Thierry Coffinet
Directeur des Thermes de Saint-Gervais
… c’est avant tout respecter l’homme !
Les Thermes de Saint-Gervais utilisent une eau thermale qui voyage au cœur de la terre pendant une bonne cinquantaine d’années. A vol d’oiseau, pourtant, l’espace ou la pluie peut s’infiltrer dans le sol, donc son « impluvium », n’est qu’à une dizaine de kilomètres du site thermal ( sur les contreforts du Mont Blanc).
Comment le sait-on?
Au moment ou l’on parle de développement durable, de protection de la planète souvent j’exprime l’histoire de l’eau thermale aux étudiants ou visiteurs des Thermes .
En effet nous savons que notre eau a plus de soixante ans parce qu’elle ne contient pas de tritium.
Mais qu’est donc le Tritium? Et bien le tritium est un des éléments constituants des premières bombes thermonucléaires que nos ainés ont fait exploser à des milliers de kilomètres d’ici et qui ensuite pendant plus de quarante ans ont « pollué » les eaux de pluies, puis, donc, nos eaux de consommations et toutes les eaux thermales qui cheminent moins longtemps que celle de St-Gervais dans les entrailles de la terre.
L’eau des Thermes de Saint Gervais est donc tombée en pluie avant ces fameuses bombes, jetées par l’homme, et est donc intacte de cette pollution.
Alors, nous nous devons de la protéger, parce que protéger l’eau thermale c’est aussi protéger l’homme, le soigner, le guérir, lui faire du bien, améliorer sa peau, son confort.
Depuis que les Thermes de Saint-Gervais ont été repris par le Groupe Rivadis, ce sont plus d’1 millions d’euros qui ont été investis dans sa protection. Les forages et l’ensemble des canalisations sont aujourd’hui en Inox 316L ; l’ensemble est commandé par une gestion centralisée et tous les produits chimiques de nettoyage sont pratiquement intégralement récupérés et recyclés. Alors qu’en 1998 c’étaient 300 litres de chlore pur qui étaient mis dans les canalisations, chaque nuit, pour essayer de les désinfecter, puis intégralement rejetés dans la nature.
L’eau thermale est aussi une source d’économie exceptionnelle puisque depuis le mois de mars 2009, nous en récupérons les calories pour chauffer le bâtiment. Notre facture d’énergie va passer de 120K€ à 50k€ grâce à cette récupération d’énergie. Mais quel bénéfice pour la planète ! : 390 tonnes de CO2 chaque année en moins rejetées dans l’atmosphère, et aussi 400m3 (400 tonnes) d’eau rejetés chaque jours avec 20° de moins dans la nature.
Ces investissements ont donc un impact écologique extrêmement important et les Thermes de Saint-Gervais, première station thermale française à avoir été certifiée Iso 9001 version 2000 se dirigent aujourd’hui vers la norme environnementale 14001.
En tant que responsable des Thermes de Saint-Gervais et responsable qualité, je suis sur le plan professionnel particulièrement concerné par ce sujet et à plusieurs titres.
Tout d’abord pour assurer la pérennité de l’entreprise et comme indiqué plus haut il est possible de faire de l’écologie intelligente et investir pour diminuer des coûts.
Ne nous voilons pas la face, le respect de l’environnement est aussi un sujet très porteur en termes de communication et pour une entreprise c’est un point non négligeable.
Cependant en participant à donner des directives de tri de déchets, d’économie d’énergie, de récupération de calories etc. j’ai l’espoir de participer aussi à faire avancer l’ensemble des collaborateurs des Thermes, les clients et les partenaires dans une démarche indispensable.
Ensuite l’écologie c’est aussi et avant tout respecter l’homme. Nous entendons à mon sens beaucoup parler de la planète et peu des populations qui y habitent. Comment justifier que, lors du dernier sommet pour la faim dans le monde, les chefs d’états des pays industrialisés étaient pour la plupart absents?
Je comprends tout à fait que le sommet de Copenhague et ses espérances de diminution des émissions de gaz à effet de serre sont indispensables et, surtout, j’espère que la synergie qui peut en résulter sera suffisante pour générer une volonté, une énergie commune sur d’autres sujets, dont la faim dans le monde.
Nous étions 1 milliard d’être humains au début du 20° siècle, 6 milliards aujourd’hui, à ce rythme combien de milliards de personnes mourront de faim à la fin de ce siècle.
Cependant et malgré les annonces d’aide au développement faites au cours de ce sommet par certaines nations dont la France, il reste une incertitude sur les priorités.
Il y aurait donc un non sens à exprimer dans une entreprise une volonté de participer activement à la protection de l’environnement sans engager d’actions quotidiennes pour l’amélioration de la qualité de vie de l’ensemble des acteurs collaborateurs.





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