Lecture de vacances : développement durable, que faut-il retenir ?

Article de Myriam Caudrelier, le 6 juil, 2009

 

Le monde n’a jamais été aussi vert ! Spots publicitaires, emballages, automobiles… La bonne conscience est partout. Les initiatives se multiplient. Certaines éhontées veulent faire croire que tout est simple. It’s a wonderful world ? Que nenni.
Comment faire comprendre à l’homme, citoyen et/ou personne publique, qu’il est un acteur essentiel du développement durable et que chacune de ses actions influence notre destinée.
Mais dans un contexte de crise, quel avenir pour le développement durable ? Un bon moyen pour botter en touche, ou bien une véritable opportunité pour bousculer quelques schémas séculaires et envisager de construire à long terme un espace de vie qui permettrait à l’homme d’évoluer harmonieusement entre une économie responsable et un environnement respecté. Un avenir pour l’humanité.
Que faut-il en retenir ? Qu’il ne faut pas confondre écologie et développement durable ? De l’urgence d’avancer vite sur un dossier qui ne peut être traité de manière déconnectée des autres sujets ! L’environnement, l’économie et le social sont indissociables, pour le meilleur et pour le pire. L’approche globale devient nécessaire, mesurer les limites de la planète, aussi.
De son côté, Dur’Alpes a posé pendant trois mois les fondamentaux du développement durable dans son dossier « Le développement durable vous y croyez ? ». Que faut-il en retenir ?
Pour vos lectures à l’ombre d’un pin parasol ou dans le silence d’un salon aux persiennes entrebâillées, nous vous proposons, entre historique et utopie, un retour sur les idées clefs émises par différents experts qui ont bien voulu répondre à nos sollicitations.
 

DOMINIQUE LEVET, extraits de : Une brève histoire du développement durable.

La Conférence de Stockholm. En 1972 se tenait la Conférence des Nations Unies sur l’Environnement : «Une seule Terre !». L’objet de la conférence était d’examiner les liens qui existent entre environnement et développement et de trouver le moyen de lier les deux dans une problématique et des actions conduites au niveau mondial. La vulnérabilité de la planète et l’interdépendance des phénomènes qui s’y produisent étaient mises en évidence.

La stratégie mondiale de la conservation. C’est en 1980 qu’apparaît l’expression «sustainable development» dans un rapport du PNUE sur la biodiversité. En français nous utiliserons «développement soutenable» puis «développement durable». En même temps de nouvelles problématiques apparaissent : en 1979, se tient la première conférence internationale sur le climat. Depuis le début des années Soixante-dix de nombreux rapports ont été produits, l’alerte a été donnée : plus personne ne peut ignorer que le «développement» selon le modèle occidental, c’est-à-dire la «croissance économique», n’est pas compatible avec l’«environnement». Pour chercher une réponse à cette crise, l’Assemblée générale des Nations unies, en 1983, crée la Commission Mondiale sur l’Environnement et le Développement (CMED), en confie la présidence au Premier ministre norvégien, Mme Gro Harlem Brundtland, avec, pour mandat, d’établir une expertise mondiale des problématiques d’environnement et de développement afin de faire des propositions d’actions «novatrices et réalistes» ; de fixer de nouvelles modalités de coopération internationale pour parvenir aux objectifs qui seront définis ; de favoriser une prise de conscience et une mobilisation de tous les acteurs.

Vers une conscience planétaire ? Le rapport Brundtland est fondateur, dans la mesure où il affirme qu’environnement et développement vont de pair et ne peuvent plus être traités séparément. Il apporte, sinon des solutions, du moins un nouveau concept capable de sortir l’humanité des difficultés dans lesquelles elle s’est enfermée par des prélèvements excessifs sur la ressource, une démographie non contrôlée, un appauvrissement de la biodiversité, une cassure entre un Nord, riche et développé, et un Sud, pauvre et sous-développé. Le «développement durable» est présenté non, comme un état d’équilibre, mais plutôt un processus de changement dans lequel l’exploitation des ressources, le choix des investissements, l’orientation du développement technique ainsi que le changement institutionnel sont déterminés en fonction des besoins tant actuels qu’à venir.

La définition, devenue classique aujourd’hui, est celle qu’en a donnée le rapport Brundtland, à savoir que le développement durable est «un mode de développement qui satisfait les besoins des générations présentes sans diminuer la capacité des générations futures à satisfaire les leurs». L’homme est placé au centre d’une démarche de progrès économique, technologique et social, et l’environnement cesse d’être tenu à la périphérie pour être intégré à ce processus.

Rio : le Sommet de la Terre. Vingt ans après Stockholm, en 1992, La «Déclaration de Rio» reprend en préambule la déclaration finale de Stockholm et oblige chaque pays à mettre en place, avant 1995, une politique de développement durable qui doit s’inscrire dans un processus global ; demande à ce que les tendances à la dégradation des ressources environnementales soient renversées, au niveau local comme à l’échelle internationale.

Les «27 principes de la Déclaration de Rio» reprennent les points forts de celle-ci. Le premier principe, affirme que «Les êtres humains sont au centre des préoccupations relatives au développement durable». Ce point est fondamental car il confirme que Rio s’inscrit bien dans la continuité du travail de la Commission Brundtland qui plaçait l’homme au centre de la démarche de développement durable et n’épouse pas les théories de l’écologie radicale. Le principe 4 établit un lien entre protection de l’environnement et développement, qui ne peuvent être envisagés séparément : «la protection de l’environnement doit faire partie intégrante du processus de développement».

C’est à Rio qu’apparaît le principe de précaution : «Pour protéger l’environnement, des mesures de précaution doivent être largement appliquées par les Etats selon leurs capacités» (principe 15). L’Europe introduit, dans le droit communautaire, le principe de précaution au moment de la signature du traité de Maastricht signé le 7 février 1992. L’article 130 précise que la politique communautaire en matière d’environnement «est fondée sur les principes de précaution et d’action préventive, sur le principe de la correction, par priorité à la source, des atteintes à l’environnement et sur le principe du pollueur-payeur». La France reprendra cette notion de principe de précaution dans sa Charte de l’Environnement, adoptée en 2005 et adossée à la Constitution : «Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage».

Le Sommet de la Terre de Rio correspond au lancement médiatique du développement durable ; à la création de l’Agenda 21, véritable «stratégie globale pour le développement durable» à l’échelle internationale, nationale et locale, préfiguration d’«un nouveau partenariat mondial pour le développement durable» ; à l’annonce des grandes conventions sur la désertification, la biodiversité, le changement climatique, à une déclaration sur la gestion des forêts.

Rio semblait inaugurer un nouvel âge, celui des recommandations fermes et volontaristes en matière de développement durable, de lutte contre la pauvreté, ouvrir une ère nouvelle avec l’Agenda 21. Les engagements pris étaient forts : réduction de moitié du nombre des pauvres en 15 ans, accès à l’eau potable, etc. Toutefois, ce qui ressort de la décennie qui débute avec le Sommet de la Terre c’est le retrait des donateurs et, par conséquent, le manque d’argent comme tend à le prouver l’effondrement des Aides publiques au développement (APD) qui diminuèrent de 30% entre 1990 et 2000. Rio n’aurait-il été qu’un moment d’euphorie, une illusion qui aurait permis de croire à la possibilité de faire naître une vraie conscience mondiale ?

L’ère de la société civile et de la démocratie participative, de nouveaux acteurs : les ONG. Le fait déterminant de cette période est que les ONG deviennent une force planétaire avec laquelle il faut compter. En effet, l’Etat laisse de plus en plus la place aux initiatives privées, l’humanitaire domine et le champ d’action des organisations humanitaires est désormais planétaire.

Sauver la planète ou sauver l’homme ? Aujourd’hui, le développement durable a envahi notre espace médiatique, politique, économique et professionnel ; il s’insinue dans les moindres recoins de notre vie, d’enfants et d’adultes, au cœur de nos familles… Ce n’est pas pour autant qu’on en maîtrise le concept, ni qu’on en perçoit clairement les enjeux, à moyen et à long terme. Tout, ou presque tout, reste à faire en matière d’éducation et d’information, d’actions.
Les conférences internationales à thèmes, auxquelles participent Etats, ONG et partenaires économiques, feront sans doute avancer les grandes problématiques environnementales – l’accès à l’eau potable pour tous, la limitation de la production de gaz à effet de serre et la lutte contre le réchauffement climatique, la protection de la biodiversité, etc.

Il reste un domaine où le travail s’avère délicat mais où il est urgent et déterminant d’agir. C’est celui de l’action locale. Plusieurs facteurs sont à prendre en compte : l’insuffisante formation des élus et des populations locales, y compris pour les citoyens engagés dans des associations qui défendent un développement durable de leur commune ou de leur région ; le difficile dialogue entre les élus des communes ou des instances départementales et régionales avec les acteurs du territoire, voire un refus de la concertation ; l’importance des intérêts locaux qu’ils soient économiques ou culturels, qu’ils relèvent de stratégies de prise de pouvoirs ou de défense d’intérêts particuliers.

Or, le développement durable demande à ce que les populations locales conservent l’initiative de la décision, en vertu de l’application du principe de subsidiarité (qui nous vient de l’Union européenne) et du principe 22 de la Déclaration de Rio qui spécifie que «les populations et communautés autochtones et les autres collectivités locales ont un rôle vital à jouer dans la gestion de l’environnement et le développement du fait de leurs connaissances du milieu et de leurs pratiques traditionnelles ».
On aura bien compris, à la lecture de cette brève histoire du développement durable, que deux concepts s’affrontent, suffisamment éloignés l’un de l’autre, pour parler de fracture conceptuelle. Le premier, qui défend une durabilité forte, est proche, quand il ne se confond pas avec elle, de l’écologie radicale. Il a le mérite de s’en tenir à une position claire : Gaïa, la «planète sanctifiée», a priorité sur l’homme. Le second, encore nommé durabilité faible, présente une approche «humaniste» de la question et repose sur la confiance dans les vertus du progrès, dans la droite ligne des idées du Siècle des Lumières. Dans ce cas, l’humanité a priorité sur la nature – l’environnement – qui n’est qu’une construction, fruit des activités humaines. Elle présente, entre autres, le grave défaut d’abriter tous ceux qui prétendent faire du développement durable et qui se livrent, en réalité, à leur activité favorite, l’accumulation de richesses. Celui-ci n’est souvent qu’une variable d’ajustement pour des objectifs commerciaux ou stratégiques. Dans cette optique, le développement durable s’inscrit toujours dans la mondialisation marchande et ne remet nullement en cause le concept de développement dans son acceptation de croissance économique. En revanche, la durabilité forte plaide pour une «décroissance».

Il ne s’agit certainement pas de trancher entre ces deux voies censées conduire au développement durable mais d’en inventer une troisième, fondée sur de réelles valeurs humanistes, prenant à chacune de ces deux théories ce qu’elle a de meilleurs. Et de ne pas oublier que, dans l’esprit des principes de Rio, «les êtres humains sont au centre des préoccupations relatives au développement durable».

CLAUDE LORIUS, extraits de : 50 ans d’aventure et de recherche en antartique.

Climat d’hier à demain. Couvrant des dizaines de millions de km², la planète blanche est à la fois un témoin et un acteur de l’évolution du climat. A cause de sa fragile banquise, le réchauffement en Arctique est deux à trois fois plus élevé qu’ailleurs et préfigure en fait notre climat de demain.

S’il existe d’autres archives sur le climat ou la pollution, les glaces contiennent un trésor unique avec les bulles d’air qu’elles ont emprisonnées : ce sont les seuls témoins de la composition de notre atmosphère et leur analyse va « révolutionner » notre compréhension de l’évolution du climat de la Terre.

Aux très grandes échelles de temps, avant la présence des humains, les variations naturelles du climat sont causées par la trajectoire de la Terre autour du soleil au cours de laquelle elle reçoit plus ou moins d’énergie selon sa position. Cette ballade de notre planète engendre de longues périodes froides et chaudes qui modifient la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère d’une manière telle que ces gaz amplifient à leur tour de façon importante les variations du climat. Une découverte qui nous permet d’annoncer, il y a 20 ans déjà, le réchauffement climatique actuel engendré par les activités humaines riches en émissions de gaz à effet de serre ».

Les derniers 1000 ans : CO2 et réchauffement climatique. Pour en venir à nos jours, les données sur le dernier millénaire montrent que le réchauffement de près de 1°C observé depuis une centaine d’années provient pour l’essentiel du CO2 et d’autres gaz à effet de serre d’origine anthropique. Dans ce contexte que deviendra la planète blanche ?

La planète a la fièvre…
La hausse de température attendue à la fin de ce siècle pourrait varier de 2 à plus de 6°C, un large écart dû aux incertitudes sur la connaissance du fonctionnement du système climatique et sur le choix des énergies du futur. Il est à propos de rappeler que, dans le passé, des variations moyennes de 5°C ont donné à la planète des visages complètement différents. Elle était couverte de blanc au cours de la dernière glaciation il y a 20 000 ans et elle pourrait, dans le futur, être couverte en partie par les eaux. Ces transitions climatiques prenaient place sur des millénaires ; pour le réchauffement attendu à l’échelle d’un siècle, le délai est trop court pour que nos sociétés les plus fragiles puissent s’y adapter.

… et la mer monte !
Avec la fonte des glaces, le niveau des mers pourrait augmenter de 10 centimètres à 1 mètre à la fin de ce siècle. Une estimation peu précise dont dépend notamment le devenir des inlandsis. Les premières traces importantes de fusion apparaissent sur le Groenland et leur extension visible par satellite fait craindre une hausse plus rapide que prévu.
« La recherche est sensée parfois nourrir de belles promesses mais dans ce cas elle ne peut que tenter de convaincre de l’urgence de passer à l’action pour protéger notre planète, et tout d’abord l’Homme dont c’est le seul abri. Une urgence qui nous semble s’adresser à tous, du « décideur » au citoyen.

L’Homme et l’Anthropocène. Nous sommes alors entrés dans l’Anthropocène, caractérisé par la montée des pollutions. Le terme «Anthropocène pour désigner une nouvelle ère géologique, qui aurait débuté vers 1800, avec la révolution industrielle et où l’action de l’espèce humaine est devenu une force géophysique agissant sur la planète. Cette ère nouvelle a été déclenchée par le déstockage de ressources fossiles enfouies telles que le charbon, puis le pétrole et le gaz naturel. Elle est caractérisée par l’impact devenu majeur de l’homme sur le système Terrestre.

Les défis du réchauffement climatique. Sans vouloir être catastrophiste, mais si rien ne se fait, il est plus que probable que les conditions de vie des humains changent et de façon drastique, soumises ici ou là à des tempêtes ou des sécheresses, et à une perte de la biodiversité. Les ressources vitales en eau douce et nourriture vont se raréfier, et nos sources actuelles d’énergie s’épuiser. Guerres et conflits déjà existants vont se multiplier, attisés par les migrations d’une population en quête de nourriture ou fuyant la montée des mers. Les victimes seront tout d’abord les habitants des pays pauvres, ceux qui souvent vivent déjà les pieds dans l’eau ou dans l’aridité des déserts.

Gouvernance internationale. A des degrés divers tous les citoyens et tous les pays contribuent au réchauffement climatique et à la dégradation de notre environnement. Les solutions ne pourront être trouvées, j’en suis convaincu, que dans le cadre d’une gouvernance internationale qui implique la prise de conscience de l’importance d’une véritable solidarité à l’échelle de la planète. Pourtant elle ne paraît pas réaliste dans un contexte actuel où les intérêts nationaux divergents et les inégalités sociales criantes suscitent conflits et guerres. Peut-être faudra-t-il attendre d’autres véritables catastrophes amenant l’Homme aux portes de l’abîme pour que cette gouvernance devienne possible ! Et pourquoi ne pas rêver à un futur «Droit à l’Environnement» après ceux encore fragiles des Droits de l’Homme.
Le destin de notre planète est entre nos mains mais je suis pessimiste.

BERNARD MARIS, extraits de : Face à la crise, comment rebondir ?

La crise est là. Au dire des banquiers eux-mêmes, nous avons échappé à une énorme catastrophe, une faillite généralisée du système bancaire et financier. Jusqu’à quand ?
Presque personne ne l’a vue venir et presque personne ne pense qu’il s’agit d’une banale purge, d’une crise des affaires qui surgit tous les dix ans. C’est plus profond. Personne ne pense qu’il n’y ait pas un défaut de régulation ; la preuve, on en vient à appeler ceux que l’on a si longtemps décriés, les politiques et l’état.

Comment rebondir ? Tout dépend un peu des autres ! des Etats Unis. Et de la capacité de Barak Obama à mettre au pli Wall Street. En ce qui concerne la régulation mondiale, les réunions du G20 sont formidables, mais on ne peut pas attendre de réforme des institutions sans la participation active des Etats Unis.

De L’Europe qui va mal, du fait du divorce franco-allemand et de la différence de doctrine des uns et des autres. Avant la crise, les tendances centrifuges étaient fortes : cavalier seul sur la fiscalité par exemple. Peut-on envisager une dose de protectionnisme ? Juste pour se protéger du dumping social et écologique de certains pays ? Imposer une traçabilité écologique des produits importés par exemple ? Difficile. D’abord le credo du bienfait du libre commerce est tellement inscrit dans les têtes… Ensuite, l’unité européenne n’est pas assez forte pour aller vers une dose minimale de protectionnisme.

De la France. Peut-on jouer seul ? En matière bancaire et financière, oui. La France est passée d’un extrême à l’autre : tout Etat, et puis tout marché. L’idée de la création du FSI (fonds d’investissement stratégique) est une très bonne idée. On peut certainement augmenter la taille de ce fonds souverain, l’abonder en rente française, pourquoi pas – par exemple le tourisme est une rente française.

De la région. La crise va relocaliser les économies, ce qui est une chance. Il va falloir retrouver une économie de proximité, cohésive et coopérative. C’est sans doute le retour à une forme d’économie mixte et plus solidaire. Forme d’une économie duale à mettre en place, comme les Allemands ont su la construire. La comparaison des deux économies est intéressante. En 2007, les Allemands font 200 millions d’euros d’excédent commercial, les Français 30. Que s’est-il passé ? Les coûts de production sont les mêmes, la demande intérieure la même. L’explication est micro et non macro : le tissu des PME PMI allemand qui est beaucoup plus réactif que le français a su s’adapter à la croissance chinoise.

Ne faudrait-il pas envisager une fusion économique franco-allemande : un Trésor pour deux, une même fiscalité puisque le plus difficile – l’union monétaire – est déjà fait, avec l’Euro.

La refondation de l’économie passe par des décisions politiques, des solutions techniques mais aussi par un changement profond des mentalités. Mais au-delà, la portée et les enseignements de cette crise nous interrogent sur la nécessité d’imaginer un nouveau modèle économique. Celui qui repose sur la création de richesse et la valeur du travail. Qui crée un équilibre entre capacités naturelles et besoins. Qui place l’Homme et l’environnement au cœur du système et qui attribue à la finance son véritable rôle : mettre de l’huile dans les rouages.

LÉO DAYAN, extraits de : La durabilité en toute simplicité et pour toute audace.

Le retour de l’Etat… pour une ambition élevée ? La durabilité est cette nouvelle économie pour laquelle la mondialisation est une des conditions de sa mise en œuvre et dont l’éthique est condition de sa pertinence. Une éthique qui se soucie de l’équité et intègre la limite, c’est-à-dire cet équilibre entre les capacités productives et les besoins que n’ont su respecter les acteurs de la crise.

L’Etat doit donc redéfinir le rôle qui devrait être le sien mais dans l’ère de la mondialisation des marchés, de la globalisation des développements, de la déterritorialisation de l’information… et du changement climatique global. Il doit servir l’investissement d’avenir, celui qui permet la création de richesses, qui maintient l’équilibre entre capacités naturelles et besoins et qui restitue valeur au travail. La carte dont dispose l’Etat pour rebondir dans la crise ne se situe pas dans son pouvoir de relance par la consommation ou par l’investissement mais dans la relance par la demande globale (investissement et consommation).

La France pourrait faire seule, la durabilité pour audace. La France peut-elle vraiment faire seule ? A cette question, Bernard Maris répond, dans le dernier numéro de Dur’Alpes, que c’est possible en matière bancaire et financière. J’ajouterai que c’est possible, nécessaire et indispensable de s’appuyer sur la politique fiscale, dont certains de ses outils peuvent permettre de contribuer, de l’intérieur des frontières, à la durabilité sans bousculer les équilibres externes de la France.

Mais ce chemin commande en premier lieu de se préoccuper des technologies de production pour les orienter vers la création de richesses durables… qui ferait partie des missions que pourraient se donner les fonds souverains ou les institutions financières internationales… en échange de leur liberté de faire.

Les principes d’une politique fiscale pour la durabilité. D’une part, il y a l’urgence de mettre en œuvre les conditions du développement durable. D’autre part il y a des impératifs de l’emploi, de la réduction des inégalités croissantes, de l’augmentation du pouvoir d’achat, de la stabilité des prix, du développement des investissements technologiques et d’évitement des déficits publics et des délocalisations. Ces deux registres entrent en conflit tant que le second prend le pas sur le premier et que la durabilité se résume à l’environnemental.
Les politiques publiques, qui voudraient orienter les technologies vers la durabilité, peuvent donc se servir de la fiscalité en la portant non sur le consommateur par le biais de la taxation mais directement et conjointement sur le capital et le travail avec pour objectif de réduire le coût de l’emploi et le coût des biens durables.
La hausse des prix à la consommation des biens «polluants» deviendrait donc le résultat d’une stratégie longue visant à la réduction de leur production au fur et à mesure que le permet l’accessibilité des biens durables (produits sur place ou importés) au moyen de la baisse de leur prix.

Les éco liaisons locales, condition de mise en œuvre pratique de la durabilité. La diminution quantitative et la maîtrise qualitative des flux et des stocks de matière, d’énergie et de déchets est la condition pratique de la mise en œuvre de la durabilité et s’accompagne de la solidarité avec les plus démunis.

Il s’agit de déconnecter la création de richesses de l’accroissement des prélèvements de matières sur la nature et de limiter la dispersion des polluants. Il s’agit donc d’accroître la productivité des ressources naturelles pour produire plus avec moins et de proscrire l’usage des substances polluantes ou de les confiner dans des milieux étanches et stables pour produire proprement et mieux. La durabilité requiert ainsi une stratégie industrielle permettant de développer les éco liaisons locales entre les activités économiques et de conduire à réutiliser tout déchet d’une activité en ressource pour une autre.

Elle exige de créer les conditions qui encouragent des coopérations ponctuelles et stratégiques entre les entreprises pour permettre de mettre en boucle leurs cycles de production et de participer à la mise en boucle du cycle économique (production, consommation) au sein même de leurs rivalités. Le système économique est alors configuré en un écosystème, il est une certaine configuration dynamique d’éco liaisons qui privilégie la productivité des ressources naturelles, la qualité de la connaissance et la sûreté des biens à celle de la hausse de la productivité du travail.

Cette économie libère le plein emploi des potentialités humaines et aboutit au glissement du centre de gravité mondial du pouvoir économique vers la gestion locale de la durabilité globale. Cette économie est essentiellement territorialisée. Ici apparaît l’utilité de l’aide conditionnelle de non délocalisation… mais au titre, non du nationalitaire, mais du durable.

Eco imposer le capital «polluant» et défiscaliser l’emploi. En remplaçant la part des cotisations sociales à la charge de l’employeur par un éco impôt sur le capital polluant, l’Etat peut inciter les entreprises à investir dans la mise en œuvre des technologies des éco liaisons. Cette innovation fiscale présente en effet plusieurs avantages. En visant directement le facteur de production polluant, elle ne peut que mettre en marche le mécanisme de substitution du capital polluant par du capital durable et le travail. L’éco impôt rend plus cher le capital «polluant» et le travail coûte fiscalement moins cher à l’entreprise. Puisqu’il y aurait consensus, volonté politique et sociale, autour de la question du développement durable, il n’y a pas de raison qu’une éco imposition de cette nature soit mal perçue. Elle nécessite la construction des critères de nature et de degré de pollution des capitaux

Un fonds souverain mondial pour la durabilité. La stratégie fiscale proposée ne peut libérer tout son sens et sa portée que lorsqu’elle sera appliquée à une échelle plus vaste. Cette stratégie de la durabilité par la voie fiscale introduit entre acteurs une éthique commune dans le champ de la concurrence, incite à des coopérations à l’échelle mondiale et peut intéresser les pays de la Communauté Européenne.

Néanmoins on ne peut pas limiter le développement des pays émergents utilisateurs de technologies polluantes sans que les pays riches participent simultanément aux efforts de développement de technologies alternatives. Les pays du Nord doivent penser à des mécanismes de compensation en faveur des pays du Sud, car il est tout aussi clair que les pays dont le développement dépend de l’extraction de matières non renouvelables et de l’exportation de matières polluantes seront lourdement affectés par l’ensemble de ces mesures. Cette taxe devrait donc alimenter un fonds souverain mondial de financement des projets de reconversion des activités dans ces pays.
La durabilité est par nature l’affaire solidaire du monde entier.

CHRISTIAN BRODHAG, extraits de : Développement durable et responsabilité sociétale, comment réguler la mondialisation.

L’urgence d’une vision globale. Les évidences du changement climatique ont donné un coup d’accélération, tout en mettant en péril la vision globale en se focalisant sur un seul indicateur la tonne de CO2. Or Le problème est «systémique» car certaines solutions ont des effets néfastes sur d’autres composantes.

Ce que révèle la crise. A crise systémique il faut une réponse systémique, mais les approches sont toujours sectorielles. Dans la plupart des analyses sur la crise financière il y a une déconnexion complète avec la crise écologique, la gestion des ressources naturelles, les questions internationales de développement. Le développement durable est hors jeu, comme un système indépendant, concernant le long terme alors qu’il faut éteindre l’incendie à très court terme.

De la bonne gouvernance à la responsabilité sociétale. La résolution des crises doit être simultanée et coordonnée. Il s’agit à la fois de faire progresser la gouvernance mondiale c’est-à-dire les politiques coordonnées entre Etats, et de faire progresser de nouveaux comportements de responsabilité sociétale à tous les niveaux.

Il s’agit en effet de modifier assez profondément les modes de consommation et de production, et la façon d’envisager le progrès économique et social. On bute alors sur une limite opérationnelle. La question qui est posée suppose un engagement profond du comportement de chacun des acteurs et renvoie à la notion de responsabilité sociétale : la contribution des entreprises au développement durable global.

Émergence d’une marche à suivre. Sa prise en compte relève d’un processus complexe car il s’agit de gérer en même temps les questions environnementales, sociales et économiques. L’ISO 26000 pourra jouer un rôle essentiel : elle propose des lignes directrices fixant les principes et les objectifs de cette responsabilité sociétale et elle concernera tout type d’organisation et pas seulement les entreprises. Le champ de la responsabilité envisagée couvre certes les bonnes pratiques des affaires mais aussi la gouvernance de l’organisation, les droits de l’Homme, les pratiques et les relations de travail, l’environnement, les questions relatives aux consommateurs et l’engagement sociétal et territorial. Pour toute organisation ces questions sont aussi systémiques, et les solutions se renforcent mutuellement.

En donnant des objectifs et un langage communs à toutes les organisations (entreprises, associations, collectivités publiques) l’ISO 26000 leur ouvre des pistes de progrès et de coopération avec leurs parties prenantes pour contribuer au développement durable.

HERVÉ GUMUCHIAN, extraits de : Développement durable et développement territorial.

Développement durable et territoire. La prise en compte du développement durable en matière de développement territorial (et non plus seulement au sens d’aménagement du territoire tel qu’évoqué précédemment) impose de privilégier les points suivants : -La notion d’acteur territorialisé.
-La question de l’échelle retenue en matière de réflexion et d’action.
-L’aspect des dynamiques temporelles différentielles (dynamiques naturelles ou anthropiques).
-La dimension ressource territoriale : «une caractéristique d’un territoire spécifique construite dans une optique de développement».
Un territoire marqué du sceau du développement durable devient un véritable créateur de ressources nouvelles, jusque là ignorées ou latentes.

Associer des acteurs multiples. -La nécessité d’articuler non seulement les échelles territoriales entre elles mais aussi de maîtriser le fait que les scènes d’énonciation des problèmes reconnus tel le réchauffement climatique (macro), ne sont pas celles de la mise en œuvre des solutions comme par exemple la réorientation des systèmes de transport liés au mode d’urbanisation (micro ou méso).

-Le fait de voir apparaître à leur côté de nouveaux acteurs, porteurs de légitimité autre que strictement institutionnelle, qu’ils s’agissent d’acteurs associatifs ou politiques d’un «nouveau genre».
-L’obligation pour les acteurs impliqués dans le processus de développement durable de construire de nouveaux objets (les territoires du développement durable), d’imaginer de nouvelles grilles de lecture de la «réalité», et d’élaborer progressivement un code au sein duquel s’inscriront les normes du développement durable traduites en actions concrètes. Il est ainsi beaucoup demandé à ces acteurs, aussi bien en matière d’imagination, d’innovation, que de capacité d’écoute mais aussi d’actions concrètes au quotidien.
-Enfin, ces nouveaux acteurs du développement durable se trouvent placés face à un impératif de renouvellement des jeux institutionnels classiques. La fin de la toute puissance de la décision descendante, les exigences liées à la négociation et à la recherche d’un consensus minimal entre des impératifs contradictoires qui tiennent à la définition même du développement durable, l’obligation de mise en œuvre d’actions concrètes dont on ne mesure pas toujours les implications à moyen ou long terme, constituent autant de réels défis pour ces acteurs d’un «nouveau genre».

YVES PACACLET, extraits de : Je sais : j’élucubre ! Rien qu’un grand éclat de rire… nous avons pourtant besoin d’utopie !

«J’ai fait un rêve…». Dans mon utopie, les humains auront compris que, sur cette Terre, il existe quantité de nuisances, comme les gaz à effet de serre, les pesticides, la radioactivité, la tronçonneuse, la bétonneuse, les nouveaux virus ou une hypothétique attaque des Martiens ; mais que la plus dangereuse reste la beauté du diable. J’entends : notre irrépressible vanité.

Besoin d’utopie. Nous avons pourtant besoin d’utopie. D’urgence. À profiter de suite… Pas pour rêvasser sur les sentiers, ni pour refaire le monde au bistrot : pour vivre, ici et maintenant. Aucune issue de secours ne s’ouvrira par magie. Il faudra que nous en dégagions une. Ou que nous la forcions. Contre nos instincts ; contre nos pulsions ; contre le sens apparent de l’Histoire. Contre l’hyper-capitalisme triomphant, mondialisé, outrancier. Contre ce mode de production sans merci qui dissout dans l’argent l’humanité de l’homme et la beauté sauvage de la Terre…

Les Etats-Unis du monde. J’analyse la réalité sans illusion. La justice sociale, économique et écologique est une inaccessible étoile. Le loup dévore l’agneau en toute légalité, puisque c’est lui qui rédige le règlement de l’abattoir. Je revendique ma liberté de rêver. Mon devoir de philosophe m’oblige à assener que la situation démographique, écologique et militaire de l’humanité rend urgent l’usage immodéré de la drogue utopie. Celle-ci provoque une tenace addiction, mais nul dégât physique ou psychique.

Puisque la mondialisation est en marche, puisqu’elle s’installe sous son apparence la plus désordonnée et la plus brutale, tentons le tout pour le tout. Utilisons sa force pour la renverser. Comme au judo ! Enfilons le kimono et battons-nous sur le tatami de l’Histoire (ça nous changera du champ de bataille).

Inventons la démocratie universelle. Instituons le gouvernement de la Terre. Créons les Etats-Unis du Monde ! Nous devons imaginer, façonner et faire fonctionner un gouvernement de la planète. Bâtir un seul pays Terre.
Nous ne bénéficierons pas deux fois de la même conjoncture. Si nous refusons d’emprunter l’itinéraire du cœur et de la raison, escarpé et malaisé, mais digne de nos plus belles découvertes, alors nous appellerons sur nos têtes les puissances de la guerre et des désastres.

Photos : © MIRCO éditions

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