Les gaz de schistes, attention au sphitt !

Article de P/DurAlpes, le 25 fév, 2011

Où vont les cours du pétrole ? Depuis les récents événements en Lybie, qui ont fait échos à ceux de la Tunisie et de l’Egypte, les cours du pétrole poursuivent leur envolée, atteignant de nouveaux sommets. Plus que jamais se pose la question de la dépendance énergétique et des alternatives, qui sous le poids de certains lobbies, ne peuvent se poser 2011021617472039 sitecomme de réelles voies de diversification. Solaire, éolienne… nucléaire, la balle est dans le camp politique ! L’énergie propre coûte chère, le pays est endetté, les subventions dégringolent. Alors on continue à creuser, explorer la terre , toujours encore plus pour trouver d’autres gisements prometteurs. Les réserves de gaz non conventionnel de houille ou de schistes font rêver.

« En Europe, les réserves potentielles de gaz de schistes (de 3 000 à 12 000 Mdm3, selon le CERA – Cambridge Energy Research Associates) pourraient permettre de multiplier par 2 la durée de vie des réserves actuelles et réduire la dépendance en importation, notamment en provenance de la Russie ». Pourtant en raison des techniques auxquelles elles font appel, les extractions constituent, sur le plan écologique, une menace considérable.

Directeur général du WWF et chroniqueur de Terra Eco*, Serge Orru explique pourquoi les gaz de schiste sont une réponse « vaine et dangereuse » au désir d’indépendance énergétique de la France.

Les gaz de schiste, c’est quoi ?

L’histoire remonte à 2010 quand le Ministre de l’Ecologie d’alors octroie des permis d’exploration dans le sous-sol français afin d’évaluer les réserves en gaz de schiste. De grands groupes tels que Total et GDF-Suez, alliés pour l’occasion avec des compagnies américaines avaient prévues des recherches dans plusieurs départements (Moselle, Ardèche, Aveyron, etc.), mais une levée de bouclier a amené le gouvernement à « suspendre » ces permis d’exploration le 4 février dernier.

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Le gaz de schiste est un gaz non conventionnel dont la technique d’extraction est nouvelle pour les entreprises françaises. Non conventionnel car il ne concerne pas comme d’ordinaire des poches de gaz présents naturellement dans le sous-sol. Dans ce cas, après avoir foré pour atteindre la couche de schiste située entre 2000 et 3000 mètres de profondeur, on explose la roche à l’aide d’eau, de sable et de produits chimiques propulsés à très haute pression. Le gaz prisonnier de la roche est alors extirpé puis évacué vers des réservoirs ou pipelines en vue de produire in fine de l’électricité.

gaz-de-schiste siteCe gaz est exploité depuis de nombreuses années aux États-Unis, premier producteur mondial. Parce qu’elles n’avaient pas acquis le savoir-faire, les entreprises françaises ont donc dû s’adjoindre les services de leurs consœurs américaines. C’est que l’expérience américaine mais aussi canadienne représente en la matière un précédent auquel il est intéressant de se pencher. De l’autre côté de l’Atlantique, l’exploitation du gaz de schiste a occasionné des dégâts environnementaux et sanitaires considérables.

Attention danger !

schiste_2 siteOutre la multiplication des puits de forage dans le paysage – car ces derniers doivent être nécessairement rapprochés – il faut considérer les impacts sur les nappes phréatiques, la faune et la flore ainsi que les émissions des gaz à effet (GES) engendrées par la production.
L’eau d’abord : chaque explosion ou « fracturation » de la roche demande 15 à 20 millions de litres (soit la consommation quotidienne d’une ville de 40 000 habitants) chargés de produits chimiques dont on ne maîtrise pas le risque de dissémination dans les nappes phréatiques (sans compter l’armada de camions-citernes nécessaire pour l’acheminer entrainant émissions de GES et pollution de l’air). Quid ensuite de l’eau ayant servi, elle ne peut revenir dans le circuit classique des eaux usées et est stockée dans des grands bassins.

L’érosion de la biodiversité végétale et animale est une autre conséquence à laquelle s’ajoutent des émissions de gaz à effet de serre incompatibles avec les objectifs de diminution engagés par la France et l’Europe. Comme le gaz conventionnel, le gaz de schiste est composé de méthane qui a un impact extrêmement élevé en termes de GES et peut-être de plus accompagné de particules radioactives à l’origine contenues dans le sous-sol : radium 226 solide et par suite le gaz radioactif radon 222.

Vers d’autres solutions.

Le développement de la production du gaz incriminé est perçu par l’Etat comme l’une des solutions possibles afin d’atteindre l’indépendance énergétique. C’est là une idée aussi vaine que dangereuse. Quand bien même ces explorations aboutiraient à réévaluer à la hausse les volumes disponibles, les réserves de gaz de schiste dans le monde resteront réparties très inégalement. Selon les estimations actuelles, l’Europe en possède quatre à six fois moins en milliards de barils « équivalent pétrole » par rapport à l’Amérique du Nord, l’Asie ou le Moyen-Orient. Envisager d’investir des sommes colossales dans cette filière revient une fois de plus à repousser la nécessaire transition énergétique vers les alternatives renouvelables, seule politique en mesure de répondre aux défis posés par notre dépendance vis-à-vis des énergies fossiles et des importations.

Affirmons-le avec force : nous n’avons pas de pétrole, soyons innovant sans détruire le vivant ! Le photovoltaïque, l’éolien, l’hydraulique, l’énergie marémotrice, etc. sont des sources d’énergie propre disponibles localement et dont le développement conjugué peut répondre à nos besoins. Pourquoi creuser les entrailles de la Terre et y laisser du poison quand la planète nous offre en surface et dans l’air les ressources suffisantes pour produire de l’électricité à moindre impact ? Le fait que la France ait accumulé un retard majeur sur le plan de ses filières industrielles d’énergies renouvelables devrait l’inciter à ne plus perdre de temps et concentrer ses efforts sur les ENR et la maitrise de l’énergie car trop souvent gaspillée.

Sorti le 3 février 2011, le Rapport sur l’Energie du WWF trace les perspectives à horizon 2050 pour une production décentralisée et entièrement renouvelable. Il rappelle au besoin que s’il n’y a pas de scénario de moyen terme qui entrevoit une transition énergétique en se passant du gaz, il existe en revanche une différence importante entre gaz conventionnel et non conventionnel. Concernant ce dernier et en contradiction avec l’exigence fixée par le Grenelle, aucune mise en discussion préalable n’a été conduite. A l’image du pétrole et du nucléaire, ce sujet échappe au débat public.

Oui, nous trouverons des réserves de gaz de schiste, oui nous pouvons tenir un peu plus longtemps avec le pétrole en forant toujours plus loin dans le sol, oui les risques industriels vont s’accroître parallèlement et oui l’énergie coûtera ce faisant de plus en plus cher… Caresser un cercle il devient vicieux, creuser le sol et vous toucherez le fond. Cessons de vivre en sursis dans une société masochiste, halte au gaz de schiste !

*Publié par Terra Eco
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  1. 2 commentaires pour “Les gaz de schistes, attention au sphitt !”

  2. par Hannoun, le 28 fév 2011| répondre

    Très intéressant,

    Merci

    Monique Hannoun

  3. par Chamel Michel, le 4 mar 2011| répondre

    l exploitation du gaz prisonnier des schistes est une hérésie , il faut tout faire pour empêcher cette exploitation qui est super polluante , dévoreuse d eau , et ne résoudra pas la lutte contre le changement climatique car ce gaz augmentera de nouveau la teneur en CO2 de notre atmosphère. La seule solution réaliste réside dans les économies d énergie en commençant par l ‘isolation des 19, 1 millions de bâtiments construits avant 1975 , et le développement accéléré des énergies renouvelables

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