Aux Amis de la Terre

Article de Remy Hildebrand, le 5 mai, 2008

En ce joli mois de mai, la nature distille en silence ses parfums. L’homme, jardinier de la planète, prépare ses plans. L’opération est délicate. Une graine d’audace, une graine de sagesse. Les hésitations se multiplient, pourtant l »enjeu est déterminant : La terre qui nous a offert son ventre pendant des millénaires peu à peu devient stérile. Quand saurons-nous trouver l’équilibre entre les besoins fondamentaux et nos désirs ?  Imprégné de l’oeuvre de Jean-Jacques Rousseau,  le président du Comité européen J.-J. Rousseau, Rémy Hildebrand,  s’interroge lui aussi sur notre volonté et notre capacité à agir en faveur d’un lendemain durable.

Il y a quelques années, alors que je guidais des étudiants à Genève jusqu’à l’Ile J.-J. Rousseau devant sa statue due à l’artiste James Pradier, une étudiante, examinant sa posture d’écrivain, une plume à la main droite, s’est posée la question du texte que J.-J. Rousseau pouvait rédiger. Cela m’a inspiré les propos suivants.

Les jardiniers de la planète.

Amis de la Terre, ce message s’adresse à votre conscience. Gardiens de la Nature, jardiniers d’une planète, botanistes des espèces végétales que faisons-nous ? Personne n’ignore les travaux de Jean Malaurie, fin connaisseur d’une tribu installée dans la Grand Nord, les Inuits. Jean Malaurie a accompli, en séjournant au milieu d’eux, un cheminement rousseauistes. Il se propose non seulement de rêver la place de l’homme dans la société mais d’englober dans les préoccupations civiques la Nature, avenir et évolution de notre monde. Il fait appel à notre mémoire qui possède un capital de connaissance largement sous utilisé. Chacun se souvient de la réflexion de J.-J. Rousseau, dans le Premier Livre Des Confessions, lorsqu’il parle des premières semaines de son existence. De cette période, il ne conserve aucun souvenir précis jusqu’à sa cinquième, il dit : « Je sentis avant de penser, c’est le sort commun de l’humanité. Je l’éprouvai plus qu’un autre ». Jean Malaurie dans sa description du peuple Inuit, se voit « débarrassé de la notion de faute, de péché originel que ma religion m’avait inculquée. Je vivais, en ce pôle cruel, un Eden, avec des populations qui en avaient, par leurs mythes métaphoriques et leur stupéfiante fraternité avec le monde animale, profondément conscience ». Et Jean Malaurie d’ajouter : « Ils sentent avant de penser. Hommes naturés, ils privilégient l’instinct. Ils pressentent, prévoient, prédisent la vie, la mort, la morale, le monde en vertu de quelque communion aussi mystérieuse que simpliste ».

Le séjour de Jean Malaurie, ses études, le poussent à parler de la nuit polaire, telle « une nef mystique ouverte sur le cosmos »  siège d’une bonté originelle, thème récurrent dans les écrits rousseauistes. L’histoire de l’humanité porte en elle la notion de perfectibilité que l’être humain doit prouver en l’entretenant plutôt qu’en l’asphyxiant.

L’énergie solaire.

J’entends ça et là, une sourde protestation qui prétend que la Terre souffre cruellement aujourd’hui privée de ses ressources les plus précieuses puisque disponible à tout un chacun à un prix dérisoire. Acceptons de porter notre regard sur la limitation des ressources qu’offre la planète puisque nos besoins en énergie sont satisfaits en puisant dans un capital non renouvelable ; imaginons les siècles que la planète a mis pour distiller ce liquide appelé l’or noir. J.-J. Rousseau a parlé dans « Le Labyrinthe » des voyages que les avions offriront tout autour de la planète. Ces avions seront-ils un jour propulsés par l’énergie solaire comme les maisons chauffées grâce aux tuiles solaires ? Une des vocations de l’être humain réside dans ce dilemme. De quelle manière fournir la substance à tous les hommes en travaillant ensemble et en s’unissant ? Comment relier les inventions technologiques souvent fruit de travaux scientifiques de groupes de chercheurs aux marchés mondiaux des ressources énergétiques ? Quand seront prises les décisions des habitants de la planète seuls à pouvoir la protéger ? Qui acceptera de déclarer la guerre à la guerre que l’humanité fait subir à la planète ? Ce dilemme mérite un examen sans fin puisque l’homme ne retient pas la leçon des choses qu’il connaît et ne prend pas la mesure des choses qu’il accepte comme justes. N’est-ce pas le travail exemplaire que mène l’UNESCO et avec elle d’autres institutions internationales ? En 2012 – année de la commémoration du tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau – les gouvernements feront l’évaluation des mesures prises en regard du « Protocole de Kyoto », afin de diminuer la pollution de l’air. Qui aura atteint les objectifs recommandés ? Le regret d’une décision qui aurait dû être prise confine à l’absence de courage ; par conséquent notre bonté de jardiniers de la planète peut nous guider à prendre les mesures évitant une cruelle déception ! Seule l’intelligence appelée souvent bonté parviendra à rassembler les volontés de tous les hommes en vue d’une protection de notre planète. Se demander si la planète peut être sauvée reste insuffisant, il importe de fixer un calendrier, un contrat civique universel pour assurer sa survie ! Les Inuits ont grâce à Jean Malaurie pu transmettre une autre vision du monde, une alternative aux exigences à la société de consommation. Ils offrent une « éthique, un développement durable, un patrimoine, une protection de la planète » en un mot « une conscience écologique.

L’enseignement pour permettre la survie.

Un jour on utilisera l’énergie des courants en puisant dans les fonds marins à environ 40 à 50 mètres, ce don exceptionnel disponible au rythme des marées. Lorsque Jean-Jacques Rousseau voyageait, seul le chant de coq le réveillait ; aujourd’hui les moteurs de toutes dimensions rendent nos sociétés si bruyantes que ses habitants exigent des mesures rigoureuses, notamment des parois antibruit. Le gouvernement norvégien vient d’installer un congélateur à graines destiné à conserver la biodiversité des risques de détérioration naturelle. Conservatoire biologique, d’une capacité de 4,5 millions d’échantillons de semences connues, ce lieu protégé constitue une banque mondiale installée à 130 mètres au-dessous du niveau de la mer. Ce pas généreux pour protéger les espèces végétales de la planète sera suivi d’autres initiatives engendrant des démarches en lien avec les responsabilités environnementales de l’homme. Parviendra-t-on à recoloniser la pensée humaine responsable de l’avenir de l’univers en privilégiant un dialogue constructif ? L’écoute de soi-même et d’autrui prouve un degré d’acceptation de la pensée d’autrui, comme richesse humaine et pas immense vers la reconnaissance d’une vérité bonne pour tous et généreuse et agréable à chacun. Ainsi le temps d’une nouvelle ère pourrait commencer, celle que propose Michel Serre s’appelle la « cosmocratie » qui après le règne des nations ouvre la voie au monde : « l’Eau, l’Air, la Feu, la Terre ».

Photo : © MIRCO éditions

  1. 1 commentaire pour “Aux Amis de la Terre”

  2. par germaine, le 5 mai 2008| répondre

    Magnifique édito, analyse de Rousseau à nos jours de la barbarie destructice du cadre de vie de l’homme.

    Je suis particulièrement agressée par les projets d’autoroute en site urbain, malgré les préconisations européennes.
    Mauvais exemple: la Rocade Nord de Grenoble, dont le maître d’ouvrage le conseil général veut passer outres les lois de l’environnement et les 500 mètres des abords de monuments historiques sur les contreforts de la Bastille, en entrée du parc naturel régional de Chartreuse.
    12 associations d’habitants du collectif RESPIRON réagissent contre cette destruction.
    RV MANIFESTIVES de vélo, de randonneurs urbains
    17 et 31 juin, 14 juin

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