Serge Koenig

Directeur de la coopération Alpes-Sichuan en Chine.
Ancien Conseiller « montagne et développement durable » du Ministre des sports.

  Des Alpes à la Chine

 

  

Nous exportons au Sichuan en Chine l’expérience du tourisme alpin dans le cadre d’une coopération bilatérale installée auprès du Consulat général de France à Chengdu.

Les loisirs et sports nature en sont une des grandes composantes. Ils génèrent des emplois, des niches économiques en campagne, du lien social rural/urbain, valorisent l’environnement avec normalement une tendance à le préserver. On est au cœur du développement durable, si c’est bien fait.

C’est dans cet esprit que nous sommes impliqués aujourd’hui avec des PME alpines dans le développement d’une station chinoise quatre saisons de montagne type piémont et d’un domaine campagnard d’éco-agri-tourisme. Les autorités locales ont adopté cette coopération en phase avec leurs enjeux : réduire les inégalités sociales, ralentir l’exode rural (500 millions de ruraux pourraient fuir les campagnes dans les 20 ans), respecter davantage l’environnement. Leur croissance basée sur l’enrichissement d’une partie des chinois (50% vit encore avec 2 Euros/jour/pers) crée de l’instabilité. Le coût des pollutions coûterait au pays près de 10% du PIB (selon la Banque Mondiale). Aussi, le développement durable, le concept d’harmonie, sont des thèmes plus que jamais affichés dans les déclarations politiques. Les gouvernants ont ici à gérer 1,6 milliards de personnes parties à la conquête d’un avenir matériel meilleur et pour qui l’éco-citoyenneté participative n’est en général pas la première priorité. La Chine avait déjà pris en compte la maîtrise de la démographie comme variable essentielle dans les facteurs posant problème et sur laquelle l’homme pouvait intervenir (malgré « l’enfant unique », le pays grandit encore d’une France tous les 3 ans).

Si on peut agir localement à tous les étages, on sait que l’enjeu est général. Un cercle vertueux doit nous guider en équilibre entre l’économie efficace, le social équitable, et l’écologie soutenable.
Dans la pratique l’économique est le moteur au détriment des deux autres volets.
Dans la réalité pourtant, la domination de la nature n’est ni contestable, ni négociable. Du fait que la planète est un système clos duquel il est difficile de s’échapper, qu’elle n’est pas un ballon à gonfler pour accroître la surface et les ressources propres, on imagine aisément qu’une dynamique de développement exponentielle et sans limite (démographie, consommation, exploitation) d’une espèce qui l’habite (pour qui la nature et la biodiversité sont des richesses de plus en plus abstraites, perçues comme immuables et à son service exclusif) ne peut que mener à l’impasse.

Les temps sont durs pour nos dirigeants contraints de faire les grands écarts acrobatiques entre le local/court terme visant des bénéfices immédiats pour chacun, et le global/long terme avec un retour assuré d’ennuis à gérer (pollutions, climat etc…). Le décalage entre l’échelle temps de ces enjeux et la durée des mandats politiques courts ne facilite pas les choses.

Le développement durable a l’âge d’une génération, l’âge des jeunes qui entrent dans la vie d’adulte. Ils auront peut-être la sagesse de réviser la très haute idée que s’est forgé l’homme de sa place sur la Terre, et l’humilité de garder conscience qu’il est simplement arrivé là grâce aux circonstances hasardeuses de l’évolution des espèces qui ne doivent certainement pas avoir l’homme pour finalité. Le concept systémique du développement durable pourra alors, peut-être, être appliqué dans le parfait respect de ces équilibres.