La ville d’Onex lance le défi des « Ménages pilotes »

Article de P/DurAlpes, le 7 juin, 2008

 Modifier nos comportements quotidiens pour économiser l’énergie, l’eau, les déchets ; être sensibilisés à la mobilité douce et aux achats responsables ; préserver sa santé, consommer mieux tout en gardant son confort, c’est possible ! C’est dans cet objectif que la commune d’Onex du canton de Genève – 17 000 habitants – a mis en place un projet très innovant. Trois mois durant 32 ménages onésiens soit 100 personnes ont adapté leur comportement aux exigences du développement durable.
Menée de février à avril en collaboration avec le Service cantonal du développement durable (SCDD) piloté par Alexandre Epalle, cette expérience représente une première en Suisse. Les avantages engendrés par des mesures simples qualifiées d’écogestes, engagées sous le sceau du collectif et de la conscience individuelle dépassent de très loin les gains d’énergie et financiers.

Une mobilisation générale.

« Le développement durable n’est ni une mode, ni une philosophie, explique Pierre-François Unger conseiller d’Etat en charge du département de l’économie et de la santé. Il constitue un précieux outil d’aide à la décision pour l’ensemble de l’action publique. Il permet de concilier efficacité économique, solidarité sociale et responsabilité environnementale. Il vise une croissance qui tient compte d’autres facteurs que la création de richesses matérielles.
Le sommet de Rio en 1992 a adopté un programme intitulé « Agenda 21″. Derrière ce terme quelque peu mystérieux, se cache tout simplement un programme d’actions en vue d’un développement durable pour le 21ème siècle. Or, l’une des principales recommandations a trait à la nécessité d’adopter de tels programmes à tous les niveaux stratégiques, du plus global au plus local, de l’Etat-Nation au petit hameau.
Les autorités d’Onex l’ont bien compris et ont mis au point un Agenda 21 local. L’expérience menée par cette commune est l’une des concrétisations de ce plan. Elle montre bien que le développement durable n’est pas simplement une prise de conscience d’enjeux écologiques et sociaux au niveau mondial. Il concerne tout le monde, chaque individu doit se responsabiliser face aux menaces très graves qui pèsent sur nos conditions de vie. Les communes ont un rôle clé à jouer par leur proximité avec la population.

Tout commence par de petits gestes, les écogestes. C’est par leur multiplication que l’on sauvera la planète. Le proverbe : « les petits ruisseaux font les grandes rivières »… prend ici tout son sens. Ces gestes sont faciles à accomplir : éteindre la lumière quand on quitte une pièce, avoir recours à des moyens de transport moins polluants, éviter les emballages inutiles, ne pas laisser couler l’eau, privilégier les produits locaux et de saison… pour ne citer que ces exemples.

Face aux publications et documentaires de toutes sortes relatifs à ces questions, on ne peut plus ignorer l’urgence écologique et sociale, la nécessité en particulier de réduire les émissions de CO2. Ne rien changer équivaut à accepter que la température mondiale augmente de 5 degrés Celsius avant la fin du 21ème siècle. L’un des axes forts de l’expérience-pilote d’Onex est la sensibilisation à une consommation informée, responsable et respectueuse des générations présentes et futures. Dans ce cadre, le guide diffusé par le Service cantonal du développement durable, rattaché au département de l’économie et de la santé, représente une précieuse source d’inspiration et d’information.

On peut aussi considérer que cette opération-pilote peut apporter d’utiles enseignements à l’Etat qui mène actuellement une série de réflexions dans ce domaine. Il est ainsi prévu de mettre sur pied un système de management environnemental de l’administration cantonale. Il doit permettre de déterminer tous les impacts sur l’environnement, d’identifier les améliorations possibles et de les mettre en œuvre. Le but de ce programme d’actions est exposé à l’article 9 de la loi sur l’action publique en vue d’un développement durable ; il stipule que « l’Etat met en place, par étapes, un système de management environnemental pour l’ensemble de l’administration cantonale ». Ce programme s’applique également à la politique d’achats et d’investissements durables de l’Etat.

L’expérience d’Onex, aura un effet « boule de neige ». La prise de conscience de la nécessité de recourir aux écogestes va gagner en puissance ces prochaines années, car nul n’est indifférent au sort de la planète. Nos efforts, ceux de la population, doivent se poursuivre et s’intensifier. Le développement durable est une chance. A nous de la saisir ! »

Une démarche bien pensée.

Une idée imputable à Frédérique Haessig responsable du développement durable et de l’aide au développement de la commune. Mais encourager une dynamique citoyenne d’adaptation des comportements quotidiens, mettre en évidence une meilleure qualité de vie et les avantages économiques, mesurer la réduction de la dépense énergétique des ménages pilotes et atteindre les objectifs de Kyoto, n’auraient pu être envisagés sans l’implication de nombreux partenaires tant politiques, associatifs, qu’industriels.
Retransmission des débats publics à la télévision locale, suivi scientifique pour l’évaluation du projet et mesures relatives aux écogestes par l’Université de Lausanne et l’EPFL (école polytechnique fédérale de Lausanne), prêt de vélos, cours d’Eco-drive pris en charge par l’Office fédéral du territoire et l’Office cantonal de la mobilité du canton de Genève, action coup de poing des Transports Publics Genevois…
La mise en place d’une stratégie de communication visant à sensibiliser l’ensemble de la population – les ménages impliqués dans le projet (réunions, ateliers, conférences, informations, site Intranet), les médias et la population (site internet de la ville d’Onex, forums, magazine d’Onex, conférences de presse, TV locale…) – a permis d’atteindre les objectifs fixés, comme celui de déclencher, un effet « boule de neige » auprès des autres ménages onésiens.

Une belle illustration de développement durable.

Si la santé morale et psychique de l’homme dépend du bon équilibre entre le corps, le cœur et l’esprit, la santé de la terre repose quant à elle sur trois dimensions. Trois dimensions prises en considération dans ce projet.

La dimension sociale.
L’établissement d’un lien social entre le monde politique et la population onésienne d’une part, et entre les citoyens d’autre part fut l’une des conditions de réussite du projet.
Réflexions et débats furent essentiels pour faire progresser la démarche et affiner les analyses. Les participants ont traduit leurs observations, présenté leurs nouvelles habitudes et partagé leurs impressions comme celle d’ »être enfin utiles et acteurs ». Les experts ont transmis leurs connaissances en termes d’énergie solaire, de chauffage à bois, de mobilité, d’achats responsables, etc.
A travers les indicateurs mis en place pour les « ménages pilotes », les profils sociaux de la population ont pu être mieux cernés. Par ce biais d’autres actions verront le jour : sensibilisation aux thématiques de « commerce équitable » et de soutien aux producteurs locaux (promotion des emplois au niveau local, protection des conditions de vie des producteurs du sud…).
Réduire les émissions de CO2 et la consommation énergétique sont les aspects centraux d’une vision à long-terme de notre société. La responsabilité et la solidarité avec les générations à venir (préservation du milieu naturel, non épuisement des ressources) furent des valeurs omniprésentes tout au long de la démarche.

La dimension environnementale.
Après avoir ratifié une charte, les ménages se sont engagés dans un deuxième temps à effectuer pendant 3 mois des écogestes simples et quotidiens (maison, travail, etc.) mais aussi à réfléchir aux moyens pour réduire leur consommation énergétique, les émissions de CO2, l’utilisation des ressources naturelles et la production de déchets incinérables.

La dimension économique.
Le soutien logistique et financier de la mairie s’est traduit à différents niveaux : mise à disposition de matériel divers (ampoules économiques, brise-jet, économiseurs d’eau, interrupteurs multiprises, balles de lavage et produits écover  pour la lessive, instrument de mesure des dépenses d’énergie, réflecteurs pour radiateurs…), distribution de matériel didactique et informatif comme le guide « Pour une consommation responsable, faire ses achats en accord avec les principes du développement durable ». Le suivi des 32 ménages pendant toute la durée de l’expérimentation a permis de chiffrer les économies réalisées dans chacun des domaines.

L’effet boule de neige.

Les indicateurs retenus permettront de déterminer dans quelle mesure les objectifs ont été atteints, d’en évaluer l’impact à moyen, voire long terme, d’en tirer des conclusions et des recommandations. Mais aussi de proposer une démarche clef en main généralisable par d’autres collectivités territoriales puisque cette expérience a suscité un grand intérêt y compris du MIT – Institut de technologie du Massachusett – prestigieuse université en sciences et en technologies.

Il est trop tôt aujourd’hui pour traduire de manière exhaustive le bilan de cette opération. Cependant les premiers chiffres sont significatifs : l’économie des 125 écogestes dans le domaine de l’électricité est de 850 watts, 8400 watts pour 43 écogestes en matière de mobilité et 500 watts pour le chauffage.

Les gains obtenus lors d’une expérimentation de même type réalisée en Belgique de novembre 2005 à avril 2006 par 200 ménages bruxellois démontrent l’importance de remettre en question nos habitudes. Ils ont atteint en effet une économie d’énergie de 9%, soit une réduction moyenne des émissions de CO2 de 8%, dépassant ainsi l’objectif de Kyoto.
Globalement, tous usages confondus, 81% des « ménages pilotes » belges ont réalisé une économie d’énergie de 13%, soit 850 kg de CO2 en moins par an et par ménage. Forte de cette démonstration convaincante, la Belgique élargit cette année l’opération à 2000 ménages.

L’expérience menée par le canton de Genève confirme bien la nécessité d’avancer ensemble – et n’ayons plus peur des mots – pour sauver, non pas notre civilisation car nous n’en sommes plus là, mais tout simplement la planète, cette petite boule fragile que nous avons tous fait tourner dans notre main. Combien durant sa vie l’Homme a-t-il mené de combats pour ne pas se perdre et ne pas mourir ? Les efforts que nous faisons aujourd’hui pour ne pas vieillir nous feraient-il croire à l’éternité ? Le développement durable est une chance, oui, et non pas une utopie. Au-delà des problèmes économiques et environnementaux, ce mécanisme est créateur de liens sociaux forts. Dans cet ultime combat, le seul que nous ayons véritablement à mener, l’homme se dévoile, enfin.

Photos : ©  MIRCO éditions -  NASA

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