Le patrimoine : cultiver sa différence

Article de P/DurAlpes, le 22 sept, 2008

Le territoire alpin est une véritable mosaïque colorée. Chacun de ses éléments possède sa richesse, sa singularité, sa culture et ses ressources. Son originalité constitue un facteur d’attractivité. Sa force ne provient elle pas de sa capacité à unir ces éléments pour en faire un lieu haut en couleurs ?

Au lendemain des journées internationales du patrimoine, dans ce troisième volet illustrant le sujet, Anne-Catherine Xouillot, animatrice du patrimoine du Syndicat intercommunal à Abondance témoigne d’une décision plurielle : ancrer l’identité de la vallée.

En complément de la pratique du ski l’hiver ou de la randonnée l’été, les six communes de la vallée d’Abondance se sont engagées depuis quelques années dans une nouvelle voie : la mise en valeur de leur patrimoine.
Après que les remontées mécaniques d’Abondance aient arrêté en 2007 leur exploitation – devenues référence emblématique des stations de moyenne montagne confrontées au réchauffement climatique – la valorisation du patrimoine s’inscrit comme une démarche durable pour maintenir l’économie de la vallée.

Les communes ont ainsi choisi de présenter et d’expliquer ce qui constitue leur identité, son façonnage au cours des siècles, son évolution et quels sont les enjeux pour son avenir.

Le Pays d’art et d’histoire a déjà toute une histoire !

En 1990, ce sont les premiers pas : la Direction Régionale des Affaires Culturelles réalise un inventaire du patrimoine des six communes du canton d’Abondance, listant et décrivant tous les bâtiments et objets présentant un intérêt historique, artistique ou ethnologique. Cette étude a permis une véritable prise de conscience des élus et des habitants de la richesse de leur architecture traditionnelle, des édifices religieux et plus largement des paysages.

En 2000, conscients de la nécessité de diversifier les activités touristiques, les élus entreprennent une étude de valorisation culturelle du territoire qui débouche sur une candidature au label Pays d’art et d’histoire, candidature concrétisée par l’obtention de ce label national le 12 juin 2003.

Sans pour autant être une alternative au ski, les actions mises en place dans le cadre de ce label représentent aussi un moyen pour pallier les éventuelles pertes d’exploitations générées par les fluctuations des fréquentations hivernales en périodes d’incertitudes climatiques et de diversifier ainsi l’offre touristique.

Cette démarche répond également aux attentes de la clientèle d’hiver qui panache désormais son séjour entre activités sportives et activités culturelles.
Elle nécessite pour chacun des acteurs locaux de construire et de proposer des animations attractives en cohérence avec le caractère de ces stations villages.
Elle demande aussi de favoriser des synergies entre les différents acteurs ou structures pour optimiser les effets recherchés (partenariats créés pour certaines conventions entre la Draf, le ministère de l’Agriculture ou celui de la Culture).

Appréhender la relation qui unit le paysage à l’homme, susciter de l’intérêt pour des pratiques deviennent ainsi des leviers pour renforcer l’économie locale et maintenir des emplois.

De quel patrimoine parle-t-on en vallée d’Abondance ?

Plutôt que du patrimoine, cantonné trop souvent aux monuments, on devrait parler des patrimoines de la vallée. En effet, c’est une réelle gageure que de résumer en un seul terme toutes les facettes de ce territoire :

- des paysages de montagne variés alliant une végétation étagée, une diversité géologique et une richesse de la faune et de la flore ;
– un habitat traditionnel sauvegardé, composé au fil des villages et hameaux, de fermes, de greniers, de chalets d’alpage ;
– un patrimoine agropastoral toujours vivant, identifié par l’élevage de la race bovine Abondance, la fabrication de fromages, et par les savoir-faire, gestes ancestraux et traditions ;
- un patrimoine religieux illustré par le site abbatial d’Abondance, sa collection d’art sacré, les églises paroissiales, les chapelles, croix, oratoires, mais aussi les pratiques qui y sont liées ;
- l’exploitation de la forêt et le travail du bois, avec les techniques de construction, les colombes sculptées, les palines, ces rambardes de balcons taillées et peintes ;
– enfin le développement des sports d’hiver, des stations villages, et en général le rapport à la neige au fil des siècles…

Un défi pour l’avenir !

Avec le label Pays d’art et d’histoire, la vallée s’est engagée dans une démarche de mise en valeur de son patrimoine par divers moyens : circuits organisés ; sentiers d’interprétation autour du patrimoine naturel ; modules pédagogiques et outils de découverte adaptés au jeune public en temps scolaire ou pendant les vacances, documents de promotion, expositions… Tout comme celle, à vocation artistique organisée en collaboration avec un photographe et un ethnologue, véritable réflexion sur les pratiques pastorales et l’évolution du ressenti de l’homme depuis que les alpages sont accessibles à un public de plus en plus large. Textes et photos fabriquent un lien entre paysages, gestes et savoir-faire. Cette exposition ouverte jusqu’en avril 2009 deviendra ensuite itinérante grâce au partenariat mis en place avec l’AFTAlp (l’Association des Fromages Traditionnels des Alpes savoyardes).

Cette démarche est complétée par une volonté de sauvegarde du patrimoine, avec notamment la mise en place d’une consultance architecturale, qui permet à un architecte-conseil de guider les élus et les particuliers pour leurs projets de construction ou de transformation de bâtiments, dans le respect des paysages et du bâti traditionnel de la vallée. Elle donne l’occasion à chacun des habitants d’avoir le sentiment d’appartenir à une communauté riche d’un passé qu’il faut conserver, d’affirmer une identité parfois malmenée et de s’impliquer dans son développement. C’est une opportunité organisée porteuse d’avenir.

Autre exemple : les communes de Châtel et de La Chapelle d’Abondance affichent leur volonté de préserver la diversité biologique et de valoriser leurs territoires en adhérant au réseau européen Natura 2000 sur les massifs du Mont de Grange et des Cornettes de Bise. Ce programme vise à concilier préservation des milieux naturels et des espèces avec le développement local, à savoir sur ces massifs, le maintien des pratiques agropastorales, l’exploitation forestière et le tourisme.

La valorisation touristique et la sensibilisation du public constituent un axe fort de travail : après une première opération « A l’école de la forêt » avec les élèves de l’école élémentaire de La Chapelle qui a donné naissance à un sentier d’interprétation, sont prévues l’installation de portails d’entrée pour informer le grand public sur des aspects environnementaux, la mise en place d’animations comme les itinéraires alpestres, la rencontre avec des alpagistes fabriquant de fromages.

Le Pays d’art et d’histoire est ainsi un moyen de transmettre aux générations futures un territoire préservé mais tourné vers l’avenir.

Photos : © Syndicat intercommunal Abondance – Mirco éditions – Tous droits réservés

 e n   p a r t e n a r i a t    a v e c 

 

  1. 2 commentaires pour “Le patrimoine : cultiver sa différence”

  2. par Denis Bouchet, le 22 sept 2008| répondre

    Le reportage est plus idyllique que la réalité…
    Le plus gros projet de la vallée d’Abondance est la réalisation d’un gigantesque réseau de neige de culture!
    Et la commune d’Abondance n’est pas vraiment convaincue de la nécessité de se reconvertir car elle cherche par tous les moyens à remettre en route ses remontées mécaniques!!!
    Cordialement,
    Denis Bouchet

  3. par jacquier jean-pierre, le 22 sept 2010| répondre

    L’intention est bonne mais la réalité est tout autre !
    Comme le souligne justement Mr Bouchet,
    la volonté de certains élus, soutenue par leurs électeurs, a fait que le haut de cette vallée s’est vu laminée au fil des ans par le tout ski et l’enneigement artificiel,s’appuyant sur les subventions publiques pour combler dans certains cas leurs déficits d’exploitation. Le résultat en est que de larges pans de montagnes ont étés défigurés par les boulevards à skieurs et pistes en tous genres, l’architecture traditionnelle malmenée par l’édification des résidences secondaires sans âme aux volets fermés une grande partie de l’année.
    Observateur attentif de cette vallée depuis une cinquantaine d’année, je n’ai jamais eu connaissance d’une quelconque action concrète et efficace, initiée et soutenue inancièrement par les pouvoirs publics, afin de protéger et réabiliter ce patrimoine si précieux.
    Une plaquette d’information intitulée  » bien construire en Chablais » et distribuée par le secrétariat d’Etat à la Culture- Direction de l’Architecture, dans les années 1980, posait pourtant justement le problème:
    « L’actuel bric à brac des constructions neuves nous paraît pleinement justifier une action de conseils pour l’amélioration de la qualité architecturale. »
    Ces recommandations n’ont jamais été suivies d’effets concrets.
    Enfin, ayant eu l’occasion de bénéficier (sans succès!)de la consultance architecturale mise en place comme indiquée dans votre article, j’ ai pu en mesurer l’innéficacité, faute de moyens financiers affectés à initiative louable.

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