1. Brève histoire du développement durable

Article de Dominique Levet, le 18 jan, 2009

1ère partie

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BREVE HISTOIRE DU DEVELOPPEMENT DURABLE

Nous vous avons remis dans les précédents articles quelques clefs de compréhension pour notre nouveau dossier - Le développement durable, vous y croyez ? Un dossier en plusieurs actes, tous aussi importants les uns que les autres puisqu’ils posent le concept dans sa globalité.
Dominique Levet* ouvre le premier acte ; un acte en deux parties. Si aujourd’hui il reprend l’histoire du concept, indispensable pour contextualiser nos engagements en ce début de 21ème siècle, la semaine prochaine il nous invitera à découvrir ses différents aspects et à réfléchir à leurs implications.

«Rien ne m’est plus étranger que l’esprit de système. Je crois que les imbéciles s’occupent beaucoup d’avenir parce qu’ils peuvent en dire n’importe quoi. Ils ont même une chance de tomber juste. Mais elle ne relève que du hasard. Il y a plus de rigueur dans le passé, plus d’exigence dans le présent. […] On ne sait le sens de l’histoire que quand elle est finie.» Jean d’Ormesson.[1]

La Charte de l’environnement, adoptée le 28 février 2005[2], complète le pacte social de la nation. Le fait d’affirmer que «Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé.» (Art. 1er), que «Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement.» (Art. 2) est la reconnaissance officielle et solennelle du rôle fondamental que jouent les questions environnementales dans l’avenir de l’humanité. La Charte fait du développement durable le principe de toute politique publique (Art. 6).

La France a su se montrer pionnière, dès 1948, en accueillant à Fontainebleau, la conférence internationale qui, sous l’égide de l’UNESCO, allait permettre la création de l’Union Mondiale pour la Nature[3]. Elle devenait, en même temps, l’un des membres fondateurs de cette OGN, qui joue aujourd’hui un rôle primordial en matière d’environnement et de développement durable.

En 2007, la tenue du Grenelle de l’environnement permettait de réunir, à l’initiative du chef de l’Etat, pour la première fois en France, l’Etat et les représentants de la société civile afin d’échanger les points de vue de chacun et de définir un plan d’actions «en faveur de l’écologie, du développement et de l’aménagement durables» de notre territoire. L’ambition finale, annoncée d’entrée de jeu, était la mobilisation de la société française, dans son ensemble, pour qu’elle inscrive son avenir et donc son développement dans une perspective durable.

La campagne des élections municipales de 2008 a placé, au centre des programmes électoraux sinon des débats politiques, le développement durable comme un enjeu de société. La médiatisation très forte entretenue autour du concept, en même temps que celle d’actions revendiquées, comme telles, par des collectivités territoriales, des entreprises et des particuliers, pourrait laisser croire que vivre et agir selon les préceptes du développement durable est une chose acquise dans notre pays. Il n’en est rien !

A l’origine de cette situation plusieurs difficultés. La première, me paraît concerner la méconnaissance que les citoyens ou les acteurs politiques et économiques ont du processus historique qui a permis, en 1992, lors de la Conférence de Rio, l’émergence du concept de développement durable. La deuxième consiste à donner une définition claire et simple de ce concept qui est nouveau et dont les contours sont encore très mal définis. Enfin, le manque, quand ce n’est pas l’absence, d’études de cas à l’échelle locale ou régionale, est un facteur qui rend difficiles et délicats les choix des responsables politiques, économiques et associatifs, des particuliers, en matière de développement durable. Il y a donc un triple effort à faire : connaître l’histoire du concept, en découvrir ses différents aspects et réfléchir à leurs implications, se pencher sur des cas concrets qui ont valeur d’exemples.

La protection de la nature : une préoccupation déjà ancienne.

En 1861 Napoléon III créa les «Réserves artistiques» de la forêt de Fontainebleau. Il le fit sous l’impulsion de l’Ecole des peintres de Barbizon[4], village proche de l’ancienne demeure royale et impériale. C’était la première mesure de protection d’un espace naturel prise, il est vrai, dans le but de préserver des paysages qui avaient joué un rôle déterminant dans la genèse de l’impressionnisme, plus que pour préserver la nature elle-même.

Quelques années plus tard, en 1872, la création du Parc National de Yellowstone, dans le Wyoming, aux Etats-Unis, marqua une étape décisive et inédite dans la protection de la nature, à l’origine des nombreux parcs nationaux qui ont vu le jour dans le monde. Dès 1832, l’avocat George Catlin, avait demandé la création de parcs nationaux pour préserver la flore, la faune et les tribus indiennes. Il réagissait à la menace que faisait peser la colonisation sur ces régions et sur leurs habitants. Auparavant, en 1864, le Président Lincoln avait pris des mesures de protection en faveur de la vallée du Yosémite, dans l’Est de la Californie – Yosémite accédera au statut de parc national en 1890 – et des séquoias géants de Mariposa Grove (Californie). Il agissait dans le but de conserver des espaces naturels pour «les âges à venir».

Des mesures de protection de l’environnement, en particulier de la forêt, avaient été prises depuis longtemps, entre autres en France, par la puissance publique, ou à l’initiative d’«entrepreneurs locaux». En 1291, Philippe IV le Bel, prend une ordonnance par laquelle il crée les «Maîtres des eaux et forêts[5]». Il vise, par ce moyen, à obtenir une «gestion durable» des eaux et des forêts, en faisant preuve d’une vision à long terme. L’ordonnance de Colbert, en 1649, marque une étape supplémentaire dans l’intérêt que porte le pouvoir à la bonne gestion de ses forêts. Il ne s’agit pas encore de protéger la forêt par amour de la nature mais d’intervenir pour des raisons économiques et militaires : fournir à la Royale, le bois dont elle a besoin pour la construction de ses navires. Ainsi, André Grammont, peut évoquer, dans le cas de l’action conduite par Colbert, «une politique de forêt durable avant l’heure, motivée par des besoins économiques précis[6]». En 1864, sous le Second Empire, une loi rend obligatoire la conservation de certaines forêts, dites «stratégiques», dans le but de protéger les populations d’accidents naturels : coups de vents, coulées de boue, avancées des dunes, avalanches, etc. C’est à cette même époque, sous l’impulsion de Napoléon III, que sont plantées les forêts des Landes de Gascogne.

Les régions de montagne n’avaient pas échappé au phénomène de déboisement du fait de l’augmentation de la population[7], de la volonté d’évangélisation[8] des populations locales, du lucre[9] et du gaspillage[10]. Certes, le pouvoir ducal puis royal avait pris des mesures pour enrayer sinon stopper cette déforestation, mais les délits ne diminuèrent pas et la situation s’aggrava, encore, pendant la période française. A des périodes de défrichements intenses s’ajoutait une méconnaissance ou un «oubli relatif» du rôle utile de la forêt. Certes, des acteurs locaux pouvaient se montrer plus respectueux de leur environnement et plus soucieux de préserver leur ressource en bois. Ainsi, au XVIIIe siècle, alors que la déforestation bat son plein du fait de la métallurgie, grande consommatrice de charbon de bois, il n’y a guère «[…] qu’à Aillon, à Tamié, à Belleveaux et à Saint-Hugon que le fonctionnement des hauts-fourneaux, fonderies et forges n’avaient pas pour conséquence la déforestation. Les religieux, bons administrateurs, limitaient leur fabrication d’après les ressources ligneuses de leurs forêts[11]».

Il faut, que dans la décennie 1850-1860, une série de crues catastrophiques se produisent sur l’ensemble du territoire français – y compris en Savoie - pour que les autorités décident de mettre en œuvre une politique de lutte contre l’érosion des sols. Un premier projet de loi sur le reboisement de la montagne avait été repoussé, en 1847, sous l’action du «lobby» agropastoral de l’époque. Mais, grâce aux travaux d’Alexandre Surrell[12] sur les phénomènes érosifs, repris dans son «Etude sur les torrents des Hautes Alpes», le débat eut lieu et, en 1860, sous la pression des événements, une première loi fut adoptée. Elle visait principalement des opérations de boisement et rencontra une vive opposition des populations de montagne qui craignaient d’être dépossédées de leurs territoires. Dans certaines régions, il y eut, de véritables jacqueries anti-forestières[13], si bien que la loi fut abrogée et remplacée par une loi de 1864 sur le ré-engazonnement de la montagne.

La politique de restauration des terrains de montagne, ne débuta, à proprement parler, qu’en 1882, avec une nouvelle loi qui, cette fois, marqua une évolution fondamentale dans les politiques gouvernementales : les populations locales étaient associées à la démarche de lutte contre l’érosion. Les autorités avaient pris conscience de la capacité de celles-ci à agir, en amont, sur la cause du phénomène érosif. Les solutions ne leur étaient plus imposées ; on ne considérait plus les crues de montagnes sous le seul angle de leurs conséquences sur le régime des rivières de plaine ; leur impact sur le milieu montagnard était pris en compte. La Savoie, devenue française, en 1860, profita et profite encore de cette politique de Restauration des Terrains de Montagne (RTM).

Dans un autre domaine, celui de la gestion de l’eau, on peut citer l’exemple de la paroisse de Saint André, en Maurienne, qui fit dresser, en 1658, par Jacques Giraud, notaire ducal et commissaire de la dite communauté pour établir le cadastre, un livre d’ «esgance d’arrouseage»[14]. Conscients que l’eau est un bien précieux qui doit être équitablement réparti entre les membres de la communauté pour l’arrosage de leurs terres, les habitants de la paroisse de Saint André font établir un livre dans lequel sont indiqués les noms, parcelles et superficies, les heures d’arrosage, afin que nul ne soit lésé et pour éviter les conflits relatifs à l’usage de l’eau. Ainsi, pouvons-nous lire : «Du Bial des fontaines qui / sortent du vernatel et / l’ [escherda] sarrouseront des / le bourg en bas les pres / suyvants. / Premier le lundi / Les hoirs de Me(aître) Pierre Borrel feu Jean / […] pour une quartelle trois quarts / le lundi de la premiere sepmaine des les / quattre heures du mattin jusque / a six».

Tous ces exemples montrent que, peu à peu, une prise de conscience des problématiques environnementales est née et qu’elle a été suivie ou accompagnée d’une législation et d’actions qui intégraient les données environnementales dans les politiques publiques, essentiellement d’une façon autoritaire, sans que pour autant on puisse parler de développement durable.
     
De la naissance du concept de développement à son rejet.

1 - Le développement, une arme au service de la Guerre froide.
En janvier 1949, Harry TRUMAN, Président des Etats-Unis, annonçait, dans le quatrième point de son discours sur l’état de l’Union, un programme «audacieux et novateur» d’aide au développement des pays «sous-développés». Cette aide était liée à la naissance du concept de «développement» après la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’à présent, les puissances coloniales - comme l’Angleterre ou la France -  parlaient de «mise en valeur» des territoires de leurs colonies. L’emploi, pour la première fois, du terme de sous-développement n’était pas neutre. Il supposait l’existence d’un modèle, les Etats-Unis, c’est-à-dire d’un pays politiquement et économiquement libéral, où prédominait une société d’abondance.

Les Etats-Unis motivaient leur choix par trois principales raisons. La première était morale : il était impossible de ne pas apporter une aide économique aux pays ou régions les plus pauvres du globe, au moment où Harry Truman affichait sa volonté de poursuivre la reconstruction de l’Europe grâce au Plan Marshall ; où il dénonçait la pauvreté comme un agent de pénétration du communisme et revendiquait, comme leader du monde libre, la conduite de la lutte contre l’ennemi idéologique ; où, enfin, il était urgent d’ouvrir de nouveaux marchés à la puissante économie américaine. Ainsi, le modèle libéral américain - modèle occidental - était en voie de s’imposer au monde «sous-développé», «croissance économique» et «développement» étaient synonymes et, ce dernier, devenait une arme dans la Guerre froide[15] que se livraient l’Ouest et l’Est. 

Des notes discordantes se firent entendre à partir des années Soixante-dix. Elles définissaient le développement comme une combinaison de changements qui apportaient une profonde transformation des sociétés, lorsqu’elles avaient réussi leur entrée dans le développement, sur la base d’une modification des mentalités, d’une transformation des infrastructures et d’une réorientation de leurs intérêts matériels. La croissance économique n’était plus, nécessairement, une priorité[16 et 17].

2- Halte à la croissance !
1968 a été l’année de toutes les contestations, en France, en Europe de l’Ouest[18], aux Etats-Unis… Contestation politique, contestation des fondements des sociétés occidentales dans lesquelles les jeunes ne se reconnaissaient plus, entre autres, la société de consommation. Cette même année, et peut-être n’est-ce pas une simple coïncidence, le Club de Rome[19], dénonçait une crise environnementale et sociétale à l’échelle mondiale et passait commande d’un rapport sur l’état de la planète[20].

La publication du rapport, en France, en 1972, sous le titre provocateur de «Halte à la croissance», a fait scandale et a inquiété de nombreux milieux - économiques, patronaux et syndicaux - acquis à la croissance - nous sommes encore dans l’euphorie des Trente glorieuses. Tout paraît possible !

Et pourtant, une problématique toute nouvelle était abordée par les auteurs du rapport : celle des limites écologiques de la croissance démographique[21] et économique. Le groupe de chercheurs du MIT eut recours, pour cela, à des modèles mathématiques qui lui permettaient de simuler l’évolution de la population mondiale et de la croissance économique, en les mettant en corrélation avec l’exploitation des ressources naturelles de la planète. Leurs conclusions montraient qu’à échéance d’un siècle (vers 2072) les limites écologiques du modèle occidental seraient atteintes.

 

Les chercheurs posaient comme postulat que «développement et environnement doivent être traités comme un seul et même problème» et se montraient sévères pour «[…] la croissance matérielle perpétuelle (qui) conduira tôt ou tard à un effondrement du monde qui nous entoure[22]». Ils affirmaient l’impossibilité de maintenir une croissance forte et préconisaient, en revanche, d’atteindre un «état d’équilibre global» qui remplacerait la recherche permanente de la croissance en stabilisant la population, à partir de 1975, le capital mondial à partir de 1990, en divisant par quatre les prélèvements sur les ressources naturelles non renouvelables, et par quatre, également, le niveau de pollution industrielle et agricole, etc.

C’est une nouvelle conception du progrès que le groupe du MIT proposait. Il appelait à une véritable révolution des mentalités : abandonner l’idée que le bonheur des hommes dépend d’une volonté d’accumulation sans fin, pour viser l’amélioration du mieux-être de l’humanité dans le respect des grands équilibres écologiques indispensables à la pérennité de la vie.

Ainsi, dès le début des années Soixante-dix, «Halte à la croissance» mais aussi d’autres textes comme le rapport de l’OCDE, «Science, croissance et société», publié un an auparavant, en 1971, «mettaient déjà en évidence l’impasse d’une société productiviste, prédatrice et «surconsommatrice», ignorant totalement ses impacts sur les écosystèmes[24] !». Les projections obtenues par l’équipe de Meadows sont loin de s’être confirmées et ont pu paraître, aux yeux de beaucoup, comme catastrophistes[25]. Reconnaissons lui, toutefois, le mérite d’avoir, plus de quinze ans avant la Commission Brundtland, posé la bonne question et avancé les premiers éléments d’un nouveau mode de développement que nous connaissons sous le nom de «développement durable».
     
La Conférence de Stockholm.

La même année se tenait à Stockholm, la Conférence des Nations Unies sur l’Environnement : «Une seule Terre !». L’objet de la conférence était d’examiner les liens qui existent entre environnement et développement et de trouver le moyen de lier les deux dans une problématique et des actions conduites au niveau mondial. La vulnérabilité de la planète et l’interdépendance des phénomènes qui s’y produisent étaient mises en évidence.

Si les questions politiques, économiques et sociales n’étaient pas absentes des travaux de la Conférence, en revanche, la priorité était donnée aux problèmes écologiques. Quant à la Déclaration finale, elle affirmait vouloir «[…] élaborer une politique commune afin de créer un ordre viable (et) […] offrir aux générations futures […] (autre chose que) le mélange d’expansion scientifique, de cupidité économique et d’arrogance nationale qu’on constate actuellement.» Néanmoins, la confrontation entre développement et environnement était visible et se traduisait dans la volonté des pays riches de préserver l’environnement[26] alors que les pays du Sud répondaient : «notre pollution c’est la misère !» Le point 4 de la Déclaration finale en prend acte en stipulant que : «Dans les pays en voie de développement, la plupart des problèmes de l’environnement sont causés par le sous-développement […]. En conséquence, les pays en voie de développement doivent orienter leurs efforts vers le développement, en tenant compte de leurs priorités et de la nécessité de préserver et améliorer l’environnement».

Une autre conséquence directe de la Conférence de Stockholm est la création du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE)[27] dont le siège était fixé à Nairobi (Kenya). Sa vision mondiale et intersectorielle des questions environnementales, son implantation en Afrique, lui permettent d’avoir une bonne compréhension des problématiques environnementales des pays du Sud.

Le concept d’écodéveloppement.

La décennie Soixante-dix Quatre-vingt, est celle des remises en cause, voire des accusations portées contre le développement selon le modèle occidental. C’est, aussi, celle de la volonté de trouver un moyen de réconcilier développement et environnement.
De la fin de la Seconde Guerre mondiale au début des années Soixante-dix, la coopération entre les pays riches et les pays pauvres a suivi le modèle du «big push». C’était l’«ère des volumes» selon laquelle le développement ne pouvait surgir que d’un apport massif de capitaux et d’infrastructures lourdes. Appuyée sur un nationalisme ombrageux (pensons à l’Egypte de Nasser), l’action volontariste des Etats était déterminante. La Chine[28), l’Egypte[29], l’Inde, l’Algérie, montraient l’exemple avec leurs travaux colossaux : barrages, aménagements portuaires, pôles d’industrie, etc. L’échec de ce mode de développement dit «autocentré», a été d’autant plus important qu’il n’existait aucun marché intérieur, et que les gouvernements de ces Etats ne sont pas parvenus à en créer un. Les masses rurales sont restées pauvres.

Au début des années Soixante-dix s’impose l’ère des «basic needs» ou des «besoins essentiels»  théorisés, en 1973 par le président de la Banque mondiale, Robert Mc Namara. Les efforts de développement doivent désormais se porter sur l’éducation, la santé, le développement agricole, etc., ce qui est fait, mais toujours dans le cadre de grands projets[30] et non dans celui d’actions de proximité qui auraient bénéficié directement aux populations locales. Première conséquence : pour financer ces projets, les pays du Sud s’endettent, encouragés par les pays du Nord qui  sont directement intéressés. L’explosion des cours des matières premières, en particulier du pétrole[31], génère une quantité colossale de pétrodollars qui demandent à être recyclés et qui permettent d’alimenter, sans retenue, les emprunts des pays du Sud. C’est l’origine de «la dette» qui deviendra - et qui reste - un problème majeur à partir du moment où il faudra la rembourser. La disposition d’une masse considérable de pétrodollars n’est pas seule en cause. Deux autres raisons, profitables aux pays du Nord, interviennent : il leur faut payer une facture énergétique de plus en plus élevée, lutter contre un chômage qui va croissant et qui trouve son origine dans les conséquences du «premier choc pétrolier».

Pendant ce temps, d’autres acteurs cherchent à réconcilier développement humain et environnement. Pour cela, ils n’hésitent pas à mettre en cause le modèle de développement occidental et proposent un nouveau concept, celui d’écodéveloppement (1974) qui distingue les «limites internes» (les besoins), des «limites externes» (les ressources physiques disponibles). En 1981, le PNUE précise sa position : «Nous croyons à la possibilité d’établir des modes de vie et des systèmes nouveaux plus justes, moins arrogants dans leurs exigences matérielles, plus respectueux de l’environnement de la planète entière. La voie ne passe ni par l’attente désespérée d’un désastre, ni par la croyance optimiste en une succession de prouesses techniques. Elle passe par une évaluation attentive et dépassionnée des limites externes, par une recherche collective de la manière de respecter les limites internes des droits fondamentaux de l’homme. Elle passe par l’édification de structures sociales pour exprimer ces droits et par un patient travail d’invention des techniques et des modes de développement qui mettent en valeur et protègent notre patrimoine planétaire[32]».

L’Assemblée des Nations unies, en 1974, appelait à instaurer un «nouvel ordre économique international (NOEI) plus humain et plus équitable» et à établir «une démocratie socioéconomique planétaire». Le contexte international ne s’y prêtait guère : persistance des dépendances économiques des Etats du Sud vis-à-vis du Nord ; course aux armements[33] qui mobilisait de plus en plus de moyens techniques et financiers ; dynamisme de l’OPEP à partir de 1973 – nationalisation de compagnies pétrolières et augmentation des prix du pétrole.

Le premier choc pétrolier avait, bel et bien, marqué un tournant : les questions relatives à l’accès aux réserves énergétiques et matérielles prenaient une place de plus en plus grande et les premières discussions engagées sur l’exploitation des ressources, mais aussi sur les espaces maritimes et extra atmosphérique débouchaient sur la notion de «patrimoines communs de l’humanité» qui pourraient être gérés, dans le cadre «d’une souveraineté planétaire décentralisée», efficacement et équitablement, par des organismes internationaux.

En attendant, on continue d’appliquer la stratégie de développement des Etats-nations, c’est-à-dire de viser la satisfaction des besoins fondamentaux. D’où l’accélération de la croissance et la libération du commerce international. C’est le véritable sens du Nouvel Ordre Economique International (NOEI). Cette politique a pour conséquences la marginalisation de l’écodéveloppement au profit du «développement soutenable»[34] ; le développement étant alors conçu comme rattrapage du modèle occidental, Etats-Unis en tête.
     
La stratégie mondiale de la conservation.

En même temps qu’apparaît la notion de «développement soutenable», la science écologique affirme sa volonté, non seulement, de décrire l’ampleur de la crise environnementale mais aussi de participer à la prise de décision pour y répondre. Cette prétention a pour conséquence directe d’ouvrir la voie au «troisième temps des politiques de conservation», celui de la «conservation intégrée», c’est-à-dire de la participation des populations locales à la prise de décision alors, qu’auparavant, la démarche était de type colonial. On peut alors poser l’équation suivante : « conservation + participation = développement durable ».

Nous avons encore d’autres preuves de ce tournant. Le World Wildlife Fund (WWF), dans son rapport de 1978-1979, parle d’«écodéveloppement durable» et, surtout, l’UICN qui, en 1980, présente sa Stratégie mondiale de la conservation qui a «pour but de contribuer à l’avènement du développement durable». Cette initiative reçoit le soutien du PNUE, de la FAO, de l’UNESCO et du WWF.

L’UICN définit la conservation «comme la gestion de l’utilisation par l’homme de la biosphère de manière que les générations actuelles tirent le maximum d’avantages des ressources vivantes tout en assurant leur pérennité pour pouvoir satisfaire aux besoins et aux aspirations des générations futures».

Ce texte apparaît, aujourd’hui, comme un «brouillon lointain» du rapport de Rio sur la biodiversité. Il fixe trois objectifs : le maintien des systèmes et des processus écologiques essentiels à la vie ; l’utilisation durable des systèmes et des écosystèmes ; la préservation de la diversité biologique. Dans sa version de 1991, la Stratégie mondiale intègre les questions de développement et de conservation pour améliorer les conditions de vie des humains mais sans dépasser la capacité de charge des écosystèmes et en préservant la biodiversité.

Pour l’UICN, la notion de «croissance durable» est contradictoire. L’objectif est de viser «une société durable». Une phase de transition s’imposait et nécessitait : l’arrêt de la croissance démographique, la diminution des niveaux de consommation des ressources naturelles de la part des Etats les plus favorisés de la planète. Pour cela, il était nécessaire de mettre en place des instruments juridiques et économiques, mais aussi d’opter pour une nouvelle philosophie de la vie : une «éthique de la vie durable» qui reposerait sur l’acceptation que l’humanité appartient, avec les autres espèces, à «une communauté de vie». L’UICN cherche à établir «une société durable».

Pendant la décennie Soixante-dix Quatre-vingt, deux nouvelles notions apparaissent : le principe de subsidiarité[35] (CEE) qui marque une volonté croissante de développer une politique de l’environnement et la première formulation du développement durable, en 1974, à la Conférence de Cocoyoc à Mexico (NU). Ce sont deux notions qui tentent d’apporter une réponse aux débats publics sur la dégradation de l’environnement mondial et la misère de plus en plus grande d’une partie importante de la population.

C’est en 1980 qu’apparaît l’expression «sustainable development» dans un rapport du PNUE sur la biodiversité. En français nous utiliserons «développement soutenable» puis «développement durable». En même temps de nouvelles problématiques apparaissent : en 1979, se tient la première conférence internationale sur le climat. Depuis le début des années Soixante-dix de nombreux rapports ont été produits, l’alerte a été donnée : plus personne ne peut ignorer que le «développement» selon le modèle occidental, c’est-à-dire la «croissance économique», n’est pas compatible avec l’«environnement». Mais, les efforts restent éparpillés, inefficaces, pas du tout à la hauteur des enjeux. Pour chercher une réponse à cette crise, l’Assemblée générale des Nations unies, en 1983, crée la Commission Mondiale sur l’Environnement et le Développement (CMED), en confie la présidence au Premier ministre norvégien, Mme Gro Harlem Brundtland, avec, pour mandat, d’établir une expertise mondiale des problématiques d’environnement et de développement afin de faire des propositions d’actions «novatrices et réalistes» ; de fixer de nouvelles modalités de coopération internationale pour parvenir aux objectifs qui seront définis ; de favoriser une prise de conscience et une mobilisation de tous les acteurs.

 

1 Jean d’Ormesson, Histoire du Juif errant, Gallimard, 1990.
2 La Charte de l’environnement a été adossée à la Constitution de la Cinquième République par la loi constitutionnelle n° 2005-205 du 1er mars 2005.
3 C’est en 1956 que l’Union Mondiale pour la Nature changea de nom pour adopter celui d’Union Internationale pour la conservation de la nature et des ressources naturelles avec pour acronyme : UICN en français, IUCN en anglais.
4 Sous le nom d’Ecole de Barbizon on regroupe les peintres qui, de 1825 à 1870, consacrèrent une partie de leurs travaux à exécuter des paysages «d’après nature». Depuis la fin du XVIIIe siècle, la forêt avait été promue par les peintres, pionniers de la peinture «d’après nature», au rang d’atelier de plein air. S’inspirant du mouvement anglais de la peinture de paysage et des paysagistes hollandais du XVIIe, ils firent de Barbizon, petit village, en lisière de la forêt, à quelques kilomètres de Fontainebleau, une étape incontournable de la peinture européenne au XIXe siècle. Les peintres de Barbizon constituèrent une petite communauté de vie et de pensée, autour de l’auberge Ganne, aujourd’hui musée départemental de l’Ecole de Barbizon, où ils se retrouvaient. Camille Corot, Théodore Rousseau et Jean-François Millet sont les plus connus.
5 Ce corps n’aura qu’une courte existence car ses membres ont été vite corrompus : ils attribuaient des passe-droits pour le ramassage du bois qui était strictement réglementé.
6 Grammon (A.), Histoire, enjeux et usages contemporains de la forêt durable, conférence, Mission Agrobiosciences, février 2006.
7 Une augmentation, même relativement faible, du nombre des hommes, combinée à une agriculture qui ne connaît pas les méthodes intensives et à la faiblesse des circuits commerciaux, condamne les populations à vivre sur leurs propres productions – ou bien à s’expatrier, phénomène bien connu dans les Alpes, qu’il soit temporaire ou définitif. Aussi, lorsque la pression devient trop forte il faut trouver de nouvelles terres à exploiter, en labours ou en alpages, ceci, au détriment de la forêt.
8 Les ordres réguliers ne sont pas seuls responsables des défrichements en Savoie. Cependant, dans des massifs comme les Bauges, les Bornes, la Chartreuse, ils ont eu un rôle très actif transformant les forêts d’altitude en pâturages. Cette politique correspondait à une volonté d’accroître leur puissance et leur richesse, mais aussi de lutter contre les restes d’un paganisme qui trouvait en forêt des lieux où s’exprimer. Les champs ou les pelouses alpines qui constituent, aujourd’hui encore, une part importante de nos paysages, remontent à l’action de ces Chartreux ou Trappistes, qui se sont installés, il y a bien longtemps en Savoie.
9 L’appât du gain, comme le laisse voir la législation des ducs de Savoie puis des rois de Sardaigne, joua un rôle de plus en plus important dans la destruction des forêts de Savoie. Les Royales Constitutions (1729) tentent d’y mettre un terme en réglementant la coupe des bois et en interdisant la sortie «de quelque espèce de bois que ce soit». Les mêmes interdictions sont reprises dans les Royales Constitutions, en 1770, afin d’empêcher les destructions des forêts (art. 8), cause d’une dégradation importante de l’environnement : «[…] la façon de couper les bois et les défrichements dans les montagnes contribuent aux éboulements…» (Lettre de l’Intendant général, Intendance générale de Savoie, Secrétariat général, ADS, C153).
10 L’abondance – apparente – et le peu de valeur marchande accordée au bois (y compris pour ceux qui le pillent et le vendent à vil prix sur les marchés français) sont la cause d’un gaspillage important de la ressource ligneuse, si bien que sa surexploitation la rend rare et abusivement chère. Le fascinage était pratiqué aussi bien en Maurienne qu’en Savoie Propre, notamment pour le chauffage des fours à pain. C’est ainsi que les paysans de Saint-Jean-d’Arvey, Montagnole, etc. vendaient, en hiver, aux carrefours de Chambéry des fagots «de misérables fascines dont toute la valeur consiste dans les touffes de racines dans lesquelles se trouvent attachées de faibles verges, à peine deux ou trois ans de végétation», Mémoires de l’Académie de Savoie, T. I, 1ère série, 1828.
11 Mougin (P.), Les torrents de Savoie, Imprimerie Générale, Grenoble, 1914, page 146.
12 Alexandre Surrell (1813-1887) – Ingénieur des ponts et Chaussées et hydraulicien. Spécialiste de l’érosion des sols il eut à appliquer ses connaissances théoriques pour protéger les villages des hautes Alpes contre les dégradations causées par les crues des torrents. C’est pendant son séjour à Embrun qu’il rédigea son «Etude sur les torrents des Hautes Alpes».
13 Brugnot (G.) et Cassayre (Y.), De la politique française de restauration des terrains en montagne à la prévention des risques naturels, contribution au XIIe Congrès forestier mondial, Québec, City, Canada, 2003.
14 Le document d’où sont tirés ces renseignements se trouve dans les archives communales de la commune de Saint André, conservées en mairie, sous la cote : CC5.
15 Rostow (W. W.), Les étapes de la croissance économique, un manifeste non communiste, 1960. Traduction française, Paris, Le Seuil, 1963. L’auteur présente dans ce livre le stade de développement atteint par les Etats-Unis. Il en fait, à la fois, un objectif et un modèle.
16 Perroux (F.), L’économie du XXe siècle, PUF, 1969.
17 Austruy (J.). En 1974, dans la revue Tiers Monde, il écrit : «Les pouvoirs qui ont réussi le lancement de leur société dans le développement ont réussi une triple transformation : ils ont modifié les mentalités, ils ont transformé l’infrastructure, ils ont réorienté les intérêts matériels.»
18 En Europe de l’Est il y a bien sûr le cas de la Tchécoslovaquie avec le «Printemps de Prague» mais il ne s’agissait pas d’une contestation de la société de consommation qui n’existait pas dans les pays satellites de l’URSS.
19 Créé, en 1968, le Club de Rome est composé de scientifiques, d’économistes, d’hommes d’affaires, de hauts fonctionnaires, d’hommes politiques… qui réfléchissent, dans une approche pluridisciplinaire et globale aux grandes problématiques mondiales.
20 Le rapport est commandé à Dennis Meadows du Massachusetts Institute of Technologie (MIT). Il paraît en anglais sous le titre : The limits to Growth, en français : Les limites de la croissance.
21 Se reporter au graphique. Le premier milliard d’habitants est atteint en 1800 : il a fallu deux siècles pour passer de 1à 6 milliards d’habitants sur la planète.
22 Rapport Halte à la croissance.
23 Il faut entendre, par croissance, une «volonté d’accumulation infinie dans un monde où les ressources sont limitées».
24 Vandelac (L.), Le courage d’agir, Relations, décembre 2007 (721), p. 18-20.
25 C’est le grand reproche qui lui a été fait. Deux exemples bien connus : a) la projection démographique de MEADOWS était largement surestimée en annonçant 14,4 milliards d’humains pour 2050 alors que les prévisions actuelles donnent autour de 9 milliards ; b) l’annonce, pour 1992, de la fin des réserves de pétrole, pour 1994, de celles de gaz. Or, nous savons, aujourd’hui, qu’il y en aura encore pour plusieurs dizaines d’années et que des gisements, jusqu’alors inexploités, le seront grâce aux progrès des techniques d’extraction, à l’évolution des prix du pétrole brut, au changement climatique.
26 La politique en faveur de l’environnement est récente dans les pays riches. En France, c’est Jacques Chaban-Delmas qui crée, en 1971, un ministère de la Protection de la Nature et de l’environnement. Le premier titulaire est Robert Poujade.
27 La mission du PNUE consiste à : a) évaluer les conditions et les tendances environnementales ; b) développer des instruments environnementaux ; c) renforcer les institutions afin d’assurer une gestion avisée de l’environnement ; d) faciliter le transfert des connaissances et des technologies pour un  développement durable ; e) encourager de nouveaux partenariats et de nouvelles perspectives au sein de la société civile et le secteur privé. (Source : Programme des Nations unies pour l’environnement).
28 Mao Zedong impose à la Chine, de 1959 à 1961, le «Grand Bond en avant», une industrialisation à marche forcée de son pays qui se révélera catastrophique pour celui-ci. La famine qui est liée au Grand Bond en avant fera plus de 30 millions de morts.
29 Les travaux du barrage d’Assouan, projet de Nasser, débutent en 1960.
30 Le prestige de l’action entreprise reste déterminant pour les bailleurs de fonds comme pour les Etats qui en bénéficient. Ainsi, on préfère créer de grandes universités que de scolariser les populations les plus pauvres grâce à un programme adapté d’enseignement primaire, on préfère privilégier la création de grands hôpitaux, sur le modèle occidental, que de pratiquer une médecine de proximité qui permettrait d’apporter la bonne réponse aux problèmes de santé que rencontrent ces populations.
31 Le premier choc pétrolier (1973) est la conséquence directe du conflit entre Israël et les Etats arabes (Syrie et l’Egypte) dans le cadre de la guerre du Yom Kippour. L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), créée en 1960, établit un embargo en direction des pays occidentaux qui soutiennent Israël. En quelques mois, le cours du brut passe de 2,59 dollars courants le baril à 11,65 dollars courants (Source, Le Sénat).
32 UNEP, Defense of the Earth. The Basic Texts on Environment: Founex, Stockholm, Cocoyoc, Nairobi, UNEP, 1986, Executive Series 1.
33 Au Vietnam, les Etats-Unis ont utilisé l’écologie écosystémique et employé massivement les défoliants, provoquant un véritable écocide.
34 Cette nouvelle expression de «développement soutenable» est proche des idées défendues par Rostow dans son livre Les Etapes de la croissance économique. Voir note 16.
35 Le principe de subsidiarité est inscrit à l’article 5 du traité qui institue la Communauté économique européenne (Traité de Rome, mars 1957). C’est le principe selon lequel la prise de décision doit se faire au plus proche des citoyens, en veillant à ce que le niveau retenu  - national, régional ou local - soit plus pertinent que celui de l’Union et garantisse la plus grande efficacité dans l’action.

 

*Dominique Levet, professeur en sciences politiques des problématiques environnementales et de développement durable dans le cadre du Master international ParisTech, (Ancien administrateur de l’Institut Européen du Développement Durable (IEDD) dont il a été l’un des fondateurs et le secrétaire général). Est actuellement président de «Valloire et Maurienne en Développement Durable (VM2D)» et organise, chaque année en août, en partenariat avec le Centre culturel de Valloire, une «semaine culturelle» sur le développement durable. 

  1. 2 commentaires pour “1. Brève histoire du développement durable”

  2. par BAUD Jean, le 19 jan 2009| répondre

    Synthese remarquable

  3. par gilles Tosca, le 19 jan 2009| répondre

    L’extrait suivant du passionnant article de D.Levet (”Il faut, que dans la décennie 1850-1860, une série de crues catastrophiques se produisent sur l’ensemble du territoire français – y compris en Savoie - pour que les autorités décident de mettre en œuvre une politique de lutte contre l’érosion des sols. Un premier projet de loi sur le reboisement de la montagne avait été repoussé, en 1847, sous l’action du «lobby» agropastoral de l’époque. Mais, grâce aux travaux d’Alexandre Surrell[12] sur les phénomènes érosifs, repris dans son «Etude sur les torrents des Hautes Alpes», le débat eut lieu et, en 1860, sous la pression des événements, une première loi fut adoptée. Elle visait principalement des opérations de boisement et rencontra une vive opposition des populations de montagne qui craignaient d’être dépossédées de leurs territoires. Dans certaines régions, il y eut, de véritables jacqueries anti-forestières[13], ” ) m’a évoqué les résistances actuelles de certains responsables locaux aux messages d’alerte concernant l’impasse du modèle du “tout ski”. Ces élus se retranchent alors derrière un séculaire argument : “on ne va quand même pas se laisser dicter par d’autres -scientifiques, intellectuels, écologistes pas de chez nous - les façons d’agir pour nous permettre de vivre et de travailler au pays”. Cette tendance semble-t-il intrinsèque à la nature de l’élu local (!) doit encourager chaque acteur et/ou penseur se réclamant d’un réel développement durable (et non d’un concept cosmétique et à la mode, vidé de son sens)à réfléchir à la façon de ne pas heurter de plein fouet ces décideurs, mais plutôt à les convaincre “en douceur”. Le risque dans le cas contraire est peut être finalement de pousser ces élus à s’enfermer davantage encore dans ces impasses, en réaction à ces pressions extérieures inacceptables pour eux ? Un sacré défi pédagogique…

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