La société à 2000 watts à Genève, ça joule !

Article de P/DurAlpes, le 8 mar, 2008

Le dérèglement climatique et la raréfaction des énergies fossiles constituent deux enjeux majeurs auxquels notre société doit faire face. Afin de relever ce défi, le canton de Genève, sous l’impulsion de Robert Cramer, conseiller d’Etat en charge du département du territoire, a décidé d’adopter le principe de la « société à 2000 watts* » dans sa nouvelle conception générale de l’énergie. Ce dispositif préconise de réduire massivement la consommation énergétique globale, sans pour autant diminuer le confort.

Qu’est-ce qu’une société à 2000 watts ?

Le concept a été développé par des chercheurs des Ecoles polytechniques fédérales en collaboration avec différents instituts de recherche. Il a été repris par le Conseil fédéral de Genève dans sa stratégie pour le développement durable, ainsi que par les cantons de Bâle, Zurich et Berne. Il se base sur les besoins moyens en énergie par personne et par an à savoir 17500 kWh, montant qui correspond à une puissance continue de 2000 watts. Ce chiffre comprend la demande domestique, celles de l’industrie et des transports ainsi que les pertes et l’énergie nécessaire à la fabrication des biens importés (énergie grise).
Le moyen pour y parvenir passe par une amélioration de l’efficacité énergétique et la substitution des énergies fossiles par des énergies renouvelables. Les mesures permettront notamment de ramener les émissions annuelles de CO2 à une tonne par personne, contre 5 tonnes actuellement. Pour le Conseil fédéral, le passage de la société actuelle vers une société à 2000 watts s’effectue entre autres grâce à une amélioration des rendements énergétiques.

Pourquoi 2000 watts ?

 Toutes consommations confondues, chaque habitant de la planète utilise en moyenne une puissance continue de 2000 watts. Il existe cependant de fortes disparités entre les différentes régions du globe. Par exemple, les Etats-Unis utilise 12000 watts par personne alors que certains pays d’Asie ou d’Afrique se contentent de quelques centaines de watts par habitant. En Suisse, la consommation est d’environ 5000 watts, ce qui est légèrement inférieure à la moyenne européenne. Quant à la consommation genevoise, elle se monte à un peu plus de 4000 watts par personne.
Cette apparente bonne performance requiert des explications. « Elle résulte en réalité du choix fait par Genève de bannir l’énergie d’origine nucléaire et de favoriser les sources renouvelables – qui présentent une meilleure efficience – ainsi que de certaines spécificités propres à notre territoire : une activité économique majoritairement tournée vers le secteur tertiaire, ainsi qu’une faible surface par habitant qui favorise l’habitat collectif et minimise les déplacements ».

Moins de watts, autant de confort.

Diviser sa consommation d’énergie par deux ou par trois ne signifie pas vivre deux ou trois fois « moins bien ». Si tel était le cas, il faudrait en déduire qu’un habitant des États-Unis qui consomme 12000 watts vit globalement deux fois et demi mieux qu’un Suisse qui n’en consomme que 5000 et trois fois mieux qu’un Genevois et ses 4000 watts !

Efficacité accrue.

Utiliser plus efficacement l’énergie est primordial. En effet, à l’heure actuelle, deux tiers de l’énergie primaire consommée sont perdus durant la transformation énergétique. Au final, seul un tiers de l’énergie consommée a ainsi une utilité directe !
Les rendements de nombreux objets de notre quotidien sont en effet très médiocres. Le rendement d’une ampoule à incandescence est par exemple de 10%. Cela signifie que 90% de l’énergie consommée sert à fabriquer de la chaleur alors que seulement 10% sont réellement utilisés pour produire de la lumière. Il en va de même avec les moteurs de la plupart des véhicules actuels, dont les rendements se situent généralement aux alentours de 20 à 30%. Mais les potentiels les plus importants en matière d’amélioration de l’efficacité énergétique se trouvent sans conteste dans le domaine de la construction.

Priorité aux énergies renouvelables.

La deuxième condition indispensable à la mise en place de la société à 2000 watts réside dans la substitution des sources d’énergies fossiles par des énergies renouvelables. Ainsi, selon le concept retenu par la Confédération, la part des énergies fossiles devrait s’abaisser à 500 watts, contre plus de 3000 watts actuellement ; un bon moyen pour réduire la dépendance vis-à-vis des énergies fossiles dont les ressources sont extrêmement limitées, tout en contribuant à diminuer les émissions de CO2.

Innovation et dynamisme économique.

L’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables constituent des nécessités environnementales, mais ils représentent également des sources de progrès et d’innovation pour l’économie. La transition vers la société à 2000 watts ne doit pas être perçue comme un arrêt brutal de la croissance. Elle ouvre au contraire de formidables opportunités en matière de développement d’infrastructures et de nouvelles technologies. Dans le domaine de la construction par exemple, le passage à la société à 2000 watts est synonyme d’un accroissement du rythme des rénovations, qui dynamiseront l’ensemble du secteur.

La société à 2000 watts : une utopie ?

D’énormes potentiels existent pour augmenter l’efficacité de l’énergie et des matériaux. « En tirant profit de ces potentiels encore largement inexploités et en les combinant au rythme de renouvellement des bâtiments, des véhicules et du parc des installations de notre pays, la société à 2000 watts deviendra une réalité. De nombreuses technologies de la société à 2000 watts sont déjà disponibles ou existent à un stade expérimental. Il importe désormais de les mettre en œuvre et de les diffuser largement ».

Principaux objectifs pour Genève et plan directeur.

L’ambition du Conseil d’Etat est d’atteindre le plus rapidement possible la société à 2000 Watts sans nucléaire. Les objectifs à court terme, à atteindre d’ici 2010, sont de réduire la consommation d’énergie fossile de 200 watts par habitant (-6,25% par rapport à 2005), et d’augmenter l’approvisionnement en énergies renouvelables de 100 watts par habitant (+11% par rapport à 2005). Au-delà de cette première étape, des perspectives à plus long terme sont proposées à l’horizon 2035 et 2050.

Le plan directeur qui devrait être adopter aujourd’hui même par le conseil d’Etat doit mettre en œuvre la conception générale de l’énergie.
Il prévoit notamment les actions de :
– planification énergétique territoriale, visant à prendre systématiquement en compte l’énergie dans les projets d’aménagement par des concepts énergétiques de quartier,
– soutien aux actions développées par les SIG en matière de maîtrise de la demande d’électricité,
– réorganisation de l’offre en transports publics, en densifiant la ville autour de ces derniers,
– soutien à la démarche de la Ville de Genève  « 100% renouvelable en 2050″ pour les besoins en chauffage de ses bâtiments,
– encouragement et incitation aux constructions et rénovations de haut standard énergétique ; information et formation, en particulier dans les programmes des écoles professionnelles pour intégrer la problématique énergétique dans la formation de base.

La société à 2000 watts, un défi important à relever… Un engagement politique marqué, qui requiert une mobilisation et une adhésion forte de tous les acteurs publics et privés du canton sans pour autant retourner à l’âge de la bougie !

*1 joule est l’énergie fournie par une puissance de 1 watt pendant une seconde.

Portrait de Robert Cramer à découvrir dans le Who’s Alpes en cliquant ici 

Photos : ©  MIRCO éditions  –  Sources : site internet de l’Etat de Genève, www.ge.ch/energie

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