Y’a plus de saison !

Article de Jacques Comby, le 27 mar, 2008

De la neige à Pâques. Des fleurs printanières en février ? Où est l’erreur ?  De toutes évidences nos repères sont chahutés. Le réchauffement climatique menace l’équilibre de la planète et les Alpes n’y échappent pas. Ce nouveau contexte touche l’ensemble des activités, et au premier rang, le tourisme. Dur’ Alpes ouvre ses colonnes aux experts pour informer, comprendre et faire réagir. Climat, météo, variations, accidents… Le premier article, traité par Jacques Comby, professeur des Universités et directeur du Laboratoire de Climatologie, Risques, Environnement de l’Université Lyon III, nous éclaire sur les fondamentaux et ouvre ainsi un important dossier de 7 articles, parce que les enjeux sont forts. Il ne s’agit plus seulement d’optimiser nos pratiques, mais de repenser nos modes de développement… durable, bien sûr.

Le climat c’est quoi !

Le terme climatologie vient du grec Klima qui désigne l’inclinaison des rayons du soleil au-dessus de l’horizon. Elle est souvent définie comme l’étude du climat soit, la succession des conditions météorologiques sur de longues périodes dans le temps. L’Organisation Météorologique Mondiale considère généralement qu’une période d’au moins 30 ans est nécessaire pour parler de climat. Par opposition, l’analyse des conditions météorologiques à court terme et de leur prévision renvoie plutôt à la météorologie.

La caractérisation d’un climat est la plupart du temps fondée sur des moyennes établies par des mesures statistiques annuelles et mensuelles de données atmosphériques appelées paramètres climatiques (température, précipitation, pression atmosphérique…). Elle conduit à l’étude de la classification, certes un peu hermétique et souvent artificielle, de climats existants sur la terre mais aussi à l’analyse des conséquences sur les milieux et aux interactions entre climat et société, notamment en termes d’influence réciproque.

Animée par les questions de société, la climatologie est donc très liée à l’archivage des données d’observation. Le terme de climatologie est d’ailleurs souvent associé à cette opération dans le langage des météorologistes. Cette dichotomie est à la fois réelle et artificielle, le temps comme le climat trouvant leur origine dans des phénomènes qu’il faut apprécier à des échelles de temps et d’espaces différentes mais qui répondent à des logiques indissociables. En outre, si le climat repose sur le constat effectif de la mesure et de son traitement dans le long terme au moyen d’analyses statistiques des données, sa compréhension impose l’analyse des phénomènes météorologiques et de leur cause. La question sur ce point n’est pas simple et renvoie, entre autres, aux questions d’échelle et à leur interaction. La manifestation d’un temps comme celle d’un climat en est le produit quel que soit l’espace géographique concerné, le climat de montagne n’y échappe pas. Les facteurs locaux, quelle que soit leur influence, ne font que modifier des conditions dont l’origine dépend souvent de phénomènes d’une échelle plus large.

Les Alpes, une mosaïque de climats.

Quatre facteurs principaux affectent le climat dans les milieux de montagne : l’altitude, la continentalité, la latitude et la topographie. Ces facteurs induisent notamment une réduction de la densité de l’air, une baisse des moyennes de températures, une répartition des précipitations en fonction de l’altitude, etc.

En fait, il n’existe pas à proprement parler de climat montagnard. Une chaîne de montagnes “déforme” plutôt le climat existant en un point donné. Ainsi, il existe autant de climat montagnard qu’il existe de climat : climat montagnard arctique, climat montagnard méditerranéen, climat montagnard équatorial, climat montagnard tropical… Le climat alpin est en fait un mélange entre un climat continental montagnard, un climat méditerranéen montagnard et des influences océaniques et polaires.

L’arc alpin forme une barrière climatique au milieu de l’Europe. Les franges alpines reçoivent plus de précipitations que les parties intérieures des Alpes, de même que les flancs nord (influence océanique) reçoivent plus de précipitations que les flancs sud (influence méditerranéenne). Cette variation du climat est utilisée par les géographes pour distinguer les Alpes internes (Haute-Maurienne, Tarentaise, Valais…) des Alpes externes (Vercors, Beaufortin, Chablais…). Les particularités liées au relief et à l’orientation aboutissent à des différences très marquées sur de courtes distances, aussi bien dans un axe Nord-Sud que sur un axe Est-Ouest.

Dans les étages supérieurs où les glaciers et les neiges éternelles dominent, les températures moyennes sont en dessous de 0°C pendant une grande partie de l’année. Les précipitations sont relativement abondantes dans les Alpes et les parties les plus arrosées reçoivent jusqu’à 1500 mm par an.

Paradoxalement, le climat dans les Alpes est à la fois générateur de contraintes et de richesses. Ces conditions climatiques particulières ont façonné les milieux, les modes de vie des hommes et l’organisation des sociétés depuis des siècles ; elles ont conduit, pour une large part, à la spécificité de nos montagnes.

Le climat n’est pas une composante stable dans le temps. Les climatologues repèrent ainsi différents cycles de variation. Lors de notre prochain rendez-vous, nous nous pencherons sur l’évolution des conditions climatiques dans les Alpes depuis la dernière glaciation, et sur la nécessité pour l’homme de s’adapter.

Note Dur’Alpes :

L’article ci-dessus traite plus spécialement de la climatologie pour introduire les articles à venir. Cependant, le phénomène climat est vaste et tous ses aspects restent très passionnants.

Par exemple, savez-vous que les alternances du climat entre périodes “chaudes” et “glaciaires” s’expliquent en partie par des variations de la quantité et de la répartition de l’énergie solaire reçue par la terre. Ces variations sont notamment liées aux mouvements cycliques de la terre :

  • La révolution terrestre qui passe alternativement du cercle parfait à l’ellipse aplatie. Quand elle prend la forme d’une ellipse, la distance entre terre et soleil passe par un maximum et un minimum, et donc la quantité de chaleur reçue est modifiée.
  • L’inclinaison de l’axe de rotation de la terre qui varie suivant une période de 40 000 ans. Cette variation modifie la répartition de la chaleur sur la surface terrestre.
  • Enfin le dernier paramètre entraîne une différence dans les écarts saisonniers entre les deux hémisphères. Actuellement dans l’hémisphère nord les hivers comme les étés sont doux, alors que les contrastes entre ces deux saisons sont bien plus importants dans l’hémisphère sud.

D’autres facteurs non cycliques viennent modifier la répartition de l’énergie reçue par la terre, comme la variation du taux de carbone atmosphérique, qu’il soit lié à l’activité volcanique, ou plus récemment, à l’activité humaine.

Photos : © MIRCO éditions - NOAA

  1. 1 commentaire pour “Y’a plus de saison !”

  2. par bakate samban, le 1 juin 2009| répondre

    je vous voudrais savoir quelle difference faites-vous entre la répartion climatique et la classification climatique?

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