Le développement durable contre la relégation sociale

Article de P/DurAlpes, le 18 fév, 2008

Au cœur du Valenciennois, c’est à Fresnes-sur-Escaut qu’une première veine de charbon fut découverte en 1720, lançant l’activité minière dans toute la région. Mais la fermeture des mines et de la sidérurgie il y a une trentaine d’années a provoqué le déclin du pays, malgré l’empilement des mesures et dispositifs de toutes sortes : 26 % de chômage, 45 % des enfants en situation d’échec scolaire, 80% des jeunes sans diplôme ou encore 368 foyers bénéficiaires du RMI, et un tissu social qui n’en finit pas de se déchirer.

Pour recréer du lien social, de la citoyenneté et de la démocratie, la commune – 7654 habitants – s’est engagée dans la voie du développement durable, avec la conviction que le développement n’est durable qu’à travers la participation de tous à un projet d’avenir choisi.

La mairie a cherché avant tout à inciter les habitants à se responsabiliser dans la solidarité. Pour y parvenir, elle a imaginé construire un « hôtel de vie » : si l’hôtel de ville conduit les affaires administratives, l’hôtel de vie, lui, s’occupe du lien social.

Encore en projet, il rassemble déjà tous les services sociaux, culturels et associatifs autour d’une épicerie sociale et solidaire. Y seront proposés des ateliers sur des sujets variés, alimentation, hygiène, santé, gestion d’un budget… En attendant que l’hôtel de vie voie le jour, les habitants peuvent s’investir notamment dans l’installation et l’entretien de la route fruitière, ou encore dans les jardins solidaires soutenus par un atelier « jardinage » du CCAS au bénéfice des familles en difficulté.

L’approche globale de développement durable

Le projet de Fresnes-sur-Escaut repose sur trois axes :
– Le projet de ville, élaboré en 1997, pour reconstruire une urbanité fondée sur la mixité sociale, relationnelle, culturelle et fonctionnelle. La primauté accordée à l’espace, aux équipements et à l’action publique devient l’élément fondateur de l’urbanité. Le second volet vise à l’affirmation de la nature.
– Le Plan Local de Vie – PLV – élaboré en 2003, pour développer une solidarité constructrice d’égalité et de citoyenneté : le PLU organise l’espace, le PLV raccommode les liens entre les habitants. Ses idées forces sont la responsabilité, l’échange, et la démocratie.
– Les journées annuelles de la citoyenneté, basées sur la reconnaissance du rôle présent et à venir de chacun, constituent le troisième axe. Journées de dialogue, elles ouvrent une réflexion commune à l’ensemble des acteurs de la ville à travers une matinée réservée à une visite de la ville en vélo ou en attelage hippomobile et un séminaire d’une demi-journée.

Du projet aux actions 

Pour ce faire, plusieurs actions ont été mises en place :
– La Charte de développement global, conclue avec la CAF (Caisse d’allocations familiales) dès 1999, développe 4 thèmes : une politique petite enfance, une politique de prévention et de loisirs en direction de l’enfant et des jeunes, l’animation du tissu social et la qualité du cadre de vie.
– Les déplacements de proximité, avec l’adoption en 2004 d’un schéma directeur des circulations douces.
– Le projet ANRU (Agence nationale de rénovation urbaine).
– Le Plan climat, adopté en février 2007.

Si cinq à six ans sont encore nécessaires pour finaliser le projet subventionné à 50% par l’Europe, l’Etat, la Région et la CAF, plusieurs acquis sont aujourd’hui effectifs.
– Plus de 280 enfants sont accueillis chaque année au sein d’associations de quartier et du centre d’accueil municipal. Pour offrir un cadre approprié aux activités multiples qui s’y déroulent, une maison de la petite enfance a vu le jour en 2000.
– L’amélioration du cadre de vie des entreprises et de leurs salariés grâce au Schéma directeur de circulations douces.
– 80 hectares d’espaces verts gérés aujourd’hui par la commune sont mis à disposition du public. Son objectif est de faire de ces espaces publics un lieu d’appropriation. C’est dans cet esprit qu’elle a construit la route fruitière en 1999 ou encore le verger conservatoire en 2006.
– La cité Soult, cité minière destinée à l’origine à la démolition, a été réhabilitée. Elle offre des logements aux familles en grande difficulté.
– La ville s’engage à maîtriser ses consommations, à organiser son territoire de manière à assurer un développement durable, à donner la priorité aux modes de déplacement doux, à permettre aux habitants de devenir des acteurs engagés de la lutte contre le changement climatique.

À Fresnes-sur-Escaut, on a choisi de reconnaître le rôle de chacun et de rendre, par une succession d’actions concrètes, la dignité à une population en désarroi. Une belle illustration du pilier social du développement durable, décliné dans un contexte local.

Photos : © MIRCO éditions – histoires-de-chtis®

  1. 2 commentaires pour “Le développement durable contre la relégation sociale”

  2. par Léna Vautrin, le 20 fév 2008| répondre

    Les pays emergents montrent la voie d’un développement durable solidaire…ou comment les pays ou les régions économiquement sinistrées sont finalement beaucoup plus inventives que les régions riches. Les départements alpins devraient s’en inspirer!

    http://video.google.com/videoplay?docid=8815596401991064269&hl=fr

  3. par valet, le 2 déc 2010| répondre

    Rebonjour,

    Moi même & Dupriez se sont intéressés aux cultures associées traditionnelles innovantes multispécifiques et multiétagées que certains agro now dont Dupraz appellent pour faire moderne et novateur (!!!) : « intensification écologique »
    Voici des livres de vulgarisation incontournables :
    Dupriez H., 1980a. Cultures associées ou monocultures ? Validité du savoir paysan. Cahier d’Etude du milieu et d’Aménagement du territoire. Environnement africain et Développement du Tiers-monde (ENDA). BP 3370 Dakar. Sénégal. 24p.
    Dupriez H., 1980b. Paysans d’Afrique noire. Terre et Vie. Bruxelles. 256 p.
    Dupriez H. et Ph. de Leener, 2003. Arbres et agricultures multiétagées d’Afrique. CTA, Terres et Vie. L’Harmattan, 7, rue de l’école Polytechnique, 75005, Paris. 280p.
    Dupriez H., 2006. Agriculture tropicale et exploitations familiales d’Afrique. Terre & Vie. Belgique. CTA. Coopération belge.Diobass, Ecologie et Société. 480p.

    Dupriez a calculé par ex. qu’un arbre « néré » produisait des graines par an en équivalent nutritif l’égal de 50 poulets!!!
    bonne lecture et curiosité…
    amicalement
    serge

Ecrire un Commentaire