Laurent Reynaud
Directeur du SNTF.
Le développement durable,
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quand on gère un domaine skiable,
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ça veut dire quoi ?
Le développement durable, quand on gère un domaine skiable, ça veut dire quoi ?
Ca veut dire évaluer son empreinte environnementale et engager des actions pour la réduire.
Non, mieux : c’est inscrire cette démarche dans une certification tierce partie, afin qu’un organisme accrédité (Bureau Véritas, AFAQ-AFNOR ou autre) l’évalue pour délivrer la certification ISO 14001.
Non, ce n’est pas encore ça. Avec le management environnemental, on n’a qu’un pied dans le développement durable. Il faut aussi penser économie : équilibre des recettes et des dépenses dans un contexte où les charges des opérateurs de domaines skiables (appareils de remontées mécaniques, salaire minimum de la convention collective) voient leur prix croître deux fois plus vite que les forfaits. Il faut penser marketing, mise en marché, satisfaction de la clientèle, pérennisation durable des lits chauds… Et ne pas croire que la diversification, en effet devenue nécessaire pour une clientèle devenue touche à tout, signifie que le ski pourrait être remplacée par l’aqualudisme ou la randonnée à pied l’hiver ! La glisse est le moteur d’attraction des stations.
Mais si on s’arrête là, on est encore incomplet. Il faut aussi regarder les aspects humains et sociaux. Qui sont les employés des domaines skiables ? Ce sont des saisonniers, pour 80% d’entre eux. Leur contrat dure 3 à 4 mois, et ils doivent trouver un équilibre sur l’année. Ils y parviennent. Pour les aider : la reconduction automatique des contrats, et la priorité de ré-embauchage, instituées par notre Convention Collective. C’est un vrai plus. Pour sécuriser les parcours des saisonniers de la branche, il faut aussi qu’ils aient une activité en dehors de la saison d’hiver. Ils y parviennent, pour 90% d’entre eux. D’ailleurs, ils sont installés dans cette pluriactivité : 60% d’entre eux habitent leur logement personnel, et ils sont dans la même entreprise depuis plus de 8 années consécutives. Cette fidélisation permet la professionnalisation attendue par le salarié, par le client et par l’entreprise. Par la station aussi. La station toute entière dont la meilleure « garantie emploi » réside dans la neige de culture, en début de saison, en fin de saison, et pendant les redoux.
L’aspect humain, c’est également la sécurité. Celle de nos salariés, et celle des usagers et pratiquants. On peut toujours innover en la matière. Citons par exemple le partenariat que nous venons de mettre en place avec le Syndicat National des Moniteurs du Ski Français : pour s’attaquer à l’accidentologie résiduelle sur les remontées mécaniques, qui provient souvent d’un comportement inadapté, les moniteurs ont accepté d’intégrer dans leurs cours des messages de prévention à destination des élèves. Baisser son garde corps en télésiège, ne pas slalomer en téléski… Plus d’accidents pourraient être évités, et seront à l’avenir évités, nous l’espérons.
C’est tout cela, donc, et sans doute plus encore, le développement durable. Il s’apprécie à différents niveau. A l’échelle de la station, comme à l’échelle d’un territoire plus large. A ce titre, il n’y a pas de bonne et de mauvaise échelle. Chaque maille a son intérêt : la station pour la cohérence des prestations proposées au client, essentiellement sédentaire l’hiver. L’espace valléen pour apprécier par exemple la cohérence de l’offre touristique du territoire l’été, où l’itinérance est la règle. Et même l’hiver ou la complémentarité des offres entre grands et petits domaines skiables permet de trouver des synergies en cas d’enneigement déficitaire. L’échelon régional enfin, où la Directive Territoriale d’Aménagement Alpes du Nord doit tout à la fois :
- penser le développement de grands pôles urbains, universitaires, technologiques, industriels comme ceux que nous avons la chance d’héberger en Rhône Alpes,
- prévoir et satisfaire les déplacements de demain,
- arbitrer entre préservation des espaces remarquables, prévention des risques naturels et développement des activités humaines,
Le tout sans opposer urbains et ruraux, aménageurs et protecteurs, agriculteurs et industriels. Sans sacrifier l’un pour l’autre. Car les montagnes ne sauraient être les jardins merveilleux et sauvages d’urbains qui, aillant définitivement échoué à intégrer la nature dans la ville, voudraient la placer sous cloche chez leurs voisins ruraux. Sinon l’homme demain, sera une espèce en voie de disparition en montagne.





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