Un exemple de gouvernance : de l’idée aux actes

Article de P/DurAlpes, le 12 mai, 2008

Il y a quelques semaines, Madame Emmanuelle Marcelpoil concluait l’article intitulé Changement climatique et territoires touristiques de montagne ainsi :

… “En ce sens, la finalité est de faire émerger une action publique innovante, n’opposant plus les stratégies opérationnelles des professionnels du tourisme et la logique d’accompagnement des collectivités territoriales, destinée à pallier les externalités négatives ou à infléchir les processus à l’œuvre, de manière isolée. Il s’agit en associant, plutôt qu’en opposant les acteurs parties prenantes de la filière Stations, de définir les contours d’une variété de capacités d’innovation, de mettre un œuvre des modèles économiques d’évolution de la station, bien éloignées de la relation fructueuse entre hébergement-remontées mécaniques, fondatrices du modèle de développement touristique de montagne. C’est à ce prix que les destinations touristiques de montagne pourront développer une performance globale”.

Certains, depuis longtemps, ont compris de manière intuitive ou raisonnée la ligne d’équilibre à suivre entre économie et protection de l’environnement. Un équilibre fragile, qui favorise la diversification des activités sans pour autant oublier ou condamner celles inhérentes à la neige. Une attitude difficile qui réclame l’adhésion de tous, une organisation des structures, l’évolution des mentalités et surtout une bonne gouvernance.

Ainsi, il y a 5 ans, bien avant que le développement durable n’occupe le devant de la scène, et au prétexte initial de mieux organiser la gestion de l’eau, précieuse en pays de montagne, le conseil municipal des Gets (Haute-Savoie) a, sous l’impulsion de son maire, Alain Boulogne, élaboré un projet des plus audacieux :

“Nous avons engagé notre commune dans un - Projet Village - respectueux des trois composantes du développement durable : l’environnement, l’économie et le social. Tous nos efforts se sont portés dans l’apprentissage de conjuguer ensemble ces trois impératifs pour atteindre les objectifs fixés : préserver le paysage, un atout fondamental ; développer le transport urbain par câble, en misant sur la double vocation des remontées ; atteindre le point 0 en CO2 ; financer l’été par la constitution de réserves générées par l’hiver ; apprendre à gérer les flux plutôt que les stocks de clients ; travailler de concert.

C’était un programme visionnaire ; nous étions d’ailleurs  la première station française à oser s’engager dans une telle démarche.
L’année 2007 a marqué également la fin du 12e Contrat de Plan des Stations de Moyenne Montagne qui a permis la mise en route de notre projet grâce à des financements de la région Rhône-Alpes et du Conseil général de la Haute-Savoie.”

Ce Projet Village 2003-2013 se décline en 12 points, certains sont très actuellement très avancés, d’autres à venir. Il nous a paru intéressant de porter à connaissance cette expérience qui sans aucun doute peut avoir valeur d’exemple. Et pour qu’il soit encore plus parlant le traitement du contenu sera volontairement pragmatique. 

La révision du Plan Local d’Urbanisme : un document majeur pour l’avenir.

Pour faire face à la pression du marché foncier, la commune a dû fixer son propre rythme de développement en respectant la capacité de charge du territoire. Pour cela il lui a paru indispensable de disposer d’un document d’urbanisme et de planification définissant son projet de territoire pour les prochaines années.

La révision du PLU a permis de fixer des règles générales d’utilisation des sols qui à la différence de l’ancien Plan d’Occupation des Sols (POS) dépassent la simple thématique foncière. L’élaboration du PLU, à travers les orientations générales du Projet d’Aménagement et de Développement Durable (PADD), s’est transformé en véritable projet communal pour les années à venir.
Le PADD des Gets, synthétisant les orientations générales d’aménagement, de protection environnementale et de développement économique du territoire, a introduit quatre grands axes de réflexion devant systématiquement être pris en compte lors des projets d’aménagement :

- Réaffirmer la centralité de la station en densifiant le tissu urbain.
- Réorganiser le maillage routier en favorisant la piétonisation du centre, en requalifiant les entrées de village et en conservant la Route des Grandes Alpes comme voie de transit.
- Favoriser un développement économique et touristique qui s’appuie sur les commerces, les services et les équipements.
- Valoriser le cadre naturel, atout majeur du développement touristique.

L’amélioration de l’accueil : un élément clé de la réussite.

Un village doit être attentif aux nouvelles attentes de la clientèle notamment en termes d’accueil. A ce titre, une charte de coopération et de qualité de l’accueil a été signée entre la mairie, l’office de tourisme, Les Gets Evènements et la SAGETS. Cette charte reprise dans le Contrat de Station des Gets décline l’amélioration de l’accueil en plusieurs actions :
- Valoriser les espaces publics et notamment améliorer les entrées du village.
- Moderniser et développer le site internet de la station.
- Organiser le parking des Perrières.
- Développer de nouveaux produits enfants.

La mobilité pour tous : innover pour attirer.

Proposer des offres alternatives de transport et inciter le plus grand nombre à se déplacer autrement n’est certes pas chose facile. Pourtant, dans la vallée d’Aulps et plus largement sur l’ensemble du Haut Chablais, le projet européen MobilAlp mené de 2005 à 2007 a permis d’apporter des solutions efficaces à cette problématique.
Par ailleurs, une ligne intravallée baptisée Balad’Aulps Bus, offrant des services cadencés pour 1 € le trajet, est venue renforcer les transports interurbains non adaptés aux attentes de la clientèle touristique et de la population locale. Une centrale de la mobilité recouvrant tout le territoire du Haut Chablais a également été développée afin de renseigner sur les offres de transports existantes.
Ne souhaitant pas mener une réflexion isolée sur la mobilité durable mais au contraire favoriser les échanges d’expériences avec ses voisins de l’arc alpin, Les Gets a participé au programme européen Perles des Alpes. L’objectif a été de créer un réseau de stations alpines soucieuses de renforcer la protection de l’environnement dans les domaines du tourisme et de la mobilité.

Dans le cadre du projet d’adaptation de l’offre de loisirs de pleine nature, la commune et la SAGETS, en partenariat avec la commission sentier, ont établi un programme d’organisation et d’aménagement du domaine afin de sectoriser l’espace et améliorer ainsi la cohabitation entre les différents usagers de la montagne.

Positionnement et nouvelles clientèles : s’ouvrir à de nouveaux marchés.

En hiver, la clientèle étrangère représente 50% de la clientèle des Gets contre 10 % en été. Dans ce contexte, comment élargir la fréquentation malgré la concurrence importante des autres stations françaises et européennes, comment lutter face aux destinations à coût faible ?
Dès 2003 l’office de tourisme des Gets a intégré le groupe des 15 stations “long courrier” avec Ski France International et a développé sa communication à destination de l’étranger. Présentant un potentiel important par sa proximité, le marché européen n’a pas pour autant été délaissé. Avec Les Gets Réservation chargé de la commercialisation, l’office de tourisme a effectué des déplacements vers de nouveaux pays émetteurs tels la Russie ou les Pays Baltes.
Soucieux d’améliorer son taux de fréquentation l’été, la station a participé en 2004 à l’opération “La Montagne l’été “. Organisée par le Comité Régional du Tourisme, cette démarche de promotion collective, ciblant trois marchés (Grande Bretagne, Pays Bas et France), s’est présentée sous différentes formes (newsletter, pages internet, dépliants) et a permis de compléter les actions menées aux côtés de Ski France International.

Habitat et bien-être : vers un habitat durable.

Un véritable dilemme se pose aux stations écotouristiques : comment gérer au mieux l’intégration environnementale du bâti quand le chauffage des hébergements constitue en station de montagne, le second facteur d’émission de gaz à effet de serre après les transports ?
Aux Gets, le gel des permis de construire décidé après de graves problèmes de pénurie d’eau a interrompu l’urbanisation de la commune mais a eu comme effet indirect d’accentuer les projets de réhabilitation. La commune encourage le respect des normes architecturales de haute qualité environnementale et a d’ores et déjà intégré ces critères dans la création de 28 logements sociaux.

L’offre culturelle : allier évènement et environnement.

Diversifier l’offre touristique en impulsant une vraie dynamique évènementielle est une des solutions mise en œuvre pour compenser la perte d’attractivité de la montagne durant l’été. Consciente du potentiel culturel de son territoire, la commune a valorisé son environnement muséographique et naturel à travers deux festivals, la Musique Mécanique et Billes de Bois. Tout en conservant un programme d’animation ouvert à un large public, ce dernier a souhaité devenir un espace de rencontre pour les spécialistes forestiers.
En rassemblant scientifiques et gestionnaires d’horizons divers, les Journées Européennes de la Forêt de Montagne rappellent la fragilité des espaces et la nécessité de préserver ces formidables puits de carbone.

La préservation de l’authenticité : faire connaître son histoire.

Elus, techniciens des communes de la vallée d’Aulps et membres d’associations ont affiché leur volonté de valoriser ensemble les richesses culturelles locales car malgré une histoire millénaire, le patrimoine de la vallée reste méconnu. Un guide intitulé “Histoire, Culture et Patrimoine”, véritable trace écrite de la mémoire collective, a vu le jour en 2005. Face au succès rencontré, la mairie des Gets a supervisé en 2006 la réalisation d’une seconde édition plus étoffée : “A la découverte d’une vallée alpine”.

La gouvernance locale : pas de débat sans décisions, pas de décisions sans débat.

La concrétisation du projet village et l’application de ses grands principes sur le territoire ne peut être possible sans une étroite collaboration entre techniciens, élus et population. C’est dans cette intention que la Maison des Gets a vu le jour. Au-delà d’un simple bâtiment regroupant les différents intervenants de la station, elle représente un espace de concertation et de réflexion propice à la réactivité et à l’élaboration de projets collectifs, transversaux et fédérateurs.
Tout en gardant à l’esprit la cohérence du projet-village les représentants des différents services de la Maison des Gets se réunissent régulièrement autour du maire et de ses adjoints composant ainsi l’organe exécutif des décisions du conseil municipal. Attachée à la notion de démocratie participative la commune encourage ses administrés à venir s’exprimer et réagir sur différentes thématiques lors des réunions publiques d’information.

Le développement durable : penser global, agir local.

Le changement climatique fragilise l’économie des sports d’hiver. L’avenir du tourisme de montagne pose questions. L’offre touristique en évolution constante dans un secteur très concurrentiel peut se démarquer en proposant une stratégie de développement touristique durable alliant l’efficacité économique et l’éco-responsabilité.

L’information et la communication : informer pour mieux sensibiliser.

Comment interroger chaque citoyen sur ses habitudes de déplacement et de consommation afin de tendre vers un comportement éco-citoyen ? Le conseil municipal a souhaité ouvrir le dialogue avec la population :  des bulletins d’information  sur les orientations prises par la commune et sur l’avancée de dossiers engagés et d’études menées sont régulièrement distribués.
Depuis 2003, six brochures ont été éditées sur des problématiques aussi diverses que la mobilité, l’eau, la gestion des déchets ou la révision du Plan Local d’Urbanisme.

Les outils de gestion : l’appui indispensable des nouvelles technologies.

La gestion d’un territoire nécessite une connaissance approfondie de l’ensemble de ses composantes dont la complexité des interactions ne permet pas toujours d’appréhender la totalité des enjeux socio-économiques et environnementaux.
Dès 2003 la SAGETS a souhaité optimiser à tous les niveaux la gestion et l’organisation du domaine skiable ainsi que celles de son second secteur d’activité, la centrale de réservation.
Le Système d’Information Géographique (SIG) représente à ce jour l’outil le plus performant en matière de gestion et d’organisation territoriale. Il permet de visualiser des données alphanumériques thématisées sur des représentations cartographiques. Depuis 4 ans le SIG de la SAGETS n’a cessé de se perfectionner et des applications spécifiques ont été développées telle la réalisation de cartes des secours, de plans de sauvetage, d’enneigement ou de déclenchement des avalanches.
Un poste de chargé de mission a été créé en 2003 en collaboration avec les remontées mécaniques de Morzine et Châtel.
La centrale de réservation permet une meilleure rationalisation des commandes clients et de nouvelles offres comme le séjour à la carte.

L’accueil des saisonniers : augmenter les capacités d’hébergement.

La question de l’hébergement est une des préoccupations majeures des saisonniers qui déterminent leur lieu d’activité par rapport aux conditions d’accueil.
Afin d’améliorer les conditions de vie et de travail du personnel, la commune a acquis en 2006 une résidence de 30 logements totalisant 48 lits mis à disposition des employeurs de la station. Pour les remontées mécaniques, 18 lits ont été attribués en priorité aux nouveaux saisonniers. La SAGETS  fait également bénéficier son personnel de différents avantages comme la prime mensuelle d’équipement, des réductions sur les forfaits de skis…

Le Projet Village des Gets est un projet ambitieux, qui requiert l’adhésion de tous : élus, acteurs de la montagne, associations et population. A mi parcours, avant que le maire ne quitte ses fonctions - celui-ci n’ayant pas souhaité se représenter en 2008 - un bilan permettant d’identifier les réussites et les points faibles a été réalisé.

L’expérience qui consiste à vouloir transformer un village de montagne en station pilote aura-telle abouti ? Le bilan sera-t-il suffisamment concluant pour que le projet soit poursuivi au-delà des intérêts individuels ? Ce projet peut-il recouvrir une dimension à l’échelle de la vallée ?
L’essentiel n’est-il pas d’essayer ! De passer le niveau des paroles pour agir ! De pointer les écueils pour servir les projets d’autrui ! De mobiliser les forces vives d’un territoire et capitaliser sur l’intérêt de travailler ensemble pour développer des projets de sociétés qui concernent l’avenir de tous !

 Photos : ©  Mirco éditions - Tous droits réservés

  1. 3 commentaires pour “Un exemple de gouvernance : de l’idée aux actes”

  2. par Denis Bouchet, le 31 mai 2008| répondre

    Le bilan financier de la station est oublié: elle est en état de quasi faillite!!!!

  3. par Ormel, le 30 juin 2008| répondre

    station en faillite ou pas ? y a t il une relation de cause à effet avec la démarche présentée ici ? je ne connais pas le contexte mais la faillite n’est ce pas le risque auquel sont de plus en plus confrontées les stations de moyenne montagne ? ce qui m’a paru intéressant dans ce témoignage, c’est la mise en oeuvre, malgré ce risque, d’un travail de fond, portant sur différentes composantes du développement d’une station, et avec apparemment un souci d’associer les différents acteurs de la station, y compris la population, les touristes et les saisonniers, pas seulement les décideurs financiers ou politiques. il s’agit j’imagine ici d’infléchir le développement aussi bien sur la forme (gouvernance) que sur le fond (renouvellement de l’offre de produits et des marchés visés) qui est intéressante et on comprend bien qu’une telle démarche de fond ne peut pas donner de résultats immédiats ou bien qu’on ne peut pas l’évaluer sur la seule base de l’équilibre financier, même s’il reste un indicateur déterminant..

  4. par Pascal Chapelland, le 7 juil 2008| répondre

    Bravo pour l’initiative !
    Une démarche similaire avait été mise en place en 1989 à St Gervais avec l’aide de chercheur du CNRS dans le cadre de ” l’institut de saint gervais”
    Mr Remy Knafou responsable de ce groupe de travail a été le premier à parler en 1988 de développement durable et, les conclusions étaient très constructives mais ont été peu suivies d’actions car, comme toujours, le plus dur est d’obtenir l’adhésion de la population.
    Le degré de conscience des acteurs économiques sur la situation présente et les évolutions possibles reste très bas et les réactions très tardives. Bon courage aux Gets

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