Écologie industrielle : la SCDC fait feu de tout bois

Article de Myriam Caudrelier, le 15 déc, 2008

Symbole de développement économique, les parcs d’activités constituent, à juste titre, une vitrine attractive d’un territoire.
Les entreprises y ont poussé sous l’impulsion de nouveaux marchés, des incitations fiscales locales et, le plus souvent, au hasard des opportunités d’emplacement. A l’instar des pays scandinaves, ces zones d’activités pourraient jouer un rôle d’importance en matière de développement durable.

Car aujourd’hui, les enjeux des ressources naturelles, de l’énergie, et de l’incidence des impacts industriels sur l’environnement, ne dépendent plus seulement des accords politiques internationaux. Ainsi, à l’échelle locale, en créant des synergies multiples entre leurs occupants, les parcs d’activités pourraient devenir de véritables moteurs du développement économique, environnemental et social.

En effet, les activités industrielles sont de fortes consommatrices de ressources naturelles et génèrent un certain nombre de pertes comme les déchets ou les rejets liquides. Face aux contraintes européennes, certaines entreprises se dotent de leurs propres systèmes permettant de les limiter et de les traiter.
D’autres ont opté pour la valorisation de ces déchets et ont compris qu’elles pouvaient s’alimenter entre elles et fonctionner comme un véritable écosystème. Cette forme d’écologie industrielle peut favoriser la diversification des sources d’approvisionnement et optimiser l’utilisation des ressources consommées.

Une occasion exceptionnelle de développer de nouveaux partenariats entre les acteurs publics et les entreprises. Une mise en pratique de l’intelligence collective chère à Dur’Alpes.

Un bel exemple chambérien.

Quels pourraient être les points communs entre une chaufferie urbaine, une usine de fabrication de pâtes alimentaires, une usine d’incinération d’ordures ménagères et une minoterie ?
La symbiose ; et le souci d’économiser de l’énergie, de réutiliser les déchets et de créer un avantage au niveau de l’environnement.

Tout commence lorsque la Société Chambérienne de Distribution de Chaleur, gestionnaire des réseaux du chauffage urbain de la ville de Chambéry depuis 1949 entame une démarche ISO 14001.
Cette société est filiale à 100% du groupe Elyo lui même appartenant à GDF Suez. Elle gère, 3 sites de production, réalise 18 282 K€ HT de CA en 2007, alimente 20 000 équivalents logements chauffés avec 48 km de réseau enterré et calorifugé. Cette démarche de certification formalise la mise en place d’un système de management environnemental visant à réduire et maîtriser ses impacts sur l’environnement.

Ensuite, la SCDC installe un système innovant de cogénération : une production combinée de chaleur et d’électricité (à partir du gaz) qui nécessite 80% de gaz et 20% de fuel lourd.

Puis, dans une proximité géographique, elle produit de la vapeur pour les besoins du fabricant de pâtes Alpina. Cela représente 20% de notre production explique Maurice Le Deun, directeur du site ; les industriels de ce type fonctionnent toute l’année alors que le chauffage urbain, lui, ne produit que l’hiver.

Mais c’est surtout le raccordement à l’usine d’incinération de déchets de Chambéry Métropole qui va élargir le réseau d’échanges. La convention de raccordement récemment signée permettra à la SCDC, sur une période d’un an, de récupérer 67 000 MWh d’énergie  et d’éviter  20 000 tonnes de rejets en Co2.
Le principe est simple : l’énergie produite par l’usine d’incinération est utilisée sous forme de vapeur par le réseau du chauffage urbain. Cette innovation va diminuer notre dépendance vis à vis des énergies fossiles, tout en sensibilisant le citoyen à la valorisation des déchets.
La production de 25% d’énergie qui arrive de l’usine va sérieusement  modifier nos besoins en énergie fossile qui ne seront plus que de 70% pour le gaz et de 5% pour le  fuel lourd, en simple renfort pour les périodes de pointe. La vapeur va donc remplacer le fuel et une partie du gaz.

Et surtout du bon sens !

Forte de cette première expérience de récupération des déchets la SCDC s’est rapprochée de la problématique des Moulins de Savoie, autre entreprise voisine : leur production de farine entraine des déchets – le son – difficiles à écouler même au niveau de l’industrie de l’alimentation animale, le pet food.
En récupérant le son pour le brûler, la SCDC va non seulement simplifier la gestion des déchets des moulins mais participer à l’assainissement du trafic routier et de ses conséquences en termes d’émission en Co2 puisqu’à ce jour les stocks étaient dispatchés vers différentes destinations européennes, et en retirer enfin ses propres avantages énergétiques.
Une des questions était de savoir si l’on pouvait brûler ce son. Après les premiers essais, il reste aujourd’hui à solutionner les problèmes de filtration sur les rejets et à renforcer nos sources d’approvisionnement pour maintenir la rentabilité de nos installations. En un mot on pourrait écouler près de 20 à 25 000 tonnes de son sur les 40 000 nécessaires pour la nouvelle chaufferie bois.

Nous travaillons en effet sur deux projets biomasse destinés à stabiliser notre mode de fonctionnement grâce à une plus grande diversification d’approvisionnement de nos énergies, et forcément une plus grande autonomie.
La mise en place des chaufferies biomasse est un bon moyen pour revitaliser la filière bois en Savoie et pour la structurer aussi. Nous travaillons avec les gestionnaires de plateformes et le conseil général pour l’établissement de nouvelles plateformes, et de manière indirecte, avec les forestiers. Avec les partenaires locaux publics et privés nous menons une réflexion sur la manière d’utiliser les matières premières proches de nous plutôt que de dépendre des énergies internationales dites fossiles. C’est aussi l’occasion de créer des logiques de filières locales de la production à la consommation.

Suite à la réalisation du raccordement à l’usine d’incinération et à ses deux projets biomasse, la SCDC utilisera 60% d’énergie renouvelable pour sa production de chaleur, soit une diminution de l’utilisation d’énergie fossile et l’économie de 40 500 tonnes de rejet en Co2 par an.

Cet exemple de symbiose industrielle démontre tous les avantages du décloisonnement des activités : développer son activité en intégrant ou en se réappropriant les préoccupations industrielles des autres peut devenir une source de gains considérables.
Et à l’échelle d’un parc d’activités, ce concept qui consiste à associer les entreprises pour que les déchets des uns deviennent les matières premières des autres gagnerait à être étendu pour transformer ainsi les ZI en véritables écoparcs.
L’accord européen sur le climat est certainement une nouvelle étape, mais les actions passent par le local. Pour les mettre en œuvre l’exemple ici montre qu’il nous faut changer nos modes de raisonnement.

Et si l’avenir de l’homme résultait tout simplement du regard qu’il porte à l’autre !

 

e n   p a r t e n a r i a t    a v e c  

Photos : ©  – SCDC – Xavier Spertini – MIRCO éditions – Tous droits réservés

  1. 1 commentaire pour “Écologie industrielle : la SCDC fait feu de tout bois”

  2. par BUSCH Bertrand, le 15 déc 2008| répondre

    L’ecologie industrielle est un véritable enjeu pour la compétitivité des entreprises et l’attractivité des zones d’activités. Les déchêts des uns deviennent la matière première des autres ; l’énergie perdue par les uns devient une ressource pour les autres. L’exemple de la SCDC est particulièrement intéressant. Le projet CéGaz de centrale de cogénération de la biomasse forestière qui vendra de la chaleur et de l’électricité à la catonnerie Cascades en est un autre exemple, à La Rochette.
    A l’initiative de Savoie Technolac, un travail est en cours pour systématiser l’écologie industrielle sur le territoire de Métropole Savoie.
    Parallélement, l’Agence Economique de la Savoie proposera aux entreprises volontaires un travail d’écologie industrielle « interne » sur les complémentarités énergie/process-énergie/bâtiment et énergies passives/énérgies renouvelables dans une entreprise.
    Enfin, concernant les zones d’acivités, l’approche environnementale de l’urbanisme que nous mettons en place, soumet l’urbanisme à l’environnement (et énergie) et non plus l’inverse.
    C’est une ambition globale en matière de développement durable pour nos parcs d’activités et donc pour nos entreprises.

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