La rentrée : entre virtuel et réalité

Article de Myriam Caudrelier, le 7 sept, 2009

Voici le temps venu de la poussière de craie et des cahiers. Les enfants sortent leurs crayons pour dessiner des hommes de toutes les couleurs qui se tiennent la main. Sur la page blanche, les hommes blancs ne peuvent exister. Le soleil est bien calé dans l’angle, le ciel infiniment bleu et le sol, vert, étonnamment vert.

Devant leurs ordinateurs, les grands, eux, dessinent avec frénésie, un autre monde. Leur seul objectif : récupérer les rails qui ont conduit notre société à la dérive, il y a quelques mois. Comment endiguer cette satanée crise qui a mis à mal notre économie basée sur un système capitalistique et néolibéral à outrance.

Que reste-t-il des inquiétudes du moment, des bonnes résolutions, de la volonté de repenser le modèle économique, d’accorder plus de crédit à l’homme ?
Il a suffit d’une annonce en plein cœur de l’été, d’un petit frisson de croissance retrouvée avec l’automobile en figure de proue, pour faire grimper le baromètre de l’économie et de la finance virtuelle. Ainsi se fait la rentrée des écoliers repus de macro économie. Les cartables sont prêts. La panoplie classique bien rangée : lois des marchés, taux d’inflation, PIB, croissance de la masse monétaire, taux d’intérêt, dérégulation.
On a l’impression que tout va recommencer comme avant. Pourtant plus rien ne fonctionne comme avant. Les ressorts sont tendus. On reparle de relance par la consommation alors que la planète est exsangue, les éléments se déchainent, les tableaux de bord implosent et les hommes meurent de faim et de soif. Consommer moins, consommer mieux… produire moins, produire mieux, et l’emploi me direz-vous ?
Vite, vite, revenons en arrière. Peut-on revenir en arrière ? Notre culture du virtuel nous amène à penser que tout est remplaçable, interchangeable. Mais la flèche de notre téléphone intelligent ne nous permet pas de revenir en arrière. Out le virtuel. La réalité est bien là.

Retrouver le bon sens…
Adopter des gestes citoyens…
Booster les stratégies nationale et internationale de protection de la biodiversité…
Initier et accélérer la transformation de l’agriculture vers une agriculture plus durable et « bonne » pour la santé…
Repenser notre aménagement, nos modes de vie, de déplacement, la relocalisation de nos activités…
Multiplier les alternatives à la pénurie des énergies fossiles…
Diviser par quatre nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, pour contenir le réchauffement climatique à un niveau d’élévation de 2°C et le corollaire, la taxe carbone…
Définir, à l’instar de la Conférence mondiale sur le climat de Genève qui s’achève, un cadre global permettant la mise en commun de toutes les données climatiques de façon à donner une impulsion décisive à la recherche sur les climats…
Réussir le rendez-vous de Copenhague, placé sous l’égide de l’ONU, au cours duquel l’ensemble des continents devra s’engager pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre et s’entendre sur les objectifs à atteindre et surtout les moyens pour y parvenir…

L’ensemble des ces mesures et toutes les autres à venir seront-elles suffisantes ? Pourquoi l’économie occupe-t-elle tant de place dans nos vies au point que l’on ne peut concevoir autre chose ? Pourquoi ses indicateurs sont-ils désespérément réduits au monétaire ? Sommes-nous si pauvres d’imagination ?
Mais la bonne question à poser n’est-elle pas de savoir si l’homme a envie ou non de redevenir sage ? Ou, ce qui l’empêche de devenir sage ?

Il sait les tenants et les aboutissants, il connait l’ampleur des défis et des enjeux, climatiques, écologiques, nucléaires, et pourtant il agit comme s’il n’arrivait pas à croire à ces menaces.
L’homme est ainsi fait. Quand il ne voit pas de solution pour se protéger d’une menace donnée, il préfère objectivement ne pas y croire. Quand l’homme a peur des réalités, il invente la perpétuité.
Comment le faire réagir alors ? Avancer sa responsabilité vis à vis des générations futures ? Que nenni ! Cette notion d’une grande abstraction et sans grand pouvoir motivant reste stérile. Ce n’est pas l’avenir qui a besoin de nous, mais nous qui avons besoin de l’avenir et si ce dernier est sans lendemain c’est tout le sens de l’aventure humaine qui se réduit à néant.
Alors malgré ce sentiment d’impuissance, remontons quand même nos manches pour apprendre à vivre ensemble et construire notre plus bel ouvrage : notre planète vie.
S’il vous plaît… dessine-moi une planète ?

Très bonne rentrée et merci pour votre fidélité.

Myriam Caudrelier conceptrice éditrice du Who’s Alpes et de Dur’Alpes Attitude.

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