Se faire labels !

Article de P/DurAlpes, le 19 oct, 2009

Chaque année depuis1999, l’agriculture biologique enregistre une augmentation moyenne de 9,5 %, dans un contexte où l’ensemble du marché alimentaire progresse de 3,6 %. Contre toute attente, la crise économique n’a pas pénalisé la demande des produits dits responsables, respectueux de l’environnement et de la santé. Au contraire, elle l’a stimulée. Pressée par le Grenelle, la distribution a donné le tempo et a préparé dans l’urgence des gammes dédiées avec un grand renfort de slogans, de signes de qualité ou de logos.

C’est ainsi que les éco-labels prolifèrent de part le monde : plus de 300 ! Les produits alimentaires, les biens de consommation et l’habitat en utilisent plus de 150. Devant ce raz-de-marée la confusion des consommateurs se fait grande.

Véritable exercice d’experts, les labels écologiques et les éco-labels restent totalement obscurs pour le consommateur qui doit trouver ses repères entre les labels monocritères (Energy Star), multicritères (Max Havelaar), environnementaux (AB), nationaux (Cosmebio), transnationaux (Ecolabels européens). Certains annoncent qu’ils sonts verts, d’autres qu’ils sont écologiques ou respectueux de l’environnement, mais il n’est pas toujours aisé de comprendre les différents sigles ou affirmations présents sur les produits et faire la différence entre indications garantissant un produit écologique et arguments purement marketing du fournisseur.
Dur’Alpes pénètre dans la jungle des « labels » pour vous aider à repérer les plus significatifs et à distinguer la garantie qu’ils offrent.

LES ÉCO-LABELS

Il existe plusieurs signes de reconnaissance de la qualité écologique des produits. Certains correspondent à de simples autodéclarations de la part des entreprises qui fabriquent ou commercialisent les produits. D’autres, appelés éco-labels, correspondent à des déclarations dont la conformité est attestée par un organisme de contrôle accrédité. Les éco-labels font l’objet de la norme internationale, européenne et française NF EN ISO 14024.

Dans la pratique, seuls les éco-labels officiels apportent des garanties couvrant l’ensemble des éléments suivants :
- la qualité d’usage des produits. Ainsi, en règle générale, les produits qui bénéficient de l’éco-label NF Environnement sont conformes aux exigences de qualité et d’aptitude à l’usage des normes NF existantes ;
- la qualité écologique des produits. Celle-ci est assurée par la prise en compte des impacts environnementaux sur l’ensemble du cycle de vie des produits (de l’extraction des matières premières à la fin de vie des produits) ;
- l’élaboration des critères selon une procédure associant les différentes parties prenantes (associations, industriels, pouvoirs publics) ;
- la certification par un organisme tiers indépendant et accrédité par les pouvoirs publics ou un organisme officiel. Le Comité français d’accréditation (COFRAC) est habilité par les pouvoirs publics français à accréditer les organismes certificateurs.

La normalisation a pour vocation essentielle de faciliter les échanges économiques par la codification (standardisation) des relations fournisseurs-clients au sens large (« B to B » et « B to C »).
Cette codification repose sur un document technique de référence (un cahier des charges) qui, en matière de produits, prescrit des exigences fonctionnelles (performances). Les éco-labels s’appuient sur un cahier des charges dont certaines parties peuvent faire référence à des normes relatives aux produits mais ce cahier des charges est toujours plus étendu. En effet, il doit tenir compte des exigences environnementales tout le long du cycle de vie des produits.

C’est la raison pour laquelle les éco-labels, tout en n’étant pas des normes, leurs sont supérieurs en termes d’exigences.
Deux éco-labels sont délivrés en France : la marque NF Environnement pour le marché français et l’Eco-label européen pour le marché de l’Union européenne.

NF Environnement (AFAQ AFNOR Certification)

La marque NF Environnement, créée en 1991, est une marque volontaire de certification. Il s’agit de l’éco-label français.
A cet éco-label officiel est associé un logo type qui, apposé sur un produit, atteste de sa conformité à des critères préétablis. Selon l’ADEME, NF-Environnement certifie des produits qui présentent des impacts moindres sur l’environnement et une aptitude à l’usage au moins équivalente à celle d’autres produits similaires. La marque NF-Environnement s’adresse aux produits destinés aux consommateurs et aux produits intermédiaires. Sont provisoirement exclus de son champ d’application les produits pharmaceutiques, les produits agro-alimentaires, les services et le secteur automobile.
Le produit doit répondre à un cahier des charges qui prend en considération son cycle de vie complet.

 

Ecolabel européen (Union européenne)

L’Eco-label européen la “Fleur”, créé en 1992, est la certification écologique officielle européenne destinée à aider les consommateurs européens à discerner les produits et services les plus respectueux de l’environnement. La “Fleur” est devenue un symbole de dimension européenne car tous les produits ont été vérifiés par des organismes indépendants quant à leur conformité à des critères écologiques stricts et à de critères de performance rigoureux.
Ce label concerne des produits qui ont un moindre impact sur l’environnement sur la base de critères environnementaux et de critères de performance (un produit labellisé doit être au moins aussi efficace qu’un produit classique). Un produit doit impérativement remplir tous les critères pour pouvoir obtenir le label écologique de l’UE. Ces critères écologiques tiennent compte de tous les aspects de la vie d’un produit, depuis sa production et son utilisation jusqu’à son élimination ultérieure (l’approche dite “du berceau à la tombe” ou cycle de vie).
Les catégories de produits portant l’Ecolabel Européen sont différentes de celles portant le label NF Environnement.

 LES LABELS ÉCOLOGIQUES

Qu’il s’agisse de consommation d’énergie, de produits « bio », d’énergies renouvelables, les labels sont développés pour distinguer les produits respectant des normes de production ou pour distinguer les qualités particulières d’un produit ou d’un service.

Agriculture Biologique (Union Européenne)

Label certifiant qu’un produit est issu de l’agriculture biologique telle que pratiquée sur le territoire européen. Ce label est obligatoire sur les produits issus de l’agriculture biologique depuis le 1/01/2009. Il aide les consommateurs européens à identifier les produits « bio », même s’il est moins exigeant que le cahier des charges français actuel.

 

Agriculture Biologique (Ministère français de l’Agriculture)

Le Label AB certifie que le produit est issu de l’agriculture biologique pratiquée en France.
Ce label, créé en 1985, bénéficie du soutien de l’Agence française pour le développement et la promotion de l’agriculture biologique.
Les produits « bio » qui portent le label AB doivent contenir au moins 95% d’ingrédients issus de l’Agriculture Biologique, c’est à dire sans OGM, sans engrais chimiques, ni pesticides. Ce label garantit les composants et la fabrication de ces produits, mais il n’y a pas de garantie que l’utilisation et le rejet aient moins d’impact sur l’environnement.

 

L’Anneau de Mœbius (Norme internationale ISO 14021)

Ce triangle constitué de 3 flèches signifie : « ce produit ou cet emballage est recyclable » ou « ce produit ou cet emballage contient 65% de matières recyclées ». Cette mention « recyclable » est généralement inscrite sur le dos du produit.

 

Label MSC (Marine Stewardship Council)

Ce label bleu récompense les pêcheries dont la gestion et les pratiques sont reconnues comme étant écologiquement responsables. Il certifie que le produit issu de la mer provient d’une pêcherie durable, bien gérée et ne contribue pas au grave problème de surpêche.
Marine Stewardship Council est une organisation indépendante mondiale, à but non lucratif, créée dans le but de trouver une solution au problème de la surpêche. Fondée en 1997 par Unilever, le premier acheteur mondial de produits de la mer, et par le WWF, l’organisation de conservation internationale, MSC est devenu entièrement indépendant de ces deux organisations en 1999 et est aujourd’hui financé par de nombreuses organisations de part le monde parmi lesquelles des œuvres de charité et des entreprises.
Deux ans ont été consacrés à développer une norme environnementale pour une pêche durable et bien gérée.  Elle résulte d’une consultation mondiale menée en collaboration avec des scientifiques, des experts de la pêche, des organisations écologiques et d’autres personnalités ayant un intérêt dans la conservation des stocks de poisson pour l’avenir.

 

Label FSC (Forest Stewardship Council)

Il garantit que le bois utilisé provient de forêts « gérées durablement ». Le but du FSC est de promouvoir une gestion des forêts du globe qui soit environnementalement responsable, socialement bénéfique et économiquement viable en établissant une série de principes de gestion forestière mondialement reconnue et appliquée.

 

Label PEFC (Pan European Forest Certification ou Programme de Reconnaissance des Certifications Forestières)

Il garantit la gestion durable de la forêt dont le bois ou les produits à base de bois sont issus.
Plusieurs échelons (international, national et régional) se superposent.
Ainsi, il existe, pour chaque pays, une association nationale (par exemple PEFC France) composée de 3 collèges (producteurs, transformateurs et utilisateurs). Elle définit un référentiel national (= un cahier des charges technique) comprenant des principes et des recommandations.
Au niveau régional, des associations régionales sont chargées d’adapter, de préciser ou de renforcer les règles à appliquer au niveau local. La certification est donc réalisée région par région, afin de respecter les particularités locales.

 

 Le « point-vert » (Eco-Emballages, Adelphe)

Ce label ne signifie pas que l’emballage est issu de matières recyclées ou encore qu’il est recyclable. Il garantit seulement, conformément à la loi, que le distributeur du produit contribue financièrement au programme Eco-Emballages. Les fonds ainsi collectés par Eco-Emballages sont reversés aux collectivités locales et servent à la mise en place de la collecte sélective des emballages des ménages, partout en France.

 

Cosmétiques écologiques et biologiques

Ce logo assure que le produit contient au minimum 95% d’ingrédients d’origine naturelle ou issus de l’agriculture biologique. Le référentiel autorise une quantité minime, voire négligeable, de produits de synthèse, qui sont encore indisponibles sous forme naturelle actuellement. Ce logo exclut : parfums et colorants de synthèse, conservateurs de synthèse comme les parabens ou le phénoxyéthanol, la pétrochimie (paraffine, silicone, PEG), les OGM, les traitements ionisants, les tests sur les animaux. De plus, les procédés de fabrication sont les moins polluants possibles et les emballages sont biodégradables ou recyclables.
La charte Cosmebio a donné naissance à un cahier des charges très exigeant déposé auprès du Ministère de l’Industrie et paru au Journal Officiel le 09 Avril 2003. Ce référentiel définit de façon stricte, transparente et sans ambiguïté, la « cosmétique Ecologique et Biologique » et permet de guider le consommateur vers d’authentiques produits naturels et bio.

 

“Préserve la couche d’ozone”

Présent essentiellement sur les aérosols, ce logo, indique que le produit ne contient pas de CFC (cholofluorocarbones, gaz qui contribuent à la destruction de la couche d’ozone). Rien d’étonnant puisque les CFC sont aujourd’hui totalement interdits à la production et à la consommation. C’est pourquoi, le Comité français des aérosols ne recommande plus son utilisation.

 

Label Ange Bleu (Blauer Engel)

Créé en Allemagne en 1977 à l’initiative du Ministère de l’Intérieur et accepté par le Ministère de l’Environnement, l’Ange Bleu est le premier et le plus ancien label du monde en matière de protection environnementale et concerne tous les produits hors alimentation et industrie pharmaceutique : papier, décoration, rangement, couches..
Ce logo ne peut être apposé que sur un produit, et non sur tous les produits d’une marque dont quelques produits sont certifiés. Une marque ne peut donc pas prétendre être labellisée par l’Ange Bleu mais peut promouvoir l’un de ses produits qui, lui, peut l’être.
Les produits Ange Bleu doivent répondre à des critères très stricts pour ce qui est de la protection de la santé et de la sécurité d’utilisation. Concernant les matières premières, leur production, leur utilisation, leur durée de vie, leurs traitements… tous ces éléments ont un poids extrêmement significatif dans la certification.
Les produits sont classés en 90 catégories très précises, comme par exemple les ordinateurs de bureau, les produits en caoutchouc recyclé, les balances de courrier, le papier toilette, les brosses à dent, les accumulateurs de chaleur…

 

Le cygne blanc (Nordic Swan)

L’éco-label officiel nordique garantit que les produits labellisés exercent des impacts limités sur l’environnement : consommation d’énergie et impact climatique, utilisation de matières premières, substances chimiques dangereuses, émissions dangereuses, déchets, emballages, instructions d’utilisation… tout en offrant une performance au moins égale à celle des produits de même catégorie. L’éco-label nordique entend influencer les développements techniques et encourager ainsi la production de biens et services moins nocifs pour l’environnement, ainsi qu’une conception durable des produits.
Les critères varient selon les catégories de produits mais sont toujours basés sur une approche « cycle de vie » depuis l’extraction des matières premières jusqu’à l’élimination ou le recyclage du produit en fin de vie.
En vingt ans, 67 catégories de produits ont été couvertes par un référentiel de l’éco-label nordique, pratiquement tous les produits de consommation quotidienne et de nombreux services, tels qu’hôtels, restaurants, supermarchés etc. Le label est attribué pour 3 ans, au terme desquels l’entreprise doit refaire acte de candidature pour obtenir à nouveau la licence d’utilisation du label. Des contrôles sont effectués par un organisme certificateur indépendant. Aujourd’hui, plus de 1 000 produits sont certifiés.

Si la prolifération de ces labels risque de perdre le consommateur, elle lui offre néanmoins la possibilité d’exercer son libre arbitre en prenant en compte la dimension environnementale du produit dans la décision d’achat ; elle illustre aussi la volonté d’améliorer les pratiques… s’agirait-il des balbutiements d’une nouvelle équation industrielle ?

  1. 1 commentaire pour “Se faire labels !”

  2. par sertout mireille, le 19 oct 2009| répondre

    Bonsoir,
    Félicitations pour vos articles très intéressants et très bien choisis.
    La Fédération Française des Associations de Résidents des Stations de Montagne va avoir un site dans lequel il y aura tous les liens utiles à nos associations lesquelles ont pour objectif la défense de l’environnement. Puis-je mettre sur notre site vos références pour s’abonner?
    Merci et encore bravo
    Mireille Sertout

    PS cet été lors de notre AG à Chamonix nous avons accueilli Vincent Vles qui nous a parlé du vieillissement des stations et des problèmes actuels face à leur avenir.
    Cette conférence était animée par Eric Fournier le maire de Chamonix.
    Si un résumé vous intéresse je pense que Vincent se fera un plaisir de vous l’envoyer.

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