L’eau, entre le patrimoine naturel et le patrimoine culturel

Posté le 13 oct, 2008 | par P/DurAlpes |

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Cela coule de source : il semble évident aux yeux de tous que ce bien, hier courant – ne dit-on pas l’eau courante – et aujourd’hui précieux, doit faire l’objet de toutes les attentions.
L’eau douce est une ressource renouvelable, potentiellement inépuisable. Une fois utilisée, elle retourne nécessairement dans le milieu naturel. Elle retombera bientôt en pluie ou en neige. Pourquoi alors s’inquiéter de sa disponibilité pour nourrir, abreuver et divertir l’espèce humaine ? Inégalement réparties, ces précipitations sont en bien des endroits trop faibles, trop rares ou trop intenses. Ailleurs les activités agricoles et urbaines ont pollué les nappes souterraines et les cours d’eau.

La modification des comportements de chacun - pourtant urgente et indispensable - ne suffira pas. L’eau nécessitera des politiques de gestion concertée aux différentes échelles : le bassin versant, l’État, les continents et la planète. Il s’agit là aussi d’inventer de nouvelles formes de gouvernance. Comment l’utiliser ? Comment la préserver ?

Comment sensibiliser aussi ?

Avec le concours de Joël Serralongue, Corinne Chorier explique le parti pris de la Direction des Affaires culturelles du Conseil général de la Haute-Savoie à laquelle elle appartient. Elle ouvre, de ce fait le premier volet du dossier consacré à l’eau.

En choisissant des thématiques d’exposition fortement ancrées dans la réalité et l’histoire du territoire, le Conseil général de la Haute-Savoie ambitionne d’éveiller chez le visiteur, au-delà de l’émotion artistique et du plaisir de la découverte, une conscience de ce que représente désormais le patrimoine naturel, tout particulièrement dans ce département.

Il ne s’agit plus simplement de délivrer un discours sur le passé historique et sociologique de notre région, mais d’inviter chaque spectateur à se poser de nouvelles questions, à changer son regard sur son environnement, son patrimoine. En somme, à penser son identité à travers les différentes composantes, naturelles ou culturelles, de ce patrimoine.

Ainsi se pose la question de l’eau sous toutes ses formes, dans un département qui semble n’en pas manquer, mais qui se rappelle à nous à chaque instant par son rôle primordial dans la formation des paysages de montagnes et de lacs.

Après l’exposition Voyage, voyages qui sensibilisait au voyage en montagne, le Département mettra prochainement en circuit une deuxième exposition itinérante, conçue en collaboration avec la Ville de Chamonix, consacré aux glaciers et à leur devenir.

A La Châtaignière, près d’Yvoire, le Département se propose d’exploiter pour trois ans une thématique liée aux lacs : une thématique qui va de soi en raison de l’environnement du manoir situé dans un parc où sont préservés des châtaigniers séculaires, de la présence d’une collection d’espèces végétales rares, et d’un panorama unique sur le Léman, qui semble devoir durer pour l’éternité. Ce domaine de Rovorée-la Châtaignière, propriété du Conservatoire du Littoral qui en a confié la gestion au Département, a reçu le statut d’espace naturel sensible.

Patrimoine autour des lacs

En 2007, l’exposition inaugurale « Secrets de lacs – 150 ans d’archéologie dans les lacs alpins », conçue par le Musée-Château d’Annecy, en lien avec l’antenne annécienne du DRASSM (Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines) et le service départemental de l’archéologie, adaptait au contexte particulier du Léman une exposition préalablement présentée à Annecy puis Chambéry.

Son ambition dépassait le propos historiographique de l’archéologie sub-lacustre. En présentant les mesures incitatives favorables à la conservation des vestiges et des écosystèmes, en dévoilant au grand public les recherches du site de Tougues à Chens-sur-Léman, l’exposition attirait l’attention sur la fragilité des sites archéologiques et tout particulièrement des « stations lacustres », menacées par la fréquentation excessive du lac et les aménagements du littoral.

En 2008, à travers les gravures et les photographies de la collection Payot, est abordée la question de « l’élaboration progressive d’une identité visuelle collective des lacs et des vallées, à une époque où la construction de l’identité était prépondérante » (Elodie Kohler, commissaire de l’exposition Impressions de lacs). A l’inverse de ces panoramas grandioses miniaturisés dans quelques centimètres, les gravures contemporaines de l’artiste suisse contemporain Franz Gertsch, reproduisant à l’échelle monumentale des « gros plans » de galets ou d’éléments végétaux, nous invitent à regarder de plus près ce qui constitue nos paysages de lacs.

En 2009, l’exposition sera consacrée à la symbolique évoquée dans la représentation des lacs et plus généralement de l’eau : il s’agira de chercher comment les paysages de lacs, au-delà des contingences représentées (un lieu donné, une heure de la journée) transmettent des messages d’un autre ordre (philosophique, sentimental, etc.) : la mort, la naissance, le voyage, la rêverie…

Ce faisant, le visiteur sera amené à réfléchir sur le lac Léman et sur sa beauté à la fois universelle et singulière.

Photos : © Collection départementale de la Haute Savoie
  Légendes par ordre d’apparition :

  • John Dennis  Scene on the lake of Geneva  Eau-forte et manière noire, 1821  16,1 x 22,7 cm  Collection Paul Payot, Conseil général de la Haute-Savoie      
  • Henri-Charles Guérard (1846-1897)  Patineurs sur le Lac d’Annecy  Pointe sèche  18 x 27,5 cm  Collection Paul Payot, Conseil général de la Haute-Savoie      
  • E. Lemaitre  Clair de lune  Extrait de l’ouvrage de Munerelle, Les Phénomènes et les curiosités de la nature  Lithographie colorée  Collection Paul Payot, Conseil général de la Haute-Savoie      
  • Edgard Bouillette (1872-1960)  Lac Cornu  Aquatinte et tracé d’eau-forte  18,2 x 27,2 cm  Collection Paul Payot, Conseil général de la Haute-Savoie      
  • Franz Gertsch (1930)  Gräser, 2003  Xylogravure, une plaque, impression en malachite claire sur Kumohadamashi- papier japonais  de Ivano Heizaburo  76 x 102 cm  Museum Franz Gertsch     

 

 

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