inondations ». Des procédures de mise en demeure sont d’ores et déjà en cours pour non respect du délai de transposition.

En outre, 20 pays déjà ont reçu des mises en demeure pour des points de non-conformité concernant l’application de la DCE ! Pour faire face aux défis de l’eau en Europe, les plans de gestion se devaient d’être visionnaires, abandonnant une approche trop minimaliste et devenant des guides définissant clairement les efforts à faire …

Dès à présent, il est patent qu’un pourcentage important de masses d’eau n’atteindra pas le bon état en 2015. Une enquête montre que le pourcentage des masses d’eau atteignant le bon état en 2015 pourrait varier fortement, entre 25% et 75%.

De nombreuses incertitudes demeurent sur l’efficacité réelle de certaines mesures principalement pour les pollutions diffuses pour les eaux souterraines et superficielles, l’arrêt de la dégradation des zones humides.

Même pour les mesures reconnues efficaces, il existe des incertitudes sur le temps nécessaire à la réalisation des projets sur le terrain et sur les délais nécessaires aux milieux pour réagir. C’est le cas pour la restauration physique des cours d’eau tout en observant que certaines de ces mesures ont un effet rapide en matière de diversification des habitats par exemple.

Le facteur temps est en effet de première importance, ce qui milite pour la cohérence et l’urgence de l’action.

La mise en application complète des Directives préexistantes sur les « nitrates » et les « eaux usées » doit être le noyau des Programmes de Mesures.

Il faut une vraie mobilisation concernant l’agriculture : les programmes doivent comprendre des mesures fortes, contraignantes et une action coordonnée au niveau européen est indispensable.

De plus, il sera difficile d’obtenir des résultats positifs sur la qualité de l’eau et des écosystèmes en 2015 et même en 2021, sans une vraie réforme de la Politique Agricole Commune et une application sans concession ainsi que des pratiques agricoles.

Comme la restauration fonctionnelle des milieux aquatiques est primordiale pour l’atteinte du bon état, il faut accroître les moyens consacrés aux zones humides et à l’hydro-morphologie et surtout développer la maîtrise d’ouvrage pour mettre en œuvre ces moyens.

Il est aussi urgent d’accentuer les mesures de protection des eaux souterraines, afin de combler le retard en tenant compte de la fragilité des aquifères et de la durée de restauration des situations dégradées. A cet égard, il convient de souligner la parution prochaine d’un document préparé par l’UNESCO, le BRGM, l’Académie de l’Eau et l’OIEau qui porte sur l’approche méthodologique pour une gestion durable des aquifères transfrontaliers.

Il faut aussi trouver dans la mise en œuvre un point d’équilibre qui permette de satisfaire à la fois les objectifs de la Directive « Energie renouvelable » et de la « DCE », car les équipements hydroélectriques modifient les écosystèmes mais produisent de l’énergie renouvelable sans effet de serre… !

ok med-le-lac-du-barrage-de-tignes-visoterra-12048Dans les bassins transfrontaliers, le rôle positif des commissions internationales, quand elles existent, a été souligné, comme étant une plate-forme pour la coordination des actions, l’harmonisation des pratiques, la prise de décisions par consensus et la prévention de conflits, l’échange d’informations, etc. entre les pays riverains.

Mais un travail considérable reste à faire. Les Plans de Gestion des Districts de Bassins Internationaux en Europe ressemblent encore trop souvent à un assemblage de parties nationales, chaque Etat-Membre étant responsable devant la Commission de l’application de la « DCE » en ce qui le concerne.

Dans un même district international, les pays n’ont pas toujours les mêmes priorités, échéanciers, voire pratiques, même pour des mesures similaires, notamment pour les bassins partagés avec des pays non-UE.

Concernant les Programmes de mesures :

Les pays entrent aujourd’hui dans une phase opérationnelle qui s’appuie moins sur des procédures gouvernementales que sur la réalisation de nombreux projets locaux. A cet égard, plusieurs recommandations peuvent être avancées.

En premier lieu, les Programmes de Mesures doivent être suffisamment détaillés, non seulement au niveau des grands bassins ou grands aquifères, mais également au niveau de chaque sous bassins, en conformité avec les principales orientations du Plan de Gestion du District. Aller dans ce type de détail est une garantie pour une réalisation dans l’avenir et pour une meilleure appropriation par les groupes concernés.

La mise en œuvre concrète exige la participation des municipalités, provinces, communes, départements, régions, qui seront les premiers porteurs des investissements et de l’exploitation des services d’eau. Les autorités locales joueront un rôle primordial dans la mise en œuvre réelle de la DCE, avec tous les partenaires économiques également directement concernés (agriculteurs, industriels, pêcheurs, tourisme, etc.). L’efficacité de leur action, notamment sur l’objectif du « bon état », suppose que la gouvernance locale soit une priorité dans tous les pays. Il faudra simplifier et organiser autrement les territoires hydrauliques cohérents autour d’organismes fédérateurs décentralisés qui doivent être des gestionnaires de l’eau, des milieux aquatiques et des risques associés.

La combinaison de mesures réglementaires, de dispositions financières et de mesures contractuelles pour la réalisation d’un Programme de Mesures exigera une coordination importante et renforcée entre les divers services gouvernementaux responsables de la gestion de l’eau, les Organismes de Bassin, les autorités locales, les acteurs économiques et les ONG.

C’est pourquoi la procédure de consultation ne suffit pas pour mobiliser les acteurs locaux : la mise en œuvre efficace des Programmes de Mesures est conditionnée par la reconnaissance de leur valeur ajoutée par les responsables des territoires.

Il est également de première importance que les Autorités gouvernementales se mobilisent non seulement au niveau central mais aussi sur le terrain : elles doivent être les premières à s’impliquer, en imposant des mesures de base, en contrôlant l’application effective des règlementations et en accompagnant les acteurs locaux dans leurs projets.

Pour l’ensemble du dispositif, les services doivent passer de l’accompagnement des acteurs en termes de procédure ou de financement à la conduite d’un projet pour le bon état en ayant une attitude active pour l’émergence des actions sur le terrain.

Concernant le financement des programmes :

La DCE donne un rôle important à l’analyse économique, mais celle-ci doit être fortement améliorée.

Les méthodes employées étant différentes d’un pays à l’autre, notamment dans les districts de bassins internationaux, l’échange sur les critères d’efficacité des mesures, le coût disproportionné, les dérogations, l’impact sur le prix de l’eau doit être développé.

La mise en œuvre de la DCE aura un coût considérable et peut représenter un effort financier supplémentaire important pouvant aller jusqu’à +30% dans quelques districts, impliquant probablement la même augmentation du prix de l’eau. Se pose alors la question de l’acceptabilité par les usagers, notamment dans un contexte de crise économique. Cela oblige à avoir des discussions sur le financement, même si ces discussions peuvent être difficiles : qui payera et combien ?

Les coûts étant susceptibles d’être très souvent plus élevés que les ressources financières mobilisables, la tentation est de définir des objectifs progressifs et d’étaler les coûts sur deux ou trois programmes de mesures successifs. Ainsi, dans certains cas, il semble que les financements les plus lourds aient été renvoyés à la période 2021-2027, ce qui peut être interprété comme un renvoi aux calendes et donc comme un mauvais signal vers les usagers et acteurs.

Il faut donner les explications nécessaires aux consommateurs mais également aux décideurs pour rendre les enjeux compréhensibles et l’augmentation du prix de l’eau acceptable.

arrosage-agricole siteDes dérogations seront nécessaires, non seulement en raison des aspects techniques, mais également à cause des capacités de financement et de la solvabilité de la population. Les objectifs ne seront atteints que si la mobilisation financière correspondante est possible. En ce sens, il est recommandé que les mesures de tarification de l’eau visent les plus grands utilisateurs d’eau, telle que l’agriculture, et soient conçues pour inciter à une consommation plus efficace pour que soient réalisées des réductions importantes de l’utilisation de l’eau.

Sur ce plan, il convient de noter la récente création du réseau AQUAMADRE, déjà présenté à l’Assemblée Générale du RIOB à Dakar. Ce réseau international des rivières dont l’objectif est l’échange sur les aspects économiques et sociaux aux différentes échelles de territoire des bassins, doit permettre de disséminer des approches économiques au niveau européen comme au niveau mondial, dissémination également facilitée par l’accord de collaboration qui vient d’être signé avec le RIOB et le SEMIDE.

Concernant la participation des citoyens :

La consultation publique officielle sur les projets de plans de gestion permet de formuler quelques recommandations.

Il ne faut pas confondre une consultation « administrative » et une consultation grand public « populaire » qui fait appel à des bases culturelles, à des images, des signes de reconnaissance et des média bien spécifiques.

Par ailleurs, il faut adapter les outils en fonction des publics cibles, de l’échelle géographique, des objectifs de la consultation et des spécificités des territoires, notamment pour les districts internationaux.

L’expérience montre que des approches originales s’appuyant sur l’organisation d’animations locales ou l’utilisation de supports locaux de communication sont parfois plus efficaces pour mobiliser les citoyens que le recours aux grands média de diffusion grand public dont le coût est élevé pour un retour parfois décevant.

Il faut prendre en compte la proximité et le contact direct sur les lieux de vie. Le passage par le relais des collectivités locales ainsi que par les ONG peut s’avérer très utile.

Il faut renforcer des stratégies communes pour une plus grande implication du public dans les districts internationaux en s’appuyant sur les commissions internationales et la participation des ONG : il s’avère important de coordonner non seulement la procédure et le calendrier, mais aussi le contenu du processus de consultation, afin de développer une appropriation et un sentiment d’identité à l’échelle d’un bassin transfrontalier.

Bien sûr, ces méthodes devront s’inscrire dans la durée et anticiper l’amélioration des futures consultations : un mécanisme de consultation tout au long de la phase de mise en œuvre de la « DCE » doit être mûri et appliqué, le processus ne pouvant se satisfaire de l’organisation d’une seule et unique opération de consultation assimilable à un « coup » médiatique.

Ces consultations ont un coût et il est indispensable de provisionner des budgets conséquents pour se conformer aux nouvelles obligations dans ce domaine.

Il sera également primordial de réussir l’application combinée de la DCE et des Directives européennes « eaux », « inondations » et « milieux marins ».

179552_006La Directive « stratégie marin » possède de nombreux points communs avec la DCE, tant en termes de processus et méthodes que dans la définition d’objectifs environnementaux forts. La complémentarité entre ces 2 Directives sur les zones côtières est évidente et l’expérience acquise par les Organismes de Bassins au cours du premier cycle de la DCE devra être mise à profit pour l’application de la Directive « stratégie marine ».

Il convient d’ores et déjà de promouvoir un rapprochement entre les approches de ces deux Directives à une échelle opérationnelle. Les Organismes de Bassins soulignent le bénéfice important attendu par les rencontres des Directeurs de l’Eau et de la Mer au niveau de la Stratégie commune de mise en œuvre (CIS).

Cependant il sera nécessaire de prévoir un soutien à l’échelle des bassins hydrographiques et des Autorités de bassin qui peuvent être parfois confrontés à de nombreuses difficultés : différences en termes de compétences, d’organisations administratives, d’autorités de tutelles mais également faible relations avec les parties intéressées spécifiques au milieu marin par exemple. Il sera primordial de développer les échanges et retours d’expérience entre les Organismes de Bassins et Autorités compétentes afin de garantir la synergie entre ces deux directives.

La mise en place de la Directive « inondations » ne doit pas amener à sélectionner des mesures qui visent, « à court terme », et souvent de manière inefficace, la réduction du risque ou l’amplitude des dommages, surtout si elles sont en contradiction avec la recherche de l’atteinte du bon état. Ainsi l’extraction de granulat dans les cours d’eau en les motivant par rapport à l’amélioration de l’écoulement est d’une part très discutable mais aussi en complète contradiction avec la composante « physique » du bon état écologique fixé comme objectif par la DCE.

L’évaluation de la composante physique du « Bon Etat » nécessite sans doute d’être développée dans les années futures afin d’avoir une identification plus précise des perturbations hydromorphologiques et des mesures qui permettent d’y remédier.

L’adaptation de la gestion de l’eau aux effets du changement climatique est impérative ; il faudra notamment développer des stratégies de prévention des risques de sécheresse en Europe.

Le changement climatique apparaît donc désormais inéluctable. Une de ses premières conséquences sera une modification des cycles hydrologiques.

En supposant que des mesures ambitieuses soient prises au niveau international par tous les pays pour réduire sensiblement leurs émissions de gaz à effet de serre, l’effet sur le climat ne sera perceptible au mieux que vers la fin du siècle.

désertLes changements des précipitations et des cycles hydrologiques sont eux déjà engagés et seront sans doute sensibles d’ici à 2040 ou 2050, c’est-à-dire en moins d’une génération : il faut donc réagir vite, avant qu’il ne soit trop tard et il est clair que le seul contrôle des rejets de gaz sera insuffisant pour modifier cette évolution dans les délais.

Il est donc indispensable de travailler à l’adaptation aux conséquences du changement climatique et en particulier, s’agissant des Organisations de Bassin, des politiques de gestion des ressources en eau, en prenant en compte les éléments nouveaux du changement climatique. Il faut notamment évaluer rapidement, selon divers scénarios, les conséquences hydrologiques de ce changement.

L’adaptation a déjà commencé, mais de façon fragmentaire. Il convient à présent d’élaborer une approche plus stratégique qui garantisse l’adoption de mesures d’adaptation rapides et efficaces et une certaine cohérence entre les différents secteurs et les différents niveaux de gouvernance.

Les effets du changement climatique sont plus ou moins graves selon les régions ; en Europe, les régions les plus vulnérables sont l’Europe du Sud, le bassin méditerranéen, les régions ultra-périphériques et l’Arctique. Les zones de montagne, et en particulier les Alpes, les zones côtières et urbaines et les plaines inondables densément peuplées sont confrontées à des problèmes spécifiques. Les zones insulaires demeureront particulièrement vulnérables.

Dans le secteur de l’énergie, le changement climatique aura un effet direct sur l’offre et la demande. Les projections relatives à l’incidence sur les précipitations et la fonte des glaces indiquent que la production d’hydroélectricité pourrait augmenter d’au moins 5% dans le nord de l’Europe et diminuer d’au moins 25% dans le sud de l’Europe. La diminution des précipitations et les vagues de chaleur devraient aussi avoir des conséquences néfastes sur le processus de refroidissement des centrales thermiques. La multiplication des pics de demande de refroidissement en été et les conséquences des phénomènes météorologiques extrêmes influeront en particulier sur la distribution d’électricité.

Le changement climatique modifiera sensiblement la qualité et la disponibilité des ressources en eau, ce qui aura des conséquences pour de nombreux secteurs, dont la production alimentaire, où l’eau est un élément essentiel. Plus de 80% des terres agricoles sont alimentées par les pluies. La production alimentaire est également tributaire des ressources en eau disponibles pour l’irrigation. La raréfaction de ces ressources pose déjà un problème dans de nombreuses régions d’Europe, et la situation pourrait se détériorer encore avec le changement climatique, puisque l’on s’attend à ce que les zones d’Europe où l’on enregistre de fortes pressions sur les réserves en eau passent de 19% actuellement à 35% dans les années 2070. Les pressions migratoires pourraient aussi s’en trouver renforcées.

duralpes16C’est aux responsables politiques que revient la lourde tâche de comprendre les effets du changement climatique, d’élaborer et de mettre en œuvre des stratégies permettant d’assurer une adaptation optimale. L’une des manières de faire face à ces effets et, dans certains cas, de contribuer à la prévention des catastrophes telle qu’elle a été exposée dans une récente communication de la Commission, est d’élaborer des stratégies axées sur la gestion et la conservation de l’eau, des terres et des ressources biologiques, qui visent à maintenir les écosystèmes dans un bon état sanitaire et de fonctionnement, à les rendre résistants au changement climatique et à les remettre en état. Certaines données indiquent qu’utiliser la capacité de la nature à absorber ou à contrôler les incidences dans les zones urbaines et rurales peut être une méthode d’adaptation plus efficace que de se concentrer sur les infrastructures physiques.

L’« infrastructure verte » peut être un élément décisif de l’adaptation en ce qu’elle fournit des ressources essentielles à des fins économiques et sociales dans des conditions climatiques extrêmes. On peut citer comme exemple l’amélioration de la capacité de stockage du carbone et de l’eau au niveau des sols ainsi que la conservation de l’eau dans des systèmes naturels pour atténuer les effets de la sécheresse et prévenir les inondations, l’érosion des sols et la désertification.

Du fait de la variabilité régionale et de la gravité des effets climatiques, la plupart des mesures d’adaptation seront prises au niveau national, régional ou local. Cependant, ces mesures peuvent être appuyées et renforcées par une approche intégrée et coordonnée au niveau communautaire.

L’UE a un rôle particulièrement important à jouer dans les cas où les effets du changement climatique dépassent les frontières nationales (par exemple, bassins fluviaux et maritimes et régions biogéographiques). L’adaptation exigera des États-Membres qu’ils fassent preuve de solidarité les uns envers les autres pour que les régions défavorisées et les régions qui seront le plus durement touchées par le changement climatique soient à même de prendre les mesures d’adaptation qui s’imposent. En outre, l’action coordonnée de l’Union Européenne sera nécessaire dans certains secteurs (comme l’agriculture, l’eau, la biodiversité, la pêche et les réseaux d’énergie) qui sont largement intégrés au niveau de l’UE grâce au marché unique et aux politiques communes.

Pour être à même de prendre des décisions quant aux meilleures modalités d’adaptation, il est essentiel d’avoir accès à des données fiables sur les effets probables du changement climatique, sur les aspects socio-économiques associés et sur les coûts et avantages des différentes options d’adaptation. Des solutions appropriées ne pourront être définies que si des données supplémentaires concernant l’incidence du climat et la vulnérabilité sont réunies. Il conviendra également de mettre à la disposition des pays tiers, et notamment des pays en développement, les connaissances acquises en matière d’adaptation.

Quantité d’informations et d’études sur ce sujet existent déjà, mais force est de constater que ces données ne sont pas partagées entre les différents États-Membres. L’un des moyens d’améliorer efficacement la gestion des connaissances serait de créer un centre d’échange d’informations qui servirait d’outil informatique et de base de données en matière d’incidences du changement climatique, de vulnérabilité et de bonnes pratiques dans le domaine de l’adaptation.

Il est nécessaire de mettre en place une politique de recherche et de formation de type préventif afin d’améliorer la compréhension des effets du changement climatique et d’encourager le développement de compétences, de méthodes et de techniques permettant de faire face à ces effets. Dans un document de travail publié récemment, la Commission expose en détail les besoins de recherche, dont ceux portant sur les incidences du changement climatique et sur l’adaptation.

La majeure partie des terres de l’UE étant gérées par des agriculteurs, la PAC est bien placée pour jouer un rôle central dans l’adaptation, notamment en aidant les agriculteurs à adapter leur système de production et à s’orienter vers des techniques utilisant moins d’intrants et moins de prélèvements d’eau.

Plus généralement, il conviendra de veiller à ce que la PAC fournisse un cadre adapté à la production durable et donne au secteur agricole les moyens de faire face aux problèmes que pose le changement climatique. Il s’agira, entre autres, d’examiner les dispositions en matière de quantité d’eau et de qualité de l’eau à intégrer dans les instruments de la PAC correspondants, ainsi que d’encourager une utilisation efficace de l’eau dans le secteur agricole, en particulier dans les régions où s’exercent des pressions sur les ressources en eau. Une réflexion sur la possibilité d’aider les exploitations particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique pourra également être lancée.

Il pourrait être utile de réviser la stratégie forestière de l’UE afin de mettre à jour les éléments ayant trait au climat et ayant une incidence sur la ressource en eau ; il conviendrait de lancer un débat, dans le cadre du plan d’action de l’Union Européenne en faveur des forêts, sur les différentes approches communautaires possibles en matière de protection des forêts et de systèmes d’information sur les forêts.

Les plans de gestion des bassins hydrographiques qui seront publiés en 2015 devront intégrer tous les aspects de la résistance au climat. Il conviendra également d’intégrer comme il se doit le changement climatique dans la mise en œuvre de la Directive « inondations ». La mise en œuvre intégrale de cette Directive par les Etats-Membres de l’UE contribuera à renforcer la capacité de résilience et facilitera les efforts d’adaptation.

Pour ce qui est de la rareté de la ressource en eau, la Commission établira s’il est nécessaire de réglementer plus avant les normes des équipements utilisateurs d’eau ainsi que l’utilisation rationnelle de l’eau dans le secteur agricole, dans les foyers et dans les bâtiments. En 2012, lors de l’examen de la mise en œuvre de la Directive-Cadre sur l’eau et de la stratégie sur la rareté de l’eau et sur la sécheresse, il conviendra d’évaluer les solutions possibles pour augmenter la capacité de stockage de l’eau des écosystèmes afin d’améliorer la capacité de résilience face à la sécheresse et de réduire les risques d’inondation.

Ces effets se cumulent aux importantes pressions d’ores et déjà liées à la croissance démographique, à l’urbanisation et au développement.

Le réchauffement climatique est un « multiplicateur de menaces », aggravant les situations difficiles et accroissant les tensions, même dans les régions stables comme l’Europe.

« Si les gaz à effet de serre sont responsables du réchauffement climatique, l’eau douce en est la première victime ».

Il est donc indispensable de travailler dès à présent à l’adaptation des politiques et mécanismes de gestion des ressources en eau pour faire face aux effets du changement climatique. Nous devons donc apprendre à anticiper les dégâts et à prendre les mesures nécessaires pour empêcher ou pour le moins minimiser leurs effets négatifs, bref nous adapter !

La semaine prochaine : les actions à mener

La Déclaration finale et toutes les présentations seront sur le site Internet : www.riob.or
La réunion «EURO-RIOB 2010», proprement dite, a été organisée dans le cadre du 3éme Congrès International « Une nouvelle gouvernance de l’eau en montagne s’impose pour faire face aux changements climatiques ! », qui s’est tenu également à Megève aux mêmes dates et a réuni au total plus de 600 participants.
Le groupe « EURO-RIOB » des Organismes de Bassin européens pour l’application de la Directive-Cadre sur l’Eau a été créé en 2003 à Valence en Espagne et regroupe les organismes membres et observateurs européens du Réseau International des Organismes de Bassin (RIOB).
Au sein du RIOB, le Réseau régional des Organismes de Bassin d’Europe Centrale et Orientale (CEENBO), le Réseau Méditerranéen des Organismes de Bassins (REMOB), et le tout nouveau Réseau des Organismes de Bassin d’Europe Orientale, du Caucase et d’Asie centrale (EECCA – NBO), facilitent les échanges et les débats sur la GIRE par bassin dans un contexte européen élargi.
Le groupe « EURO-RIOB » tient des assemblées plénières annuelles : Valence (Espagne) en 2003, Cracovie (Pologne) en 2004, Namur (Belgique) en 2005, Megève (France) en 2006, Rome (Italie) en 2007, Sibiu (Roumanie) en 2008 et Stockholm (Suède) en 2009.
Le groupe « EURO-RIOB » permet aux Organismes de Bassin et aux Autorités de District de se rencontrer régulièrement, de manière informelle, pour échanger leurs expériences pratiques, identifier les problèmes opérationnels et faire des propositions concrètes pour l’application de la DCE.
Les travaux du groupe « EURO-RIOB » visent ainsi à enrichir la Stratégie Commune de Mise en Oeuvre de la DCE (CIS – Common Implementation Strategy), notamment par des diagnostics directement issus des acteurs de terrain.
Le groupe « EURO-RIOB » assure aussi une valorisation des concepts de la DCE et un retour d’expériences vers des pays intéressés non- membres de l’Union Européenne (Pays voisins de l’UE, ainsi que pays d’Amérique, d’Afrique et d’Asie).
Les travaux de la 8ème conférence internationale « EURO-RIOB 2010 » de Megève se sont organisés autour de six tables rondes successives qui ont permis d’aborder les problématiques suivantes :
- le point de l’élaboration des Plans de Gestion de la DCE : leur contenu, les modalités de suivi (indicateurs, tableaux de bord, …),
- les Programmes de Mesures 2010-2015, leur mise en oeuvre, la mobilisation des acteurs, les contrats locaux, le financement des actions, – l’application combinée de la DCE et des Directives « eaux souterraines », « inondations », et « milieux marins »,
- les stratégies de prévention des risques sécheresse en Europe : stratégies nationales, observations, systèmes d’alerte,
- les mesures à prévoir pour l’adaptation des Masses d’Eau aux effets du changement climatique : gestion des ressources, aménagement des hauts bassins, solidarité amont aval, optimisation des demandes en eau, politique agricole, hydronavigation fluviale, réservoirs, transferts, …
- la coopération avec les Pays voisins, non-membres de l’Union Européenne, pour l’application des principes et méthodes de la DCE.
Cette 8ème Conférence de Megève fut également l’occasion de formuler des propositions des participants sur l’organisation et l’animation du processus régional européen de préparation du prochain 6ème Forum Mondial de l’Eau qui se tiendra du 12 au 17 mars 2012 à Marseille.
Photos : © Carole Stoffel et Denis Favre Bonvin
  1. 1 commentaire pour “L’écho de l’eau”

  2. par Chamel Michel, le 31 jan 2011| répondre

    cet article concernant la DCE eau est très intéressant car il montre les nombreux impacts d’un changement climatique dans des domaines souvent méconnus du grand public! l incidence entre autre sur la production d énergie hydro electrique ou nucléaire (problèmes de refroidissement des réacteurs)est rarement signalé.C ‘est là que l’on voit que le changement climatique c’est vraiment quelque chose de sérieux et que l information sur ses incidences doit être encore plus développée auprès du grand public.

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