Les 3 casquettes
Article de Marie Antoinette Melieres, le 29 juin, 2008Dans le domaine de la gestion des stations de montagne, différentes positions sont à harmoniser : celle du gestionnaire de la station de ski confronté à la rentabilité à court terme des aménagements existants, celle du montagnard soucieux de l’évolution à plus long terme de son patrimoine, et celle du citoyen mondial confronté à des orientations dont va dépendre, dans les décennies à venir, tout un équilibre planétaire. Afin de dresser le cadre des décisions futures d’aménagement, Marie-Antoinette Mélières, climatologue, collaboratrice à l’Institut de la Montagne de l’Université de Savoie donne ici un bref aperçu des conditions dans lesquelles a évolué et va évoluer le climat, un des paramètres clés de la ressource en neige des stations.
Le décor, rapidement.
Le réchauffement climatique qui s’est manifesté ces dernières décennies touche quasiment l’ensemble des continents (donc des régions montagneuses) et des océans, de l’équateur aux pôles (seules certaines parties de l’océan de l’hémisphère sud, souvent longues à se réveiller dans tout grand changement climatique, y échappent encore). L’ensemble de la couverture neigeuse sur l’hémisphère nord s’amenuise continuellement depuis plusieurs décennies (près de 40 ans) - les cartes sont éloquentes : la calotte du Groenland est en diminution, la banquise en été régresse depuis 50 ans - et actuellement d’une façon accélérée, l’ensemble des glaciers délivrent le même message de l’Equateur aux pôles. En HN, les dates de dégel avancent et la végétation démarre plus tôt : entre 2 et 3 semaines, que ce soient les crues de dégels des immenses fleuves sibériens qui drainent le nord de l’Asie, ou chez nous, floraisons, et récoltes de fruits ; avec toutes les caractéristiques des grands changements climatiques (les continents se réchauffent plus vite que les océans, l’Arctique plus vite que l’Equateur), etc. et ceux d’une accentuation de l’effet de serre (les nuits se réchauffent plus que les jours, refroidissement dans la haute atmosphère et réchauffement en-dessous, etc.). Moyenné sur l’ensemble de la surface terrestre ce réchauffement s’élève à près de 1°C : en France il est plus proche de 2°C, et dans la région arctique de 3 à 4°C.
Ce réchauffement à couverture mondiale ne trouve pas son explication dans une cause naturelle, mais dans l’augmentation des Gaz à Effet de Serre, ou GES, qui est le fait de l’homme, plus particulièrement celle du CO2, dont la moitié des émissions s’accumulent dans l’air pour des centaines d’années.
Les émissions de GES continuant, le réchauffement continuera. Il faudra une diminution de l’ordre de 3 des émissions mondiales actuelles pour stabiliser le climat. C’est ce vers quoi tendent les efforts entrepris aujourd’hui, une conscience collective de l’enjeu final, de plus en plus développée, en étant le moteur. Nécessaire pour éviter une violente perturbation de l’équilibre écologique… et économique. Mais, de même qu’un pétrolier géant (une image par exemple de l’économie actuelle) ne peut stopper sa course instantanément, les prochaines décennies seront encore marquées par le sceau du réchauffement. Dans ce contexte les scénarios les plus volontaristes (amorçage rapide d’une politique de développement d’énergies non émettrices de GES) prévoient un réchauffement mondial de l’ordre de 1°C en deux décennies (valeur qui pourrait être revue à la hausse dans de nouvelles évaluations), valeur qu’il faudrait presque doubler pour la France métropolitaine.
Revenons à nos montagnes.
Qu’en est-il de la ressource en neige pour les stations de sport d’hiver ? Que pouvons-nous prévoir ? Tout d’abord éviter le piège de l’espoir suscité par des hivers qui se succèdent montrant une couverture neigeuse parfois réduite à peau de chagrin et parfois fort généreuse… Et si tout d’un coup tout se remettait en place comme avant ? Avant, il y a quelques décennies ? Cet espoir est logique pour qui n’a pas réalisé que les milliards d’informations accumulées interprétées ces dernières années, indiquent que ces fluctuations, d’une année à l’autre, sont le bruit de fond naturel sur un réchauffement, mondial, progressif, dont l’origine est cernée. Celui-ci va continuer ; de quelle manière ? C’est à l’homme de décider.
Que prévoir ?
Des études sur l’évolution future de l’enneigement de la station d’Aspen (conférence présentée par M. Williams à l’Institut de la Montagne, le 3 juin dernier) ont été engagées aux USA pour différentes époques de l’hiver (par exemple l’enneigement à Thanksgiving est une donnée clé, car c’est à cette époque que la demande en vacances à la neige montre un pic).
Ces études sont basées sur une étude statistique des observations passées à la station combinées avec les différents scénarios de réchauffement envisagé. Elles n’incluent pas une évolution des précipitations (pluie et neige) en hiver dans le cadre du réchauffement climatique. Cette analyse plus fine ne dément pas une manière plus simple d’estimer les conséquences du réchauffement, celle d’associer à une augmentation de 1° une translation de 150 m en altitude.
Cette règle, certes grossière, indique un fort impact sur l’enneigement de stations de moyenne altitude et un bien moindre impact sur celles de haute altitude. Qu’en est-il de l’évolution des chutes de neiges ? En Europe, les prévisions indiquent plus de précipitations (pluie/neige) sur le nord de l’Europe, moins sur le sud, la ligne de séparation passant au nord de la France. Ces prévisions sont le fait de modèles en constante amélioration et si l’on peut être confiant dans les prévisions de grandes tendances (pluies accentuées au nord, sécheresse accentuée au sud : les deux blocs sont bien définis) la ligne de démarcation est complexe à positionner. Cependant, pour l’instant, les dernières versions des modèles confirment une baisse annuelle de la pluie sur la zone charnière qu’est la France.
Dans ce contexte, comment nos trois acteurs de montagne peuvent ils faire face à l’ensemble de ces évolutions ?
Le gestionnaire de station de ski devra prendre en compte la nette et continuelle remontée de la couverture neigeuse, pénalisant dans un premier temps les domaines de moyenne altitude ; leur évolution passera par la recherche de diversification et la valorisation d’autres ressources du territoire.
La gestion de l’environnement montagnard devra entre autres être orientée vers une économie des ressources en eau.
Le citoyen mondial, quant à lui, est concerné dès à présent par la diminution des émissions de GES.
Ces trois regards vont devoir se croiser pour imaginer le futur de l’économie et la société montagnardes. La réflexion estivale est ouverte… des pistes prochainement !
Photo : © Mirco édiitions - Carole Stoffel et Denis Favre Bonvin - Tous droits réservés





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