L’intelligence collective pour relever le défi climat ?

Article de Jean-Jacques Delannoy, le 16 avr, 2008

S’il y a bien un dossier sur lequel on ne peut conclure, c’est bien celui du changement climatique. Nombreuses sont les questions en suspens : quelle sera notre réactivité et notre réelle volonté d’agir face à l’urgence d’abaisser les gaz à effet de serre ? Comment la machine planétaire répondra aux modifications du climat, notamment en ce qui concerne la répartition spatiale et temporelle des précipitations ? Quels sont et vont être les impacts du réchauffement et du changement climatiques aux échelles régionales et locales ? Comment intégrer ces impacts dans les différents scenarii annoncés ? Peut-on répondre de manière globale à l’ensemble de ces impacts en ne dissociant pas, comme dans le passé, les dimensions environnementales, économiques et territoriales ? Etc.
Pour fermer ce dossier sur le réchauffement climatique, Jean-Jacques Delannoy, directeur du laboratoire interdisciplinaire EDYTEM (Environnements, Dynamiques et Territoires de Montagne) CNRS/Université de Savoie et président du groupe de travail « Climat Savoie », nous donne son point de vue.  Il en appelle à changer notre état d’esprit.

Quand l’urgence accroit la complexité.

Cette liste est loin d’être exhaustive et pose clairement l’importance des enjeux actuels et à venir liés aux effets du changement climatique sur les milieux et territoires de montagne. Le principal défi auquel nous sommes aujourd’hui confrontés, est qu’il faut agir dès maintenant pour définir collectivement les modes d’action aux effets du changement climatique tout en ne connaissant pas l’ensemble des réponses aux questions soulevées précédemment. La réponse à ce défi est tout sauf simple et oblige à définir de nouveaux modes de travail et d’interactions entre les scientifiques, les acteurs économiques, les citoyens et les politiques. On retrouve les mêmes interrogations autour des impacts de la mondialisation économique, de la pauvreté, de l’accès équitable aux ressources alimentaires… Les chaines d’interactions sont telles que les réponses ne peuvent plus être comme dans le passé que d’ordre causal, technique et local. C’est tout l’enjeu de ce qu’on appelle la « complexité ».

Comment répondre à des problèmes socio-économiques, territoriaux et environnementaux concrets alors qu’ils dépendent de paramètres sur lesquels on n’a peu, voire pas d’emprise directe et/ou de pouvoir de décision. La réponse passe par la co-construction de nouveaux modes d’action et de travail. Cette phase de co-construction est essentielle pour éviter les écueils actuels de cloisonnement de travail, de réflexion et de production des données mais aussi de défiance entre les communautés (socio-économiques, politiques, scientifiques…). Les contributions présentées dans les six précédentes « Lettres aux sommets » mettent en avant un fait essentiel : la prise de conscience par l’ensemble des acteurs des impacts des changements climatiques. Rappelons-nous, il y a encore quelques années en arrière des doutes des uns sur la réalité du changement climatique et des réticences des autres à poser cette question au cœur des enjeux économiques et territoriaux. Aujourd’hui, même si dans le discours certains minimisent les impacts potentiels du changement climatique, dans les faits cette question est au centre de nombreuses instances. A titre d’exemples, l’Association Nationale des Elus de Montagne (ANEM) a mis en place une mission « changement climatique », le Conseil général de la Savoie a institué un groupe de travail sur le climat, la région Rhône-Alpes dans le cadre de sa prospective 21 pose clairement la question du réchauffement climatique et des enjeux en montagne, la plupart des grands organismes de recherche ont inscrit la question du climat au centre de leurs priorités scientifiques (santé, ressources alimentaires, eau, biodiversité, acceptabilité sociale, énergies…), le Grenelle de l’Environnement, dans sa phase la plus riche, celle des échanges, a mis l’accent sur les réponses à donner pour réduire les GES, etc.

De la nécessité de travailler ensemble.

Il importe que ces différentes initiatives s’épaulent mutuellement, aillent dans le même sens (créer de l’écoute et des échanges) et débouchent sur des actions concrètes en termes de choix économiques, de gestion des ressources et de réaménagement du territoire. Il n’y aurait rien de pire qu’une concurrence entre ces différentes initiatives.

Le danger existe. Á nous tous d’être vigilants et actifs pour que la coopération soit le moteur des réponses et des actions à apporter vis-à-vis des effets induits par le changement climatique. Il est clair que les actions devront reposer sur des échelles pertinentes tant spatiales que temporelles, et sur une approche globale des phénomènes engendrés par les modifications climatiques. Cela nécessite de poser avec transparence et honnêteté l’ensemble des phénomènes et impacts liés au changement climatique comme l’ont fait les contributions des précédentes « Lettres aux sommets ». Cela nécessite aussi de ne pas rester enfermés dans nos modèles et pratiques actuels. Si dans le passé, nombre de changements économiques et environnementaux n’ont pu être anticipés et ont été marqués par de profondes ruptures, on ne pourra pas concernant les effets à venir liés au changement climatique dire qu’on ne savait pas. La question du changement climatique permet, pour la première fois de notre histoire, d’anticiper les solutions pour répondre et s’adapter aux modifications de notre environnement. Sachons là encore collectivement réfléchir aux solutions à apporter et penser de nouveaux modèles de développement et d’aménagement du territoire qui soient basés sur des logiques amont-aval et de solidarité territoriale. Cela concerne aussi bien la ressource en eau, les espaces naturels, la gestion des risques (gravitaires, crues, sécheresse…), l’organisation des territoires (urbanisation, transports…), le tourisme (hivernal et estival), et notre contribution à la réduction des gaz à effet de serre.

Si on ne veut pas que le changement climatique soit, pour les milieux et territoires de montagne, synonyme de catastrophisme, il y a une réelle urgence d’actions, d’échanges et de co-constructions de solutions.

A nous de répondre avec intelligence à ce défi.

Photos : © Carole Stoffel et Denis Favre Bonvin

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