La neige et la ville, l’improbable rencontre…

Article de Myriam Caudrelier, le 7 déc, 2008

… ou comment Dur’Alpes prend prétexte d’un évènement pour lancer un appel à concourir aux Jeux olympiques d’hiver 2022, Jeux qui seraient placés sous l’égide du développement durable !

Les hommes auraient-ils perdu la raison ? Seraient-ils encore sous l’irrésistible attrait des pépites blanches pour organiser dans la « capitale des Alpes » qui a connu des heures de gloire lors des Jeux olympiques de 68, l’évènement le plus audacieux de ces dernières années ? Est-ce la magie de la neige qui dirige les projets les plus fous ?

Qu’en est-il donc de Grenoble et de ses « jeux de neige » grand évènement populaire et sportif organisé les 4, 5 et 6 décembre dernier au cœur de la ville ?

Pourquoi alors ne pas se singulariser davantage ? Devenir encore plus fou ?

Pourquoi ne pas envisager de réunir les compétences de 22 villes alpines pour porter un projet improbable, en 2022  ?

Du jamais vu !

Stricto sensu, la ville de Grenoble s’est transformée en station de ski pour organiser la coupe du monde de snowboard Big air, étape clef pour sa candidature aux Jeux olympiques d’hiver 2018.

Une première en France certes ; 20 000 personnes réunies au parc Mistral pour encourager les meilleurs riders mondiaux ! Encore mieux, la victoire du français Mathieu Crepel devant les athlètes de douze nations dont la Norvège, la Finlande ou encore la Croatie et la Suisse… et pendant ces 3 jours : les masters séries de ski de fond, un grand show freestyle en clôture !

 

Aussi un grand terrain de jeux d’hiver avec, comme à la montagne, une piste d’initiation au ski nordique, une patinoire, une piste de luge, un jardin d’enfants, un mur de glace et tous les plaisirs de la neige autour des chalets en bois du village des stations.

Mais au-delà de transformer un parc urbain en village de montagne, d’accueillir les meilleurs athlètes mondiaux des disciplines présentées, de proposer au public de lancer l’hiver 2008-2009 en participant à des animations et initiations sur le thème de la glisse et de la neige, de mixer spectacles sportifs de haut niveau, concerts, animations populaires et culturelles, que se cache-t-il dans l’esprit des organisateurs isérois ?

Si tu ne vas pas à la neige, la neige ira à toi.

Stéphane Siebert (adjoint au maire de Grenoble en charge du développement durable et de la candidature de la ville aux Jeux olympiques d’hiver 2018) nous explique les grandes idées qui sous tendent cette première édition des « jeux de neige ».
« Notre réflexion part du constat suivant :
– Tout d’abord, la ville connait un fort attrait pour la montagne mais cette passion induit plusieurs difficultés.
L’accès à la montagne par les urbains n’est plus suffisamment bien organisé face à la fréquentation croissante de ces dernières années ; l’envahissement mal géré des massifs les plus proches de Grenoble devient préjudiciable. Il y a désormais certains sites qui ne sont plus accessibles en voiture tant l’encombrement est lourd, et par ailleurs, les transports doux coûtent encore trop chers. Il ne s’agit pas de réglementer l’accès à la montagne, mais de l’organiser. 50 000 personnes oui, mais pas 50 000 voitures !

- Autre problème structurel au Dauphiné : certaines stations se sont développées un peu chacune de leur coté sans avoir raisonné les synergies possibles en termes de moyens et d’énergie.

On essaye donc d’utiliser le prétexte de la candidature olympique pour reconsidérer l’ensemble de ces problèmes. Cela passe avant tout par les aspects d’infrastructure comme celui d’améliorer la desserte des stations en transports en commun. A contrario du modèle suisse qui a su conserver une grande partie de ses lignes de chemin de fer, nous avons condamné certains modes de transport tel le tramway vers le Vercors.
Il nous faudra donc trouver des solutions de substitution. Le conseil général de l’Isère et l’ensemble des stations travaillent au projet d’amélioration de cette desserte (prolongation de certaines lignes de chemin de fer, mises en place de navettes régulières, voire l’installation de câble) de manière à diminuer l’accès aux voitures. La vocation économique des montagnes que nous avons nous amène à réfléchir sur comment aller vers un « tourisme plus durable » à l’instar du parc du Vercors qui développe un projet tourné vers l’environnement.

Comment modifier la relation ville montagne est un domaine sur lequel nous travaillons également.
Car du point de vue touristique il nous faut trouver des formules attractives qui répondent à deux nouvelles donnes : la durée de plus en plus courte des séjours et le retour des vacances des français dans l’hexagone !

A travers ces « jeux de neige » nous avons souhaité créer de la proximité. Loin de nous de vouloir reconstruire une station en ville, mais plutôt concevoir un grand évènement populaire qui nous identifie et qui incite à renouer avec la montagne. Cela semble assez surprenant mais beaucoup de gens ne sont jamais allés en montagne même si elle est toute proche !

Ces « jeux de neige » synthétisent bien l’ensemble de nos actions mises en place en coopération étroite avec les stations ; la réflexion sur le système de transport, la politique touristique… s’est établie avec eux.

C’est la première fois que l’on arrive à réunir les urbains et les montagnards pour réfléchir ensemble sur l’avenir du territoire vu comme un ensemble ; de gommer les frontières et de travailler d’une manière concertée.

La quasi-totalité des massifs : Belledonne, Chartreuse, Vercors, Oisans, était présente tant sur le plan de l’organisation – ils savent mieux que nous organiser les compétitions – qu’au niveau de leur présence dans le village des stations pour proposer leur offre. »

Parlons chiffres !

400 000 euros, des milliers de spectateurs !
Une boucle de 500 m, piste suffisante pour initier au ski de fond.
Une rampe avec tremplin pour le snow board.
Soit au total 2000 m3 d’eau pour 3000 à 3500 m3 de neige – naturelle ou fabriquée – descendus des montagnes.

Dur’Alpes relève le défi.

Mais si les objectifs de la ville de Grenoble semble être atteints : « faire de ce rendez-vous une fête populaire, démontrer que Grenoble peut organiser des épreuves sportives internationales et faire de ces « jeux de neige » une étape importante dans notre dossier de candidature pour les JO de 2018 », ne pouvons-nous pas regretter qu’aucune des trois villes alpines françaises candidates aux JO 2018 n’ait pensé à inscrire son dossier sous le signe du développement durable ? Quel projet alors ; quel sens et quel modèle !

Alors Mesdames et Messieurs les politiques, financeurs, aménageurs et sportifs des Alpes, pourquoi ne pas envisager de vous réunir pour concourir dans un dossier unique à la candidature des Jeux, et réaliser un incroyable projet à une période où vraisemblablement la neige se fera de plus en plus rare ?
Une gageure, un défi ? Tout simplement un projet transversal de territoire qui réunirait les hommes dans de belles énergies et fédèrerait leurs actions pour apporter un éclairage à notre avenir. Un projet qui viendrait symboliquement, par sa dimension, marquer la nécessaire rupture dans nos façons de penser le développement. Une belle occasion pour la montagne de montrer la voie !

Un chantier difficile certes, mais à la hauteur de ce que l’intelligence humaine peut produire. Ne serait-il pas l’occasion de prouver que le développement durable est un réel projet de société et non pas une douce utopie ?
Dur’Alpes relève ce défi et à ce jour ouvre le dossier des Jeux olympiques d’hiver inscrits sous le signe du développement durable ? Les évènements planétaires ne doivent ils pas montrer l’exemple !
L’ambition de vouloir rester homo sapiens dans les années 2100 et non pas un quelconque mutant qui résulterait de quelques facéties serait-elle condamnable ?

Un projet hors sujet ! Peut-être ! Mais ce n’est plus un rêve. C’est la réponse à l’impérieuse nécessité de préserver notre avenir tant que nous sommes encore maîtres de notre destin.

Et finalement les Jeux par leurs valeurs fondatrices ne permettent-ils pas aux peuples de se rassembler dans la paix, en respectant les principes d’éthiques universels !

 

Photos : © Dauphiné Libéré – Mairie de Grenoble – MIRCO éditions – Tous droits réservés

e n   p a r t e n a r i a t    a v e c  

  1. 4 commentaires pour “La neige et la ville, l’improbable rencontre…”

  2. par ours louis, le 8 déc 2008| répondre

    BRAVO !
    La montagne a su gérer son développement pour conserver les emplois au pays, maintenir les équilibres naturels, conserver son agricultures et ses produits de qualité, développer un tourisme de nature, ancré dans les traditions et les valeurs locales….
    Pourtant on a commis les erreurs de vouloir créer les villes à la montagne et aujourd’hui on veut créer la montagne dans les villes…
    Est-ce ainsi que l’on pense répondre aux attentes des citadins en recherche de rupture avec le quotidien, de retrouvaille avec les valeurs de la nature et de la montagne ? Ne marche-t-on pas sur la tête ou pire, ne considère-t-on pas les activités de montagne comme de simples terrains d’activités transposables dans les villes, dans des stades, dans des structures directement rentables, accessible immédiatement ? Qu’en est-il de l’avenir de l’économie touristique de la montagne ? Délocalisons les activités de montagne, transférons les revenus financiers des stations vers les parcs d’attraction… et la montagne, sensibles aux équilibres climatiques, pourrait redevenir rapidement un espace en déprise comme dans les années 70 !
    S’il existe encore des montagnards qui veulent continuer à défendre leurs territoires, alors unissons-nous pour défendre nos valeurs, nos intérêts, nos traditions, notre développement.
    Nos parents ont trimé pour que la montagne puisse nous faire vivre en permettant aux citadins de profiter des espaces, des paysages, de l’air, de l’eau, de la neige, des plaisirs de la ballade, du ski, de la rando, de la découverte, des retrouvailles avec un environnement préservé… alors arrêtons de marcher sur la tête.

  3. par Le Vaguerèse, le 8 déc 2008| répondre

    Bonjour,
    Etes vous au courant de la candidature aux JO de Vallouise /Pelvoux ?
    Candidature qui se veux réellement durable.
    Ce serait intéressant que vous regardiez de près cette originalité après cet article sur la candidature de Grenoble et ses jeux de neige.
    Patrick Le Vaguerèse
    Président de CIPRA France

  4. par SIMIAND, le 8 déc 2008| répondre

    Ces Jeux de Neige ont étés parfaitement organisés et ont eu un succés considérable malgré la pluie.
    Dommage seulement que certains écologistes aient privé les enfants de leur fête avec la belle parade prévue pour eux en ville ; ce n’est vraiment pas le moyen le plus populaire pour faire valoir ses positions!

  5. par CollecJO1968, le 8 déc 2008| répondre

    Bravo Jean-Charles, comme à ton habitude c’est trés bien dit et c’est tout à fait celà ! Bien sûr j’y étais, et je peux (à mon niveau) affirmer que ce fut une authentique réussite ! Au-delà de tout ça, je pense aussi que c’est en multipliant ce genre d’action, que le dossier de la ville pèsera suffisament lourd pour obtenir ces jeux, et quelle récompense ce serait !! La ville mais aussi la région tout entière en a besoin, il y a pas moins de 20 ans à gagner, alors mobilisons-nous et faisons en sorte que ce rêve devienne réalité ! J’ajouterai seulement pour les personnes qui n’ont jamais vécu des jeux olympiques de l’intérieur, que c’est une expérience et une chance unique et irremplaçable, j’étais trop jeune en 68 pour m’en rendre compte, mais je l’ai vécu en 92 au sein même du COJO d’Albertville, et croyez-moi ce fut les 15 jours les plus merveilleux de ma vie. Alors je vous en prie, ne ratez pas un RDV aussi marquant dans une vie (vous n’en avez qu’une seule !) et aussi, pile 50 ans aprés les jeux de 1968, de quel plus bel anniversaire pouvons-nous rêver …

    Un passionné en qui, la flamme olympique n’est pas prête de s’éteindre !

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