La diversification en station de moyenne montagne : entre impératif et déclaratif

Article de MC, le 29 juin, 2009

Le développement des stations de sports d’hiver, tels que nous les connaissons aujourd’hui, est un phénomène récent, toujours en cours de stabilisation. Après une phase de croissance effrénée, l’heure est plutôt à la recherche de nouvelles marges de manœuvre. En réponse, la thématique de la diversification de l’offre constitue un véritable exercice de funambulisme : il s’inscrit en contrepoint du modèle original centré sur l’organisation de la pratique du ski tout en affichant sa volonté non pas de remettre sa présence en cause, mais au contraire de conforter et de renforcer les dynamiques économiques qu’il a engendrées.

 La nécessité de la diversification est reconnue, mais il reste à en définir le contenu et les modalités[1]. A quelques jours du rush estival Hugues François*,  gérant fondateur du bureau d »étude TerriScope, spécialisé dans la recherche en aménagement du territoire et en développement touristique, analyse la problématique.

 

 

Economie d’échelle, massification des flux, rationalisation, spécialisation et généricité : maître-mots de la construction de l’offre de loisirs en station de sports d’hiver.

Au sortir de la deuxième guerre mondiale, la construction des stations de sports d’hiver s’inscrit dans un contexte d’affirmation du fordisme. Si ce modèle productif est tout d’abord appliqué au secteur de l’automobile, il a généralisé la recherche des économies d’échelle à travers la massification de la production et une approche rationnelle des tâches qui constituent des processus productifs. Dans le domaine du tourisme, l’implantation des stations de ski repose sur une traduction de ce modèle et de ces concepts adaptée aux caractéristiques de cette activité : production « à la chaîne » d’hébergements touristique et structuration de la filière « neige » autour de l’activité ski alpin. Le système même de financement croisé des stations, la promotion immobilière soutenant les investissements dans les équipements de remontées mécaniques, se focalise sur une mono-activité autour de laquelle s’agrège des prestations complémentaires (réponse aux besoins de consommation particuliers des touristes : restauration, location de matériel de ski, souvenirs, etc.).

Un modèle d’aménagement a-territorial.

 Ce modèle s’appuie également sur une approche rationnelle restrictive du développement des stations de sports d’hiver. Le Plan neige, porté tout d’abord par la Commission Interministérielle à l’Aménagement de la Montagne (CIAM) puis par le Service d’Etudes et d’Aménagement Touristique de la Montagne (SEATM, aujourd’hui DEATM – Direction au sein d’ODIT-France) qui en est issu, défend une véritable doctrine d’aménagement des sites d’altitude. De cette vision rationaliste découle une spécialisation fonctionnelle de l’espace fortement marquée et structurée autour du ski alpin.

L’objectif central consiste à valoriser un certain linéaire de pistes, tangible et mesurable (longueur, pente, dénivelé total parcouru, niveaux de difficultés variés), associé aux équipements qui en permettent l’accès, là encore comparables d’une station à une autre sur la base de leurs performances (débit, dénivelé, distance parcourue). Il s’agit d’un produit générique, standardisé et formaté pour permettre d’accueillir un tourisme de masse, conformément aux prévisions de croissance du nombre des skieurs alors mises en avant. Cette massification du tourisme est d’autant plus importante que la période d’activité est particulièrement restreinte par les capacités d’enneigement et que les stations se doivent d’avoir un impact significatif en termes de développement et de flux économiques locaux.

 

 Pistes de renouvellement du modèle de développement des stations.

 Pour autant, ce mode de construction et de fonctionnement des stations n’est pas immuable. L’émergence d’un discours sur le développement durable, transposé dans le domaine du tourisme vient prendre le contre-pied de la massification. Les modèles du fordisme et de la durabilité sont effectivement opposables l’un à l’autre sur leurs principes fondateurs : concentration versus diffusion des flux touristiques et généricité (produits standardisés et reproductibles en masse) versus spécificité des produits vendus. Leur succession dans le temps interroge nécessairement les trajectoires de développement des stations de montagne. Fleurons du développement touristique français, ces dernières que tout oppose a priori au tourisme durable doivent néanmoins composer avec cette évolution du contexte.

 

Cette réalité s’impose tout particulièrement aux stations de moyenne montagne. En effet, si elles se sont construites dans la continuité avec le modèle des stations d’altitude, elles en présentent une forme moins aboutie et plus diluée dans leur territoire d’ancrage. Face à la maturation du marché touristique et l’affirmation de la concurrence, la spécification de ces destinations peut constituer un facteur crucial pour leur avenir. La diversification des ressources, valorisée par le tourisme de montagne s’inscrit dans cette dynamique de la durabilité et prend alors une dimension stratégique pour l’avenir de ces sites et plus largement pour l’aménagement de ces territoires. Dans ce sens, les politiques publiques en soutien au développement des stations, dorénavant qualifiées « de montagne » et plus seulement « de sports d’hiver », proposent un nouveau cadre d’action mais qui reste difficile à saisir pour les acteurs en prise avec la réalité quotidienne et locale des activités économiques en station.

De l’Etat aux collectivités locales : changement de points de vue et de politiques.

 La station comme pôle de croissance.

L’investissement des pouvoir publics dans la construction des stations de sports d’hiver, non seulement l’Etat mais aussi des conseils généraux (la Savoie faisant dès 1946 figure d’avant-garde à Courchevel, station précurseur des développements ultérieurs), repose sur la volonté d’implanter, en montagne, des pôles de croissances dans une logique similaire à celle de l’industrie lourde. De manière révélatrice, le terme d’industrie de la neige est toujours utilisé couramment en faisant référence d’une part à l’intensité capitalistique de l’activité de remontées mécaniques et, de l’autre, à son rôle moteur pour la dynamique économique d’un territoire. En termes d’Aménagement du territoire, l’objectif consiste bien à implanter un pôle central d’activité dont la dynamique va entraîner l’ensemble de l’économie d’une région dans son sillon.

Dans le cas du tourisme, cette lecture est même particulièrement opérante puisqu’elle suppose un facteur d’attractivité des touristes et de leurs revenus, en l’occurrence les sports d’hiver, et des consommations complémentaires liées aux besoins du séjour. Les transferts de revenus supposés répondent par ailleurs parfaitement à l’objectif de péréquation territoriale de l’Aménagement du territoire. Cependant, cette logique n’est soutenable que dans la mesure où des moyens en conséquence sont disponibles pour soutenir le développement d’une activité structurante et si la motrice du développement ne connaît pas d’avaries afin qu’elle garantisse l’entraînement de l’économie sans être par ailleurs un facteur de crise globale.

 

 Les effets d’entraînement des stations remis en cause.

 Passée la période de construction des stations, le Plan neige étant généralement daté entre 1965 et 1975, divers remous viennent chahuter les paquebots des neiges. Les premières méventes immobilières dans les années 1980 viennent remettre en cause l’équilibre financier de l’opération d’aménagement. Plus encore, elles soulignent avec force les limites de la demande pour les sports d’hiver contrecarrant les prévisions de croissance exubérantes d’ores et déjà dénoncées par les détracteurs de l’équipement frénétique des sites d’altitude.

 

Au croisement de ces deux tendances, émerge alors la question des « volets clos » traduisant les difficultés à assurer la mise en location de résidences secondaires acquises en pleine propriété. Le remplissage de la station et le fonctionnement des remontées mécanique rencontrent ainsi un frein qui remet plus globalement en cause leurs capacité à dynamiser l’ensemble de l’économie locale ; problème toujours d’actualité dans un contexte de vieillissement des stations.

Enfin, les hivers sans neige de la fin des années 1980 complètent ce tableau en demi-teinte et remettent en cause les certitudes de l’or blanc ; des perspectives menaçantes se dessinant par ailleurs avec le changement climatique. Finalement, la capacité des stations à initier le développement local est sujette à caution : elle ne présente plus les garanties d’efficacité dans l’allocation des deniers publics et leur légitimité est parallèlement ébranlée par l’émergence d’un discours spécifique relatif à la protection de l’environnement montagnard (cf. « Affaire de la Vanoise » dans les années 1969-70).

 

 L’émergence des préoccupations environnementales, limites à l’équipement des sites.

 En complément de ces évolutions, la phase de construction des stations semble terminée : il s’agit dorénavant de gérer l’existant et de soutenir la dynamique engagée. Après une période de stabilisation durant laquelle des outils sont créés pour limiter et surtout encadrer les aménagements des sites d’altitude (discours de Vallouise en 1977, procédure UTN en 1978 puis Loi Montagne en 1985), nous sommes entrés, depuis la fin des années 1990 dans une réelle phase de gestion. Le renouvellement des équipements entre autres nécessite l’injection de nouveaux capitaux, notamment dans les stations de moyenne montagne qui n’ont pas pu dégager une réelle capacité d’autofinancement leur permettant de renouveler leur matériel régulièrement.

 Les acteurs en présence ont changé depuis le Plan neige et l’intervention directe de l’Etat n’est plus à l’ordre du jour depuis l’affirmation de la décentralisation. Avec les collectivités locales, le regard et les dispositifs de soutien aux stations évoluent. S’ils préexistaient, les contextes départementaux s’affirment et les régions mettent en place de nouveaux outils d’intervention.

En premier lieu, les institutions locales se démarquent par la nature des relations qu’elles entretiennent entre elles. Là où l’intervention de l’Etat s’imposait, les dispositifs d’intervention des régions et départements auprès des communes (autorités organisatrices des sports d’hiver) évoluent vers une forme contractuelle.

En second lieu, cette dynamique partenariale se traduit par l’affirmation d’une « politique de projet » supplantant une « politique de guichet » : le projet de développement territorial à moyen ou long terme constitue désormais une base de négociation, avec pour ligne de mire la signature du contrat entre collectivités, plutôt que la subvention ponctuelle aux équipements.

 

A la recherche des voies de la diversification.

 L’intervention de la Région Rhône-Alpes.

Si ces derniers ne sont plus une condition nécessaire et suffisante de l’aménagement du territoire, le projet de développement propose nécessairement une ouverture du champ des possibles : le seul ski ne suffit plus. Les ressources à valoriser sont diverses et, plus que l’implantation d’une activité « parachutée » sur un territoire, il s’agit donc de mettre en avant le territoire d’ancrage des stations de montagne. Dès 1995, la Région Rhône-Alpes a pris l’initiative des contrats « entreprise-station » qu’elle a ensuite reconduit en 2000 sous la forme des contrats de « station moyenne » puis, plus récemment des contrats de « station durable ».

 

A travers ces différentes générations de contrats, une ligne directrice se dessine clairement dans le sens de la reconnaissance du rôle stratégique de la valorisation simultanée et cohérente d’une diversité de ressources plutôt que le seul ski. Le champ des actions envisageables dans ce cadre contractuel tend quant à lui à s’ouvrir progressivement. La première génération de contrat a été centrée sur la cohérence des différentes prestations touristiques en station de sports d’hiver dans un objectif de construction marketing solide. La seconde génération a proposé un premier élargissement au niveau des territoires supports des stations et de la diversité des ressources disponibles. La troisième génération, en cours de mise en place met quant-à-elle en avant l’intérêt de penser la structuration de l’offre neige dans un cadre encore élargi en tenant compte de la complémentarité de différentes stations cohabitant dans un même périmètre territorial, typiquement les espaces de Parcs Naturels Régionaux.

 

 Des tonalités départementales.

Les départements Rhône-alpins ont contribué et soutenu le dispositif proposé par la Région tout en donnant une tonalité particulière à leur intervention. La démarche repose sur une volonté de rationalisation des politiques de soutien aux sports d’hiver et se déroule tout d’abord par une typologie des stations, en fonction, notamment, de la viabilité du produit ski, pour ensuite définir à quel type d’aide elles sont éligibles.

Dans ce domaine, le conseil général de l’Isère fait figure de précurseur. A l’issue d’une étude de diagnostic menée par le cabinet Dianeige, l’Assemblée départementale a mis en place, en 2003, les Contrats de Développement Diversifié. Cette politique distingue quatre types de station depuis celle de la classe « open » pour laquelle le tourisme n’est plus considérée comme une voie d’avenir à celle de « station » où le ski reste le produit principal en passant par des classes intermédiaires « porte d’entrée » et « villégiature ». Cette dernière catégorie apparaît plus particulièrement concernée par le thème de la diversification, le soutien aux équipements du domaine skiable étant supposé trouver un équilibre dans le développement du tourisme estival.

De même, le conseil général de la Savoie a récemment mis en place son propre dispositif avec le Plan tourisme en mobilisant des moyens importants (sur la base d’une vente de foncier à Courchevel et de la cession d’une part de ses actions au sein de la S3V). Plus de la moitié (près de 62 %) des financements réunis sont ainsi destinés à être investis dans le domaine de la diversification estivale sans précision des types de stations concernés. L’enveloppe réservée à l’hiver, si elle laisse la priorité aux domaines skiables (25 % du budget global) réserve néanmoins près de 13 % des crédits au bénéfice spécifique des stations de moyenne montagne.

 

 La diversification : une solution, de nombreuses interrogations.

Néanmoins, si elles défendent le principe de la diversification, ces politiques publiques proposent finalement peu de pistes d’action pour le concrétiser. Celles-ci doivent émerger des négociations préalables à la signature des contrats de développement. Cependant, l’ancrage social et culturel du modèle de développement des sports d’hiver constitue un des principaux freins au bon déroulement de ce processus.

 A ce titre, l’article de L. Reynaud (Directeur du SNTF dans Dur’Alpes, 21 avril 2008) intitulé « le « tout ski » est peut-être fini, mais sans le ski, tout est fini ! » est représentatif des difficultés à inventer de nouvelles voies de développement. La concentration des touristes dans un univers clos, les équipements jouant ici un rôle structurant, est présentée comme une source de retombées économiques locales peu reproductible dans le domaine des pratiques de nature plus diffuses au sein d’un territoire. Quelle que soit la réalité des effectifs de touristes et de leurs dépenses générées par ces deux formes de tourisme, leur identification et leur évaluation sont plus aisées dans le domaine des sports d’hiver.

Pour les acteurs locaux, la question des retombées se pose avec acuité pour la multiplication des formes de fréquentation excursionnistes dans le cadre d’activités strictement circonscrites. Ici surgit l’image du « passager clandestin » se contentant de consommer le territoire, son environnement et les équipements associés à sa pratique, et qui constitue une charge sans contrepartie. En outre, la tendance baissière de la fréquentation estivale contribue au déficit d’image de la diversification : le tourisme d’été est présenté comme une voie de développement peu pérenne. Les difficultés d’accès à l’environnement montagnard (relief, dénivelé, falaises, variabilité météo, risques naturels, etc.) apparaissent comme des limites à l’ouverture au grand public.

 

 Les évolutions constatées de l’offre et les ambigüités de la diversification.

Dès lors, les expériences se concentrent sur le développement d’activités connexes au ski qui demeure le produit d’appel tout en l’inscrivant dans une attractivité de la station globalement renforcée. L’atout principalement mis en avant est celui de leur usage potentiel au bénéfice des deux principales saisons touristiques, l’hiver et l’été. Le développement de produits « bien-être » et de loisir (piscines, centres aqualudiques ou aquatiques, saunas, spas, salons de massage, etc.) profite ainsi d’une certaine popularité. Il contribue également à attirer une clientèle aisée dont on attend des dépenses plus importantes en compensation de la stagnation de la fréquentation.

 Cette offre s’adosse souvent au développement de la parahôtellerie, participant ainsi à une relance de la construction en montagne. De plus, cette tendance peut impliquer l’émergence d’un nouveau type d’acteur au sein de la station, les groupes d’hébergeurs, professionnels de la location d’hébergements de loisir. Les stratégies horizontales alors posent la question de leur ancrage territorial et de la diffusion locale des revenus du tourisme. Une interrogation particulière est soulevée : si ces loueurs ont intérêt à rentabiliser leur investissement immobilier sur deux saisons, pourront-ils être une source d’émulation pour une diversité de prestations ou joueront-ils la carte du cloisonnement ?

Dans tous les cas, il s’agit d’une forme de diversification qui étend le champ des produits génériques et reproductibles dans une diversité de territoire, loin de l’objectif de développement d’une offre spécifique, avec pour objectif de s’extraire de la pression concurrentielle sur les prix par la différenciation des produits. De la même manière, ce type d’offre générique tend à se développer dans le domaine des activités de pleine nature comme on peut le constater avec le développement des parcs d’aventures forestiers, les descentes en VTT ou plus largement avec le mouvement d’artificialisation des sites de pratique jusqu’aux équipements artificiels simulant diverses pratiques. Assistons-nous à l’émergence de parcs à thème « montagne » ?

L’arrivée de nouveaux acteurs peut alors constituer, par effet d’éviction, un facteur limitant pour la reconnaissance et l’intégration de ceux qui gravitent d’ores et déjà autour des stations. Ces dernières ont jusqu’à présent joué un rôle de « vitrine », voire de « point de vente », parfois crucial pour des activités, notamment de pleine nature, qui se sont développées en marge de la station, profitant de la dynamique touristique induite. Pour certains acteurs, la station est un facteur premier d’une viabilité économique qui se construit sur l’équilibre d’une activité touristique bi-saisonnière (sports d’hiver – pleine nature). Ces acteurs, à l’image de G. Chaumereuil (Directeur de la GTA) déclarant que la diversification est le « nouveau grand projet de la montagne », sont pourtant directement intéressés par le décloisonnement du système station.

 

La construction de nouveaux modes de développement en marche ?

Le modèle fordiste des stations de sports d’hiver s’est développé dans un contexte économique et social particulier, celui de l’effervescence de la reconstruction d’après-guerre. Il s’est plus particulièrement appuyé sur la vision novatrice d’individus clairement identifiés : M. Michaud et L. Chappis, pionniers du Plan neige, jetant à Courchevel les bases de ce qui deviendra le modèle canonique de développement des stations de sports d’hiver. En montagne, si le tourisme n’est pas une nouveauté, l’exploitation systématique des domaines d’altitude constitue en tant que telle une réelle innovation qui bouleverse complètement les modes de développement préalables des territoires.

En comparaison avec la toile vierge de l’artiste ou de la feuille blanche de l’écrivain les stations sont qualifiées de ex-nihilo ou encore d’aménagements en site vierge : l’accent est mis sur la créativité et l’ouverture du champ des possibles. Dans une certaine mesure cette ouverture nie l’existence des activités implantées préalablement, notamment l’agriculture et le pastoralisme jugés comme difficilement adaptables à l’application du fordisme.

 

 Une difficile inflexion des trajectoires de développement des stations.

Aujourd’hui, le contexte d’action apparaît sous un jour radicalement différent. L’objectif affiché ne consiste pas à chercher une ou des alternatives radicales aux stations de sports d’hiver ou plus largement au tourisme mais bien d’assurer leur maintien et leur continuité dans leur transformation. Plus que du bouleversement d’un système économique et social, il s’agit de son renouvellement et de sa sauvegarde dans un contexte lui-même en mouvement. Dès lors, une des difficultés majeures qui se présente consiste à composer avec les acteurs en présence dont la rationalité s’est construite à l’aune des sports d’hiver.

Au-delà de la déclaration d’intention de la diversification, sa traduction opérationnelle ne repose pas sur l’émergence d’un modèle borné comme l’était celui du Plan neige mais invite plutôt à renouveler la relation entre l’acteur public et les acteurs locaux. De la contractualisation, des formes d’aménagement et de développement alternatives doivent émerger. La relation n’est plus aussi systématique que le supposait la mécanique bien huilée de la station comme locomotive du développement dans laquelle l’attribution de moyens et la mise en œuvre d’équipements pouvaient garantir les retombées économiques et sociales sur un territoire.

Cette évolution soulève ainsi de nouvelles questions et paradoxes, ne serait-ce qu’au niveau des acteurs partie-prenante du processus contractuel, ceux potentiellement porteurs de diversification n’étant pas pour autant ceux qui sont aujourd’hui reconnus comme légitimes ou ayant les compétences requises. La difficulté majeure qui consiste alors à dépasser, sans les écarter définitivement, les rationalités en présence. La relation contractuelle s’inscrit alors dans une volonté d’évolution des consciences, dont nous gageons qu’il s’agit là d’un processus de long terme.

 

*Hugues François, actuellement fondateur et gérant du bureau d »étude TerriScope, spécialisé dans la recherche en aménagement du territoire et en développement touristique a réalisé sa thèse au Cemagref de Grenoble sous la responsabilité d »Emmanuelle Marcelpoil en collaboration avec l »UMR PACTE-Territoires (directeur de thèse: Bernard Pecqueur). Ses travaux sur l »ancrage territorial s »intéressent avant tout à la notion de ressource territoriale en lien avec l »évolution du concept de station et à la remise en cause du modèle de pôle de croissance dont il est issu. A travers l »étude de la diversification de l »offre touristique en moyenne montagne et des effets de la proximité urbaine sur les modes de fréquentation des stations, ces recherches mettent en avant une perte de centralité et une dilution des frontières de la station au profit d »un territoire plus large.

 

[1] Cet article s’appuie sur les travaux de thèse en aménagement du territoire « De la station ressource pour le territoire au territoire ressource pour la station. L’exemple des stations périurbaines de l’agglomération grenobloise » réalisée au Cemagref de Grenoble dans l’équipe tourisme sous la responsabilité d’Emmanuelle Marcelpoil et co-dirigée par Bernard Pecqueur (laboratoire PACTE-Territoire / Institut de Géographie Alpine).

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