Faire naître une éco-cité

Article de P/DurAlpes, le 6 déc, 2007

Au-delà même de l’idée, pertinente ou pas, celle d’utiliser l’espace libre qu’un aéroport en perte de vitesse pourrait offrir pour construire la première éco-cité française à proximité d’Annecy. Au-delà même de cette interpellation, celle d’un ex-conseiller général de la Haute-Savoie qui s’adresse à ses anciens collègues, conseillers généraux ; la question est de savoir comment une idée peut réunir une adhésion totale pour une cause commune. Comment passer à l’action en laissant de côté l’ambition individuelle ; comment travailler ensemble pour fabriquer de l’intelligence collective non délocalisable. Saurions nous bâtir des cathédrales ?

 

Alain Veyret, pdg du directoire Sopreda 2 sa, éditeur d’Eco des pays de Savoie, Actives, Eco et vous, Ecoméca et Magasins magazine.

 

 

… « Si aujourd’hui je préconise la suppression à court terme de l’aéroport de Meythet, c’est que les temps changent, que les problématiques évoluent et que les priorités décisionnaires ne sont plus les mêmes.

 

Quelles sont donc ces évolutions ?

  

Comment doivent s’afficher les priorités d’aujourd’hui ? Hier, une liaison quotidienne entre Annecy et Paris pouvait être considérée comme un atout important, voire indispensable pour le Sud du département (le Nord se sentant beaucoup moins concerné compte tenu de la proximité de Genève-Cointrin avec la vallée de l’Arve et du Chablais).

  

Aujourd’hui, cette acuité sur une desserte autonome et aérienne pour la région annécienne s’estompe. D’une part, parce que les moyens de communication dématérialisés se développent sans cesse et prennent une part régulièrement croissante. D’autre part, la donne locale évolue. Sans que cela soit encore idéal, la desserte TGV par Bellegarde va s’améliorer en 2009, faisant gagner presque 1 h 30 sur un aller et retour ; mais surtout, l’ouverture l’année prochaine du fameux barreau autoroutier A41 Genève-Annecy mettra les deux villes à moins d’une demi-heure. Dès lors, quelle est la ville de France – et d’ailleurs- qui pourrait considérer comme un handicap d’avoir à 30 minutes de ses portes un aéroport binational, desservant le monde entier ? Y compris avec des compagnies “low cost”, mettant Paris, mais aussi la plupart des capitales européennes et même des villes comme Nice, à des prix sans comparaison avec ceux d’Annecy.

  

Enfin, autre nouveauté dans le dossier, depuis l’année dernière, c’est le conseil général et non plus l’État qui est devenu l’unique propriétaire de 102 hectares sur les 104 de l’emprise aéroportuaire. À ce stade, on peut et on doit, chers anciens collègues, se poser la question s’il n’y a pas à court ou moyen terme, une utilisation de l’espace en question plus judicieuse et efficace pour la collectivité.

 

CQFD.

 

Or, il n’a bien sûr pas échappé à votre attention, en lisant les nombreux rapports que vous consacrez depuis des années sur le sujet, que le problème du logement, du foncier, du coût de l’un et de l’autre, est devenu le problème n°1 du département, même la Savoie est partiellement touchée à son tour. Et à moins de mettre en péril l’économie régionale, on ne voit pas ce qui pourrait inverser la tendance, dans un avenir lisible en tout cas.

  

Ni les “bilatérales” permettant à nos voisins suisses de s’établir plus facilement de ce côté de la frontière  – la faiblesse du franc suisse freine pour l’instant la pression, mais combien de temps encore – ni “l’invasion anglaise” dans certains secteurs du département, pas plus la croissance démographique endogène et exogène, qui voit depuis des décennies la Haute-Savoie prendre 8 000 à 10 000 habitants par an. Ajoutez encore à cela un effet induit de plus en plus prégnant : la difficulté de nos entreprises à trouver sur place le personnel nécessaire à leur développement et l’on aura une perception exacte de l’acuité du problème du logement en nombre, mais aussi sur les conséquences économiques qui en découlent. Il est de plus en plus fréquent de voir des nouveaux arrivants qui obtiennent un emploi, devant le prix des loyers annéciens, ne restent que quelques semaines en Haute-Savoie.

  

Parce qu’il est temps de construire ensemble.

 

Le problème social n°1 devient aussi la question économique la plus préoccupante. Plus préoccupante et cruciale en tout cas et pour longtemps qu’une malheureuse desserte aérienne avec Paris.

  

En conséquence de quoi, chers anciens collègues, je vous demande de considérer, s’il n’est pas temps de construire, c’est bien le mot, l’avenir autrement.
 

Considérant que la question d’une desserte aérienne est et sera demain bien mieux satisfaite pour l’ensemble du département par Genève-Cointrin, il vous appartient par vos décisions de ne pas vous lier par une concession trop longue sur l’avenir de cet équipement et de son emprise.
 

Je soumets à votre réflexion, l’idée d’une tout autre utilisation et d’une tout autre ambition pour le Conseil général : construire, sur la centaine d’hectares et les quelques dizaines d’autres subissant actuellement les servitudes de l’aéroport, une ville nouvelle, ou plus modestement si le mot vous fait peur, un quartier nouveau, bâti non plus au hasard du temps et des permis, mais pour l’homme du troisième millénaire. Un labo urbain grandeur nature, comme les Allemands et les Hollandais viennent de le faire et qu’ils montrent en exemple au monde entier. Nous, nous avons l’immense avantage que la nouvelle cité se situerait au cœur de l’ancienne, sans le caractère artificiel des villes nouvelles du passé. Nous avons aussi l’immense avantage d’avoir une maîtrise totale d’un foncier d’un seul tenant, plat comme la main et quasiment totalement vierge. Toutes ces caractéristiques pourraient nous permettre de postuler immédiatement à être en tête de liste des dix “éco-cités” à construire, préconisées cette semaine même par la commission Attali. Voilà qui pourrait conforter l’image écologique d’Annecy et de son lac et qui technologiquement pourrait aussi parfaitement s’intégrer avec le pôle de compétitivité savoyard, consacré aux énergies renouvelables.
 

Être la première “éco-cité” française, avec tout ce que cela comporte de technologie et d’urbanisme, de transport propre et d’autosuffisance énergétique, me paraît pour nos départements, une ambition, un enjeu et une vitrine autrement plus forte, utile et lisible, que d’être les derniers à maintenir en pleine agglo un terrain d’aviation superfétatoire.

  

Quelle ambition mobilisatrice !

  

Quel catalyseur pour nos collectivités ! Quel projet pour des centaines d’entreprises ! Quelle image pour notre région ! Quel objectif pour des milliers de famille !
 

Chers anciens collègues, inventer un nouveau concept de ville ex nihilo pour préserver le cadre de vie qui est le nôtre, desserrer l’étau du problème du logement, l’Histoire et l’opportunité ne passeront pas deux fois, alors, je vous en conjure, prenez le temps de la réflexion, à vous de donner une réalité marquante à ce que d’autres pourraient considérer comme une douce utopie.
 

Ce n’en est pas une, tout, au contraire, semble en ce moment y concourir, tous et vous en tête, peuvent y donner vie et passer du rêve à la réalité.« 

 

Portrait d’Alain Veyret à découvrir dans le Who’s Alpes en cliquant ici  Photos : © MIRCO éditions

  1. 3 commentaires pour “Faire naître une éco-cité”

  2. par jean marc Favre, le 7 fév 2008| répondre

    Le seul frein a cette idée me semble etre la presence de l’Heliport, avec le centre de la Securité Civile, j’utilise parfois ce moyen de transport dans le cadre de mon travail, mais je suis vraiment pret a faire quelques kms de plus pour aller chercher une machine! Le concept me semble vraiment interessant, voici un projet qui merite d’être défendu, pour qu’il puisse être porté vers les fonds baptismaux au plus vite ! Annecy et son agglomeration se doivent d’avoir de vrais projets d’avenir, notre ville n’a t elle pas été précurseur en matière « d’écologie » avec la protection des eaux du Lac?

  3. par Jean-Loup BERTEZ, le 7 fév 2008| répondre

    Voir aussi http://www.vivralasauffaz.fr
    Très pertinente la proposition d’Alain VEYRET.
    Les approches éco-communes, éco-villages, éco-quartiers, éco-hameaux sont au cœur de beaucoup de réflexions sur « penser le territoire et l’urbanisme autrement ». Déjà en Haute-Savoie, certains élus (maires) y songent pour leur commune. Promoteur privé (autopromotion), je réalise à Talloires un éco-hameau de 4 maisons passives, une première en France … Tellement pertinente la proposition d’Alain VEYRET qu’elle se réalise déjà tout près, sur le terrain, à plus petite échelle, certes.
    C’est clair qu’Annecy a une carte de positionnement à jouer !
    À disposition pour en parler, pour échanger de l’information, etc.
    Cordialement

  4. par VETTIER Béatrice, le 14 sept 2010| répondre

    bonjour, découvrant aujourd’hui votre projet, il me vient qq questions :
    – pourquoi utiliser cet espace, qui existe déjà, alors que la zone environnante a encore des hectares de terre sans usage spécifique ?
    – jusqu’à quel niveau politique ce projet a t il été communiqué, exposé, argumenté ?
    – avant d’envisager un site à grande échelle, pourquoi ne pas commencer par un groupe de structures intégrant habitations, commerces, infrastructures, par tranche ? Il y a eu tant de projet de cité en France et ailleurs, qui ont démarré par la volonté de quelques uns, et les moyens d’un seul ou de beaucoup ?
    Pour ma part, je rêve d’une sorte de village tel que le projet, mais les intêréts financiers et immobiliers de la région ne me semblent pas encore prêts pour s’y investir.
    J’ai eu l’occasion de me passionner pour ce genre de rêve, allant jusqu’à conseiller une grande collectivité pour initier le développement durable. Le changement de mentalité est lent, les résultats peu visibles. Courage et merci de me tenir informée. vettier.b@laposte.net

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